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rriLAS WRIGHT DUNNING "^
î BEQUEST
UNIVERSITY oi^MICHIGAN
4; CÏEN£RAL LIBHARY
REVUE D'ALSACE
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REVUE D'ALSACE
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NOUVELLE SÉRIE
TOME W
TOME XLVIIP DE LA COLLECTION
NEUILLY-SUR-SEINE
Villa Blanche, 30, rue du Nord, 30
et
BELFORT
IMP»RIMKRIK rsiOUVKUl-l
SI, Faubourg de France, âl
1897
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LES
MANUSCRITS ALSATIOUES
DE LA
BIBLIOTHÈQUE DE LA VILLE DE STRASBOURG
Pour les historiens de TAlsace, pour tous ceux qui ont eu
jamais k cœur d'approfondir un point quelconque de son
histoire, depuis les temps du moyen-âge jusqu'au siècle
actuel, la destruction des bibliothèques de Strasbourg par le
bombardement de 1870 a été Tun de ces désastres que rien
ne peut faire oublier parce qu'ils sont absolument irréparables.
La plus riche collection de documents historiques en tout
genre, chroniques, mémoires, correspondances, constitutions,
rhistoriographie presque loute entière de notre province,
des milliers et des milliers d'incunables, de plaquettes et de
feuilles volantes rares et souvent uniques, ont été engloutis
dans l'immense brasier allumé par les obus incendiaires
durant la nuit du 24 août. Depuis plus d'un quart de siècle, il
n'est pas une étude entreprise sur un sujet d'histoire locale,
politique, littéraire ou religieuse, qui ne nous ait rappelé
d'une façon plus ou moins directe, les trésors dont disposaient
nos prédécesseurs et dont il ne nous reste, à nous, que le
vague et désespérant souvenir, pas un sujet de travail dont
les éléments n'aient été diminués ou appauvris par la catas-
trophe d'alors.
Sans doute, au point de vue des études scientifiques en gé-
néral, les richesses dévorées par les flammes ont été largement
reconstituées; le théologien et le jurisconsulte, le botaniste,
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6 RIVUE d' ALSACE
le philologue et le médecin rencontrent actuellement k la bibli-
othèque de rUniversité des ressources autrement considéra-
bles pour leurs études pratiques qu'ils n'en trouvaient, il y a
trente ans, aux bibliothèques de Strasbourg. Ses six cent cin-
quante mille volumes, réunis aux cent dix mille de la Biblio-
thèque de la ville représentent, en chiffres ronds, plus du dou-
ble peut-être des deux collections détruites en 4870. Mais com-
bien insignifiant encore est leur fonds de manuscrits relatifs a
l'Alsace, et combien peu de chancesy a-t-il qu'il soit jamais assez
considérable pour qu'on ose le comparer, ne fut-ce que de loin,
à tous ces milliers de volumes inédits que nous avons vus et
touchés autrefois, sans songer, hélas î h les exploiter avec une
activité fiévreuse, sans le moindre pressentimentqu'ils n'exis-
teraient plus demain )
Cependant le deuil profond que nous a laissé, que nous
laissera toujours ce douloureux souvenir, aussi vivace après
un quart de siècle, que le jour où nous errions parmi les dé-
combres encore fumants du Temple-Neuf, ne doit pas nous
rendre injustes pour ce qui a été fait, et nous porter à né-
gliger le peu qui nous reste aujourd'hui de manuscrits alsati-
ques, en dehors de nos dépôts d'archives.
Après les avoir réunis dans les collections nouvelles, fon-
dées en 1871 et en 1872, en tâchant de les augmenter lentement
dans la mesure du possible, il s'agit avant tout de les signaler
k l'attention de ceux qui s'occupent de l'histoire de notre
passé, afin qu'il puissent les étudier et les exploiter, les
publier même s'ils en valent la peine, et leur assurer
ainsi une existence moins précaire que celle que, dans nos
préoccupations fondées sur une triste expérience, nous accor-
derons seule désormais h des collections manuscrites. La Bi-
bliothèque du pays et de l'Université, après avoir vu retracer
ses débuts et les vingt-cinq premières années de son existence
dans les substancielles monographies de M. M. Hottinger(1875)
et Hausmann (1896) vient de donner récemment un exemple
que nous désirerions voir suivi par les préposés de toutes les
bibliothèques publiques d'Alsace. Son éminent directeur, M.
le professeur Barack, a fait mettre au jour le catalogue rai-
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MANUSCRITS ALSATIQtJSS OE LA BIBLIOTHEQUE DE STRASBOURG 7
sonné de ses manuscrits alsatiques (i), dont une bonne partie
provient, on le sait, de la belle collection délaissée par M.
Charles-Frédéric Heilz en 1867 et acquise en bloc par le gou-
vernement d'Alsace-Lorraine en 1871. Je voudrais donner
ici, de même, mais d'une façon nécessairement plus sommaire,
l'inventaire abrégé des manuscrits de la nouvelle bibliothèque
municipale de Strasbourg, pour autant qu'ils se rattachent,
d'une manière quelconque, au passé de notre province, me
réservant d'en écrire quelque jour l'histoire authentique
plus détaillée, tâche infiniment moins urgente, depuis la pu-
blication de l'excellente monographie de M. Thiaucourt sur
les bibliothèques de Strasbourg et de Nancy (2). Appelé k
siéger, dès le début, dans la commission provisoirement char-
gée de la reconstitution de la bibliothèque de la ville, désigné
bientôt après pour en être le premier administrateur, j'ai
^ tenu entre mes mains les tout premiers éléments d'une collec-
tion sans doute assez modeste encore, mais qui n'en comptait
pas moins déjà près de cent dix mille volumes et brochures,
dont environ vingt cinq mille alsatiques, quand j'ai quitté la
bibliothèque, en avril 1896.
J'ai eu la satisfaction, plus grande encore, d'y réunir durant
les vingt-trois années de ma gestion, une série relativement
considérable de manuscrits, anciens et modernes, relatifs k
l'histoire d'Alsace. Des dons généreux, des legs considérables,
quelques heureux achats ont fait entrer dans ce fonds nouveau
l'ensemble des dossiers d'érudits de marque et de travailleurs
infatigables ; les seuls papiers de Louis Schnéegans, l'érudit
archiviste de la ville (décédé en 1856), de Timothée Roehrich,
le savant historien de l'Eglise d'Alsace, (déc. 1860) deDagobert
Fischer, de Saverne (déc. 1878), plus récemment encore ceux
qui provenaient de la succession de M. André Jung, l'un de
nos plus érudits prédécesseurs (déc. 1864) constituent pour tous
ceux qui s'occupent actuellement de l'histoire d'Alsace une
mine féconde de renseignements précieux. Les débris de la
succession scientifique de l'archéologue André Silbermann,
{i) Katalog derLandes-und Univeraitœts bibliothek inStrassburg.
Elsass-Lothringische Handschriften und Handzeichnungen bear-
beitet Ton Prof. Dr fiarack. Strassburg, Heitz, 1895, Y, 227. p. 8» .
(2) Les bibliothèques de Strasbourg et de Nancy. Paris, Berger-
Levrault, 1808, 117 p. 8<» .
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8 REVUE d'ALSÀGB
(déc. 1783) offerts gracieusement par son petit-neveu, M.
Gustave Silbermann ; l'abandon des papiers du baron de Bu-
tré, le physiocrate tourangeau, mort h Strasbourg, en 1804,
fait par M. Auguste Schoop ; le don des papiers du célèbre
médecin Thomas Lauth, (déc. 1824) fait par M. Charles
Lauth, le dernier survivant de ses fils; les legs de M. Frantz-
Ilerren Schneider et de M. Geoffroy Stromwald, les dons de
MM. E. Dietrich, Alexandre Rœhrig, Charles Schmidt, et de
bien d'autres encore qui figurent parmi les donateurs de nos
collections municipales, y ont fait entrer successivement des
centaines de volumes ou de dossiers de documents alsatiques.
Beaucoup d'entre eux ont été consultés et utilisés déjii dans
les vingt dernières années; j*ai moi-même mis au jour plus
d'un des manuscrits confiés à mes soins et j'ai toujours regar-
dé comme le premier de mes devoirs de signaler leur exis-
tence et leur contenu k tous ceux qui pouvaient en tirer quel-
que profit pour leurs études. On a pu voir, pour ne citer
qu'un seul exemple, tout ce que la précieuse collection des
Fragments des chroniques d'Alsace, publiée par M. le cha-
noine Dacheux a glané dans les papiers des Schnéegans, des
Rœhrich, des Jung, etc.
Mais il n'en reste pas moins beaucoup de volumes curieux
et de pièces inédites qui mériteraient d'être connus, de ceux-
là surtout, qui, loin des grandes villes, sont parfois en quête
d'un sujet restreint à traiter ou de matériaux facilement
accessibles sur lesquels ils exerceraient volontiers leurs forces
scientifiques.
Sans doute le Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque
municipale existe depuis plusieurs années pour le service de
la bibliothèque elle-même, où il forme le dernier de la longue
série des quarante volumes in-folio, comprenant le catalogue
général et systématique dès collections municipales. Mais il
importe que son contenu soit rais k la portée de ceux-lk même
qui ne peuvent venir le consulter en personne k Strasbourg.
C'est pour faciliter leur tâche aux érudits d'Alsace et du
dehors, leur fournissant des indications vraiment authenti-
ques et actuelles sur le fonds des manuscrits alsatiques de
la Bibliothèque de la ville de Strasbourg, que j'ai groupé sys-
tématiquement, dans les pages qui suivent, les dossiers et les -
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MANUSCRITS ALSATIQUES DB LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 9
volumes plus ou moins précieux, qu'il m'a été donné d'y
réunir, pendant près d'un quart de siècle d'efforts persévé-
rants et soutenus. Assurément je ne m'en exagère pas l'im-
portance ; personne aujourd'hui — c'est un triste privilège
de l'âge — ne peut mieux que moi rendre témoignage de
toute la différence qui existe entre les richesses que nous pos-
sédions autrefois et les faibles débris qui nous restent
aujourd'hui ; mais force nous est bien d'imiter le sage et de
nous contenter de peu, tout en engageant ceux de nos com-
patriotes qui détiennent, en les négligeant souvent, des sou-
venirs écrits du passé, chroniques, mémoires, livres de rai-
son, correspondances, chartes et contrats de vente, autogra-
phes d'Alsaciens célèbres, h les déposer a la Bibliothèque de
la ville de Strasbourg, afin de sauvegarder l'existence de ces
documents eux-mêmes et de s'assurer, pour eux-mêmes, la
reconnaissance des générations futures.
CATALOGUE
DES
MANUSCRITS ALSATIQUES
DELA
BIBLIOTHÈQUE DE LA VILLE DE STRASBOURQ
A . Histoire générale d'Alsace.
No 4. Recueil de l'histoire d'Alsace. Manuscrit anonyme du
XVIlIe siècle, (cent soixante dix neuf feuillets in-i6;.
N» 2. Histoire d'Alsace par questions et réponses, en finan-
çais et en allemand. Manuscrit du XVIII® siècle, (cent soi-
xante quatorae pages in-4o).
N» 3. J. J. Frantz (prof, en droit (déc. 1818). Epoques de
l'histoire civile, ecclésiastique et littéraire de l'Alsace, et par-
ticulièrement de Strasbourg, jusqu'à l'an 1780. Un vol in-18.
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iO REVUE d' ALSACE
N» 4. A. W. Strobbl. Geschichte des Elsasses. Manuscrit
original de la Vaterlœndische Geschichte des Elsasses, écrit
de 1840-1846. 4 vol. gr. fol.
B, Périodes diverses.
N<> 10. Dagobbrt Fischer, Documents sur la guerre des pay-
sans en Alsace (1525). Manuscrit autographe in-4o.
N» 11 . Merkwûrdige Scenen aus dem Bauernkriege von 1525
nach der ungedruckten Handschrift des Grafen Ulrich von
Rappolstein. Nach einer Copie von Butenschœn gemacht
von D. K. von Sankt-Ingbert, 1811. Manuscrit de 80 feuillets
in-80.
N» 11*. Thomas Murner, Ad rempublicam Argentinensem
Germania nova. Oratio eiusdem ad capitulum provincie, etc.
Manuscrit moderne in-folio.
N<^ 15. Ein new Klaglied der Bauern in dem undern Elsass
und dem Kochersperg ûber denjetzigentyrannischenDurch-
zug, etc. (1587). Copie moderne de 13 feuillets in-4o.
No 18. Georgius Scherius, Gigantomachia Mansfeldiana,
Moguntise, 1629 ^Siège de Saverne par Mansfeld en 1622).
Copie moderne in-4o.
No 25. Mémoire concernant rétablissement de la Chambre
Souveraine d'Alsace où sont rapportés les droits du Roi,
rétat de la préfecture des dix villes impériales et quelques
remarques sur les limites de la Basse-Alsace, dressé par ordre
de M. Colbert de Croissy, intendant d'Alsace en 1661. (Manus-
crit de la fin du XVIII« siècle, trois cent cinquante cinq pages
in-folio.
N® 26. Extrait de la négociation de Ryswick, au sujet des
réunions faites par le Roy Louis XIV en Alsace et <lans les
Trois-Evôchés de Lorraine. Manuscrit du XVIII* siècle, in-fol.
No 28. (Jacques de La Grange), Mémoire sur TAlsace en
1697. Manuscrit du XVIÎI« siècle, cinq cent soixante dix huit
feuillets in-folio.
No 29. Même mémoire. Manuscrit du XVIII* siècle, quatre cent
dix pages in-12o .
No 30. Mémoires sur l'Alsace en 1697, par M. Ch.
R. de L. envoyé du Roy, en Dannemarck (sic), quatre
cent quatre vingt sept pages in-4o .
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MANUSCRITS ALSATIQURS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 11
No 31. Description de la province d'Alsace dressée
par ordre du Roy pour Tinstruction de Mgr le Duc
de Bourgogne, 1698. — Copie faite en 1779 et annotée par
Phil. Xav. Horrer, Vauieur du Dictionnaire d'Alsace avec
nombreuses cartes et plans, trois cent vingt sept pages in-fol.
Avec un mémoire abrégé sur TAlsace, composé en 1707,
trente neuf pages in-folio.
N^ 31» Mémoire sur la province d'Alsace, 1702. Mémoire
sur la province de la Franche-Comté. Mémoire sur les Trois
Evéchés. Manuscrit de cent quarante trois feuillets in-folio.
No 35. Etat alphabétique des villes et communautés qui
composent la province d'Alsace, distinguée par bailliages,
seigneuries et prévotés, avec le nom des seigneurs, le nombre
de feux, celuy des laboureurs etc. Manuscrit du XVIII* siècle
cent quarante deux pages in-S® .
No 36. Villes fortes, forts et retranchements de la Haute et
Basse-Alsace au XVI1I« siècle Manuscrit in-folio, avec nom-
breux plans coloriés.
No 37. Mémoires sur les limites de la Basse-Alsace sur les
affaires de Seltz, etc. Manuscrit du XVIIIe siècle renfermant
cent quinze pièces diverses, de mille quatre vingt quatorze
pages in-folio.
No 38. Mémoire sur les bailliages de la Basse-Alsace que
l'on appelle encore bailliages contestés, etc. Manuscrit de la
fin du XVI1I« siècle, in folio.
No 39. Mémoire concernant les Oberlandvogt ou glands-
baillis de la landvogtey d'Haguenau et leurs lieutenants.
Manuscrit du XV11I« siècle in-folio.
No 40. Mémoire sur l'Alsace et dénombrement du Sundgau,
1752, un vol. de cinq cent soixante dix huit pages in-folio.
No 41. Mémoire sur l'ancien gouvernement de l'Alsace et de
la ville de Strasbourg avant 1789. Copie moderne in-4o .
No 42. Recueil des minutes des dépêches et ordres du
général de division Falck, etc, adressés en 1792-1793 k des
officiers commandant dans l'armée du Rhin. Volume in-folio.
No 43. Correspondance du citoyen Banset, ordonnateur des
transports à l'armée du Rhin, avec le citoyen Hervé, trésorier
de la commune de Strasbourg, durant les années V-VHI.
Pièces originales en un vol. in-4o .
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42 REVUE d' ALSACE
N» 43». Etat de l'organisation de Tambulance k la suite de
Tarmée de Rhin-et-MoselIe, 6^ campagne, fait k Strasbourg le
4 germinal an V. Vol. de huit feuillets gr. in-fol.
N® 45. Registre de la correspondance officielle de différents
fonctionnaires du Haut-Rhin avec le pouvoir exécutif, des an-
nées V-XII, et de 1847. Vol. in-folio.
N<» 47. Chronick von 1814. (Description de la situation
d'une ville de la Haute-Alsace, non nommée, lors de l'entrée
des alliés en 1814). ManuscrU contemporain de douze pages
in-4« .
N» 55. Dagobert Fischer. Notices d'histoire et d'archéologie
alsaciennes. Manuscrit autographe en deux vol. in-4o .
No 56. Dagobert Fischer, Notices sur divers châteaux d'Al-
sace. Manuscrit autographe in-4o .
N® 56». JuLius Rathgeber, Varia Alsatica, Handschriftliches
und aus alten Drucken. Un vol. in-4<» .
N® 57. Jean-geoffroi ScHWEiGHiEusER, Notcs sur les anciens
châteaux et autres curiosités de la partie des Vosges, com-
prise dans le déparlement du Bas-Rhin. Manuscrit autogra-
phe in-4o .
N» 58. Louis Schnéegans, Notices et extraits sur des églises
d'Alsace. Manuscrit autographe in-folio.
N«> 59. Dagobert Fischer, Notices sur divers couvents et
abbayes d'Alsace. Manuscrit autographe in-4o .
N® 60. J. J. Frantz, Notices alsatiques diverses. Manuscrit
autographe in-4® .
No61. Sabourin de Nanton, Opuscules historiques divers,
relatifs principalement k l'Alsace. Manuscrit in-folio.
N<> 62. Louis Schnéegans, Notices alsatiques, travaux, mé-
moires et notices diverses. Manuscrit autographe in-folio.
N*» 53. Varia alsatica, 1525-1867. Pièces diverses, originaux
et copies, lettres, comptes, rapports, relatifs k l'histoire poli-
tique et économique de l'Alsace. Un vol. in-folio.
C. Localités de la Basse-Alsace.
N^ 70.Bereinigung des Rheinwuhrs bei Bantzenheimb, etc.
1688. Manuscrit contemporain de douze feuillets in-folio.
N« 71. Pièces diverses relatives k l'écusson de Benfeld^ par
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MANUSCRITS ALSATIQUKS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURO 13
MM. Fr. Schœll, Mûller, etc. Manuscrit moderne in-folio arec
planches.
N» 72. Kirchendisciplin und Ordnung nach welcher zu Dett-
weyler und Dossenheim die christl. burgerschafft sich zu
verhalten, vermehrt 1692. Manuscrit contemporain in-4o .
N® 73. Des Gottes-Hauses Ebersheimmûnster Ernewerung
des dorffes Grussenheim von anno 1559. Manuscrit de qua-
rante pages in-folio.
No 74. Procès de la commune d'Eckwersheim contre les
barons de Berstelt, 1651-1777. Pièces originales, (plus de 200)
sur papier et parchemin en un carton in-folio.
No 75. Akten und Kaufbriefe, Gûltbriefe auf Gûter der
Stiffter St Marx, St-Niclaus-in-undis, St-Arbogast im Banne
von Fegersheim. Pièces originales du XVII* et XVIII® siècle
en un volume in-folio.
N® 76. Ordnung und Polizey des fleckhens Geispoltzheim
und auch die recht des dinghofs unserer gnœdigen herren
(1522 und 1772). Manuscrit in-folio.
N<> 77. Notice sur le castrum gallo-romain duGross-Limers-
berg, avec un plan. Manuscrit moderne, in-folio.
No 77a, Kaufbriefe iiber Grundstiicke in und bei Hangen-
bieten (XV-XVII* siècles) dix pièces. (Ladula. I).
No 77 b. Kaufbriefe, 11. s. w. ûber Giiter in Hagenau
Schlettstadt u. s. w. Dix pièces (XVI-XVIII® s.).
N<> 77 <*. Fragmentum libri anniversariorum monaslerii
cuiusdam prope Hagenoam, sœculi XV et XVIII. Un vol. parch.
in-folio.
No 78. Pièces et documents relatifs à des constructions
d'édifices publics exécutées à Illkirch et Graffenstnden.
(1779-1793) Un vol. fol.
N» 79. Weinschlagregister in Mittelhergheim von 1456-
1762. Un vol. in-12o .
No 79». Beschreibung (iber das Meyer-Gueth, u. s. w. zu
Schilttgheim, 1683, un vol. in-folio.
No 80. (H. Audiguier) Mémoire sur Ohersteigen, son église,
ses antiquités romaines, le Sattelfels, etc. Manuscrit in-4o .
No 81 . Andr. Silbermann Beschreibung von Hohenburg oder
dem St-Odilienbevg, etc. Manuscrit autographe de Tauteur,
cent vingt deux pages in-folio.
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14 REVUB d' ALSACE
N^' 85. BoNAv. Camille Schoell, Notices sur les communes
de rarrondissemenl de Saverne, trois vol. in-folio, avec nom-
breuses planches dessinées et gravées.
N<> 86. Dag. Fischer, Inventaire des archives de Saverne,
avec plusieurs pièces y relatives. Un vol. in-fol.
No87. Documenta Tabernensia, Sammlung vonAktenstû-
cken, Originalien und Abschriften, zur Geschichte von ElsabS-
Zabern (1393-1819). gesammelt von Dagobert Fischer. Un
vol. in-fol.
N^ 88. Dag. Fischer. Histoire de Saverne, (avant-derniére
rédaction). Manuscrit autographe inédit, in-4o .
N® 89. Dag. Fischer, Histoire de la ville de Saverne d'après
les documents originaux. Man. autographe, in-4° .
N® 90. Dag. Fischer. Le vieux Saverne, description de cette
ville. Manuscrit autographe, in-4<» ,
N<>91. Dag. Fischer. Même ouvrage, (Rédaction définitive).
Man, au t. in-4o .
No 92. Dag. Fischer. Das alte Zabern, Beschreiburg, u. s.
w. Man. aut. 4° .
N® 93. Dag. Fischer. Geschichte Zaberns, Man. autogra-
phe in-4o .
No 94. Dag. FiscHER.Traits historiques ei}IL(RX)X%savernoises.
Man. aut. in-4o .
No 95. Dag. Fischer. Documents historiques, latins, alle-
mands et français relatifs à Saverne (copies faites par Dag.
Fischer) (1170-1817), deux vol. in-4o .
No 95». Jarspruch od. Ërkantnus der rechten, gebrœuch, u.
s. w. zwischen dem stifît und der statt Selts, datum anno
1310. Man. du XVI» siècle, in-4o .
No 97. Statuta et jura collegiatœ Ecclesiœ S. Pétri et Pauli
in oppido PT^^môur^^n^t, attestata 22 juh anno 1520, etc.
Man. cinquante quatre pages parch. in-folio.
D. Localités de la Haute-Alsace.
No 100. Procès fait à M. Nicolas Kœchlin, député du Haut-
Rhin, à Colmar, 1822, un vol. fol.
No 100». J. Rathgeber. Die kleine Colmarer Chronik,
mit Ëinleitung und Ërleuterungen. Man. aut. in-4o .
N^ 100^ . Mémoire contenant les raisons du Magistrat ca-
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MANUSCRITS ALSATIOUBS DB LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 15
tholique de la ville de Calmar contre la prétention des
luthériens de la même ville (XVIII® siècle), un vol. in-fol.
N® lOi . Pièces diverses relatives au banquet électoral de
Colmar (1847) et à la révolution de 1848 dans le Haut-Rhin,
un vol. in-folio.
N® 102. Registre des recettes et dépenses du bailliage de
Délie, et pièces diverses relatives à ce baillage, 1730-1792,
un vol. in-folio.
N« 105. Ensisheimer Rathsordnungen (1589-1623), un vol.
in-folio.
N^ 106. Copialbuch der œstreichischen Regierung von En-
sisheim (1600), un vol. de cinq cent quatorze pages in-folio.
N« 107. Der Statt Ensisheim Poliçey-Ordnung, Raths-Ord-
nung, u. s. w. (XVII Ihdt), un vol. in-folio.
N® 110. Ernewerung von Marx Thurner, Schultheiss zu
Habsheim, Landserischer Herrschaft, mitBilrgei*n von liabs-
heim fur die von Ratzburg auf Schloss Reinweyler (1589),
un vol. in-fol.
N<> 112. Correspondance officielle du citoyen Ritter, com-
missaire du Directoire exécutif du canton à'Huningue pour
les années 1795-1798, un vol. in-folio.
N® 113. Correspondance officielle du citoyen Ritter, com-
missaire du pouvoir exécutif à Huningue (1789-1797), un
vol. in-folio.
N<» 114. Correspondance officielle de J. Ritter, ancien dé-
puté à la Convention, à Huningue, pendant les années V-VII,
trois vol. in-4o .
N® 116. Pièces et documents divers relatifs a Huningue au
XVIII et XIX« siècle, un vol. in-folio.
N<> 116. Arthur Benoit, Notes sur Huningue, 1815. Man.
autogr. de l'auteur, in-8® .
N® 118. Schriftstûcke ûber die Reichsvogteien in den Stœd-
ten des Elsasses, besonders in Kaysersherg (XVI-XVII* s.),
un vol. in-folio.
N*> 120. Abraham Muslin, Beschreyburg der gelegesheitt der
statt Mulhusen u. s. w. (guerre de 1587). Manuscrit du
XVlIe siècle, cent cinquante quatre feuillets in-folio.
N® 121. ZwiNGER, David, Wahre Beschreibung und griind-
tlicher Bericht von dem Ursprung... anstellung und endschaift
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16 REVUE d' ALSACE
der wTinderbaren rotterey, tumult, u.s.w. der siàUMulhausen
im obern Elsass, anno 1586 angefangen. Mao. du XVII<^ s.,
cent cinquante huit feuillets in-folio.
N<> 124. J. Ratrgeber, Varia Mûnsteriana, besonders zur
Kirchengeschichte Munsters im Gregorienthal, un volume
in-folio.
N^ 126 Beschi'eibung der Rechte, Polizei-und Gerichts
orduung der Stadt und Herrschaft Pfirdt aus einem alten,
Manuskriptgezogen von A. G.Zimberlin,(XIX'^8iècle)deuxcent
treize pages in-folio.
N® 127. Documents relatifs au Haut-Rhin, principalement
aux hôpitaux de Saint-Amarin et de Thann, 1768, à Blotz-
heim, Ferrette, etc.(r4unis par M.Sabourin de Nanton),un vol.
in-folio.
E. Localités de la Lorraine:
N® 130. Dag. Fischer, Die chemalige Grafschafl Dagsburg
lopographisch u. historisch geschildert. Manuscrit autogra-
phe in-4o .
N® 131. Des Amtes Lûtselstein Beschreiburg (XYII® siècle).
Copie moderne in-4o .
N® 132. Dag. Fischer, Le comté de Saarwerden. Manuscrit
autogr. in-4o .
N® 133. Urkunden-Repertorium der Reichsgrafschaft Saar-
M;tfrrfen(Abschriftvon Archivar Eltester, 1870) un vol. in-folio.
N® 134. Dag. Fischer, Le comté de Réchicourt et la seigneu-
rie de Morimont. Man. autogr. in-4o .
N® 135. Dag. Fischer, Notices sur diverses seigneuries lor-
raines. Man. autog. in-4*' .
N® 140. Frère Paul Bernet, capucin, Recherches sur This-
ioxvQ &q\^ Petite-Pierre, Phalsbourg etc. Man. du XVIIl^
siècle, in-4<> .
No 141. (Haas, pasteur?) Histoire de la paroisse protestante
de Fénétrange. Man. in-folio, du XIX^ s.
F. Noblesse alsacienne.
N» 150. Extractus desH. Rœm. Reichsohnmittelbarer Ritter-
schaft.im TJndern Elsass, anno 1651.- Verzeichniss der alten
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MANUSCRITS ALSATIQt'«S BK LA BIBLIOTHEQUE DS STRASBOURG 17
chen GeBchlechier.. nachdem Alphabet.-Nieder-Elss^&ssische
Malricul, 1676, un vol. in-folio.
N^ 152. Louis ScHNKEGANS, Papiers divers relatifs à des
familles nobles alsaciennes, notices généalogiques, écussons,
etc., un vol. in-fol.
G. Biographies
N<> 169. JuL Rathgeber, Ëlssessische Btographien. Noti/.en
tu alphabetischer OiYinung, deux vol. iîi-4o.
N® 160. Blessig, loh. Lorenz, EigenhœndigeBriefeaTi seine
Ffau, aus dem Gefœngni^s (1793 1794), trois boîtes in-S®.
N<> 161. Papiei'S et correspondances originales du baron
Charles de Butré, physiocrate tourangeau, avec Mirabeau,
le père, Dupont de Nemours, le margrave de Bade etc.
(1767-1804) deux vol. in-folio.
N» 162. Butré, Ch. de, Écrits alchymiques divers. Mnn.
aut., un vol. in-folio.
N®163.Butré. Ch.de, Manuscrits économiques aut. divers,
(1776-1790), in-folio.
No 164». Oberlin J. J., Notitice ad Jacobi WifnpheUngii
Selestadiensis vitam collectée. Man. aut. in-folio.
N*» 165. Lettres originales de Jean de Dietrich, banquier a
Strasbourg, à Jean-Ulrich GolU de Colmar (1756-1775) un
vol. in-4<», (papiers d'affaires).
No 167. Lebep.sgeschichte von Heinr. Ernst, ehemal.
FreypredigeT und Professor am Gymnasium von Buchsweiler,
von ihm selbst aufgesetzt. Tome L (unique). Man. de quatre
oe^t cinquante neuf pages in-4o.
No 168. Correspondance de Dag. Fischer, maire de Saver-
Ao, archéologue alsacien, avec divers (1861-1878). Un vol.
in-folio.
No 169. Papiers divers relatifs u la famille de Guillaume
Frits, architecte k Strasbourg, (dit Millionefriiz) 1773-1879.
Un vol. in-folio.
No 169 Excerpta ex litteris ad Mag. Samuelem Glonerum,
professorem Argentinensem mandatis (1620-1642) ex archivis
S. Tbomani a Rodolpho Reussio descripta, un vol. in-8o .
Nol7i. Acta Kampmanniana, recueil de papiers divers,
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18 R£VUE d'ALSAGK
relatifs k F. Kampmann^ pasteur h Schwindratzheim, et h sa
famille (4750-1850), un vol. in-folio.
N0M71», 171 b, 171s 171^ 171«, 17lM71»,171h,171i. Cor-
respondance. Journal et autres papiers de famille de
Jean-Georges Kœmmerer, libraire à Strasbourg, 1792-1842,
onze vol. in-4<> et in-folio.
No 172. Album de Salomé Kastner (1831-1856). Un vol.
in-8o oblong.
No 173. Papiers, diplômes, etc. de la famille Lauth (Tho-
mas Lauth, Charles Lauth, Gustave Lauth, etc 1758-1860).
Un vol. in-folio.
No 173*. Papiers du citoyen Massenet, (P. L) député du
Bas-Rhin k TAssemblée l<^gislative, tribun et prof, a Stras-
bourg (1748-1824), un vol in-fol.
No 173*^ . Papiers du chevalier de Mahéde Conrart de la
Richerie ofiicier vendéen, gouverneur du château royal de
Strasbourg (1794-1828). Un vol. in-folio.
No 174. Tagebuch des Stud. theol. Rudanger, 1817-1818,
un vpl. in-32o .
No 174». Rod. Reuss, Xavier Mossmann, archiviste de
Colmar, 1893. Man. aut. in-4o .
No 175. D. Pichler, (Arzt in Strassburg). Funken vom
Heerde der Freundschaft, Tagebuch (Mystisches) yon 1788-
1789. Deux vol. in-8o .
No 175». Jul./îa^^^e6er(déc. en 1893) Briefwechsel (1869-
1892)» Deux vol. in-8o .
No 175 *». Jul. Rathgeber, Varia zur elsœssischen Geschich-
le, besonders der Famille Pfeffinger, Un vol. in-fol.
No 1776. Papiers divers relatifs à la famille Reisseissen
(1692-1833). Un vol. in-folio.
No 177. Papiers d'affaires de la famille Rilter k Huningue
(XVIII-XIXs.). Un vol. in-folio.
No 178. Louis Schnéegansy archiviste k Strasbourg, Corres-
pondance originale et papiers officiels, trois vol. in-folio.
No 179. Notice biographique anonyme sur Schwilgué (J.
Bapt.) mécanicien. Un vol. in-folio.
No 179 ». J. W. Baum, Notizcn ûber /. Georg. Stuber,
Pfarrer im Steinthal. Un vol. in-folio.
No 179 *>. Briefe und Papiere aus dem Nachlass von Adam
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MANUSCRITS ALSATIQUBS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 19
Walter Strobel, Professer am prot. Gymnasium (décédé en
4850), un vol. in-folio.
N*» 180. Documents concernant le fief des Zeyssoîff, vas-
saux des comtes de Hanau-Lichtenberg (1359-1787) Investi-
tures, réquisitions, comptes, etc. Une grosse liasse in-folio.
N« 181. Correspondance originale entre Louis Schnéegans,
archiviste à Strasbourg, et Auguste Stœber, bibliothécaire h
Mulhouse, (1842-1856), un vol. in-S» .
No 182. Papiers divers relatifs h la famille et k la personne
à* Aug. 'Edouard Ct/nzVr, professeur de théologie k Strasbourg
(décédé en 1886), un vol. in-folio.
N<* 183. Fréd.-G. Bergmann, ancien doyen de la Faculté des
Lettres de Strasbourg (décédé en 1887). 'Notes biographiques
et bibliographiques. Varia). Un vol. in-folio.
H. Argentoratbnsia
i. Topographie:
No 200. Andréas Silbermann, Lokal-Geschicte der Stadt
Strassburg. Manuscrit autographe de la première rédaction, un
vol. in-folio.
No 201. A. S., Lokalgeschichte etc. , Manuscrit autographe
de la rédaction définitive (avec appendices), un vol. in-folio.
No 202. J.-J. Frantz, Mémoi'^e sur Strasbourg. — Notizen
zur Geschichte Strassburgs. Man. aut. in-4o .
No 203. DE Morlbt. Notice sur Tenceinte d'Argentoratum,
1860, un vol. in-folio.
No 202 *. Plan manuscrit de Strasbourg et des environs,
dressé vers 1840. Collé sur toile, en porte-feuille in-4o .
No 203 *>. Umrisse der Umwallung Strassburgs im XVi-
XVII»«» lahrhdt gezeichnet von K. Lessing (1887-1890). Trois
cartes en un carton gr. in-folio.
No 203 «.Umwallung Strassburgs nach Specklins Umrissen,
gezeichnet von K. Lessing, (1890), une carte in-4o .
No 204. Reflexions sur les fortifications de Strasbourg par
M. le Maréchal de Vauban, 1681. Un vol. in-folio.
No 205. Verzeichniss der Kirchen, Klœster, Capellen, Spitaîl-
ier und andrer Gebeugen so von Christi geburtbissaufTjetzige
Zeit in der Statt Strassburg aufgericht worden (écrit après
1686). Un vol. in-folio.
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iO UMVVR U*ALSAGI
S^ 208. loh. ScHAOfus, Summum Argentoratensium (em-
plum d. i. ausfûhrliche.... Beschreibung des viel kûnstlichen
Munsters zu Strassburg. Texte copié sur Timprimé, avec errata
et additions. Cent quatre vingt quatorze p. av. gravures in-i*» .
N® 209. I. ScHAD^us, Texte imprimé en 1617 avec appendice
manuscrit sur les pasteurs de la cathédrale du XVi« au XVU«
siècle Un vol, in-i® .
N^' 210. Abbé A. Ph. Gr\ndidibr, Supplément aux Essais
historiques et topographiques sur Téglise cathédrale de Stras-
bourg ; copie manuscrite moderne in-4<> .
N<» 211 . A. W. Strobel, Das Munster zu Strassburg, Man. ori-
ginal, in-folio.
N<> 212. Loi is ScHNéBGANs, Essais historiques sur la cathé-
drale de Strasbourg, 1836. Imprimé avec de nombreuses
notes. Man. aut. de Fauteur. Un vol. in-folio.
N^ 213. Louis Schnébgans, Documents divers relatifs h la
cathédrale de Strasbourg, à rOKuvre Notre-Dame, etc. Un
vol. in-folio.
No 214. LoL'is ScHSÉBGANS, Das Pflngstfest und der RoralTe
im Munster zu Strassburg, 1851. Imprimé avec nombreuses
additions manuscrites de Tauleur. Un vol. in-S*» .
N® 215 Louis ScHNéGGANs, Erwin von Steinbach und seine
Kinder, Beilrag zur Kunstgeschichte des Mitlel-Alters. Man.
aut. in-folio.
N<> 216 Louis Sghn^îegans, Urkunden und Auszûge ûber die
aîten Werkmelster am Slrassburger Munster. Un vol. in-folio.
N<> 217. Louis Schnbegans, Etudes sur la cathédrale de Stras-
bourg. Notes diverses, un vol. in-folio.
No 220. Louis ScHNÉBGANs, Notcs divers sur les églises de
Strasbourg, un vol. in-folio.
N« 221. Louis ScHîîKEGANs, Noticcs et extraits sur Téglise St-
Thomas, un vol. in-folio.
N<» 222. Louis ScHNÉGGANs, L'église St-Thomas, 1841. Im-
primé avec de nombreuses notes manuscrites de Tauleur, un
vol. in-8o .
No 222 ». A FETTri, Rapport k M?*" Tévéque Rœss, sur Télat
et les restaurations a faire a Tcglisc de St-Étienne h Stras-
bourg, (nov. 1860). Un vol. in-folio, planches.
No223. Liber variarum rerum uti bonorum venditorum.
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MANUSCRITS ALSATIQUKS D« LA BIBLfOTRlkQUK DE STRASBOURG 21
emptorum, donatorum, etc., una cum colligendis praelatura-
rum, canonîcatorum, etc. Capituli S. S. Michselis et Pétri
vulgo Senioris dicti. (Man.duXV<^ siècle) un vol. grand in-folio.
N<> 224. Excerpta ex cartulario Sancti Stephani Argentinen-
sis anni i604. Man. du XVII« siècle, in-folio.
No 225. Jos. ScHWEiGH^usBR, Historia Commendœ S. Johannis
Hierosolymitani intra Argentinam, (XVIII« siècle). Un vol. Ae
cent soixante dix huit pages in-4® .
N® 230. Pièces relatives à la construction du théâtre de
Strasbourg, i804-18ii. (devis, comptes, etc.) Un vol. in-folio.
N« 231 . Pièces diverses, manuscrites et imprimées, relatives
au théâtre de Strasbourg, depuis la Révolution. Carton
in-folio.
N^' 232. Louis Sghnéegans, Documents historiques relatifs a
l'Hôpital civil de Strasbourg, un vol. in-4o .
No 232 *. Aktenslucke und Excerpte den Strassburger Spi-
tal betrefîend (XVIIl* sièclei, un vol. in-folio.
N® 233. Pièces relatives aux hospices de Strasbourg, corres-
pondances, comptes, délibérations, etc. (1791-1845), un vol.
in-folio.
No 234. J. J Fhantz u. T. W. Roehrich, Excerpte u. Aktens-
tûcke zur Geschichte des Strassburger Waisenhauses ,un vol.
in-40 .
No 235. Louis ScHNéEGANs, Notice sur la Maison des Orphe-
lins à Strasbourg, un vol. in-folio.
No 239. Aktenstûcke den Kupferhammer bei Strassburg
und seine Wasserrechte betreffend. Actes originaux de 1632-
1773. Un vol. in-folio.
No» 240 *, 240*. Documents divers, chartes, actes de vente,
etc. relatifs à des maisons de Strasbourg, pièces sur parche-
min dans deux boites (XIV-XV1II« siècle).
No 243. Prolokolle ûber neue Steinsetzungen im Strassbur-
ger Stadtbann, 1613-1696. Man. orig. in-folio.
No 245. RuD. Reuss, Geschichte des Neuhofs, man. original,
un vol. in-40 .
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22 RBVUE d'alsagb
2. Histoire de Strasbourg
N® 250. Fritsghe Closenisr, Strassburgische Chronik, copie
de Strohel faite sur le manuscrit de Paris, un vol. in-folio.
N<* 351. Jacob VON Koenigshoven, Strassburgische Chronik.
Man. du XV« siècle, complété au XV1« siècle. Quatre cent
quatre vingt cinq feuillets m-\^ . Les pages 1-58 manquent,
ainsi que la fin. Le récit s'arrête à Tinvasion des Anglais de
Coucy."
N<^ 252. KûE.siGSHovEN, J. de, Chronique strasbourgeoise, tra-
duction française destinée primitivement au Coe/e rfip/oma^i-
qutdcla ville de Strasbourg, (par Strobel?) un vol. in-folio.
No 253. KoENiGsiîovEN, édition Schilter, 1698, in-4o . Avec
de nombreuses notes historiques manuscrites de Jean-André
Silbermann.
M 255. Louis Schnébgans, Notice sur Closener et Kœnigsho-
ven et leurs chroniques. Strasbourg, Silbermann, 1842,
in-4o . Avec de nombreuses notes manuscrites additionnelles
de Tauteur.
No 256. Louis ScHNBEGANS, Extraits de chroniques alsacien-
nes (Relatio de conflictu in Husbergen, Maternus Berler, etc )
Un vol. in-folio.
No 257. Louis ScHNÉEG.iNs, Notices sur Ellenhard etGodefroi
d'Ensmingen et texte de leurs chroniques. Un vol. in-folio.
No 258. GoDRFRoi d'Ensmingen, Chronique de Strasbourg,
1132-1371, tirée des papiers de Grandidier. Copie de M. J.
Liblin. Un vol. in-folio.
N'o 258 *. Schriflstûcke des Strassburger Rathes und Ande-
rer die Burg Lœwenstein im Elsass betrefTend (1386-1387).
Pièces originales. Un vol. in-folio oblong.
No 258 ^. Aktenstilcke und Eicerpte zur Geschichte des
Schwœbischen Stœ:ltebundes und Strassburgs (1422-1424).
Un vol. in-4o .
No 259. Ausziige aus den sogenannten Annalen Sébastian
Brants, aus der verbrannten Handschrift der ehemaligen
Sladtbibliolhek ton T. W. Rœhrich, un vol. in-4o . (Publié par
M. le chanoine Daclieux, Strasbourg, 1892).
N" 259 *. Auszûge aus Seb. Brants Annalen, aus den Jahren
1517-1.>36, gemacht von Andréas Jung. Un vol. in-folio.
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MANUSGBITS ALSATIQUES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 23
N^ 260. Strassburgische Chronik aus den Imlinschen Fami-
lienpapieren (1500-1593). Abschrifl der Originalhandschrift
auf derUniversitgctsbibliothek. Un vol. in-4*> .
N'o 260* J. Rathgeder, Beilagen und Anmerkungen zu dem
Werke : Slrassbuï'gim XV. Jahrhundert. Man. aut. in-4o .
N<>261. Sebald Bueheler, Chronique strasbourgeoise de
1506-1586, fragments extraits et traduits par Grandidier. Co-
pie de M J. Liblin, un vol. ïn-A^ .
N<» 262. Strassburgische Cronic... biss 1610. Manuscrit |ino-
nyme du XV1I« siècle, un vol. d'environ neuf cents pages
in-folio.
X<> 263. Denkwûrdige Sachen allhie in Strassburg vorgelof-
fen (1424-1615). Man. du XViI« siècle, de vingt cinq feuillets
in-folio, (publié par M. Rod. Reuss, Strasbourg, 1889).
N» 264. J. J. Meybr. Strassburgische Chronik (bis 1599).
Man. du XVII^ siècle, rédaction plus sommaire que celle de
la chronique de Meyer, conservée k la bibliothèque de TUni-
versité et publiée par M. Rod. Reuss a Strasbourg en 1873.
N° 265. J. J. Mbteu, Strassburgische Chronik, copie
moderne du manuscrit de la Bibliothèque de TUniversité, par
extraits. Un vol. in-4o .
N<> 236. Daniel Spegxlin, Excerpta e Collectaneis, a Joh.
Andréa Silbermann, 1760. Man. aut. de Tauteur de la
Lokalgeschichte Slrassburgs. Un vol. in-4<* .
N® 267. Danielis Spegklini Collectaneorum ad usum ChrO'
nici Argentoratcnsis tomi I partem maximan descripsit An«-
dreas Jung. Un vol. in-4o .
N® 268. Danielis Spegklini Colleclaneorum fragmenta quot-
quot reperiri potuerunt collegit Rodolphus Reuss. Trois vol.
in-4« .
N® 269.' Excerpta e Danielis Specklini Collectaneis ab ano-
nymo sœculî XVllI collecta. Un vol. de quarante six feuillets
in-4® .
N» 270. Strassburgische Chronik nach Kœnigshoven, mit
vielen Kiirtzungen, von Verschiedenen fortgcsetzt bis 1607.
Man. du XVII siècle, de 76'J p^igcs in-folio.
No 270 *. Leurs ScnN»iEG\NS et Rod. Reuss, Analecta Speck-
liniana. (Extraits relatifs a la vie de Specklin et à sesœuvres)
Un roi. Mai" .
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t4 BKUm D'AL9iGS
N^» 272. ScHADJ^tii, Oseas, Strassburgisehe Chroaica bi3t
4618, mit gereimter Vorrede voa Michœl Kleiolawel. Man.
du XVII® siècle in-folio. Écussobs et armoiries peintes. Cette
chronique désignée d*ordinaire par le nom du pasteur Schad
qui la possédait, a été en réalité compilée par Kleinlawel
lui-même.
No 27.3. (Michel KLBiNtAWEt), Strassburgisehe Chronik oder
Kuilze Beschreibung, etc. von einen Liebhaber der teutstchen
Poëterey. Man. du XVII« siècle, de cent quatre vingt dix huit
pages in-folio, contemporain du texte imprimé h Strasbourg
en 1623, in-4o .
X<> 274. Chi*onik von Strassburg und vom Elsass, aut
Kœnigshoven und Andern zusammengestellt biss 1660. Man.
du XVII® siècle de mille deux cent quatre vingt deux pages
in-folio-. J*ai proposé de l'appeler « Chronique de Stœdel », le
volume ayant appartenu h la famille de ce nom et y ayant
peut-être été compilé.
N<> 275. Adam Sciiebtz, Strassburgisehe Chronik. Man. du
XVII*' siècle, vingt deux pages in-folio, renfermant les pre-
miers chapitres de cette chronique perdue dont l'original a
péri on 1870.
N*» 296. Johann Jakob Walter, Chronicon Argentoratense,
dus ist Kurtze Beschreibung, u. s. w. 1674. Man. aut. du pein-
tre J. J. Walter, avec dessins et gravures, trois cent un feuil-
lets in-folio- Le texte en a été en partie publié par M. Rod.
Reuss d Strasbourg en 1879 (1618-1648) et h Nancy en 1897
(1672-1676).
N" 277. Johann Jakob Walter, Chronicon Argentoratense,
vXc Première rédaction, plus abrégée, en partie également
autographe, de la chronique précédente, deux cent quarante
neuf pages in-4o .
N"» 278. Joseph IIeinr. Gambs (?). Ëttliche namhaflTte Histo-
rien von der Statt Sliasburg und dem landt umb die stat.
Man. du XVII* siècle, deux cent dix sept pages in-folio. Le
nom de Gambs, qui se trouve dans le volume est peut-être
seulement celui de son possesseur.
\o 279. Kleine Strassburgisehe Chronik (1672-1682). Copie
d'un manuscrit de la fin du XV^ÎI* siècle, k la bibirotbèque dt
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MANUSCRITS ALSÀTIQUBS DK LA BIBUOTHÈQUE DE STRASBOURG 25
i
rUpiyerjBité, cent di:i: sept pa^es in-8<> . (Ce texte a été pubKé
par M. Rod. Reuss k Colmar, en 1873J.
N® 280. Frangisci Rbisseissen Mémorial allhiesigen Staat
belreffend (1670-1710). Copie du man. aut. de la Bibliothèque
de l'Université, un vol. ïn-A^ . Ce texte a été publié par M.
Rod. Reuss à Strasbourg en 1877.
No 281. Francisgi Reisseissen AUerhandt guete bericht und
observationes angefangen anno 1657. Copie du man. aut.
ayant appartenu à M. Charles Œsinger, un vol. in-4o . Le
texte a été publié par M. Rod. Reuss, a Strasbourg, en 1880.
No 290. Ll'dwig Schnéegans, Strassburgische Geschichten
und Sagen, un vol. in-folio. Man. aut. de Touvrage publié
dans \esFeuilleis d'Affiches de Dannbach, et tiré k un petit
nombre d'exemplaires.
No291. LuDwiG ScHNÉEGAN's, Die Schlacht bei Hausbergen
(1262). Man. aut. de Fauteur, un vol. in-folio.
No 29^. Friedrich Johann Schmidt, Stadtadvokat, Summari-
cher Bericht und Erzehiung wass von dem Jahr 1518 biss
auff gegenwaertige Zeit wegen Abschafîung des bapstums
und sonstens der Religion halben in der Stadt Strassburg
denckwiirdigen vorgelofTen, 1628. Man. du XVI1I« siècle»
cent quarante deux feuillets in-folio.
No 293. Prolokolle der Silzungen des Hohen Capitels des
Stifftes Strassburg in den Jahren 1557-1558. Manuscrit ori-
ginal de trois cent quarante neuf feuillets in-folio,
No 294. Georg Keller, Wahrhafflige und eigentliche Be-
schreibung der gliicklichen Schiffart... eines tags von Zurich
gen Strassburg von eltlichen herren vollbracht, 1576. Copie
faite par M. Georges de Wyss sur Toriginal k Zurich, dix
feuillets in'4o . Le texte a été publié par M. Rod. Reuss dans
les Affiches de Strasbourg, en 1878.
No 295. Auszûge aus den Rathsprotokollen der Stadt Strass-
burg, aus den Jahren 1576 (Freischiessen) und 1587 (Diebs-
krieg), un vol. quatre vingt feuillets in-folio.
No 296. Prôtocollbuch des Capitels der Hohen Stifft Strass^
burg, de anno 1586-1587. Man. original in-folio.
No 297. Ordcntliche Beschreibungwelchergestaltdienach-
barlichen buendtQuss der drey stœdt Zurich, Bern upd Strasa-
burg dl^ gêi^eûwœrtige 1588 iabr beslaeii^ ui4 ToU«[)gep
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26 BKTUS d'alsacb
worden. Uanuscrit du XVIIl^ siècle^ soixante et une pages
in-folio.
No 298. Relalio belli Alsatici, Beschreibung des bischoff-
lichen Krieges anno i592. Copie moderne de Toriginal con-
servé aux archives de Saint-Thomas. Le texte a été publié
par M. Rod. Reuss h Strasbourg, en 1878.
No 299. Lettres de Louis XIII, Louis XIV, etc. tirées des
Archives de Strasbourg (1642-1647). Copies modernes, un
vol. in-4o . Le texte a été publié par M. Rod. Reuss d^ns la
Revue (TA Uace, 1873.
No 299 '. Christophori Fokstneri Consiliarii Montispeligar-
densis Epistolœ varias ad Math. Berneggerum, Joh. Freinshe-
mium, Scipionem Scaligerum, etc, (1633-1647;. Man. du
XVII« siècle, soixante quatorze feuillets in-4o .
No 300. Schœffenvorlrag (zu Strassburg) puncto homagii
(1662) etc. Documents rédigés par Gaspard Bernegger.
Manuscrit du XVII« siècle, quarante neuf feuillets in-4o .
No 301. J. Frantz (?). Kurtze jedoch grûndliche Erzehlung
wie und auss was Ursachen die Statt Strassburg sich der
Cron Franckreich gewalt und protection un tergeben, 1681,
manuscrit du XVII® siècle in-4 o.
No 302. Lettres de M. Obrerht, T. I (uniquej. Correspon-
dance officielle du préteur royal de Strasbourg, Ulrich
ObrechI, avec le syndic royal J. B. de Klinglin (1688-1701).
Copie certifiée conforme, du XVII1« siècle. Un vol. in-4o .
No 303. Correspondances parisiennes de Christophe Gûnt-
zer, syndic royal de la ville de Strasbourg, 1681-1685. Un vol. de
cent quatre vingt cinq pages in-4o . Le texte a été publié par
M. Rod. Reuss k Paris, en 1890.
No 308. Description du catafalque que le maftre des céré-
monies a fait faire dans TÉglise cathédrale (de Strasbourg)
pour les pompes funèbres de Mgr le Dauphin, 1765. Man.
contemporain de quatre pages in-folio.
No 309. Joh. Jak. Frantz (déc. 1818) Anmerkungen zu llerrn
Profesfior Blessigs Jubelrede, 1781. Man. aut. in-4o .
No 310. Agenda et notes autographes de M. Gérard, prêteur
royal de la ville de Strasbourg, 1781-1784, un vol. gr in-8o .
No 312. Ilistorisoher Versuch ûber die erste Begrûndung
und Eimreiteruug der Siadt Strassburg aus den alteû Gescbicbl-
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MANUSCRITS ALSATIQUBS DB LA BIBLIOTHKQUE DC STRASBOUBO 27
schreibern erwiesen. Manuscrit anonyme de la fin du
XVIll* siècle, in-folio.
N« 312 *. Varia Collectanea den Ursprung, die Freyheilen,
die Regierungsform und vornehmlichen Schicksale derheuli-
gen Reichstœdle in Deuischlaud wie auch der Stadt Strass-
burg insbesondre. Man. anonyme de la fin du XVIII^ siècle,
deux vol. in-folio.
N® 315. Correspondance des députés de Strasbourg k l'As-
semblée nationale, et autres pièces tirées des Archives munici-
pales, (1789-1793). Copies modernes endeux vol. in-4». Le texte
a été publié par M. Rod. Reuss, h Paris en 1881 et 1895.
N« 317. Strassburger Beschwerdeheft, bei Gelegenheit der
Reichstagswahlen (Zunft zurSteltz), 1789. Manuscrit contem~
porain in-folio.
No 318. Procès-verbaux de la Société de la Révolution éta-
blie à Strasbourg (15 janv. 1790-18 mars 1791). Man. orig.
de deux cent quatre vingt huit pages in-folio.
N® 319 Lettres autographes de Théophile Schweickhardt,
pasteur h Téglise St-Nicolas de Strasbourg, relatives k son
abjuration pendant la Terreur (1795), un vol. in-18o. Publiées
par M. Rod. Reuss dans le Progrès Religieux, 1890.
No 324. Geschichte der Blokade von Strassburg, 1814. Man.
anonyme in-folio, avec appendice de pièces imprimées.
No 324 *. JoH. GEOBG KAMMERER, Beschrcibung der Blokade
von Strassburg im Jahr 1814. Man. aut. un vol. in-4o .
No 325. Pièces diverses manuscrites et imprimées relatives
k la souscription faite pour ériger une statue k Kléber, k
Strasbourg (1818), un vol. in-8o .
No 325 *. Diplôme du roi Charles X octroyant k la ville de
Strasbourg le droit démettre les fleurs de lys sur son écusson,
27 déc. 1828. Parchemin dans une bofle en fer blanc.
No 326. Statuts du Cercle patriotique de Strasbourg, et
procès-verbaux des séances du Comité (1832-1834), un vol.
in-folio.
No 327. Ch. Schutzexbbrger, (prof, a la fac. de méd j Lettre
sur la suppression de la municipalité de Strasbourg en 1873.
Man. aut. de quatorze pages in-4o .
No 328. Papiers officiels relatifs a la Garde Nationale (?) de
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18 RBTGI d'aLSAGB
Strasbourg, i 830-1851, registres d'ordre, correspondanees*
registre dVcrou, neuf vol. in-folio.
N<» 329. Varia Argentoratensia historico-polilicaetecclesias-
tica sœculonim XVII-XIX. Documents originaux et copies
françaises et allemandes en un portefeuille in-folio.
3. Constitution
N* 330. Stadtrechte von Strassburg ; « Diss sint der slalt
recht » Man. du XVIeetXVIIe siècle. Un vol. de deux cent
quarante deux feuillets in-folio.
No 331. Stadlrechle von Strassburg, gesammelt von D'Otto
Tabor, Stadtadvokat. Man. du XYIl® siècle, un vol. in-folio.
X^ 332. Jus statutarium Civilaiis Argentoralensis ex collec-
tione Johannis Schilteri. Man. du XVIII® siècle, de cinq cent
trente sept feuillets in-folio.
N® 333. Ein Land-and Polizeyordnung, so in zwei Ordnun-
gen kann getheilt werden, angestellt von D' Georgio Obrgchten
J. C, anno Christi 1611. Man. du XVII® siècle de trente sept
feuillets in-folio.
N<> 335. Collection des Ordonnances de Strasbourg, formée
par M. Gorard, prêteur royal de la ville de Strasbourg ('1482-
1769) avec une double table des matières manuscrite, cinq
volumes in-folio. (Le texte des Ordonnances lui-même est
imprimé).
N» 336. R\THSBUCH, collection factice de pièces imprimées
et manuscrites relatives aux ordonnances, règlements du
Magistrat, etc. Man. du XVI«-XVni« siècle. Un vol. in-fol.
N<> 337. Ordnungen und Mandate des Raths von Strassburg
vom XVIP«" zum XVIII*«n Jahrhundert. Un .vol. manuscrit
in-folio.
N» 338. Strassburger Rathsordnungen, Man. du XVIII"
siècle in-folio.
N» 339. Designatio der Statt Strassburg kayserl. und kœnigl.
Freyheiten, auch andrer Kays. Diplomata. Man. du XVUI*^
siècle, de dix neuf feuillets in-folio.
N® 340 Der Stadt Strassburg Raths-undRegiments-Ordnung
de anno 1660. Man. du XVIII^siècle, dedBui^cBQt soixante troi»
liiagesiii-folit).
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MANUSCRITS ALSATIOUBS DB LA BfBLiOTUÂQUK lil STRASBOURG S^
No34i. Raths-Ordnung eines ehrsamen Kleinen Rathes
de anno 1653. Man, du XYIII» siècle, in-foliô.
N® 342. Kleine Ralhs-Ordnung und deroselben Vorbericht,
de anno 1654, Man. du XVIIl» siècle, de cent soixante quinze
pages in-4* .
N« 343. Artickhell des Kleinen Raths, (de anno 1609?;. Un
vol. man. du XVI1« siècle, in-4» .
No 344. Beschreibung der bei E. E. Kleinen Rath der Stall
Strassburg eingefûhrten gerichllichen Form. Man. du XVIIl*
siècle de soixante neuf feuillets in-folio.
No 345. Id. Man. du XVIIle siècle in-folio.
No 346. Raths-und Regiments-Ordnungen der Stadl Strass-
burg vonXV. zum XVIII. Jahrhundert. Man. divers du XVI1«
et Xyill® siècle, en un vol. in-folio.
N'o 347. Nolizen ûber die Rathsverfassung Strassburgs mit
philologischenAnmerkungen iiber Seneca, u .s. w. (wahrschein-
lich von Prof Malbias Bernegger, gest. 1610), un vol. in-4o .
No 348. Varia Argentoratensia sœculi XVIII. Notizen einer
Strassburger Magistratsperson ûber verschiedene Angelegen-
beiten aus den Jahren 1760-1789, un vol. in-4o .
No 349. Beilacht den Gassenbettel betreffend. Man. du XVn«
siècle, buit feuillels in-folio.
No 351. Description du Magistrat de Strasbourg qui est en
partie perpétuel, etc. Man. du XVlll* siècle, de trente cinq
feuillets in-folio.
No 352. Mémoire de M. Nefî, procureur-général au Conseil
souverain d'Alsace, touchant la question du ressort sur les
bailliages de cette ville et réponses du Magistral. Man. du
XV1IL« siècle, quinze feuillets in-folio.
No 353. Établissements et changements dans la ville de
Strasbourg, pour le bien de TÉlat, de la Religion et du Public,
1772. Man. de trois cent soixante trois pages in-folio.
No 354. Pièces relatives îi retendue de la juridiction du
Magistrat de Strasbourg, 1779. Man. de quatre vingt huit
pages in-folio.
No 355. Papiers et correspondances originales concernant
Valternative dans la composition du Magistrat, 1687-1760,
un vol. in-folio.
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30 HEVUR d'aLSACK
No 360. Ammeister-Bûchlein, was so wohl anfangs bey des-
selben wahl, etc. zusammengetragen 1658. Un vol in-4<> .
No 361. Ammeister-Bûchlein, Oiricium consulis circa elec-
tionem, etc. Man. de cinquante neuf feuillets in-4o , de la
deuxième moitié du XVI1I« siècle, avec armoiries.
No 362. Strassburgisches AmmeisterbQchlein. Man. du
XVlUe siècle, un vol in-folio.
No 363. Wappenbuch der Stœtt-und Ammeisler der Sladt
Strassburg (angeblich vom Strassb. Maler Sebald Bûheler).
Copie moderne par M. de Neuenstein, à Carlsruhe, avec ar-
moiries coloriées, un vol. in-folio.
No 364. Verzeichniss der RathsmitgUeder von Strassburg
von 1190 bis 1333, nebst historischen Notizen. Man. de qua-
rante huit feuillets in-folio, du XVI« et du XVIl« siècle.
No 365. Verzeichniss aller Ammeysler der Stalt Strassburg
zusammengebracht, etc. (La liste cesse en 1603). Manuscrit
du XVII« siècle in-folio.
No 366. Alphabetisches Verzeichniss von Strassburger
Magistratspersonen bis Beginn des XVIII. Ihdts, von Stadt-
Advocaten und Rathsverwandten, u. s. w. Manuscrit du
XVIII« siècle in-folio.
No 367. Strassburgischer Hoher Regimentsstand theilweise
geschrieben und gesammelt von Johann Georg HoltdorfT,
1735. Fragments d'un manuscrit du XVII* siècle, avec armoi-
ries peintes, un vol. in-folio.
No 368. Regiments-Verfassung der Stadt Strassburg in anno
1757. Manuscrit de quarante deux pages in-18o .
No 369. Etat de la Magistrature de Strasbourg en 1765,
trad. de Tallemand. Manuscrit de quatre vingt trois feuillets
in-12o .
No 376. JoH. Phil.Braun, Notariatsbuch von letzten Wiilen,
wie auch Sterbefœllen,u.s.w.Strassburg 1671. Man. du XVIIl*
siècle, de cinq cent soixante et onze pages in-folio.
No 377. J.P.BaAUN,Memeouvrage. Manuscrit du XVlIl«siècle.
Un vol. in-folio,avec registre détaillé.
No 377 *. Strassburger Notariatsbuch aus dem XVIIl.Ihdt.
Un vol. de trois cent quatre vingt onze pages in-folio.
No 378. Franz Heinr. Dautel, Nœtige Anmerkungen ûber
die Verordnungen des Strassburger Magistrats vom 22 April
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MANUSCRITS \LSAT1QUBS DB LA BIBLIOTHÈQUE DB STRASBOUBG 31
1765 ûber die zwoteEhe, 4772. Man. aut. de cent soixante
quatre pages in-4® .
N® 379. TituU bey Gerichlen, auch hohen und Privatperso-
nen, von Notariis, u. s. w., ûblich zu Strassburg. Man. du
XVllI» siècle, vingt sept feuillets in-4® .
N» 380. Diplom als Notarius publicus ausgestellt durch
den Cornes Palatinus Joseph Phit. Bœckler fur Wolfgeng
Courtz, im Nov. 1703. Document original sur parchemin,
avec armoiries, relié en un vol. in-folio.
(A suivre) Rodolphe Rbuss.
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NOTES & DOCUMENTS
POUR 8ERVIB A
L'HISTOIRE DE LA PRESSE
EN ALSACE-LORRAINE
(Suite) (i)
Les deux listes de Journaux et autres Écrits périodiques
réunis a la Bit)liothèque nationale et à la Nouvelle biblio-
thèque de la Ville de Strasbourg (2), sont élémentaires et en
quelque sorte improvisées. Les indications sommaires de ces
listes disent assez que chacune des publications périodiques
désignées attend des informations complémentaires qui cons-
titueront les véritables élémenls de notre histoire de la Presse
en Alsace-Lorraine. La Direction de la Revue a pensé qu'au
lieu de perdre du temps k délibérer longuement, il valait
mieux entrer en matière, même gauchement, et agir, sauf k
discuter ensuite !... s*il y a lieu.
Aux listes dont il s'agit se joindront naturellement les
Périodiques qui manquent k nos collections et que de nou-
velles recherches auront fait découvrir*.
Voici, pour commencer, un absent qui ne doit pas demeu-
rer plus longtemps dans l'oubli. — J. Liblin.
(i). Voy. Juillct-Aoùt-Scptcmbre p. i89 et suiv. — Octobre-
Novembre-Décembre, 189J, p. 433 et suiv.
(2) Voy. p. 434 et suiv. de la Revue, an. 1896.
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IIISTOnu: l)K LA PUKSSK KN AI.SA<:K-L<mHAlXR X\
IV
LE WOCHKNBLATT
• Journal lirlKlomadaire do (loliiiar)
Voué il rinslruction du peuple des campagnes par une
société de vrais amis de la lii)erlé el de Téi^iililé, édile et im-
piimé h Colmar par Jean-Henri Decker, 17î)2-179î^
Texte allemand, une demi-feuille in-8» par semaine.
Le premier numéro, puJilié le jeudi l*^"" novembre 17î):2,
porte, comme épigraphe, cet extrait des Considérations sur
LES iNTxnÈTs DU TiKRS État, par Ral)aut-S*-Klienne :
<i/I en est deVEcangile des droiU de /'/lonune comme de
VÉi^angile des Chrédena: il doit .souffrir la persécution
puisqu'il est une bonne nouvelle pour les humbles et une
folie aux yeux du monde. Il eut démontré jusqu'à l'évi-
dence que riivangile n'est, au fond, que la déclaration des
droits de rhomme : ses mystères furent longtemps tenus
secrets, parce qu'ils étaient contraires aux prêtres et aux
yrands.yy
L'initiative de cette publication populaire, écrite en langue
allemande, puisqu'elle était exclusivement destinée aux popu-
lations de la campagne parlant Tidiome alsacien, a été prise
par M. Blanchard, secrétaire du District de Colmar, au nom
de la Société des amis de la liberté. Sur l'avis du Procureur-
général -syndic, le Directoire départemental du Ïlaut-Rhin,
par décision du liO octobre 1792, a autorisé toutes les munici-
palités a s'abonner au Wochenblatt dont le prix était fixé à
six livres par an.
Cette décision est signée du président Resch et du secrétaire
général Jourdain.
Le texte du journal helxlomadaire est écrit en forme de
dialogue où l'un des inti'rloru leurs enseigne à l'autre les
droits et les devoirs du citoyen, les causes (pii ont îimené
l'éclosion des idées révolutionnaires, la chute de Louis XVI
et de la noblesse, l'émigration et le triste rôle qu'elle a joué
dans rinvasion de la France par l'armée du duc de Bruns-
wick. Et à ce propos, il pubUe dans son premier numéro un ex-
trait traduit en allemand, d'une lettre du docteur Morel, deCol-
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34 KEVIK n'ALSACK
mar alors chinirgieu-niajt)!' h l'armée centrale (1), dont voici la
reproduction qui en donne le sens sinon le texte littéral :
« Longicy, 23 ocfobre 1792. l'an premier de la Ré-
publique française.
« Nous avons investi Longwy hier.
« En arrivant ici de Verdun, on rencontre k chaque pas le
spectacle le plus triste et le plus terrible. On ne voit partout
que dévastation ; partout la mort a laissé ses traces sanglan-
tes. Des cadavres d'hommes et de chevaux en décomposition,
couvrent les bords de la routo nationale, et indiquent dans
la campagne le chemin suivi par les barbares. Mais c'est a
Longuyon, à tnns lieues d'ici, que l'abomination de la désola-
tion a atteint le plus haut <legré : c'est la que l'angoisse devient
navrante, que h'S clieveux se dressent sur la léle et que les
yeux pleins de larmes détournent leur regard, aussi vite que .
possible, de ces horreurs de la guerre. On a transporté cent
quarante sept morts hors de la foret de Longuyon ; parmi ces
cadavres, quehjues malheureux luttant avec la mort, nous
tendaient leurs bras déjà à moitié raidis, et d'une voix qui
semblait sortir de la tond)e, imploraient un adoucissement à
leur triste situation. Deux d'entre eux n'avaient rien mangé
depuis neuf jours et luttaient ainsi pendant ces neuf journées,
épuisés par la terrible dysenterie, avec une mort inéluctable.
Dans un rayon de trois lieues sont couchés plus de deux
mille chevaux morts, dont les émanations vicient l'air et em-
poisonnent lentement les malheureux habitants du pays.
L'ennemi a abandonné <iix canons et par suite du manque de
chevaux, s'est débarrassé de tout son attirail de guerre.
« Épuisement, mauvais temps, manque de vivres, conduite
insouciante et inhumaine des officiers et chirurgiens, sont les
principales causes qui ont réduit \\ vingt mille hommes envi-
ron l'armée prussi(;nne qui, lors de son invasion en France,
s'élevait a soixante dix mille hommes.
(i) Le dortcur Miïfcl, Louis-Gabriel, une «los éminentes person-
nalités du corps médirai de l'Alsace, fondaiour, avecPaira, de S^e-
Marie-aux-Mines. de l'école déparlenientale d'accouchement, fut
maire de Cohnar sous le premier eujpire el plus tard.
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HlSnmiK 1»K I.A l'UK^SK KN ALS.UlK-LonilAINK
:j:;
ce Je termine ici le douloureux récit do nelbi indescriptible
misère dont l'aspect toujours présent îi mes yeux me déchi-
re le cœur. Hier soir a i heures sont arrivés ici ie fils du
roi de Prusse et son cousin ie lils du prince Ferdinand, auprès
du général Kalkreuth qui a commande jusqu'ici la forteresse.
Kellermann leur a fait une visite. Les princes ne pouvaient
assez admirer la belle tenue do nos carabiniers et de nos
chasseurs, ainsi que celle de deux bataillons de grenadiers,
qui se trouvaient en ordre de bataille sur la Place d'armes,
lis repartirent vers six heures. Les Prussiens se retirent au-
jouid'hui et ne laissent ici (pi'nn petit détachement pour
accompai^ner leurs malades.
K Nous recevons à l'instant la nouvelle de la mort de
l'empereur François 11 ».
Dans ce premier numéro du VVochenblatt nous trouvons
une traduction en vers allemands de la Marseillaise, faite par
un patriote Colmarien. L'allure classicjue de ce morceau alle-
mand révèle un écrivain de race et raj)pelle la manière de
Pfeffel qui habitait alors Golmar.
Voici, du reste, cet alsatique curieux :
La Marseillaise traduite en vers allemands par un patriote
Colmarien.
Auf,Jirffder, auf, dem Ta y entgegen,
Der unser Volk unslerhlic/i macht !
SehL wiv so yrimmig un ri rerweffen
Die Tyramipy aufs neu ertrnchl ! (fnsj
lloert ilir (las Hase a ihrer H or de n,
Der wilden Brut, (iehriill und Spoft i
Sie wolle?!. 0 (jerechter (Joli !
Eurli Weih und Kind ini Ami ermorden !
Auf, Burr/er, au f sur Wehr! Erletjt diefloellenbrutî
frlurk ru (his). Es duuf/e hald dus Feld iiir scliwar-
[ses Blut !
W'em drohl mit ihrer Moerderbande
Die raenckenvolle Fûrslenzunft i
Wcm dièse Ketten ? Weni sur Schande
Soil wieder herrschen Unvernunff ? (bis)
rns, Franken, uns f O fern, ihr Lieben.
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•^6 «EVL'E D'Ar.SACE
Fern von uns m/ die Schande dock !
Uns sollten sie das alte loch
Nun tvieder aiif den i\acken schiebe?i I
Auf, Bûrger etc.
Uns Ehr und Gut und ailes nehmen,
Hiesz ihnen hald gerechter Raub,
Und hergettùebene Knechte kaemeny
Uns hinzutreten in den Staub ! (bis)
Dann hienges ab von Sclnven-Haenden,
Zu beugen unseï' frètes Haupt,
Und ihren Treibern waers erlaubt,
Uns gnaedigstWeib und Rulim zu schaenden !
Auf, Bfwgery etc.
Despoten sittert und ihr Schlangen,
Verhaszt sogar an Franzens Thron,
Verraether zittert ! denn empfangen
Empfangen sollt ihr euren Lohn ! (bis)
J)as Vol/i ist da, euch zu bekriegekn,
Und wrnn im Kampf oin lûngling faellt,
So sind in unsre.rneuen Welt,
Statt Fines, Tausend zu besiegen !
Auf, Jifirger, etc.
Dock, Brîider, tnenschliches Erbarmen
Seg unsi^er Herzen liebster Drang f
Schlagt und rersrhont ! — verschont des Armen,
Den sein Tyrann sur Trommel zwang ;(bis)
Des Unthiers nie, das seinem Helden,
Das Bouille gleich, ausfrevler Lust,
Nur sucht die Treu der Mutterbrust
Mit Natter Bissen zu vergelten !
Auf, Bûrger, etc.
Grûnd, 0 Beglûckerin der S ta a te n.
Du Gottheit unsrer Republik t
Fruchtbare Mut ter groszer Thaten
Grûnd auch, O Freyheit, unser Gluck (bis)
Lasz jedem Volk es wohl ergehen,
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HISTOIRE DE LA PRBSSE EN ALSACE-LORRAINE
37
Dus deine Huid mit uns vereint !
Und sterhend noch mûss'unser Feind
Die Freyheits-Fahne glori^eich sehen !
A nf, Brader, etc.
Je ne possède que les cinquante deux numéros de la pre-
mière anné« de ce recueil, reliés en un seul volume. A partir
de la deuxième année le prix de l'abonnement a été porté à
10 livres et par la poste h 12 livres. Les abonnements étaient
reçus k Cohnar, chez Georges Neukirch, libraire, et à Stras-
bourg chez Georges Treuttel.
Sans prétendre attribuer k Pfeffel lui-môme la paternité de
cette traduction libre, qui a probablement été faite dans son
entourage, nous sommes la en présence d'une énigme histori-
que qu'il serait intéressant de résoudre. Avis aux chercheurs
sagaces. C'est déjk un fait curieux et remarquable que cette
éclosion presque simultanée sur le soi alsacien de l'original
d'un hymne martial qui a fait le tour du monde et de sa tra-
duction allemande, publiée le !«"• novembre 1792 dans une
feuille populaire de Colniar destinée h en répandre le texte
vibrant dans les campagnes où elle pénétrait.
Le capitaine du génie Kouget de Tlsle, en garnison k
Strasbourg, a raconté lui-même les origines de son hymne
patriotique, dans un recueil publié en 1825 :
« Je lis les paroles et l'air de ce chant à Strasbourg, dans
la nuit qui suivit la proclamation de la guerre, lin avril 1792;
intitulé d'abord Chant de Varmée du Rhin, il parvint k Mar-
seille par la voie d'un journal constitutionnel rédigé sous les
auspices de l'illustre et malheureux Dietrich (1) Lorsqu'il Ût
son explosion quelques mois après, j'étais errant en Alsace,
sous le poids d'une destitution encourue k lluningue pour
avoir refusé d'adhérer k la catastrophe du 10 août, et pour-
suivi par la proscription immédiate qui, l'année suivante, dès
le commencement de la Terreur, me jeta dans les prisons de
Kobespierre d'où je ne sortis qu'après le 9 thermidor.
(1) Le baron Philippe-Frédéric de Dietrich, premier maire de
Slrasbourg et minéralogiste distingué, dans le salon duquel Tau-
leur chanta son œuvre pour la première fois.
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38 HKVi E d'alsace
Quand les volonlaiivs (le Marseillo Iraversèimt In France
en juillet 1792, pour se rendre à Paris, ils chantèrent tout le
long de la route l'hymne de Rouget de l'Isle el ce fut alors
que le Chant de Varmée du Rhin prit le nom i\v. MAnsEiLLAisE.
Tout ceci est une page d'histoire dont le Worhenhfatt de
Colmar évoque le palpitant souvenir.
Cette publication a-t-elle été continuée ? Il serait facile de le
vérifier k la Bibliothèque de la ville do (lolniar qui doit possé-
der tous les exemplaires parus.
Toujours est-il que la première anné<' se lerinine par un
avis des éditeurs ainsi conçu :
« Le piibHc est prévenu que la publication de ce journal
restera suspendue jusqu'à ce <|ue nous ayons reçu la subven-
tion attendue de la Convention nationale, ou le nombre de
souscriptions suffisant pour faire face aux frai^d'imprrssion ».
Charli's (ùutzwu.leu.
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ÉMEUTE DE LA PIQUETTE
OCTOBRE 1833
t Suite j (1)
II
.... Aux bords riants de l'Ell,
Dans les champs plantureux où croit la Kissibell,
Parmi les bois, les l)lés et les blanches usines,
(lolmar (2j vivait en paix et d'un Riesling gentil,
D'une bière écumante, en son étroit baril,
.\rrosait ses patôs, ses nouilles, sa choucroute
Près du poêle géant qui se dresse à la voûte...
La Uévolution de 1830 vient interrompre cette douce quié-
tude des liabitants de (]olmar en excitant peu à peudesiakMi-
sies et d^s haines particulières.
Les actes du gouvernement et surtout ceux du ministre des
finances ne furent pas faits p^mr les éteindre. Le nom de M.
(1) Vuir p. p. hXTi du dernier trimestre 1896.
(t) Colmar réunit tous le» avantages de la fertilité du sul, de la
beauté du site et de la pureté de lair. (Schgepflin-Ravenez, V. 1?<5a
Le territoire qui entoure la ville est riche dn champs, vignes^ jar-
dins, l'ahri(iucs (id;.
Kii ivi''s-M»''nrourt dans sa Relation du voyage du roi Charles X
en Alsarc(S(rasb')iu'^' IHJOp.dS?; fait aussi im grand éloire de la ville :
« Elle est sihiée au milieu d'une plaine fertile; la cour royale, un
bcirreau nombreux et crlôbre depuis long-temps, un grand nombre
d'emplf)yés cl d'nlliriers en retraite, mais surtout la beauté re-
nia niual)le des IVmnu's font de cette ville un séjour charmant où
l'on trouve la s:)ciété la jnieux choisie ». Voir aussi re que dit des
Colinarienncs le marquis de Pezay dans ses soirées Alsacien-
nes (17).
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40 IIEVIK d'aLSACF.
Humana fui bientôt dans toutes les l)ouches et en bien mau-
vaise part.
Après avoir été injurié par les journaux républicains, il
eut h supporter les caricatures des feuilles satyri({uer..
Le Charivari (J7 février 18î{:2)le reprétcnla en petit? mar-
chande de balais alscienne, costume (|ue l'on voyait alors sur
les boulevards, et dont le d(»ssin était de Daumier. Grandville
l'installa dans sa « (irande ména.uprie royale » sous les traits
d'un nmlet costumé en paysan du Kochersberg et avec cette
légende passablement mordante : « Mllet impiorluclor, in-
humanus, minislrator (mïm^ivah tort) » Deux pains de
sucre rappelaient, croyon^-nou*^. une mésaventure de
Douane (1).
On aurait vile oublié res méchancetés si M. lïumann ne
s'était pas souvenu trop souvent do ses intérêts privés en
balance avec le bien de l'Etat. Il était, entre autres, un dvii
principaux actionnaires de la compa.â^nie des salines royales
et dans sa haine contre la concurrence des comjjaLcnies pri-
vées, il ne craiiinit pas d'user de toutes les iduci'ies adminis-
tratives pour tenter de les délniire entièrement 1:2). Il foula
aux pieds, lui ministre, les plus élémentaires réi^les du droit
et n'agit que par la force. Les propriétaires des salines de la
la Lorraine, de la Franche-Comté et du re&te de la France, un
instant abattus, se relevèrent et continuèrent à faire travailler
leurs ouvriers grùce a la loi et aux tribunaux.
l'n exemple pris dans le département du lias Rhin, sullit
pour démontrer la mesure de ce que lit faire M. llumann
dans le reste du royaume.
Un puits d'eau salée, (aujourd'hui entièiement condjiéj
faisant partie de la commune d'Ilerbilzheim (canton de Saar-
{{) En 18â6 c'était <uni protestant (î), homme de bien, grand dé-
fenseur du tabac, qui fait des discours avec des chifTrcs et vote en
conscience ».
Son discours sur le tabac fut imprimé ave<' Iraductinn en alle-
mand par Khr. St(el>er. Strasbourg', Schulor, 182:2, in-8« 13 p. p.
f2) Il est fâcheux, dit la Revue dee Deux Moufles, pour la répu-
tation de M. Huraann, et de tous ses amis MM. Saglio,^ licrmann
et autres qu'ils soient si indirectement intércs?}ôs à lîi niiae de
ceux qu'ils poursuivent avec tant de vôbpmen^c.
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l'émeute de la piquette 41
Union), était compris dans la saline de Salzbronn près Sar-
ralbe (Moselle; le préfet, conseiller d'Etat,Chapuis d'Arnon-
ville, en verlu des ordres du ministre des finances, enjoignit,
le 31 août 1833, au sous-préfet de Saverne, Théophile Feb-
vrier, décoré de Juillet, d'aller le faire fermer manu militari.
O fonctionnaire arriva sur les lieux avec la brigade de
gendarmerie du canton et le notaire Chaslelain, maire
de Saar-Union. On prétendait, ii tort ou à raison, que
le père de celui-ci était un des actionnaires de la
compagnie Humann. Après lecture faite de Tarrèté, le sous-
préfet demanda au directeur s'il voulait fermer le puits ; le
directeur de la Société Schmidt et Compagnie, en présence
de tous ses ouvriers, répondit qu'il continuerait de travailler
romme par le passé pour donner de l'ouvrage aux habitants
du pays. Après cette réponse énergique, M. Febvrier ne
jugea pas h propos de pousser les choses à la rigueur en
imitant la conduite de son collègue de Sarreguemine, l'ex-
nulaire (loinze. Il retourna h Saar-l'nion par Kekastel où il
[)ut faire signer dans ce village le procès-verbal au maire
d'Jlerbitzheim qui l'avait suivi à pied. Inutile de dire que les
huées des ouvriers des salines saluèrent le départ de « Mon-
sieur le sous-préfet » qui se tira de ce mauvais pas en homme
d'esprit.
Tous les fonctionnaires de Juillet n'agirent pas de même,
entre autres en 1833, à Colmar, le nouveau directeur des con-
tributions indirectes, le vicomte de Croismare(l), remplaçant
un homme fort modéré, M. Condenhoven, qui avait demandé
son changement. Le vicomte crut bien faire en changeant le
mode de perception des droits sur la piquette, le Trinckwein
que Charles Gérard dit être du vin qu'on boit, mais qu'on
aimerait mieux du meilleur (:2'.
(1) Le vicomle de Croismare appartenait à une famille noble de
Normandie pour laquelle Louis XV érigea en 17G7 la seigneurie de
Croismare, près de Lunôville, eu uiarquisal. Un Croismare, lieute-
nant-général des Armées du roi, fut gouverneur de l'École mili-.
taire à Paris, etc.
(2) L'ancienne Alsace à table, Nancy, 1877, 324. La Revue d'Al-
sace a publié poitT la première fois ce charmant livre interrompu
un instant par la critique qui avait cruellement blessé l'auteur.
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42 REVUE d'alsace
Ce changement dans le droit sur la piquette amena la fa-
meuse émeute de la piquette chantée par Laurent.
Colmar, qui n'avait pas eu d'émeulo pendant la grande
Révolution et qui était resté tran(]uiih' on 1830, fut dans les
les journées du 20 cl du 28 octobre \>VM\, le théâtre d'une
sérieuse émeute qui aboutit h la dévastation d'une maison
d'un paisible citoj^en et h rpielques blessés, tant de l'armée
((ue des habitants. I']t tout cela par la faute du directeur des
contributions indirectes, répétons-le encore une fois.
Le professeur Laurent, dans son poème déjii cité, n'a garde
de ne pas nous faire connaître ce qu'est la piquette :
Le reste de la ville était f/iit d'artisans.
De modestes bourgeois, de bons petits marchands.
Et tous ces ouvriers aux champs et dans leurs chambres,
Quand le vin leur manquait, adoraient la piquette.
Pour la bourse indigente et le pauvre gosier,
Pour l'enfant plébéien qu'on berce dans l'osier,
Il est une boisson légère et piquante
Qui ne parut jamais sur la table opulente.
Mais qui, chez l'ouvrier rustique et citadin,
Chez le vigneron même a remplacé le vin.
Pour l'obtenir il faut quand la grappe écrasée,
A sous le lourd pressoir dégorgé sa rosée.
Émietter r\cc soin ce lourd et sec gâteau.
Verser a plein broc l'eau d'un clair ruisseau.
Puis, laissant reposer le tout dans la feuillette.
Soutirer h loisir. ... et voilîi la piquette.
La piquette eut fait fuir Horace, Anacrêon.
Le fisc moins délicat daigne y tremper les lèvres.
Car de tout déguster, vous connaiss<v. sa (lèvre.
Kh quoi ! la France entière (ist sujette ;i mes lois.
Dit-il, vigne, houblon, prune, cerise et noix.
Tout ce que l'on distille a besoin de licence
Et ce liquide seul narguerait ma puissance î
Dit bâtard de la treille et dun canal impur.
Et voudrait, abusant de son état obscur,
Se soustraire à l'impôt et de la populace
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l/ÉMElTE DE L V Piyi ETTE VA
Abreuver sans payer IMnsatiable race.
Mais si par mes refus je ine laissais fléchir.
Le vin même bientôt essaierait de s'affranchir.
Cela ne sera point, j'en jure sur ma vie!
.le m'en vais lui lancer ma fille, la Régie.
Kl le y mettra bon ordre !
On voit h son appel accourir un essaim
De commis acharnés, de receveurs avides.
Aussi Kirsch el Trois-Six, Cidre ou Clairet,
Hien ne peut échapper à leur aiïnnix carnet.
Tous se pressent arm^s d'une lon^up éprouvette
Kt leur œil scrutateur fait pAlir la piquette.
Ils ne prévoyaient pas (jue cette hund)le liqueur
Dans Colmar trouverait un ardent défenseur (1 ).
T«mt N» monde sait que prescjue tous los vi.irnrrons font de
la picjuette pour leur propre consomma lion. Sur le restant
des marc<^ déjà pressés, ils nu'llentd^^ l't'au et le liquide qui en
sort forme ce qu'on appelle la piquette. Tous les directeurs des
droits réunis (2j avaient ad(q)lé un modiis ricendi qui ne
frappait pas de droit ce pseudo-vin et les commis percevaient
le droit sur les vins sans (»xciter aucune réclamation. Le con-
seil municipal, içardien zélé des droits de la cité, était rallié à
(i) En i8:W, l'adminislraliou des contributions indirectes était
représentée îi Colmar par le directeur, le vicomte de Croisniare
le contrôleur de comptabilité (iranduionta^nie, le commis Schnei-
der, le contrôleur Keguard, rentreposeur du Teil, les commis à
pied Arnoux, Leprosse, Heiiriot, Cuenat, Girard et Mioche.
Kn 1S38, tout ce monde aval! disparu de Colmar, sauf le com-
mis de direction Schneider.
(t) De 4815 à 18:20, le département fut représenté par un député
ministériel, M. Moll, directeur des contributions directes qui de-
manda inutilement à la Chand)re que les polices d'assurance au
dessous de 2000 fr. soient exemples des droits de timbre et d'en-
registrement. Otle manjue de jdiilautropie n'empêche pas Tau-
tetir de la Biographie des députés, Paris 18:^0, d'en faire le
portrait suivant : « M. Moll bredouille en parlant, porte son cha-
" peau enfoncé sur les yeux, sa figure sans finesse a une sorte
« d'expression matoise. M. de Lacépède trouverait peut-être qu'il
" ressemble à une orfraie de la petite espù'e o. Le flirecteur M«)II
n en était pas moins un brave homme.
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44 REVUE d' ALSACE
un exercice à domicile qui ne faisait pas crier. C'était parti-
culièrement Tœnvre du directeur, M. de (^ondenhoven, homme
prudent, tranquille et humain.
.\vec M. de Groismare tout changea, la rigueur remplaça
les bons procédés et malgré une décision ministérielle dn 17
avril 1819, il ordonna h ses commis de prendre en charge la
piquette dite Trinckwein et il imposa cette véritable tisane à
22 sols l'hectolitre tandis qu'elle ne se vendait alors que la
somme de 2 francs (1). On faisait donc payer un tonnelet de
vin fait avec du cidre ou avec de l'eau autant que l'impôt
mis sur les vins de Bordeaux ou de Bourgogne ! Cette année
la récolte avait été abondante, le vin n'était pas du Bubberi,
et malgré son bon goût, il ne se vendait pas, et le prix n'allait
qu'à 5 francs l'hectolitre. Ainsi le vigneron qui avait fait
vingt-cinq hectolitres devait payer, outre les contributions,
soixante francs d'impôt pour une denrée dont il ne pouvait se
débarrasser.
On peut juger de la colère des vignerons en apprenant la
décision de M. de Croismare. Après avoir bien pesté et bien
juré contre lui, ils virent avec stupéfaction les commis péné-
trer dans leurs caves, môme dans celles dont les propriétaires
étaient absents ou travaillaient dans leurs vignes. De là,
quelques coups portés aux commis que le directeur avait fait
venir pour aider ceux de la ville et quelques procès-verbaux
qui ne firent que re^^ ubler la mauvaise humeur des vignerons.
liC samedi 27 octobre, après avoir bien réfléchi pendant la
nuit, quelques vignerons du faubourg de Bàle (la Krau-
lenau) pensèrent avec raison qu'il valait mieux boire le vin
nouveau avant l'exercice que de payer un droit qui en repré-
sentait la valeur. Aussitôt dit, aussitôt fait. On exposa le
(i) Foltz dit que la régie exigeait un droit de 40 centimes par
mesure de piquette^ le tiers de ce qu'on payait alors au fisc pour
la même quantité de vin (Le vieux Colmar, 233).
Colmar est citué dans une plaine agréable et fertile, entourée
de collines chargées de vignes, de villages etc., écrit en 1(>85 un
missionnaire de Porrentruy.
J^a culture des vignes et le commerce des vins sont deux bran-
ches d'industrie des plus importantes pour les habitants de Colmar.
11 y a da,as le cantqii de CQllPar (Colmar et Sainte-Croix) 559
hectares, 52 ares de vigne (Auisculager).
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L KMFXTK I)K l\ l'IgUKrrR i.>
liquide devant les maisons et tous les voisins, hommes,
femmes et enfants, tous les passants furent invités k boire
gratuitement. On pense bien qu'ils ne refusèrent pas. Ce bon
vin, pris à ration immodérée, ne tarda pas k faire son effet.
D'une franche gafté on passa aux cris et a'ux discussions dans
lesquelles lesrats n'étaient pas épargnés.Cependant jusque la
le désordre n'était pas grave et l'ordre public n'était pas
troublé. En ville on ne s'en inquiétait pas, on avait confiance
dans l'autorité municipale pour maintenir l'ordre.
Mais l'autorité militaire, avertie par je ne sais qui, crut
devoir montrer à la Krautenau un petit détachement du 26*
régiment de ligne. Les buveurs, pris de vin, devinrent furieux
k la vue des baj'onnettes et, sans aucune provocation, lancè-
rent des pierres aux soldats. La scène devint tragique. Le
commissaire de police, Goll, crut devoir faire les sommations;
on y répondit par des cris en faisant des barricades dans les
ruelles latérales du faubourg et en continuant h lancer des
pierres, un^oldat fut alors grièvement blessé. Le chef de la
troupe, que le massacre d'Oberhergheim avait rendu prudeiit,
ne jugea pas qu'il fallut pousser les choses k l'extrême et
malgré l'avis du commissaire de police, il lit rentrer son
monde au quartier.
Dès que les soldats se furent retirés, la petite fête continua
k la Krautenau ; on continua de boire k même en chantant
des airs bachiques et en hurlant contre les gabelous. La plus
grande partie de la nuit se passa ainsi. La municipalité
avait agi avec prudence et, malgré l'arrivée intempestive de
la troupe, la journée du 26 avait été relativement tranquille.
Ce fut le premier jour de l'émeute.
Le lendemain dimanche 27, les vignerons (1) encore plus
(i) Ils ne pouvaient plus s'assembler dans le poêle de leur tribu
Zum rothen Loëven, rue des Clefs, établissement vendu en 1799
pour la somme dc^risoire de i200 fr. Une rue avait été percée
derrière la maison dans ses dépendances, à un vigneron nommé
llœrter. C'est aujourd'hui une brasserie avec la même enseigne
vis-à-vis la caserne. Metzger, le charivarisé de 4832, était avant
4790, le lieutenant du Steltraeistcr Woltz, président alors de la
tribu et c'est peut-être à cause de ce titre qu'il fut nommé, pour
son malheur sous l'Empire, Directeur des Contributiors indirecle*
du département.
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4() nEviE d'af.sack
irrités que la veille, quittèrent brusquement leurs quartiers
favoris, la Kraiitenau, le Sleinbruckerthor, les environs «le
la rue Turenne et le faubourg de Bâle et pénètrent en ville
aux cris de : Vive le Roi ! A bas les Droiis-réunis ! Ils furent
bien accueillis par rbs liabitants qui discutaient en groupe
sur l'arrêté du vicomte de Croismare. Les vignerons avaient
choisi un chef, un des leurs, nommée Béat Pauli dit le Feld-
marescbal, homme d'un caractère énergique qui les avait en-
gagés à ne pas céder sur leurs droits et îi maintenir, même par
la force, les commis loin de leurs caves. Tl devait en outre ])or-
ter la })arole lorsqu'ils se présenteraient devant le maire. Il esl
à remarquer ([ue le préfel llret qui avait remplacé M. Renaul-
don (I) ([ui laissait les meilleurs souvenirs, était parti depuis
la veille pour Strasbourg aver le général Meyer de Scbau-
eusée. Le maire, les adjoints et les conseillers municipaux
devaient donc aviser à la situation; car le secrétaire général
Gudimar, homme très aimé, ami du préfet Renaulden, était
gravement malade et mourut quelques jours après les jour-
nées d'octobre.
Le maire, à la tète de son conseil municipal, reçut avec
bonté les vignerons, les engagea à se calmer et en les assu-
rant qu'il était pour le changement du nouveau droit de per-
Les vignerons ont loujours ôtô resperlôs à Cobnar; en 18:^3. on
voit Stoil, Laurent et Kirchnor Jean, inonibres du mnsoil nniniri-
pal ; en iSOi, c'est Wuest et (ininingor, rue des <!lnclu»s, est ilu
Conseil de fabrique de l'église Saint-Martin.
Ils n'eurent pus à se louer rn \i\\\'l de rnccMjialion <lo Cobnar
par les suédois : «(^e retour au [louvoir de ceux qui triomphaient ».
dit Dillemanu dans V Annuaire de 1838, ne fut pas exempt
d'égoïsme, de secte et de mauvaises passions. Le j)remier magis-
trat, un Stettmeister, le Bourgemeistre catholique, Laurent
Ohrerhl, déchu de ses fonctions par ordre de Gustave Uorn, voulut
rcprendn; son nu'dier de vigneron, et vivre du travail de ses mains;
les protestants lui fermèrent leurs portes, tous lui refusèrent de
l'ouvrage et cet honnne, sorti d'une importante adminrstralion,
pauvre et n'emportant que sa serpe, fut réduit à mendier son pain.
(1) Le préfet Renauldon, fils du maire de Grenoble, s'était rendu
très populaire en Alsace. M. Bret qui venait d'arriver, avait laissé
une détestable réputation ii Montbrison.
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l-'KMErTK DR LA l'lUl>nTK 47
cepliun et en loiir oronielUint pleine >alislaction ; il assura
qu'il assislerail lui-mcnie auxTisitcs foiles par les commis.
Le docteur Morcl, ne pouvait parler autrement, il atten-
dait le préfet qu'il avait fait prévenir par dépêche, et il avait
écrit au vicomte de Croismare, cause de tout le tapage, ce
qui, du resèe, devait lui coûter cher, car ii perdit sa place
à ce bel exploit.
Le maire le priait donc d'interrompre l'exercice sur la
piquette ; mais le directeur avait répondu d'une manière
négative et il usa de même a l'appel chaleureux que le
colonel de la garde nationale (i) l'avocat Baillet, avait fait en
faveur de ses concitoyens.
Opendant les libations i^ratuites continuaient à lo Krau-
tenauetles vignerons, acconij^agnés d'individus plus ou moins
entre deux vins, parcouraient les rues en proférant les
mêmes cris que le matin. Le maire fit faire quelques patrouil-
les de police et la nuit arrivant, tout rentra dans l'ordre et
rien ne fit présae^er ce «jui allait arriver le lendemain
lundi 28.
On vit dès le matin deicette triste journée des gens ivres
dans la rue, continuant h maudire la régie et le gouverne-
ment. On savait (jue le directeur n'avait pas voulu changer
le mode de perception. Cela donnait lieu k des menaces sur-
tout contre les commis s'ils osaient se présenter dans les
caves, ce dont ils n'avaient garde.
On remarquait comme la veilh» les hommes piis de vin,
parcourant la ville m lés aux vignerons, des gens sans aveu
(1) La garde nationale était forte de deux bataillons, l'un de
grenadiers, commandant Scliniilt C5i3 hommes) et l'autre de
voltigeurs (471 h.) et Michel. Le major se nommait Langlois. La
légion était commandée parle colonelBaillet et \o lieutenant-colonel
Guéprafte. Les capitaines du 1er IJon riaient MM. Chappuis. Srhœp-
fler, Fleurent, Schnmlz, Adurnc el Haussmaun (Logolbacli) ; ceux
des voltigeurs, 2e B'>n : MM. Kœnig, Rilter, Karcher, Schmitt et de
Nejremand. Citons parmi les lieutenants : MM. Eggerlé, Harth,
Antonin, etc. ; parmi les snus-lieutenants : MM. Kolb, Mégard
(depuis premier président à Caen), Yves. Karclier, Faudel etc.
Le petit peloton de cavalerie élait connuandé [tar le lieutenant
Eggcrlé; les ponqiiers par Hirtschlcr.
48 UKvrK d'alsack
que Ton ne voit que ces jours là, et des ouvriers de fabrique
faisant le lundi, citoyens prêts k tout faire comme on le sait.
On continuait L distribuer le vin nouveau, lorsqu'on vint
annoncer l'arrivée du préfet qui commença h réclamer un
escadron du l®"" dragons dits d'Orléans, colonel Thomas, de
Xeuf-Brisach. On ne savait pas ce qui pouvait arriver.
L? général était arrivé vers d3ux heures avec le préfet (pii
consentit enfin h recevoir une députation des vignerons et
des habitants auxquels il assura avec volubilité, que l'exercice
serait moins rigoureux ; il termina son discours par d'autres
promesses qui semblèrent illusoires.
La députation quitta la préfecture assez mécontente et le
soir arriva sans que Ton ait publié aucune des promesses
données par le premier magistrat du département. Cela
donna lieu h des murmures de plus en plus violents et avant
que Ton ait pu deviner leur intention, on letrouva les
vignerons devant la maison de M. Sandherr, rue des Clefs en
face de la préfecture (la mairie actuelle) où demeurait, dans
un logis donnant sur une cour, M. de Croismare. Les vigne-
rons ne parlaient rien moins que de mettre le directeur dans
une hotte remplie de piquette, et d'aller jeter le tout dans le
le canal de la Sinn. Heureusement que le propriétaire avait
eut l'heureuse idée de cacher M. de Croismare dans un pla-
card. Les émeutiers parcoururenttoutcsles chambres lamenace
à la bouche, et n'ayant pas t^'ouvé ce qu'ils cherchaient, ils
abandonnèrent la partie, non sans avoir un peu houspillé le
commissaire de police Goll, et avoir tenté de désarmer le
factionnaire de l'hôtel de la préfecture.
Il fallait cependant une victime aux vignerons; ils étaient
furieux de ne pas avoir trouvé M. de Croismare, et étaient
incertains de ce qu'ils voulaient faire; la nuit s'avançait. Une
voix, on a dit que c'était celle d'un parent, leur persuada
d'aller manifester devant la maison d'Ulric Metzger qui,
disait-on, avait donné le projet d'imposer la piquette, sans
réfléchir k plus et en suivant les meneurs alors nombreux qui
criaient : A mort Meteger ! A mort Hartmann ! (ce qui montre
que les passions politiques poussaient ces inconscients). La
foule se précipita de la rue des Clefs au commencement de la
rue des Bleds, (rue Ignace Chaufîour). La vue de la maiso
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L EMEITE DE LA PIQUETTE
49
hermétiquement fermée, lit redoubler les cris sauvages et
toutes les rues avoisinantos furent envahies. On commença
alors ;i assiéger la (icnieurc du vicllard en dépavant la rue;
en vain des fenêtres du premier étage, Metzgor harangua les
forcenés en invoijuant le respt^ct de la proprl<Hé privée, les
mêmes cris lui répondaient. Enl«Mi(lanl ces sinistres clameurs,
il s'empressa de quitter ses foyers par l'impasse qui se trouve
derrière sa maison.
La ville de Colmar offrait alors un lamentable spectacle.
Des bandes avinées parcouraient les rues au milieu des ténè-
bres profondes; les réverbères brisés n'éclairaient plus et
l'émeute semblait maîtresse La maison Metzi^er venait d'être
la proie des furieux; un volet avait cédé et la foule était entrée
par la fenêtre et commenrait à jeter les meubles dans la
rue. D'autivs plus enrag('»s étaient grimpés au grenier pour
tiécouvrir la toiture. Le tumulte était extrême.
Lo maire, averti du désordre, s'avanra bravement entre le
procureur-général Kossée e( le commissaire de police. Mais
que pouvaient-ils faire comprendre à une foule avinée et ne
sachant plus ce qu'elle faisait 1 Le rappel de la garde natio-
nale avait été battu ; i\i'^ malveillants avaient crevé les caisses
des tambours malgré que ceux-ci eussent eu une escorte. On
voyait bien que la populali<»n tenait pour les vignerons et ne
s'inquiétait pas du sac de la maison M»»tzger. malheur auquel
plusieurs personnt^s pouvai(Mit elre exposées.
Aucun garde national n'avait paru. Le mal était à son
comble, on ne savait conmienl y remédicM'. Les gardes requis
a la maison commune avaient refusé de niarclier sous prétexte
que c'était une aflViire de nabelous qui ne les regardait pas !
Le maire fit battre un second rappel vers dix heures du
soir (chacun alors tenait à garder -a maison: ce rappel eut
autant de succès ((ue le premier. On ntî vit qu'une vingtaine
d'otïiciers et une ciiupiantaine de gardes nationaux au lieu
(lu rassiMnblemenl. Que poi:\ail-nn faire avec ce petit groupe
(l'iKunines conln» quelques niillieis d émeutiers ? Le colonel
IJaillet lit luarcber inulilemenl sa inMite trou[)e; il ne put
percer la foule compacte dans es rues étroites du vieux Col-
mar Enfin, après mille peints. I" maire parvint 'a la maison
50 RRVUE d'ALSACK
Metzger et la fit occupe r r:i chassant les occupants. 11 faisait
noire nuit.
La troupe n'avait j^a^ »'\ » nppoléo cl il fallait ro|)en(lanl
rétablir l'ordre, l.c j>n'IVl arriva oulin avec un détachement
du 26® et un escadro!) de diauuns. venus de Neuf-Brisach.
On avait en outre envoyé des ex[)rès pour faire venir deux
batteries de Schlesladt el de la troupe do li.^ne de Ikdforl.
A l'arrivée des draij;oiis i\m voulaient (b'blaytM' la rue, trois
coups de fusil partirent i!u cùlé des vii^nerons. L^s journaux
dirent qu'un dragon fuLbl'ssé grièvement (l), el mourut le
lendemain à rhùpital de-; Calherinettes (2). Il dut n'être i\\io
blessé. L'avocat Sandlii-r.' dans sa relation de l'éuieut»' au
Courrier du Bas-fi/ii/f. n'en parle pas.
Enfin la lassitude iraL;iia tout le momie, lesdrapm- .ivaient
déblayé la rue, l«^s vignerons s'étaient depuis loiiiih'inps
presque tous retirés ; les gens sans aveu l(^s sr.ivirenl cnlin.
La place fut libre. Mais avant de rentrer cliez eux. !!•> « uiîmi
tiers allèrent ravager le jardin Metzger près la porte de B de.
('c fut leur dernier exploit: force resta à la lui. La triste jour-
née du 28 octobre était finie, l'ii jeu:i(* îioinmc avait été blessé
du coté des vignerons.
Le mardi 29, rm se leva anxieux. 0;j\illail-il se passor ? On
entendait dans les rues les sourds roul< nii»nl>» du «anon et
l'infanterie et la cavalerie occupaient Ins pl.nrs. Si réjncido
continuait elle serait bien rerue. Le lonscii niuniri|Mi s'^'lail
déclaré en permanence. A sa réunion, piu- d'un ronseillor
s'éleva contre la conduite vexatoin' des nnpîtiy^ s tt surtout
contre celle du directeur, cause» de (oui b' d««.r-.lr(\ O.i apprit
tout d'un coup, que par un motif faci'e ;: ( x; iiqi <'r. il 'onsen-
tait enfin k l'abonneine il. Il mellail ainsi \o m i. h'' \ la ni.iin
du conseil qui, sans s'iiupiiéter plu^ loin. Il (l(? su.iie ; uMu r
l'heureuse nouvelle i)ar le commissjiii'e de ])ulire. a.:euiiipagn''!
d'un détachement «b^ la ganle nali(H)alc.
(1) Les registres de la mairie no .siiTiialciil (ju'un «Ircès \v \H
novembre, c'est celui de (ili.'iliiuicls rlaudc. c'.ii'iUii'j'r jhi 'M tViw-
tilleric, âgé de 27 ;;ns. jié à IJMH'^'-Laslic (Pny-dc-IN.uuv.
(:2) Courrier du Bafi-Hhin, 'M orlubre [KV.). W y ûv.-iil cmore
uu autre journal en Alsace, iulilulc : Journal du Ilnul et ./..• /;..^-
Rhin. Il était officiel et rornplait peu d'abuunés.
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L EMRT'TE DE LA PIQUETTE
51
Cette nouvelle causa une grande joie à la population encore
toute abasourdie de l'ômeule de la nuit. L'aspect de la ville
avait complètement elinui^p. les \ iuinuTjus qui n'avaient pas
paru dans la matinée, liMuoiirnaioiit leur satisfaction par de
n(ïuvelles libations auxquelles étaient conviés les passants, et
la journée se termina ain^i.
Mais le lendemain, on commenr-a à réfléchir sur la soirée
du 27. On répétait que le parquet avait été saisi et qu'il y
avait déjà une \\>[o d'émeutiers contenant entre autres Béat
PauJi qui allait être mis en prison. Par ciuitre, on sut que le
directeur vicomte d»» (j'oismare, était destitué: digne récom-
pense de sa brutale conduite.
Sat isfaction avait donc été doiuiée complètement à Témeute.
On c'onlinuait d'arréicr d(» prét<Midus coupables, entre autres
iinr (ille de dix-neuf ;in>. prévenue* de recel d'objets de la
maison Metziçer. Les [>ersonnes arnHées étaient prévenues de
réunions illicites ayant pour but de pilier et d(» détériorer des
elVets et iU^^ [U'opriétés mobilières.
Les arrestations maintenues se montèrent h trente et une.
On peut juger de la désolation qui régna en ville.
La conduite des dr.igons (1) fut admirable pendant le
cours de l'émente; ils ne s<* servirent pas de leurs armes et
se contentèrenl de (b'blayer l'^i.îenuMit b^s ru<»s étroites où se
tenaient les vign(M'ons. Les gronp.'s disp(»rsés un moment se
refuimaienl «le nouveau aux cris : A mort Melzer! à mort
Hartmann! La Iroupo campa en paille sur le tbéAtre du
désonlre el les bourgeois pureiil dorniii' Irauipiilles,
(4>ll arriva à Nenf-lîris.icli. eu ■.,\-\\\ liS T. nue [lènihle aventure au
preuiier flniiîous : t'u sous- iiii:er i\re. uuuuié t* leliard — nom
prédcbtiiu' — se mit à «ricr d^iis tnir brasTJCjic : \ ive la Républi-
que î lurarcêré dans h; |>ris »u du r'<rps, il eu lut extrait et conduit
à (>>bnar au IjouI de (jualre j'turs ..xecies uienoles et la chaîne au
C')l. Après Irnis |')urs. il liil Ir.i.isIV'r.' a S- ras}»)Ui';: p;)ur passer au
r.ousi'il (le «(uerro.
Le lendemain (W. rarresl;.!ioii du uian'eluil des I 'gi.s. le général
de Sfhaueusre jieeourul in<[ie('l«'r le r \i:i!ueu! . Après une allocu-
tion Hsse/. s»''v<'re. il teriuiii." par \c (ri de : \ ive le :i')i î Les cavaliers
vexi'S d(» la uien-iui.il»' r<'-irrei.l uniei>. et îe i^n'-u/ral désappointé
{<r.».Ljiui e«'s ui /.s ; c( Je v r ; l)i('ii ([\ïc P x'hard u'csl pas le seul l ».
■M. Liiss'.unie. lieuleuùiil-col ;.<'l d rli.t-ui.i [or reuiplat^a le 14
novpiuh.'-e \ :\i M. Gladv dans le . iiuuiauuiMn'^ir» de la plaoe.
A
52 REVUE D* ALSACE
OÙ se réfugia, dans la lurit du 27, le vieillard dont on avait
dévasté la maison? Joan l'Iric Metzger était né a (]olmar le
20 septembre 1752. Son p^e était médecin-physicien de la
ville. Après avoir cir.dic la théologie à Tubingue (un de ses
oncles était pasteur dans les Indc-^ hollandaises) et le droit h
Strasbourg, il revint dans sa ville natale où il travailla chez
un procureur, M** Braconnot. Ennuyé de la procédure, il se
livra aux expériences agricoles à la mode alors; il préconisa
l'abolition des jachères, l'élevage des bestiaux, la culture de
la garance (il livrait la sienne à la maison llaussuianui l'usage
du trèfle et des plaides fourragères. Entre temps il Hv-ju Mi-
tait fort la sociéh' du pn^'lr» PfefTol et les amis de celui-ci
devenaient ses amis.
Les études agronouii.|ues firent connaître le jeunr lunnine.
Il fut nommé en 1784 du consed de la ville, puis au mouuMd
de la Révolution, il s'en déclara un des adeptes, fut clii
député suppléant en 1789, puis membre du 'lislricl, du con-
seil général du département (burctau du bien public, du
déparlement), juge suppléant, etc , elc. Il était encore jeune,
aimait le travail. (> fut la belle épojpu^ do son existence. On
le vit éloigner Euloge Schneider et son sombre attirail, pro-
téger les pasteurs protestants, etc. L'amitié de Kevvbell le lit
nommer commissaire du gouvernemenl pour la réunion de
Mulhouse k la France et les habitants, connue souvenir, lu'
offrirent un vase en vermeil haut de 40 ccntiuu''tres, chargé
d'ornements ciselés et reposant sur un plat en argent et por-
tant cette inscription :
La RKPiBLigiE de Mi uioisk
REMET LES CLEFS DE SA VlLI.i:
AU crroYEX Jean - Uliuc Mefzueu
COMMISSAIRE DU DlRECTOUtK EXK:iTiK,
EX SUITE DU TRArrK CONCLU LE 0 PLUVIÔSE AN VI
ENTRE LUT ET LES SIX DÉPITÉS SUIVANTS DE MuLIIOUSE !
Jean lloFKn, Josué Hofer,
Paul Hucuenin, Jérémie Kohxiilin,
Jacques Kiiechlin, Sébastien Sim*:ulln.
Le 18 Brumaire le trouve du Conseil des Cinq-Cent*^. Il y
adhéra et entra au Corps législatif, et n'en continua pas
moins de voir Rewbell et Rapinat alors en complète dis-
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l'kmevte dk la piquette o3
grâce. Ce dont se plaignait un préfet, l'ex-prctre Marié Noël,
auteur de tant de compilations classiques. Nous avons déjà
dit que Napoléon Tappela pour son malheur à la direction
des contributions indirectes du IJaut-Rhin. Il n*y resta que
quatre ans et retourna à ses études favorites et c*est avec
raison que Laurent dit de lui :
II était dans Colmar \n\ citoyen tranquille,
Habitant tour à tour la campagne et la ville^
Riche et de l'indigent dans les temps malheureux,
Accueillant la prière et prévenant les vœux
Et c'est ce brave citoyen dont la maison fut saccagée! Les
haines politiques sont quehjuerois bien injustes ! L'Annuaire
de 1833 disait de lui : « Les essais de culture de vers h soie
« et spécialement ceux de M. Metzger péro h Colmar ont
<( prouve que cette branche d'industrie pouvait prospérer
« dans le département. » Son fils était aussi un philan^
thrope; il s'occupait surtout de la race ovine et de son perfec-
tionnement par les mérinos.
Le vieillard, forcé de quitter précipitamment sa maison,
par une froide nuit d'hiver, ne fit plus que végéter. Il s'étei-
gnit trois ans après le sac de sa demeure en 1836, âgé de
quatre-vingt-quatre ans.
Il a publié : Observations sur la nécessité de conserver
a Colmar le tribunal d'appel (sous l'empire). Paris, Baudouin,
in-80, 10 p.p.
Son portrait, gravé au bistre par Lebert, d'après Casimir
Karpf, se trouve au musée des Unterlinden.
Comme on l'a vu, la garde nationale avait été plus que
tiède pour répondre à l'appel du maire, le 28. Elle avait bien
ir.arqué sa sympathie pour la cause si juste des vignerons,
mais il n'y avait rien de politique dans le fait. Des esprits
méchants firent cependant accroire au docteur Morel que la
garde citoyenne avait été poussée h la désobéissance par des
meneurs des sociétés secrètes! Le maire, enchanté de se
débarrasser de cette cohorte en armes, adressa le 30 octobre
le rapport suivant au Roi :
Sire,
Des désordres ont eu lieu a Colmar, l'action de la loi a été
interrompue. La voix et Texemple des magistrats qui appe-
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*>4 HEvct i}'al>ai:k
laient la gard»» nalionale ;i romplir h* juvinior «le ses ilpvuiis.
celui (le niainlt»nir l'oljôissaiiei^ aux \n\< o[ «li* ivlahiirla paix,
publique, u'onl rlo cnlondus (pu* par ronl ,i.^•lr^l(^s ualionanx
sur onze ceiils Honl -«<' «•omposf» la ^^anl«' iialiniiali» (h? (ioluiar.
Son chef iuulrrois, M. !«' i nUmel Haill»*!, a (Irploy»' un cou-
rage et un dévoueiinMit (pii cJicn haicnl «i voiler le lort (l(î ses
camanules. Tout en lui rendant «•«• lénioiirnai.^» ainsi qu'aux
riloyens qui ont répondu à rap;>f^i do la lui, j<' n'iMi dois pas
moins aux princip*'^ rons"rval<Mus «l.» .cite insiilulion, de
signaler à Vfdre Majc^lé la «un.hiilr <l ^ la i:.ii(l(* nationale de
('olmar et d«' lui propo^ci- d'rn ordonner la «li^^olulion.
Sur le ra[>p()rt du niinihlre de l'intérieur d'Aruoul, Louis-
Philippe s'einpre^^sa de rendre l'ordonnance Miivanle :
« La garde nationale de ('olniar (llaiit-Hliin) est dissoute.
« Elle sera innnédia terne ni réoriianisi'e. o
Cette mesure. hlAmée par ton ^ le^ journaux de l'opposi-
tion, déplut énormément aux (iolniarirns et fit de nouveaux
ennemis au docteur Morel.
Il ne resta plus en ville qnt^ les sapeurs-pompiers comman-
dés par le capitaine en })remier Hits, hier et le capitaine en
second, l'hôtelier des l)^»ux-(!lefs. Hieilenach.
La garde nationale de (iolmjii" el le directeur des contribu-
tions indirectes avaient donc été piniis à caus(» de l'émeute
des ^6 et 28 octobre d).
Nous avons dit que les arreslalions maintenues se mon-
tèrent à trente» et une. Treize? incul|M's durent passer le :2S dé-
cend)re dans la session extraordinaire de ce mois. || y avait,
Jean-Daniel Karcher, 43 ans. ])ro}>riétaire parent de Melzi^en;
(I) Dans l'.ul le myauine, «les ImuMcs avaieiil éclaté à cause
des mesures lisrales sur le via. A Cii.-.lr; r-î'.fiix. 'es vi^Mierons qui
voulaieid niei;n^ en liher!»' leurs r? m r;.(l,s dt .fuus en pï'ison,
furent repouss- .*•. j ;.r ii s (.\\ liers ,!ii :. iu.
A Aubiêrcs, un jour de niarcln', « n piMidil (ju.* Ire rats fi l'arlire
de la Lil>crté avec celle inscription : A Iwis l(^s 11;. Is! S'ils se nion-
treut ici, ils seront j)ondus coiuiuc leurs Irèrcs. \itiJà la condam-
nation dos l{ats! etc.
A lJar-le-l)ur, on Vf.yail au i'.i-.ïr (1«\^ Oiseaux, d;ns une vilrir.e,
trois rats en train de jaui^or un tonnc.ai. Le cjuj) d'i'Uat do 18j1
lit disparaître cette innocente cliariie. La terreur blanche était
à l'ordre du jour en ce niomenl.
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L*ÉMEUTK DE I..V PiyiBTTE 55
Nicolas Wuesl, 35 ans, vigneron; Laurent Mayer, même
âge, maçon; Ursule Wendiing, 19 ans, servante; André Dor-
thaler, 33 ans, vigneron; Jean (iralT. 55 ans, teinturier;
Antoine Stockniever, 52 ans, jardinier; Jean Siehert, 30 ans,
vigneron; Jean Haller, û'\ ans, mémo profession; Frédéric
Fischbach, jardinier; Hoeliret, domestique (fugitiO ; André
Béat, 43 ans, et Jean-Benoît Bastard, :20 ans, vignerons.
Comme Ton voit il n'y avait (jiie six vignerons prévenus,
contre un propriétaire, deux jardiniers, deux domestiques et
un maçon
Quatorze prévenus passèrent eu police correctionnelle.
Beltzinger, Mehr. Kuehs, A. ilenVlé. Dreise, Kraptiell, Dor-
Ihal, Ficlibach et cinc] cpii avaient déjà paru devant la cour
d'assises : Wuest, Mayer, Béat. Ilaller et Bastard. Ils pas-
sèrent le 6 janvier 183 i devant les juges du tribunal civil qui
durent acquitter les prévenus comme avait fait le 30 décembre
précédent la cour d'assises par la boucbe du jury. Ces der-
niers étaient prévenus simplement de ne pas s'être dispersés,
après les sommations faites, ec qui était assez anodin.
lI<\lons-nous de dire cpi'à la lin de novendjre, neuf habi-
tants de Colmar avaient liéiiélicié d'une ordonnance de non
lieu : les trois frères Steiulé, Cbaleaubodeau, Joseph Gril-
ninger, Jean lleister, J. Buhl, JeanEberlé J. Ilaumessel.
Ainsi de tout ce long procès, il ne restait plus rien que la
garde nationale dissoute et h) directeur des contributions
révoqué net.
Les vignerons étaient vain([ueurs sut toute la ligne, les
juges les avaient acquittéset le droit sur la piquette avait été
fortement abaissé.
Us avaient raison de se plaindre, car le notaire Félix Ghauf-
four disait déjà au roi Charles X en 1828 :
« Une grande partie du peuple gémit, Sire, sur les mesures
tt ([ui entravent généralement les vignobles et plus particu-
« lièrement le nôtre dont les produits sont privés de leur seul
« écoulement : c'est la plainte de nos montagnes; tandis
« que la plaine regrette, de son côté, une autre culture jadis
« prospère pour elle. »
Et maintenant pour résumer en quelfiues mots Témeute de
la piquette, citons la dernière phrase de l'avocat Charles
.">() KEVi K i»'al>aci:
Saiidherr, iiiHiuhrc du conseil miini(ij)al, lirée do sa lelln*
au Courrier fin lUm-Rhin du 5 noveud>re : ^ (lotte révolte.
« écrit-il, est la preuve que le peuple n'a ju<(ju'à présent
a rien appris, rien obt^'iiu de la Révolution de Juillet que la
« science de dépaver et de harrieader ses rues ! »
APPENDICE
COt R IVASSISKS 1)1 nAt'T-RlllN
Andipncp du 28 décnubro IS3H.
rHKSlDENfM-: DE M. DE GOLBÉRY, CONSEILLEH A I.A COUH
Les prévenus Karcher, Wuest, Mayer, Grafl", Ursule Wend-
ling, accusés d'avoir, dans la soirée du i!8 octobre dernier,
fait pallie de réunions ou bandes qui se sont livrés à force
ouverte au pillage et au dégAt d'elfels et de propriétés mobi-
lières ;
Karcher, Maytîr, Dort ha 1er, accusés de s'être rendus com-
plices de ces |}illages et dégîUs ci-dessus qualifiés et pour
avoir, avec c<»n naissance, aidé et assisté les auteurs et dégtUs
dans les faits (jui les ont préparés ou qualifiés.
Ursule Wenliing, accus«'e de s'être rendue complice des
pillages et dé;:\:ls ci-de>sus qualifiés ri pour avoir sciemment
recelé tout ou pnrtic des objets pillés ;
Stockmeyer. Siebert. accusés de s'elre rendu-; «'omplices de
pillages et dét'ùts ri-de-sus qualiliés et jxiur avoir, par des
discours et des cris proférés dans les lieux publics, provoqué
les auteurs de ces pi lia ij es et dégî\ls à les commettre ;
Wuest. Mayer. (iralV, Stockmey(U\ Siebert. Ilaller, Fisch-
bach, Bœhrct. Béat. Rastard, accusés d'avoir fait partie d'une
réunion de vingt personnes armées, qui, dans les soirées des
-t3 et 28 octobre derniers, ont résisté aux violences et voies
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l.'h-MEUTE DR IJ^ PIUL'KTTE 57
de fait à la lorce publique agissant pour Texécution des
lois M),
Karcher, Béat, Bastard, accusés de s'èlre rendus complices
de la rébellion ci-dessus qualifiée, pour avoir provoqué par
des discours ou des cris proférés dans des lieux publics les
auteurs de ladite rébellion à les commettre,
Le substitut du procureur général M. Rielf (depuis premier
président) occupe le fauteuil du ministère public. 11 a parfai-
tement reproduit les divers faits de Taccusalion (1).
Les témoins à charge sont au nombre de 57 qui ont tous
comparu sauf le lieutenant Chavillard et un sergent du 26«.
Ces derniers s'étaient fait particulièrement remarquer par
leur fermeté et leur ménaiçement envers les citoyens.
Le prennor témoin esl le préfet Brel dont la déposition, Ibrl
longue sur des fails icénéraux, reconnaît parmi les accusés
un homme (jui a «Mupérhé le factionnaire de la préfecture
«rélre désarmé, M. Bret. a toujours été très convenable et
très impartial. Il a été écouté avec beaucoup d'attention.
Le docteur Morel a également raconté les diverses phases
de rémeule, il a principalement appuyé sur les causes du
marasme du peuple, Pimpot et l'obstination d'appliquer aux
Alsaciens des lois (jui ne peuvent convenir à notre province.
Les droits sur la picjuelte ou le Tîunckwein sont moins
fAcheux en Champagne, à Bordeaux ou en Bourgogne, où
cette boisson se prépare tout autrement, mais ne peuvent
s'api)li(|uer sans vexation à notre pays où le Trinckwein se
fait avec des marcs déjà pressurées. Le gouvernement avait
autrefois compris cette dilVérence, si bien qu'il existe une
circulaire de 1819 qui exempte nos picpiettes de toute rede-
vance; mais depuis on en est revenu aux anciens errements.
Pour prévenir des désordres ultérieurs le préfet et le maire
avaient offert de faire accompagner les employés par un offi-
cier municipal, mais M. de Croismare s'y élait opposé avec
beaucoup d'humeur. On a dit au maire que Mayer et Dor-
thaler avaient crevé la peau d'un tambour; quant à Karcher,
il se trouvait dans la maison Metzger et ce fut lui qui apporta
de la lumière ijuand il put y pénétrer. Le colonel Baillet rend
compte des scènes des 2G et 28 octobre. Il fit d'inutiles efforts
(1) Courrier du Bas-Rhin, 31 janvier 1833^ loret 2 janvier 1834.
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58 KfivuE d'alsacé
pour rétablir Tordre et réunir la garde nationale. 11 ne sait
rien sur le pillage de la maison Metzg(M\ 11 fait môme une
observation très favorable aux accusés. Il prétend (juc l*is
groupes se composaient d'bonimes que l'on voit rarement,
d'ouvriers étrangers, (jui le jour, sont renfermés dans divers
ateliers.
A cinq heures un quart Taudience est levée.
Audience du dimanche 29.
A onze heures, la cour entre en séance. Une foule immense
s'était portée au palais dont les avenues sont gardées par
50 hommes de la ligne alin que le bruit des corridors n'em-
pôchàl pas la cour et les jurés d'entendre les témoins.
Le commissaire (jîoll et l'agent de police Mussmann char-
gent quelques accusés, entre autres Jean Ilaller qui aurait
levé le poing sur le commissaire devant la maison du direc-
teur. Les accusés s'agitent et répondent avec une grande
véhémence. M. de Golbéry leur déclare qu'il ne tolérera aucun
écart, et les engage dans leur intérêt à garder une attitude
convenable. Les dépositions deviennent monotones; le sieur
Seigy tend à prouver (jue les trois coups de fusil n'ont pas
été tirés dans les rangs de la garde nationale, ni dans ceux
de la ligne. In témoin, Ohl, déclare, après avoir été plu-
sieure fois interpellé et (jue sa déposition lui a été lue, qu'il
a vu Karcber jeter une pierre contie la maison de son parent
Metzger. Une vive discussion s'engage alors avec le minis-
tère public et les déf( nseurs, et le président discute avec
ceux-ci. L(îs débals deviennent lro> .«nimés. L'audience est
levée à quatre heures et demie.
Audience du :u>.
Elle est ouverte à buit heures du matin. Après avoir
entendu d<*s témuiii.s à (b'cliarge, le substitut llieiï soutient
l'accusation avec beaucoup de chaleur. Un défenseur, M^^Belin,
expose avec beaucoup de clarté les faits généraux et justifie
la conduite des prévenus Ilaller et Béat. M« Ignace Chauf-
four a parlé avec l'accent de la plus vive conviction, il a
comparé l'état de la législation anglaise sur l'émeute à nos
institutions. Il regrette que la France ne possédât pas de
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L EMEUTE DE LA PlQUETTa
oy
jury d'Enquête sur les causes des mouvements po|)ulaires. Sa
plaidoirie a été profonde, forte en raisonnements, belle de
di'-lion, il défendait Mayer, Siel)ert et GrafF.
M** Gallel, défenseur de Fischbach. Wuest et Behret, insiste
surtout sur la mauvaise assiette de l'impol, cause du malaise
içénéral et de l'agitation des classes inférieures.
M^ Yves parle avec cette vivacité d'esprit, ses brillantes
saillies, cet entrafnement d'élocution qu'on lui connaît. Il
attaque les abus demeurés dans toute leur forre, malgré la
récenb» Révolution, et parle <li'*' «onlributions indirectes et
des nombreus«'s émeutes occasionnées sans cesse par elles; il
y en a eu 883! Le président a souvent interrompu sa plai-
doirie, prét(Mïdant ({u'on alta«piait les bases mêmes de l'ordre
social. Une fois, 1M<^ Yves, pour ('(!art(»r le reproche de s'en
être pris au eber de l'I-itat Kpiant aux promesses de Juillet),
lut une brorbiire allemande intitulée : Der patriotischer
Elsasser, rédigé, disait-il, ^ur les instructions de deux dépu-
tée et par un avocat de Colmar. brocbure dans laquelle on
promettait au peuple alsacien la diminution de toutes les
charges, au bonnes femmes du café, des bestiaux, du sel, etc.
L'hilarité du public a été réprimée et l'audience levée à neuf
heures et demie du soir.
Audience du 3J.
Les répliques durèrent toute la matinée, le ministère public
se montre encore plus virulent que la première fois; il s'élève
contre le système (h^s avocats ; il srMuble reprocher à l'un
d'eux d'avoir dit que l'émeute est légitime si rimpôt est
vexatoire. A ce moment, M^ Chaulfour s'est levé et demande
acte à la cour de ce (jue l'avocat du roi lui prétait ces mots.
Il développe ensuite sa doctrine et donn<» lecture du passage
qui faisait l'objet de la discussion. La cour, après avoir lon-
guement délibéié, refuse l'acte demande par M*^ Chaulfour
qui dut entendre du président une rude mercuriale à son
adresse.
La brochure d'outre-Rhin a été de nouveau discutée. Elle
Elle beri^a d'espoirs vains toute une population tranquille.
M^ Belin eut la méchanceté de lire une lettre du députe Hart-
mann, lorsqu'il siégeait au côté gauche; il promettait de s'oc-
60 REVUK d'aLSACK
cuper de l'amélioralion matérielle de la nation. Le président
interrompit alors l'avocat en lui disant que rien ne prouvait
que M. Hartmann se soit écarté de promesses qu'il avait
faites et qu'on ne devait pas Texposer à devenir Tobjet de la
haine publique.
M. de Golbéry monti^a que nos députés s'occupaient de la
classe laborieuse. Ainsi, il y avait quelques jours, Nicolas
Kœchlin défendait dans le conseil du commerce la cause des
vignerons alsaciens.
M. de Golbéry fut généralement très impartial pendant les
débats et dans son résumé. Après avoir semblé demander
un acte de rigueur au jury, il a déclaré qu'il ne voulait pré-
venir par ses réflexions qu'un acte de faiblesse ou une pro-
testation politique. « L'ordre public, dit le magistrat, n'a
« besoin que de justice et de vérité, » il engagea les jurés
a éviter les éclats bruyants d'une popularité « qui serait le
plus sanglant outrage si elle était obtenue au mépris de l'ac-
complissement des devoirs. »
Puis, il lut les trente-sept questions posées au jury qui —
à ce qu'il paraît, avait une conviction toute faite, car au
bout d'une demi-heure — le temps juste de répondre aux
questions, l'huissier annonça sa rentrée dans la salle d'au-
dience. Il était deux heures moins un quart du matin. M. de
Golbéry, après avoir recommandé le plus grand calme au
public, donna la parole au chef de jury qui répondit négati-
vement à toutes les questions.
Le président prononça alors ces paroles :
« Je dis aux accusés que sans doute le jury les a déclarés
non coupables que parce qu'il n'a reconnu en eux aucun des
véritables auteurs des émeutes des 20 et 28 octobre. Rappe-
lez-vous que les promesses de vos magistrats sont exécutées,
qu'ils ne s'engagent jamais en vain. Le maire de cette ville
vous avait promis la cassalion de l'abus qui causait tant de
maux; le préfet avait confirmé cette promesse, un seul fonc-
tionnaire (le directeur des contributions indirectes) avait
refusé de l'accomplir. Il a été sur le champ révoqué. Con-
fiez vous donc a vos magistrats et sachez surtout que les
nombreuses améliorations que réclame la triste position des
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l'émbute de la piquette 61
vignobles ne pourra jamais être le produit rémeule et de la
résistance aux lois. »
Des applaudissements s'étaient fait entendre lors de la
déclaration du jury; le président les fit de suite cesser. Puis
il déclara Taudience levée. La salle retentit alors d'applau-
dissements, des groupes se formèrent sur la place; mais
Tordre ne fut nullement troublé. Ainsi finit l'Émeute de la
Piquette.
Artb. Benoit.
NOTES SUR INGWILLER
AUX 17^ & 18^ SIECLES
(le qui su il nVst pas un travail de première main. Ce n'est
que la reproduction, développée par enrJroits, sommaire ail-
If^urs, de quatre articles parus en juin dernier au Evnng Prot.
Klrchenbote. liCur aut«'ur en a puisô la matière dans les
documents suivants conservés aux archives municipales.
Ern?)r/. Tauf- iind Ik'f/rœbnisbuch (1570-1783).
Eixiny, IleirafaverzeichniH (lo73-1613et 1652-1783).
Kathol, KirchenbCicher (1095-1724).
KnthoL Taufbuch (17 4()-I776j.
État des comptes de la ville pour les années 1635, 1637 et
1638.
Rappelons, en fi^uise d'introduction, qu'Ingwiller, situé
à 20 kilomètres nord-(^st de Savorne. sur la Moder et sur
la roul<^ de Wasselonno à Bitche. est le chef-lieu d'un des
cinq consistoires de l'inspection ecclésiastique de Rouxwiller.
(le consistoire comprend les paroisses de PfalVenhofen, Wei-
terswiller, Weinbourg, Obermodern, Zeitzcndorf et Schillers-
dorf.
D'autre part, Ingwiller était, avant la Révolution, le clu'f-
lieu d'un des 10 hiiilliaiies du comté de ilanau-Lichtenherfç.
On sîiit que la familh; de Lichtenherp:, mentionnée dans les
chroniques dos 1206 et représentée par trois de ses meu)hres
sur le siège épiscopal de Strashonri^, s'éteignit (1480) avec
Louis VIH, (pii portait dcfMiis I î58 le lilre de comte, et dont
le frère, Jac(pies, esl enterré ii Rciporlswiller. Ses domaines,
partagés entre les seigneurs de Jlnnau et de Dcux-Ponts-
Bitche, funnit réunis de\ nouveau (1570) sous Philippe V
comte de llanau, gendre du diTui^r comte de Deux-Ponts.
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NOTBS SUR rNGWILLER
63
Philippe V s'intitula comte de llanau-Lichlenberg et intro-
duisit la Réforme dans ses Ktats, que ses descendants possé-
dèrent jus(iu'en 1736. (l'est h celle date que Jean-Reinhard,
mori sans progéniture niAle, eut puni* héritier son gendre,
prince héréditaire de Ilesse-Darmstadl.
Ajoutons rjue ce comté était la plus vaste seigneurie d'Al-
sace. Il avait plus de 52,000 ijahitanls, 10 villes, t30 vil-
lages, etc. {Voir Anna fes f/c VEaf. 18i)l, p. M\\\). Sa capitale
était Bouxwiller, dont les sires de Lichtenherg avaient déjà
hîUi le chAteau, qu'ils tinrent en fief des évèques de Metz,
('/est ainsi que Bouxwiller fui ni siècle dernier un centre
important, siègr» de la régence, de la chambre des comptes et
du consistoire pour l^s possessions alsaci(MUu»s de la maison
df Hcsse-Darmstadt.
I
L*année de malheur 1637.
Le petit pays de llanau, comme on l'appelle aujourd'hui
encore dans la hasse Alsace, oui peu à soulîrir de la première
période de la guern^ de Iniito ans, parc(» que Jean R miî-
hnrd 1, son suzerain, avait < ii soin d(» payera Mansf^dd miip
forte rançon. Mais lorsque le dang<M' devint de plus en plus
grand, Philippe Wolfgang, su«'i'«'sseur di* Reinhard, se vit
réfjuit à placer ses ternv> sons li doîninalion de la France
qui avait déj^ dans la ville voisine do Sav(»rne. un puissaîit
((Mitre d'opérations et ini solide point d'appui
i'/est ainsi qu'en n>3-4 |)lusieiirs villes du comté, et Ing-
willer était du iioud)re. reçnrenl une garnison fiançaise qui
leur épargna les horreurs d(» la guerre propriunent dite.
Toutefois les nombreux j)assagesde troupes, (pji éijuivalaieut
à prescju'aulant de pillages, joints à la détresse générale des
contrées environnantes, eurent bientiM raison de la prospé-
rdé du pays. La sécurité (îlle-meine n'était (jue relative. Wi^
163.'î, un bourgeois de Niedermodern avail été tué par les
soldats à Ingwiller, et un autre, de la ville même, eut le
même sort en 163;) La même a:inée, un homme de Weiss-
1
64 RBVUB d' ALSACE
bourg, poursuivi par des soldats, trouva la mort en se jetant
dans les fossés des fortifications. En août 1636, le régiment
de cavalerie de Callenbach, de l'armée du duc de Weimar,
occupant la place, un aubergiste, un boulanger, un garçon
brasseur furent tués et une fille d'auberge lunltraitée au
point qu'elle expira au bout de deux jours.
Cependant la commune était si riche en forets et en terres,
que plusieurs années se passèrent avant que ses finances
fussent complètement épuisées. En 1635, elle put encore payer
une contribution de 140 livres (1,800 fr./, (pioiqu'elle eût
déjà à subvenir h l'entretien des nombreux paysans qui
s'étaient réfugiés derrière ses remparts (1), et quoique la
petite vérole sévit en même temps avec une intensité telle
(jue la mortalité de l'année fut trois fois plus forte que celle
de la moyenne des dix années précédentes (111 décès au lieu
de 35). Mais à parlir de ce moment, la situation empira rapi-
dement. Dès l'année suivante, pendant laquelle les Français
el le duc de Weimar rapprenaient Saverne après un siège de
7 semaines, on compta 220 enterrements, bien qu'il n'y eût
aucune épidémie; il est vrai que tous les villages voisins
sont représentés sur cette liste nécrologique Mais c'est en
1637 que la détresse fut à son comble, moins comme morta-
lité, bien qu'il y eût encore une centaine de décès, que commr
misère matérielle el morale.
Dès le début de cette année néfaslo, le lieutenant-colonel
Français Riva, de . urmée de Weimar, se présenta aux portes
de la ville et demanda i\ey> quartiers pour le régiment du
r.olonel Wurmbrandt. Le magistrat cliereba prudcmuKMil .-i
temporiser, prétextant la nécessité d'attendre les ordres du
prince. Le régiment s'arrêta provisoirement h Weinbourg,
mais les officiers s'établirent dans les moulins et les tanneries
qui étaient dans le voisinage immédiat des portes; et pour
leur faire prenrlre patience, le magistrat dut se résigner à
leur envoyer un muid de vin rouge et pour 2 schillings (2)
(1; Nous voyons mi^mr. parmi cos iJii;itifs, un bourgeois de
Gebling près de Metz, une veuve du cloilrc d'Herbitzlieim et nii
tisserand de Burbach.
(2) Le schilling valait alors (>5 rentimes et le pfennig environ
ifâ centime.
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NOTES Sia INGWri.LKK 65
de pain. Lorsque l'ordre vint enfin d'ouvrir les portes, une
partie seulement du régiment en profita, le reste campa h
Neuwillers. La ville n'eut pas k nourrir toute la garnison,
mais seulement les émissaires et messagei^ envoyés a Neu-
willers, Wœrtb et Wissembourg et les délacluMuents français
ou weiroariens qui passai(?nt sans cesse. Les frais d'éclairage
des corps de garde étaient aussi h sa charge ; ils s'élevèrent
h 11 livres 19 schillings et 4 pfennigs (près de 150 fr.) Puis
elle dut fournir du plomb pour fairo des balles.
Enfin, comme une attaque des Impériaux était imminente,
on l'obligea h construire un pont-levis. Pour ce travail, qui
dura plus de quatre semaines, elle ne dut pas seulement fournir
les matériaux, mais aussi le salaire des charpentiers etmôme
celui des soldats qui aidaient les ouvriers. A peine était-il
terminé que, dans les premiers jours d'avril, le colonel impé-
rial Bamberger parut avec 1 ,500 hommes d'infanterie et de
cavalerie. H trouva a qui parler et fut repoussé avec une
perte de 50 hommes, dont 4 morts, que le pasteur Bœringer
d'Obermodern enterra. Beaucoup dbabitants avaient fui h
l'approche de l'ennemi ; cependant une partie des bourgeois
prirent part au combat et reçurent comme récompense un
muid de vin, ainsi que les soldats qui en avaient déjà vidé
trois pendant la lutte. Ils n'eurent que deux blessés.
En automne, le régiment de Wurmbrandt fut remplacé
par celui de Schmidtburg, qui était depuis deux ans à la
solde de la France, et qui se conduisit fort mal, au point de
provoquer des plaintes réitérées de la bourgeoisie, plaintes
absolument infructueuses d'ailleurs. C'est un soldat de ce
régiment qui maltraita tellement la veuve du pasteur Muitcu-
lus d'Imbstreim, retirée à Ingwiller, que la mort s'ensuivit.
Cependant le nom de Schmidtburg, alors si mal famé, ne
devait pas tarder à devenir populaire dans ces mêmes lieux.
En effet, après la fin de la guerre, trois barons Schenck de
Schmidtburg, originaires de l'électorat de Trêves, vinrent
s'établir en Alsace et s'allièrent à la noblesse du pays. C'est
ainsi qu'en 1662 l'un d'eux épousa Marguerite de Waltmans-
hausen, qui lui apporta en dot un château et un domaine à
Ingwiller ; ses descendants y demeurèrent jusqu'k la Révo-
lution, servant pour la plupait dans Royal Alsace.
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66 HKVIK n'ALSAtiK.
Uu fait qui montre que les soldats de Wuriiibrandt ga-
gnèrent dans une certaine mesure la confiance de la bour-
geoisie, c'est que des treize baptêmes de Tannée, trois eurent
uncaractère militaire et que tous lestroisseproduisirentavant
l'arrivée du régiment de Schmidtbourg. Dans Tun, le cuisi-
nier-chasseur du major Noë paraît comme témoin ; dans
Tautre, Tenfant d'un simple soldat eut pour parrains et mar-
raines un capitaine et un enseigne avec leurs femmes. Enfin
le lieutenant-colonel Riva lui-même, un chef d'escadron et
un capitaine furent parrains du jeune baron Jean-Thierry
de Waltmanshausen, dont la famille appartenait <i la no-
blesse locale.
Si l'on envisageait le simple total des contributions de
guerre qu'Ingwiller dut payer en 1637, on trouverait que
cette année fut moins funeste à la ville que les deux précé-
dentes et l'on ferait une conclusion fausse. 11 ne faut pas ou-
blier, en effet., que la situation générale, la misère publique
et privée, avaient beaucoup empiré. La famine régnait au point
que dix-sept personnes y succombèrent dans le courant de cette
unique année, parmi elles, la veuve d'un greffier municipal,
un garde-champêtre, un forgeron avec femme et enfants,
enfin le comptable même de la ville, qui, ruiné par les gar-
nissaires,se sauva à Strasbourg dans l'espoir de s'y créer quel-
que ressource et y trouva promptement la fin de ses maux.
Une vieille femme et un jeune homme mouinirent de faim en
prison.
Joignez a la famine les rigueurs exceptionnelles de deux
hivers consécutifs. Un forgeron, qui allait chercher du pain
pour les siens h Strasbourg, fut trouvé gelé dans la forêt de
Brumath, et une paysanne de Ffaffenhofen eut le même sort
près de Ilûttendorff. Un tel état de choses dénoue les liens
de la société et de la famille et ramène la barbarie : les céré-
monies du culte ne se faisaient plus faute d'assistants, les
décès n'étaient plus signalés au pasteur et les cadavres étaient
enfouis sans appareil religieux. Au milieu des chaleure de
l'été, une vieille veuve resta toute une semaine sang sépulture,
et la menace de prison décida seule le fossoyeur k creuser une
tombe. A l'enterrement d'une autre pauvre veuve, une seule
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NOTES SUH INGWILLER 57
personne suivait le cercueil, de sorte que le pasteur ne put
dire le sermon d'usage; en relatant ce fait, il ajouta en guise
de morale :
Dum moritur dives, concurrunt undû/ue cives :
Si morilur pauper, sequitur cix unus et aller.
Les travaux les plus urgents ne se faisaient plus. L'horloge
de la porte inférieure ne fut pas réglée une fois de Tannée,
pas un puits communal ne fut curé, les fonctionnaires muni-
cipaux ne furent point payés, et l'on ne put réunir les 4 livres
d'indemnité que touchaient d'ordinaire les magistrats venus
de Bouxviller pour procéder à la vériiieation annuelle des
comptes. Les contributions directes (Beth) qui, en 1635,
avaient encore rapporté 106 livres, 3 schillings, 11 pfennigs,
ne produisent plus rien; pas uu vingtième des intérêts échus ne
putétre acquitté, et c'est en vain que les autorités essayèrent de
faire un emprunt k Bouxviller. Aussi les frais de guerre,
notamment ceux du nouveau pont-levis, durent-ils être cou-
verts par une collecte, qui ne réalisa d'ailleurs que 34 livres
et 8 schillings.
Au moment de l'entrée en fonctions des magistrats annuels,
il était d'usage que la nouvelle municipalité offrit à ses élec-
teurs, aux frais de la ville, un h{\w(\\\Qi(Be,^efsungsschmaui).
Cette fois, détail bien carartcristique, il ne se trouve pas un
aubergiste qui fut disposé a faire crédit au trésor public, et
le bourgmestre dut fournir lui-même un muid et demi de
vin. De la sorte, il arriva que les dépenses ne dépas-
sèrent guère les recettes. Ces dernières montèrent a 90 livres,
6 schillings, tandis qu'en 1635 elles s'étaient encore élevées à
250 livres, 19 schillings.
A la fin de cette désastreuse année, la ville était ruinée
pour un demi-siècle, et sa populatiou décimée au point que
pendant toute la génération suivante la moyenne des naissan-
ces, qui avait été de trente sept dans la précédente, ne dépassa
pas le nombre dequatorze, puis s'arrêta kvingtjusqu'enl709.
Les registres de 1638 signalent quatre naissances, ceux de 1639
une seule.
Et, dans le reste du comté, les choses étaient k l'avenant.
Le bon comte Philippe Wolfgang en eut le cœur brisé et
mourut dans la force de l'âge, en 1641 .
•■m
H8 KKVI K i)*ALSVt:K
m
Coutumes religieuses
Les registres paroissiaux qui nous renseignent sur ces cou-
tumes ont une valeur très inégale. Avant l'ordonnance royale
de 1685 qui réglementa la tenue de l'élat-civil et exigea que
les actes fussent signés par les témoins ou les intéressés,
chaque ecclésiasticjue les rédigeait à sa guise, plus ou moins
brièvement, selon ses ajouts et les accompagnait générale-
ment de réflexions ou d'explications pouvant intéresser la pos-
térité. Souvent les registres devenaient de véritables chro-
niques qui reflétaient non seulement le caractère de leurs
auteurs, mais aussi leurs craintes et leurs espérances secrètes,
leurs jugements intimes sur les événements dont ils trans-
mettaient le souvenu' h leurs sucesseurs.
L'édit de 1685 modifia peu les actes catholiques qui, rédi-
gés en latin, pouvaient être soumis h la signature des témoins
sans crainte d'indiscrétion. Les pasteurs, au contraire, usant
de la langue vulgaire, furent tenus désormais h plus de ré-
serve et durent s'astreindre à une phraséologie oflîcielle qui
leur interdit forcément toute observation trop personnelle.
Aussi plusieurs d'entre eux prirent-ils l'habitude, peut-être
sur l'invitation même de leurs supérieurs ecclésiastiques,
d'avoir un double registre, d'abord l'oiliciel, sec et correct,
prêt à être mis sous tous les yeux, puis l'autre qui permettait
aux sentiments intimes de se donner libre cours comme par
le passé. Cet autre, de beaucoup le plus intéressant, n'a pas
existé ou du moins n'existe plus pour Ingwiller, aussi peu
que les procès-verbaux des assemblées presbytérales. Tou-
tefois le registre officiel nous oflre encore une assez riche
moisson de faits curieux.
Voici d'abord quelques legs pieux. En 1588, l'épouse du
noble Stumplî laisse à ses pauvres iO florins (430 fr.j, deux
quarts de blé à la léproserie et un quart ii chacune des dix-neuf
familles pauvres. L'intendant Guillaume de Sasspach, victime
de la peste en 1596, fit distribueraux indigents huit quarts de
blé et leur légua un capital de 70 fl. A la demande du pas-
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NOTBS SUR INGWILLKR 69
leur, un sire de Waltmanshausen donne h T^glise un grand
Unceul et un cercueil si bien tail que quatre hommes pou-
vaient le porter, chose (jui ne s'était pas encore vue (1605.
En 1638, au milieu des calamités publiques, 10 fl. (62 fr.)
furent répartis en aumônes après les funérailles de Tinten-
danl de cour, baron Jean KratTt do Waltmanshausen.
Puis nous relevons deux cas d'adultère, punis de bannis-
sement selon l'usage de l'époque, et suivis du divorce légal.
Deux autres divorces furent prononcés par la chancellerie de
Bouxwiller pour cause de départ d'un des conjoints.
Pour la célébration du mariage, disons que les fiancés
portaient la couronne virginale en se rendant à l'église.
C'était alors la coutume générale. Encore k la veille do la
Révolution, les demoiselles de Strasbourg et de Metz, h quel-
quelques conditions qu'elles appartinssent, ne manquaient
pas de s'en orner. Il y a quelques années, la couronne se por-
tait encore à Engwiller; aujourd'hui, elle ne se voit plus
qu'à Mietesheim.
Passons aux actes de décès, qui nous renseignent sur les
maladies, épidémies et autres causes de mort. Il est fait plu-
sieurs fois mention de la lèpre, non seulement h Ingwiller,
mais aussi à Neuwiller et à Donenheim. La première de ces
localités possédait une léproserie (jui, comme partout ailleurs,
était hors des murs. Puis nous voyons sept épidémies de va-
riole et trois de dyssenlerie. dangereuses surtout pour les
enfants, tandis que la peste s'attaque aussi bien aux grandes
persimnes. En 1574. elle fait quarante-neuf victimes, chiffre
élo(|uent lorsfpi'on !<• compare avec la moyenne de la morta-
lité des trois années [M'écédentes. (letlf^ moyenne n'est ({ue de
seizf». Dans l'hiver (h; 158i-8:j, elle cause soixante-trois décès
à Ingwiller et (Hiaranto-qualrc dans l'annexede Meru-bhofen :
en 15!)7, cent-dix-neuf dans loute la paroisse; en 16011, cent
onzedppnisleâOacuM «eulemenl. A celte dernière date, il y eut
jusqu'à vingt-huit cas en une semaine et plusieurs fois six
dans la même journée. Il ne fut pas rare de voir trois enter-
rements simultanés, et souvent la même tombe recevait les
trois bières. Deux fois môme, on ne creusa qu'une fosse pour
quatre corps.
-Vioulons comme détail curieux, que c'esl le même pasleur
— il se nonii!>ait ll/.h'lii — qui a présidé h lous ces deuils «M
70 REVUE D* ALSACE
qui nous en a transmis le souvenir. Il fut le premier pasteur
(ringwiller et fonctionna sans interruption de 1570 h 1614.
Lorsqu'un nourrisson mourait subitement, le pasteur
était tenu de faire une enquête pour savoir s'il y avait eu
négligence ou môme préméditation, et les résultais de l'en-
quèle étaient inscrits sur le registre paroissial.
Dans la soirée du r» novembre 166/J, un duel îi Tépée eut
lieu entre un bourgeois et un soldat originaire dr Brumutb.
Ce dernier succomba h ses blessures, son adversaire quinze
jours après. En octobre 1663, deux hommes furent mordus
par un loup enragé et moururent quelques semaines après,
lorsque leurs blessures élaiciU presque guéries. En 1586, le
porcher se noie dans Télang de Vollach, en voulant sauver
une de ses bétes. C'est du moins ce que raconte son valet,
seul témoin de Taccident. Mais lorsque le cadavre est retiré
de Teau, le sang s'échappe du nez, et le même phénomène
se reproduit au cimetière, trois jours après la mort. Le pas-
teur en conclut, selon la croyance bien connue, que le valet
et la veuve, présents dans les deux cas, ont provoqué l'acci-
dent, et vit son soupçon se confirmer, lorsqu'au bout de
trois semaines les inculpés déclarent vouloir s'épouser.
Ce peu d'exemples suffît ?i montrer le genre d'intérêt que
les registres d'église peuvent offrir a l'historien. Ils nous
apprennent surtout, et jusque dans le détail, comment les
funérailles se célébraient alors; ce qui est d'autant plus pré-
cieux que la première ordonnance ecclésiaslique du comté
(1573) ne fournit que de rares indications sur la matière, et
que les sèches notices du deuxième règlement (1659- sont
confirmées et complétées par les développements Jiuivanls.
A dire vrai, le rite funéraire ne s*est pas sensiblwnent
modifié depuis trois siècles. Au son des cloches, le cortège so
rendait de la maison mortuaire au cimetière, où le sermon
succédait au chant des enfants. Cepentlant, h Menchhofen,
l'allocution du pasteur ne fut introduite (ju'en 1615 sur
l'ordre des conseillers de iiouxwiller. Quand le défunt était
un enfant, la cérémonie était abrégée. On enterrait les non
baptisés « in ailes stille ». l'our b^s baptisés non confirmés,
on sonnait la petite cloche; et seuls les plus dgés d'entre
eux avaient droit ;i un sermon La p^tit»* riorhp <«M"vait éi>.M
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NOTES SUR INOWILLER 74
lement aussi h rento»*rement des personnes mortes peu
chrétiennement; par exemple en 1597, pour une servante
qui habilail la ville depuis dix-huit mois, sans avoir jamais
assisté h Tinstruction religieuse et a la sainte Cène; et en
lf>07 pour le vitrier Fries, de llaguenau, mort sans s*ètre
réconcilié ni avec Dieu ni avec les hommes.
Au contraire, lorsqu'il s'agissait d'enterrer quelque per-
sonne considérée, les écoliers chantaient depuis la maison
mortuaire jusqu'au cimetière, et recevaient alors un présent.
Ainsi, \\ la mort de Jean Krafît de Waltmanshausen (1638),
cet intendant de cour dont nous avons déjà eu occasion de
parler, chaque chanteur reçut un schilling. Parfois on disait
des prières funèbres k l'école, en mémoire d'un décédé, el
alors la famille faisait aussi un cadeau aux enfants. Après
l'enterrement du pasteur Jean Leitsch, chacun d'eux reçut
un pfennig?! c«»tte intention.
Les non-lulhérions morts dans la commune étaient égale-
ment enterrés par le pasteur, mais sans cérémonie ; ainsi en
1621, un étudiant en théologie catholique qui se rendait au
collège des Jésuites de Molsheim, et, en 1639, sept soldats
français.
On agissait de même à l'égard des calvinistes. On ne fît
d'exception que pour un capitaine hollandais, mort de la pe-
tite vérole pendant une visite qu'il faisait, en 1607, k son
cousin de Waltmanshausen et (jui, s'élant recommandé aux
prières de la paroisse, fut enseveli solenriollemenl, porté par
quatre échevins.
Plus lard, d'autres «exceptions furent encore admises : «mi
1675, 1679 et 1713 en faveur de calvinistes : en 1682, pu fa-
veur l'un tanneur catholique.
Souvent la guerre einpéfhait l'observance stricte du rituel.
Dans la période néfaste de 1637-3i), plusieurs personnes furent
enterrées sans l'assistance du pasteur, leurs noms ne figurent
même pas au registre. De même en 1674 et 1678. Dans l'un
de ces cas cependant, le sermon d'usage fut prononcé quel-
ques semaines plus tard, dès que la situation fut redevenue
normale. C'est en 1678 aussi qu'un enfant tout jeune du pas-
leur Luck fut enseveli dans l'église même, le cimetière étant
occupé parles sfildals. On sait f]u'»^p tPinp« r^rdinaire Ip droit
li REVUE D'ALSACR
de sépulture dans rniceinle sacrée était réservé aux seuls
nobles. A Ingwillor. rVtaient les familles Riitlel de ïreppach,
de Waltmanshauscn et de Schmidtburg (jui jouissaient de ce
privilège.
Les suicidés ne pouvaient prétendre à aucune cérémonie.
Souvent la question de préméditation faisait Tobjet d'une
enquête préalable, dont le résultat était consigné avec soin
sur les registres, deux qui avaient provoqué leur niuil par
imprudence ou témérité étaient traités îi Tinslar des suicidés.
C'est ce qui advint (loi)i) à un meunier tué h l'auberge par
son valet le lundi \c PAques. Un bourgeois de Schwindratz:-
heim, écrasé par une voiture, étant en état d*ivresse, eut le
cortège et les cbants, mais point de sermon. L'enterrement
d'une femme qui s'était jetée dans un puits eut lieu sans au-
cune pompe funèbre; tandis qu'une autre, morte en 163f^,
après avoir eu une jeunesse légère, avait exigé que ses éga-
rements fussent signalés et blâmés publiquement en cliaii'e
et qu'une mention en fut faite sur le registre.
Le lépreux et le bourreau (avec tous les nuMnbies <1p sa
famille) étaient enterrés h part, au lieu dit « fiefi Ghh-
weyler ».
En 1725, un bourgeois, meurtrier de sa femme, avoua son
crime et fut condamné parle Conseil souverain à être roué
vif après avoir eu la main droite préalablement coupée. Son
corps resta exposé sur la roue au Galgenberg, alin que relte
vue inspirât une crainte salutaire. Nous n'avons pas besoin
d'ajouter qu'il ne fut pas question d'une c'réinonie reli-
gieuse.
En somme, l'on voit que, sauf pour ces dt'rniers cas, el
comme nous le disions plus haut, les usag<»s morli:aiies n'ont
guère changé. Le si^rmun formait déjà le centre du ril(». pour
remplacer l'appan'il plus sensible o{ phisIhéAtra! «b»s |H)nipes
catholiques.
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NOTKS SUR INGWILLBR
IV
Prosélytisme
Philippe de Hanau, ayant embrassé la Réforme, la fil in-
troduire, par Bucer et Hcdion (1545), dans la partie du comté
que sa famille possédait depuis 1480; et lorsqu'elle hérita du
reste de la seigneurie en 1570, la messe fut abolie aussi.
Cependant, malgré la règle cujun regio ejus religio, il sub-
sista une minorité dissidente que la révocation de Tédit de
Nantes vint sensiblement renforcer, grâce aux moyens de
propagande que Ton sait. Le hameau de Hohatzenheim, au
canton de Hochfelden, passa tout entier au catholicisme en
1688; et c'est depuis ce moment que la chapelle voisine, éle-
vée il la place d'un château féodal et mentionnée dès 1180
dans une bulle d'Alexandre lll parmi les biens de l'abbaye
de Naswiller, sert de lieu de pèlerinage. D'autre part, le cal-
vinisme s'implanta également dans la région, lorsqu'après
1648 on eut recours aux étrangers, surtout aux Suisses, pour
repeupler le comté dévasté.
Hâtons-nous de dire que ces dilïérents cultes semblent s'y
être toujours bien accordés. Car nos documents, durant les
deux siècles qu'ils embrassent, ne font allusion qu'à un seul
différend, survenu en 1699, à propos d'une vieille femme
protestante qui aurait été enterrée dans la partie catholique
du cimetière. C'est du moins ce que prétendit le curé qui
réclama et obtint le déplacement du cercueil incriminé.
ingwiller appartenant depuis 1480 à la maison de Deux-
Fonts-Bilche, le luthéranisme n'y put dominer que lorsque la
mort du comte Jacques eut mis son gendre, Philippe IV de
Hanau-Lichtenberg, en possession de lout le comté. Cepen-
dant les nouvelles doctrines semblent avoir pénétré et même
s'être propagées dans ses murs déjà auparavant. En effet, une
notice du pasleur Bœringer d'Obermodern (1636) parle du
culte évangélique en 1570; et le curé Jean-Lambert de Jou-
dainville, dans un acte de baptême (1697), dit que le baptis-
tère fut détruit (eoersus et disruptus) par les Luthériens en
1557.
74 REVUE d'alsace
Quoiqu'il en soit, une fois le changement officiel de reli-
gion consommé, on ne vil plus guère de conversions isolées
avant la grande pression exercée depuis 1685 par le gouver-
nement du roi. Nous n'en trouvons que trois en faveur du pro-
testantisme : en i6if^, celle d'une vieille femme et d'un au-
bergiste, admis à la Cène luthérienne peu de jours avant
leur mort, et, en 1669, celle de la femme du vacher. Quant
aux recrues du catholicisme, nous n'en savons rien avant
1695, puisque les registres antérieurs sont perdus. Dans les
30 ans qui suivirent cette date, trois curés surtout eurent des
succès de propagande : de Joudain ville (1697-1702), déjà
nommé, Adami (1706-9) et Michel Baldeck (1718-21). Le se-
cond étant désigné comme curé royal, c'est-k-dire salarié sur
la cassette particulière du souverain, il est probable que set
prédécesseui^s et ses successeurs le furent également, ce qui
expliquerait leur zèle missionnaire. Le premier des trois con-
vertit vingt-et-une personnes dont une veuve avec sept en-
fants. Un habibitant de Menchhofen, un de Weinbourg et un
de Douxviller. Le curé Schott eut deux prosélytes en 1714.
Des dix gagnés par Baldeck, un était de Houxwiller et un de
Weinbourg. La plupart de ces conversions étaient occasion-
nées par des unions mixtes ; souvent il s'agissait de Suisses
immigrés qui, étrangers dans le pays et rompant toutes les
atlnches avec leur passé, pouvaient aussi aisément changer
de religion, sans que cette démarche entraînât pour eux les
désagréments auxquels s'exposent ceux qui continuent k
vivre au milieu de leurs anciens coreligionnaires.
Une seule fois il est question de contrainte (coactaj h pro-
pos de la convei*sion d'une femme.
Trois des cas mentionnés sur les registres catholiques sont
particulièrement intéressants, parce qu'ils rappellent des cir-
constances qui se reproduisent encore de nos jours, par suite
de ta prétention habituelle de l'Eglise romaine de considérer
les baptêmes et mariages protestants comme nuls et non
avenus. En août 1698, un mariage mixte entre deux per-
sonnes de Menchhofen, béni par le pasteur de Durstel, fut
annulé par le vicaire général à Strasbourg en vertu de l'or-
donnance royale qui interdisait absolument ces unions, et le
roupie fut rebpni par le cuip. En janvier suivant, l'pnfant
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NOTBS SUR INOWILLBR 75
d'un luthérien près de renier sa foi fut rebaptisé, et le bap-
tême protestant qui lui avait été administré plus de deux ans
auparavant, est qualifié de nefaria temeritas. Enfin, le
6 novembre 1710, rédigeant l'acte de baptême d'un enfant
issu d'une union mixte, le curé Wunderlich remarque qu'à
vrai dire sa naissance est illégitime, le mariage des parents
n'ayant été béni que par le pasteur d'Asswiller à l'insu du
vicaire général, que toutefois, vu la gravité de la question,
il préférait la laisser en suspens et remettre la solution à
celui de ses successeurs qui serait appelé à délivrer un certi-
ficat de ce baptême insolite. Largeur de vue rare pour cette
époque — et peut-être même pour la nôtre !
Voici le pendant de cet acte de tolérance relative. Invité \i
baptiser un enfiuit du berger catholique de Waldolwisheim,
(jui pour lors se trouvait *en fuite, le pasteur procéda a la
cérémonie demandée sans formule, ni observations, ni res-
triction.
Le cas des époux Lorenz (I707j mérite aussi d'être signalé.
Le mari était catholique, la femme protestante. Depuis long-
temps le curé Adami réclamait la conversion de cette der-
nière, parce que son père avait passé au catholicisme avanl
qu'elle ne fut confirmée. Elle, repoussant toutes les sollici-
tations, le maréchal d'Huxelles^ gouverneur d'Alsace, et le
vicaire général lui interdirent la participation aux sacrements
luthériens et obtinrent de la régence à Bouxwiller que l'ordre
fut adressé au pasteur de ne prêter aucun appui k la récalci-
trante. Sur ces entrefaites, celle-ci donna naissance a un
♦•nfanl, et comme elle persistait toujours dans son refus, le
père se décida h baptiser lui-miMne son enfant selon le rite
protestant, avec parrains et témoins protestants. L'acte
figure au registre prolestant avec une citation dogmatique
destinée h. en prouver la validité. Le registre catholique n'en
fiiit aucun mention, preuve que les autorités n'intervinrent
pas, soit qu'elles n'eussent pas connaissance de la chose,
soit que, fermant les yeux, elles usassent d'une mansuétude
dont elles donnèrent aLrs peu d'exemples.
Le succès le plus important pour le catholicisme fut l'abju-
ration de la famille Schenk, de Schniidtburg (1730), et il est
regrottahle cfiio nous n'«qyon«; pins les notes de l'année où
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76 REVUE d' ALSACE
elle eut lieu. C'est après la mort du baron Frédéric Reinhard
(7 juillet) que tous ses enfants, ainsi que son gendre Mader,
inspecteur des forêts du prince de Hohenlohe à Zinswiller
(canton de Niederbronnj, renoncèrent publiquement h la
religion de leurs pères. Cette famille est aujourd'hui éteinte
en Alsace; mais une de ses branches survit en Hesse-Darm-
stad et une autre en Autriche.
Enfin, en vertu du fameux édit de Louis XIV, dix-neuf
enfants illégitimes de mères protestantes re^-urent le baptême
catholique pendant les deux périodes qui nous sont connues
(4696-1719 et 1746-70). Moyenne : un tous les trois ans.
Disons encore un mot des réformés. On admet générale-
ment que leur état civil était porté sur les registres catho-
liques, bien que les ordonnances d'Alsace ne renferment
aucune prescription à ce sujet. Tel semble en effet avoir été
l'usage, à en juger sur le fait suivant. En 1763, le pasteur
Pétri baptisa un enfant réformé. Huit jours après il fut cité
devant le maréchal de Contades, (jui édicta que les pasteurs
lulhériens n'avaient point le droit de s'occuper des réformés,
du moins pour le casuel. L'année suivante, d'autre part, un
enfant rélormé d'ingwiller ayant été baptisé par le pasteur
de Baerenthal, le même maréchal ordonna que le père fil
inscrire la naissance sur le registre catholique, et y apposât
s.i signature h côlé de celle du curé. Ce dernier toutefois ne
procéda pas à un nouveau baptême et se contenta d'ajouter
en marge la mention : cafcinista. Il ne semble donc point
c|u'on ait appliqué aux réformés une règle immuable et uni-
forme. En tout cas, l'ordonnance du maréchal de Coniades
ne fut pas observée longtemps; car dès le 19 mars 1769,
nous voyons le past<»ur Pélri baptiser de nouveau un enfant
réformé.
Ces diverses circonstances firent que le catholicisme pro-
gressa constamment a Ingwiiler depuis la liu du 17^ siècle,
comme on peut s'en convaincre par les chiffres suivants. De
1696 à 1700, la moyenne des baptêmes catholiques est de sept
par an; de 1747 a 1751, de treize; de 1770 h 1774, de flix-
huit. De nos jours, sans doute, d'autres circonstances ont mo-
difié sensiblement cette progression, sans ramener, à beau-
*iv\\p près, la proportion (icsrnltes à l'état d'avant la guerre dr
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Notes suh unowiller
77
Trenle ans. Tandis qu'en 1849, des 2,219 habitants, 549
étaient catholiques et 486 Israélites, on y compte aujourd'hui
502 catholiques, soil encore plus du quart de l'ensemble de
la population chrétienne.
Notre conclusion sera celle-ci. L'histoire religieuse d'Ing-
willer, comme celle de tant d'autres de nos villages d'Al-
sace», vient confirmer ce que M. Plistor disait naguère en
rendant compte des études de M. Reuss sur l'Eglise protes-
tante de Strasbourg en 1686 et sur la situation légale des
protestants d'Alsace au 18^ siècle : « Après avoir lu ces
pièces, l'on ne pourra plus répéter cette phrase banale : Les
protestants ont joui en Alsace, sous l'ancien régime, d'une
pleine liberté de conscience..., ni cette assertion qu'on trouve
dans la plupart de nos histoires de France : Tandis que les
calvinistes de l'autre côté des Vosges éUiient en butte h la
persécution, les luthériens d'Alsace ont continué a jouir pai-
siblement de la liberté de conscience, garantie par les traités
de Westphalie. » f Annales de l'Est, 1888, p. 258, et 1889,
p. 448).
Th. Schoell.
LA VIE A STRASBOURG
AU
commencement du XVII® siècle
Rien n'est souvent plus difficile que de pouvoir se faire
une idée juste de la vie de nos aïeux aux siècles passés.
Une tentative de ce genre absorbe souvent pendant des
années la patience d'un érudit, obligé de glaner de tous
côtés de menus faits dont il fera plus tard un ensemble bien
coordonné. De nos jours on commence a s'intéresser vive-
ment k la vie d'autrefois; à mesure que l'intelligence s'affine
on se plonge de plus en plus volontiers dans l'étude du
passé. On est curieux de savoir comment ont vécu ceux qui
nous ont précédé, quelles ont été leurs habitudes quoti-
diennes^ leurs mœurs, leurs pensées. On compare tout cela
k notre vie k nous, souvent l'on reste étonné en constatant
combien l'homme change peu.
A cet égard il n'est pas de lecture plus captivante que celle
du gros volume laissé par maître Daniel Martin qui vivait
à Strasbourg dans la première moitié du XVII® siècle. Le
titre de l'ouvrage ne semble nullement faire prévoir ce que
l'on y trouvera. Le Parlement nouveau est simplement un
de ces manuels destinés aux personnes désireuses d'ap-
prendre le français. Ce gros in-i2 de 8i9 pages est divisé en
cent chapitres, chacun consacré k un détail de la vie k Stras-
bourg. Chaque page est divisée en deux colonnes; k gauche
le texte français surmonté de la traduction littérale alle-
mande en petits caractères, k droite la traduction allemande
correcte.
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LA VIE A STRASBOURG 79
L'auteur semble avoir vécu pendant assez longtemps dans
la vieille cité alsacienne car il en connaît admirablement les
mœurs et coutumes (1), dont beaucoup se sont transmis fidè-
lement jusqu'à nos jours. Il était originaire de Sedan et nous
ne savons que bien peu de choses sur sa vie. Il s'intitule
linguiste, ce que nous traduirions de nos jours par professeur
de langues vivantes, et il devait tenir une école dans la rue
du Dôme et avoir des pensionnaires de différents pays, venus
H Strasbourg pour apprendre le français. Car, c'est là un
point digne de remarque, le français était plus répandu en
Alsace du XVI« au XV1II« siècle qu*on ne le croit générale-
ment. Les persécutions religieuses avaient chassé de France
de nombreux huguenots, presque tous des hommes fort dis-
tingués et qui s'étaient établis dans le pays ; la guerre de
Trente-ans amena en Alsace, à diverses reprises, des armées
françaises qui finirent par y rester à demeure et à répandre
la connaissance de la langue française, jusque-là cultivée
exclusivement par la noblesse et la haute-bourgeoisie qui
avaient toujours eu des rapports très étroits avec la France.
On venait donc de tous côtés à Strasbourg pour y apprendre
le français, comme le fit (Jœthe un siècle plus tard. Mattre
Daniel Marlin comprit qu'il y avait une lacune h combler et
il se mit à parcourir les rues, fréquenter les boutiques, à
causer avec Pierre et Jean. Il réunit ainsi une foule de ren-
seignements du plus grand intérêt, les groupa méthodique-
ment et nous laissa ainsi, sous la forme du dialogue, le ta-
bleau le plus vivant qu'il soit possible d'imaginer du Stras-
(i; Ferd. Reiber croit qu'il habita Strasbourg de 16i6 k 4637
environ. Le privilège de sa grammaire, daté de 162i, énonce, en
effet, que depuis cinq ans il enseigne le français à la jeunesse stu-
dieuse de Strasbourg ; et dans la préface du Parlement nouveau
de 1637, les éditeurs disent que la mort l'empôcha de corriger les
épreuves de ce livre. Dans ce dernier ouvrage, Marlin rapporte
lui-même qu'il a 43 ans en l'écrivant. — (Kûchenzettel und Regeln
eines strassburger Frauenklosters des XVI Jahrhundert, p. 47-48.)
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f9f^ lavf r i^' %!.*%«>
bf>Drg à'ski*}r%. l\ a *ià iuhf^ftr àoo traraii T^n mT .» l'àf e
de i3 ai» (f .
A Tant de tracer on tahieaa fie la rie 9trasboiirçe«>be d'af^rès
Daniel Martin iffTefqneH remarques préiimioaires s«jDt Of^ee^y-
!4alre>4. L>it:»>llent maître n'a pas seulement l'intentioD d'ap-
pTf'ndre le français à *e^ él»^v^. il veut aus«îi en faire des
bomrneSy leur ineulquer le^ i*AÏnp^ maximes d'à ne morale
^lev^ et de^ senti rrent^ d'indabrenee envers lears coo»:^i-
t/Aensi. Il leur recommande la piét^ àincère, mais non exté-
rierire et de fioacbe seolemenî. il 1^^ encooTa.sre h lire plotùt
la Hihie r(ij*a «»'adonner aax jeux de cartes, il 1^ engage
h oinerver envers leurs semblables une p*>lîlesse courtoi"*** et
leur donne des ex^*mples tout «-i fait exquis. La langue qu'il
leur enseigne est d'une rare saveur bien faite pour faire la
joi^ de f:eux qui ont encore gard^ de nos jours le culte d'une
langue souple, riche et harmonieuse. Si on rencontre parfois
deji traces de précicisit^^, amenant un sourire involontaire, ou
une expression d'une verdeur un peu trop énergique, il ne
faut pas oublier que nous sommes au XVII* siècle et que nul
n'y faisait alors attention. Nos arrière-petils-neveux souriront
san» doute aussi un jour de l'aiïéterie de certaines habitudes
de notre langage.
Le titre de son ouvrage est un peu long comme on va en
juger. Il le nomme : ParU'ment nouveau ou Centurie inter-
linéaire de devis facétieusement sérieux et sérieusement facé-
tieux, comprenans sous des Tillres do Professions, Charges,
Artifices, Mesliers et autres Eslats tous les mots et phrases
(i) Déjà en 1022 Daniel .Martin avait publié à Strasbourg une
curieuse grammaire française et allemande à l'usage des Alle-
mands. Les règles y sont en latin et les exemples en français, alle-
*uiand et latin (Favus prœceptorum linguœ Gallicœ. Argentinai
anno 1021, in-8o, titre gravé .> Ce livre se vendait chez l'auteur.
Voiri rommenl débute sa préface : Amis lecieurs, mon destin
m'ayant porl^'; en ces quartiers, où nostre langue est autant de
requeste que chose qui soit, j'y ai trouvé les esprits ne respirans
que Tesludc d'icelle... Et le vofume est de 1621 î— M. Reiber, dont
Tadinirable collection a été vendue récemment (1896) possédait
rexemplalrc de l'auteur avec 40 ff. de notes manuscrites auto-
graphes. Le volume net in-8o était orné d'un titre gravé avec 6
armoiries, relié en parch. ave. pi.
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L\ VIE A STUASBOURG
8i
nécessaires en la convorsalion humaine, ol par ainsi servant
dî Dictionnaire et ISomenclatiue aux amateurs clo deux lan-
gues Françoise et AUcmantle. Ouvrage non moins utile pour
le public, que déleclahlc pour la variété dos renronlrcs, pleins
de doctrine admirable cl de moralité, autant qu'il est pos-
sible, parsemé de Discours, Histoires, S(Milenres et Proverbes,
non moins utiles que facétieux. Ensemble la table des Tiltres
et ses principales martières f-s'/V) y traiclées. Par Daniel Mar-
tin, linguiste. Dernière édition, reviie, corrigée» et augmen-
tée.— A Strasbourg, aux despens des ]i(»reliersdefeuEverard
Zetzner, anno 1060. — En regard se trouve le titre allemand
commençant ainsi : New Parlement oder bundert kurlz wei-
lige, docJi nutzlicbe Gespraech, frantziesiscb und teutsch...
La première édition a paru à SlraslxRirg en 1637. Les
exemplaires en sont aujourd'bui introuvables. La collection
de Ferdinand Ileiber vendue tout récemment, en contenait
un (I). La nouvelle édition que nous publions aujourd'bui
est faite d'aj)rès colle do itîliO. Nous n(* donnerons (jue le
texte franeais, nous contiMitant de ne rojjroduire en note des
fragments du texte allemand, (jue lorscpi'il olVie des particu-
larités locales.
Cbarles NEnLiNCEii.
{[) II parait que c'était le seul coinvu. Une (iutrc édition se trouve
mcDlionnée dans la (lalaloguc do la collçcliou Ilcilz. très briève-
ment sous le no ;ir>27, connue suit : Les Coilociuos français et alle-
mands avec unegraunuaire iVai.raise. Slraf>hour^» H\l^, in-li.
Deux autres exemplaires se trouvent dniis la riclic collection de
M. Charles Mehl. Ce suit :
DasNcw Pr.rlauient. Parlement nouveau, <.der(ieniein(iospnech,
Teulseh und Frautzœsisch, ^muIz nuliîlicb allen denen, so diesc
zwotpracbcu recht fcrtig zu lelir-neu l)ei:oliien. ou Colloques fa-
miliers franoois et allemands, fort })roprcs pour tons ceux qui dé-
sirent parfaitement apprendre les dcùs la niques. Iteveues et corri-
gés pour la scccmde fois par S. Telles, â Strasbourg imprimé par
Th. Paslori lti63. Vol. iii-8o. (IH pa.-os y couqiris le titre;. (Col-
lection de M. Charles Mehl).
Parlcinonl ou Vocabulaire frar.rois cl allemand nouvellement
inventé pour la C'imiu'xlitc di s viiya^cins qui désirent apprendre
l'une on Piiulre langue. A licsar.*.' ii (I S(^ \<m..1 à Mrash org chez
IvMiis D'iussclol. niarrbaud-lilra're sous les an ; <[cs a\i U'tm de
82 REVUE d'alsace
Jcsiis. s. d. iii-12 carl. 2[0 pngos cl 5 (T. (17^ siècle/ Colloclion de
M. Charles Mchl.
Vax oulrc. la Bihliollicciiie Nationale possède de Daniel Martin
les trois ouvrages suivants :
io — Acheininenicr.t à la hiuguc allmande, c(»ntenant des rèigles
faciles de la prononciation expriuicc par le moyen des lettres
Franr(îises c;:niinc aussi l'explication de chasque partie d'oraison,
avec un Abrège de Syntaxe. Item le Trucheman des François et
Allemands, c'rst-à-dire, devis ou colloques franu)is et allemands
pour toutes occurenccs, dressez à l'usage de la Soldatesque Fran-
(^oise venant en reste ville ; comme le contenu le monstre en la
page suYvante. l^c Tout dcdiê à la Noblesse franu)ise cbercbanl de
l'exercice à sa vertu en la (iuerre d'Allemagne. Par Daniel Martin,
Linguiste. Da.i /x/ A'urfcp Anlpifunf/ su der Teutschon Sprach...
— Strasbourg. Kverhnrd Zetzner, libraire, l'an 1().*15, in-i:2 C24G
pages ; provient des Auguslins de Paris.
IVibl. Nal. X i49i0. 8o.
— C'est une grammaire ; les règles se Irouvent dans la pre-
mière partie et les cxcm|)les suit d'un intérêt alsatique nïoindre
dans la seconde. Le volume se termine par les (îrûces et par ce
distique :
Au commencemenl et au bout
Soit l'.ué (pii de rien fit tout.
^. Le (luidon Alleir.and. enseignant la [«rononciation allemande,
cxprîmie par h? moyen du son des lettres Frauroises, avec l'expli-
cation des cb.ssjpic [)artie d'or?:is()n, un abbrégc de Syntaxes, et
des Dialogues ; dédié à la Jeunesse Françoise <Mirieuse d'apprendre
la lî.ngue allemande. Pi.r Dr.nicl .Martin, linguîfcte. De noveau im-
primé, reveu et cirri^é. I>.*r TeutscIieWegiceiser... — Strasbourg
cbez (irorge André Dolhopf; Jean Kverard Zetzner, marchands
libraires, l'an de grâce 16'J'î, in-l:\ {/yMS pages).
Hibl. Nat. X 1 iOS.'f. in-8o.
(La préface est identique à VArIttnninf'm^*iit... de hVMy. Les
exenqiles sont s JUS forme de conversation et se rapprochent du
Parfef}i(*nf noiir^nn d.»nt elles forment un utile complément et
que nous [»ublien»ns également. Il est terminé aussi par le même
(listi({ue.
il. — Le l'arfî/it (iuidon aicmaud rcveu et rcn'juvellé. t'usei-
gii.-.i.t la prononciation alemande. exprimée par le miïen du s')n
«les Lettres Fram.oises. avc(^ ri'Ajilicalion de chaciue partie de
l'Oraisfui, un Abrégé de Syntaxe, et des Dialogues; i\. quoi on a
ajoiMé une fort belle Nomenclature, et une Instruction pour bien
composer lesLcllres, suivie de quebpies compliments sur ces deux
langues, le toute fort commode à la Jeunesse Fraui.oise, curieuse
d'apprenilre la Langue Allemande : Par Dcniel Martin, mr.ître de
langue, i\i' nouveau revu cl corrigé, par II. S. P'r Ifutsche voll-
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LA VIE A STKASUOIIIG
83
PARLEMENT NOUVEAU
OU discours familier sur chaque profession, charge et
mestier, contenant tout ce qui se dit ordinairement
au commerce de cette vie.
AVANT-Ii!:U OU PRKLUDE
Bon jour et bon nouvel an. Monsieur mon pure. Je prie
Dieu, qu'il vous face la grâce de le commencer avec ioye et
le passer en sant(* et prostérilé ; et non seulement celuy-cy,
mais aussi plusieurs autres à voslre souhait.
Dieu vous face la mesme grâce, mon clier fils; et vous y
face croistre tant ei] corps et esprit, (ju'en sa crainte et vraye
connoissance. Ainsi soil-i!.
Bon jour mon cousin.
Et h vous aussi, mon cousin
Comment vous va '!
Je me porte assez hicn, Dieu in(M«*i, ct)mine vous pouvez
voir.
Et vous ?
Je suis encore en l)onniMli>.p()qli«)M, Dirn .soit loué, et tout
presl à vous servir.
Je vous remercie de vosln^ oiïiv: mes revenus sont trop
petits, pour entretenir un tel s<rvi((nir (pie vous.
Dieu vous aide, Dieu vuu- >(>il m .lide. Dieu vous assiste,
Dieu vous bénie.
n me semble cjue vous avez (Hernuô :
Non pas? N'est-ce pas.
komnen VVecQ-Weispr... — A CuloiMic c'irz l''i'aiiM)is Mellernich,
marchand-libraire, l'an \'\2, in-k\ fis p.
Bibl.Nal. \ \V.YX\, in-go.
(Ce voliiino irninv* [tins .Miciin inUr.M [rtjir l'hisloire des mœurs
cl des rouliiuM's d,' rA!s;.c<\ CVsl iiiic -rMiiinairc banah^ comuic
loiitos 1rs aiilics, nuis îcinr;,»»' i»;!i- une strie do formules fort
inlrressault'-;. Nuis iii(l!in»'is à v \<",;i- une ( idilrr-iaron de Daniel
Marlin. doul le sl\le ne se rrcinii;,:! i:iii!(^ pari. Le irrainl succès
dont jouissiiil .>b;rlin au \\ 11'' s. rxpli.pie r-'jl liieii b: loiilalive
des faussaires. y
84 RSVLE D* ALSACE
Aussi ay-ic, j'ai toussé et esterniié en mesme temps.
J'ay un grand'rhcunie, et une forte toux, qui m'escroulle
tout le corps.
Uui est-ce lî», qui nous vient à la rencontre?
(7est le iils de nostre voisin.
Dieu vous ganV.
Et vous aussi. Que faites-vous icy?
Je suis en chemin pour aller chez le barbier me faire tirer
du sîing(l).
Dieu vous l)cnie la saignée (2).
Cïrand'merL'v. Et vous, où alloz-vous?
A l'estuve H), pour suer et me baigner.
(\) La saignée élail 1res pratiquée jr.dis. KUc élait obligatoire à
<1( s (laies fixes (hms les ordres monasliciucs. Au XVlle siècle les
Alinanachs publiés M Slrashi.urg portaient à rerlaincs dates des
doubles croix, ce qui signifiail qu'il fallait se faire saig:ner ces
jours-îù. On se rendait h ret ellel chez le barbier dont la bouti(iue
élî.it reconuaissable aux bandelettes <]ni pendaient h ses fenêtres.
D'un coup de iMiirctte il ouvrait une veine du bras en reconiman-
dai:l de tuisscr afin de mieux faire couler le sang. (Juand il chan-
gciiit de <M)uleur on meltail du coton sur la plaie et on serrait
fortcincnl avec des bandelettes CVoir pour plus de détails le cbap.
ti fi-de:-sous) .
(-1) En allemand : (riûff/c im L'rcklein.
(.'{) Les (tuvcsrtaicnt des bains chauds. On y allait non pour
entretenir la propreté corporelle, mais pour se débarrasser de
|)ctit malaises, maux de dents, maux d'veux ou de petits malaises
mal définis. Le médecin Mangue n- le cette habitude encore au
début du XVIlIe sièele. 11 dit que dans ces Badstuben où régnait
\nw ebr.lcur excessive, on se faisait verser une grande quantité
d'eau chaude sur le corps, puis on se faisait appliquer sur la peau
un certain nombie de petites ventouses de cuivre « larges comme
un <louble et scarifier par les muuchcteures d'une Ibunmc » (Bibl.
Du temps de Daniel Martin celte opération coûtait deux sols,
plus deux liards (pfnn donnait au gar(.oiH[ui vous tendait un linge
au s ;rtir do l'étuve pour essuyer les pieds et vous essuyait la lôte
« en la frottant d'un frottoir blanc, arrosé d'eau d'anis ». Généra-
lement on appliquait au moins dix ventouses, cjuatre sur le dos,
deux sur les reins, deux au-dessnis des coudes et deux sur les
cuisses. On ne chautTaiL les bains que trois fois par semaine, les
lundi, mercredi et samedi, il y en avait doux spécialemenl afîeclés
aux liommcs, celui de la W se et celui de Spire, et trois aux femmes
ceux de la \ÀQ{zum Tims3n) du Cercle (sum ll^uf) et delà Plante.
Auparavant hommes et femnx's se baigr.aient ensemhle.
LA VIE A STUASBOIRG Ho
Dieu vous bénie le bain.
Je vous remercie de bon cœur. A Dieu.
Il m'en faut aussi aller. Bon soir.
Dieu vous donne aussi le bon soir, et la bonne nuit.
Dieu vous donne bonne nuict, et bon repos.
J'ay ouy dire que vous estes fiance avec N.
Vous avez ouy la vérité.
A vostre bonne santé donc. Dieu vous donne toute sorte de
félicité en vostre mariage.
Grand'merci, Monsieur.
Et a vous toute joye en Tenfanl, que Dieu vous a donné :
car (à ce qi.e j'ay entendu) vostre femme est accoucbée. mais
je ne sçay, si c'est d'un fils ou d'une fille.
C4'est un garçon. Dieu merci.
Dieu le veuille accroistre en corps et esprit, et le combler
de ses dons tant spirituels que temporels.
Je vous remercie très affectueusement de sa pari, et vous
asseure qu'il augmentera le nombre de vos serviteurs.
Serviteur, Messieurs. Serviteur à toute la compagnie.
A vos bonnes grâces, Monsieur.
Avec vostre permission je saluerai voi bonnes grâces.
Grand bien vous face. Je vous baise bien humblement les
mains.
Je vous remercie de très bon cœur.
Dieu soit céans.
Dieu vous conserve en bonne santé.
Dieu vous donne bon voyage.
Dieu vous conduise, et ganl ^ de mauvaise rencontre en
vostre voyage.
Soyez le bien-venu.
Et vous le bien-trouvé.
CIIAPITIIE PREMIER
Du maistrd d'escola
Où allez- vous? Où est-ce que vous allez?
Je vais à l'Escole françoise.
Où la tient-on? Où est-ce qu'on la tient ?
En la riie du Monstier (i).
(i) Rue du Dôme arUiclle.
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86 iiEviE d'alsace
En quel endroit ?
Joignant le boulengcr (1), du costé du Monslier on vers la
grande Eglise (2).
Que donne-on par mois? Qu'est-ce qu'on donne par mois ?
On donne seize schillings : ou un risdale, ou bien quatre
schillings par semaine.
Combien de fois y va- on le jour?
Deux fois en payant seize schillings :ou une fois seulement
en donnant douze schillings.
Quelles sont les heures que Ton y va '?
Le matin on y est de dix heures jusques h onze : et Tapres-
disnée de trois jusques à quatre.
Scavez-vous bien pounjuoy le mayslre a choisi ces heures
plustost que d^autres ?
Ouy, c'est a fin que les csct)liers de classe y puissent aller
sans empeschemeut en leur eslude latine; car en s'en allant
de leur nagent, ils vont tout droil à leur maislre de langue.
Qu*apprend-on en cestc escole outre la lecture Françoise?
On apprend h parler, et aussi à escrire, qui veut : et
mesme ceux qui ne sont pas paresseux, ne se contentent pas
de sçavoir peindre les lettres Françoises, conmie on les escrit
avec la plume : mais s'exercent deux fois la semaine h com-
poser des thèmes François.
Qu'est-ce que vous enlendez p^ir là?
J'entends que le maislre leur dicte le Mercredi et le Samedi
quelques lignes en Allemand, qu'ils tournent eu lYançois, la
correction desquels fait insensiblement apprendre la syntaxe
Françoise, exerce et empesche d'uublior la déclinaison des
noms et la conjugaison des verbes.
N'cst-il pas bon d'exposer ce qu'on a Icu?
Ouy, et très utile : car pour bien tost estre savant en la
langue, il faut lire, exposer, composer et parler ô toutes
occasions qui se présentent, sans estre honteux défaillir:
car qui ne parle jamais mal ne parlera jamais bien.
Vous avez raison : apprenlif n'est pas maistre (3).
(1) Neben dem Weissbodon. got;en dcui Munster Ohor.
(2) La cathédrale.
(3) En alleuuuid : Der Pajist isl auch Sc/i:iier f/eires.^n.
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LA VIE A STIlASHOir.G li
Où avez-vows appris h lire en allemand ?
En Tescole du paysan bleu, à la placiî d: s (lorJeliers (i),
près (la ponl d'arche, non loing de l;i Chouëltv
Ce niaislre m'a appris à connoislre les b'llre.>, h ospcllei cl
lire couraniment dans un livre d'ahecé, sans me servir
de louche.
Combien de livrets avez-vous perdu el desebiré en tout le
temps, (juc vous avez esté à Tcscole ?
Je n'en ay usé ni perdu pas un : car j'avais une malelle
d'escole, dans laquelle je le serrois, et si avuit ledit livret du
carton en la couverture, et des aiguillettes (|uc je nouois et
fermois soigneusement, tellement (pi'il ne s'y faisoit point
d'oreilles d'asne.
Voyez louchant l'Escriture au chap-dc rKscrivain.
CHAPITRE DEUXIÈME
Du Boulenger
Voslre pain commence à se moisir (2J.
Sa moisissure se passera bientôt : car voilà la dernir^re
miche.
Il nous faudra recuire demain.
La servante mettra à ce soir à poinct la farine, ou appres-
lera le levain et se lèvera de grand matin pour faire et pestrir
la paste, et chauffer le four.
Cuisez-vous donc au logis?
Ouy, nous avons esté contraints, d'y faire faire un four,
parce que le fournier (3y achevait de nous desrober ce que
le larron de musnier nous avait laissé : et au lieu de farine
de froment, que nous lui livrions, nous rendoit du pain de
seigle, ou de mesteil (4), et- mesme si petit, que pour luy
faire avoir son poids, il le moiiilloit de telle sorte, qu'à peine
le pouvions-nous manger, et s'esmioit au potage en guise de
bouillie ou panade.
[\] Place Klébcr arluelle.
[2] Ewer Drod fangt an eu sc/iimlen.
[H] Der Schwarsbeck.
[■i\ Rocken oder MMcprbvod.
88 REVUE d'aLSACE
Avez-vous tous les outils ou ustensiles nécessaires et appar-
tenantes à un four?
Je crois qu'ouy.
Car nous avons une paelc, un fourgon, un cscouvillon, une
maict, un racloir et un plumail, et un sas ou sassct (1) pour
faire de la fine farine h faire paslez, flans (2), tartes, etc.
Je me suis aussi fourni de deux cordes de bois d'aulne,
parce que le chesne ne fait pas assez de flamme.
IIé,^e vous prie, faites-moy un gasloau. je vous envoyeray
du beurre et un œuf pour le pestrir avec. Vous en mangerez
vostre part.
Envoyez donc vistomcnt : aussi bien veux- je cuire un
pasté de ménage, fait d'une grasse pièce de bœuf bien lardée
de lard, et picotée de doux de girofle.
Quand est-ce que vous enfournerez ?
Incontinent que le four sera assez cband : car la paste est
desja assez levée, le levain était forl aigre.
Je me réjouys de manger du pain tendre.
Si est-ce, que le rassis est plus sain.
Pour mon regard j'aime le pain rivé (3), qui a beaucoup
de croûte et peu de mie.
Je le croy bien, vous avez encore toutes vos dens affilées
comme le rasoir d'un cbaslreur : mais moy, qui suis desja
une vieille édentée, je cberclie le pain (jui a beaucoup de
baisure (i), ou que les autres ont escrouté.
J'eusse esté une bonne paysane, je mange volonlrôs un gui-
gnon de pain bien frotté d'ail et salé (Ti ;.
Oslez-moy celle paille ! (Test bien le tbériatjue des villa-
geois, mais je ne me musqué pas Tbaleine d'une telle
drogue.
De combien de sortes de pain cui^ez-vous !
[i] Haï fer, /ù'ucke. Biidcltriscfi o(h*r Wischet\ Rachtrag,
Teiyscharvp, Kf'hririscli, Si<'h odev Iiruf/er.
[2] Fladen.
[3J Das Orthrod.
[4] Das vie/ stoss/uif.
[5] Coutume encore l'orl en usî.f:(» dî.us les c'am[)îjgnes aux envi-
rons de Strnsbour:,'.
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lUSBOURG
farine sas
els et ser\' i
oinc et d'oi •
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îin d'yeux i
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ine pièce !
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Dourvoy !
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(f&r me
I
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"èO
REVUE I) ALSACE
Je sçay un garçon de dix-sept à dix-huit ans, qui parle
aussi bien François qu'Allemand. Ce sera iustement votre
fait.
Vou'.ez-vous que je l'envoyé quérir?
Guy, s'il vous plaft : vous m'obligerez fuil.
Le voicy desja.
Suyvez-moy, mon amy, et m'aidez a acheter force petites
choses au marché.
Marchandez ces poulets.
('ombien faistes-vous la paire de ces poulets ?
Je les vends VII quart d'escu la paire.
N'avez-vous point de honte de faire un poullet huit sols?
Soit honteux qui desrobe et est contraint de rendre, comme
dit l'Allemand.
La rareté cause la cherté.
Les soldats n'ont laissé ni riflle ni raffle (1) en nos villages
et hameaux.
Ce peu que vous voyez, a este couvé et escols(enclos) en
ceste ville.
Je vous en donneray six bats ou douze sols de la paire :
et prend ray toute la volière, ou couvée.
Ils sont petits et maigrets.
Lardez-les, ils seront plus gras.
Ils ne sont pas k vendre h moins de six bats et demi.
Je n'en donnerais par un liard d'avantage : voyez si vous
voulez recevoir de l'argent.
Vous vous morfondez là pour néant : car ie suis asseuré
qne personne ne vous en donnera tant que moy.
Prenez-les : il m'en faut retourner au logis.
Combien de paires y en a-il?
Il y en a six qui montent à deux florins et six bats, ou
vingt quatre schillings, ou trente six bats.
Tenez, voilà un florin d'or, qui fait deux florins, puis deux
pièces de trois bats.
Il est vray, iustement le compte.
Marchandez ces œufs.
[i] Stumpffnoch StieL
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LA VIE A î^TRASHOCUG 91
J'en voudrois bien acheter deux ou trois douzaines, s'ils
estoient frais et non couvés.
Femme, combien d'œufs au schillings, ou combien donnez-
vous d'œufs pour un schilling (i) ?
Cinq pour trois bats.
N'est-ce pas horreur? Cinq œufs pour six sols! J'en ay
veu souvent donner en mon pays douze pour un sol.
Nous ne sommes ni en vostre pays, ni en ce temps-lk.
Poulies mangées ne pounent plus.
En voulez-vous donner trois pour un schilling ou un pour
un sol?
Je prendray toute la pancrée.
Prenez-les, que ie m'en retourne viste au logis, donner la
mammelle à mon enfant, ou allaicter mon enfant qui crie au
berceau.
Si ce n'estoit cela vous ne les aurioz pas pour le prix. Je
sçay bien que vous les revendrez deux ou trois sols la pièce.
Je sçay tel qui en a mangé h Savernc ii un quart d'escu la
pièce.
Voilà des fromages bien passez, ne vous en faut-il point?
Guy, toute mangeaille m'est bonne. Marchandez-les.
Vous le pouvez bien faire vous-mosme, ces coquetiers et
marchands d'œufs, de fromage et de beurre, sont Lorrains.
Païs, combien la pièce de cos petits fromages?
Six gros : ils ne son pas petits pour le priex. S'ils estoient
plus gros, ils seroient aussi plus chers.
En voulez-vous quatre gros, ou deux bats ? Us seront bien
payez.
0 que nenny.
Je ne les voudrais pas apporter pour le prix, quand ils ne
me cousteroient rien d'achai)t.
Donnez, donnez^ si vous pouvez, j'en prendray une demie
douzaine.
Quand vous les prendriez tous, vous n'en auriez pas meil-
leur marche.
[i] Fraiv, icievieleyev gebt ilir um einen SchilUng. Cette
locution est encore employée très couramment . Par Schilling
(schilli) on entend aujourd'hui une pièce <le monnaie (Iflivo de la
valeur de quatre sous.
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92 REVL'E D*ALSACE
Je n'ay pas le loisir de beaucoup barguigner, ic vous en
donneray cinq gros ou sols.
Meltez-y encore un demi-gros, ou deux blancs.
Je n'en feray rien. Voyez si vous me les voulez laisser
pour ce prix.
Prenez-les.
Tenez, voilà un ducalon pour les six, que j'ay mis dans
nostre hotte.
A quel prix le mettez-vous donc? a deux florins.
Ouy-dà. Ne savez-vous pas bien qu'ils valent autant par-
tout?
J'aimerois mieux de la monnoye.
Je ne vous puis pas peindre l'argent (dit rAllemand), je le
vous donne tel, que je l'ay receu d'un autre.
La femme au beurre, combien vendez-vous la livre de
voslre beurre frais?
Je n'en ay point de liveres. Ge sont tous quarterons, demi-
livres et coins de beurre (1).
Que faites-vous donc le quarteron?
Quatre sols.
Ce seroit seize sols la livre. Si vous en voulez rabbatre
deux sols sur livre, ie prendray tout ce que vous en avez :*ce
n'est qu'un demi-gros sur un quarteron.
Prenez, que je m'en aille me réchauffer au poile, .ie suis
toute transie de froid.
Que voulez-vous encore acheter? N'avez-vous pas encore
fait toute voslre emplette?
Il s'en faut bien. Il me faut encore acheter cinq ou six pots
de beurre fondu (2), des choux cabu (3j, des choux verds,
des choux surs (i), et autres choses, que le lecteur de ce dis-
cours trouvera es chapitres, du jardinier, coquetier, marchand
de farine, brasseur de bière (5), marchand de vin, grais-
sier (()], etc.
[l] Ks seynd lauter vierling, halb pfund und butterwecklein,
[2] Fûnffoderscchs Becker Aiickpn oder Schmnltc,
[3] Krautkœpf,
[4] Sauerkraut.
[5] Biersiedpr.
[G] Krempen.
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LA VIE A STRASBOURG 93
CHAPITRE QUATRIÈME
Du Cabaretier
0 que j'ay soif ! le pasme comme un poisson hors do Teau.
Ma langue s'Utache quasi îi mon palais. Je crache blanc
comme coUon de Malle. Si je rencontrais maintenant quel-
qu'un qui fust altéré comme moy, et me voulust tenir com-
pagnie, j'entrerois au premier cabaret que nous rencontre-
rions en nostre chemin.
Bien que la soif ne me travaille pas autrexent, si ne lais-
serai-je d'estre de la partie, et vous mener en bon lieu, pour-
veu que vous me promettiez de m'en sortir, ou de me des-
frayer, et pour r'^compense ie vous enseigneray vne recepte
qui vous empcschera d'avoir iamais soif.
Declarez-moy donc ce beau secret, vous serez franc d'cscot.
Beuvez toujours un quart d'heure avant qu'avoir soif, elle
ne vous viendra iamais.
Il y a longtemps que suis desjeunc de telles drolleries.
Dites-moy quelque chose de nouveau.
C'est toutes fois une ordonnance de Rabelais, célèbre doc-
teur en médecine, qui dit aussi que pour estancher la soif, il
n'y a point de plus asseuré expédient, ni plus agréable au
patient altéré, que de boire souvent et h longs Iraicts.
Je ne lairray pas pourtant de payer vostre escot : menez-
raoy seulement où il y aye du vin d'une oreille. Je hais le
ginguet (1), le vin verd et de deux oreilles, la piscantine, et
la piquette, bien qu'on dise qu'ils désaltèrent mieux.
Je vous nommeray une bonne partie des tavernes ou caba-
rets et hostelleries de cestc ville...
En ceste rue des pierres (2; il y a le poile des Gourmets
que je say mener le branle, parce qu'il y a un honneste et
aimable homme d'hoste fourni d'excellens vins et de bons
morceaux, n'cscorchant pas le monde mais contant raison-
nablement.
[1] Reissdœj^Tne?% saurer Wein, Trabenrein, Leyer.
[2] Aujourd'hui Faubourg de Pierre,
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94 IIEVL'E d'alsace
Pli4S avant au fauxbourg est riIomnie-Gris, la Charrue*,
la Corne-de-Ccrf et le poile des Jardiniers aux Deux Anges.
Au le marché aux chevaux (1; TArbre Vert, et le Cercle
d'Or, dont les principaux chalands sont paysans, manou-
vriers, aides à maçons, escorcheurs etgadoùards.
Devant la petite houchcrie^ il y a la Ilautemontée.
A la place des Deschaussez ou Cordeliers est le trou des
naseaux autrement le sep do vigne (2).
A la vieille eslappe(3), la cave-profonde et l'Estable.
En la rue haute, l'Aigle noir, le Vigneron, la Croix Rouge,
le Coq-Rouge et le Lion rouge qui a pour voisin et chaland
l'Exécuteur delà Haute justice.
Au marché au hlé, il y a le Saumon et le poile des Sei-
gneurs.
Au Hameau des pinçons (4), il n'y a que TEspieu et la
Mousche.
A la Poissonnière (5), le Bouc et le Pied de Bœuf.
Devant la Grand' Boucherie, la Couchette.
Devant la Douane, la Fleur et la Hache'.
En la rue des Corbeilles (0) devant le portail du Monstier,
la Cave du Faucon et un peu plus bas le Vieux Palais.
Au le marché aux cerises, ioignanl l'hostel Nostre-Dame
(7) il y a le Cerf.
Vis à vis de l'Hoslel l'Evesque, le Parc des bestes.
A la Place Sainct-Estienne, la Pucelle.
Le long du quay et es environ il y a la Couronne, la
Pomme d'Or, le poile des Bouchers, le Poisson de la Perche,
li] Rossfnajit't au']. Place Broglic. Los noms marqués 'désignent
des maisons cxislaut encore.
[2] Das Ituhenfoc/i oder der Rebstock (Place Klébor acluollo).
[3] Auf (lem altcn Weinmarckt.
[4] Im Finclcireiler. Il doit son nom aux nombreux pinsons qui
peuplaient les nombreux jardins (|ui s'clendaicnt jusqu'au Hcirilz
Il était habile par des oiseleurs (jui vcndaicnl le produit de leurs
chasses devant la Pfalz et sous les Arcades CVoir jjIus loin rhapilrc
02 et Seyboth Strasbourff historiq(te\). 5Si*).
[5] Auffm FiscfnnarcJct.
[()] In dffr Nivrbcntfassp [i^uj. dordnangassc].
[7] OKuvre Nnliv-Dauie (J'napv Fraudfn Ifau<).
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LA VIE A STRASBOURG 95
le Bœuf, le Corbeau, la Pinte, le Bateau, l'Espadon, le Loup,
la Rose, la Poule Noire, le Cheval, TAuge.
Vers la Tour blanche (i), le Grand poile des Jardiniers et
le Tillet (2).
Vers la porte qu'on appelle kronenburgertho»% le Mont de
TEstoile et le Sauvage.
En la ruelle dite Utzengessel le Tonnelet rouge.
Devant le Pont Saint-Nicolas il y a l'Esprit.
La Tressure est en la rue appellée rue de la Tressurc (3),
entre la Poissonnerie et la rue des Tonneliers.
Je me tiendray au premier cabaret, puisque nous en som-
mes si près.
Entrez le premier, et parlez pour moy.
Qu'est-ce que vous demandez. Messieurs ? Voulez-vous
boire une pinte?
Ouy, Monsieur l'hoste ; mais mettez la main en bon lieu,
ou tirez-en de la bonne broche : car cet honneste homme est
entré sur ma parole, que nous aurions céans un traict de
bon vin.
Quel vin vous plaît-il boire f J'en ay de Ilambach (4), de
Iloichenweyer (5), de Reisfold (Gj, d'Andlau (7), de Barre (8),
(1) Weisse?' Thurin,
Ci) Pour le Tilleul.
(^) Lnngengasse,
(4) Village du B.-Rh.. arr. Savernc, canton Dnilingen.
ff>) Haut-Rhin, arr. Cohnar, oant. Kaysersbcrg. Riqueurhr, dit
Ch. Gérard, le Clos Vougeot de l'Alsace, qui offre son vin gris
Eschgjnesler, sou gentil qui embaume tout un appartement,
son Schœnberger, si moelleux à la bouche^ mais qui excite trop le
cerveau, son Sporeiiy son Sonnerxbei^g, qui était aux comtes de
Wurtemberg, son Lûppelsberger. le vin favori de Jean de Man-
dercheidt [Ane. Alsace à table 318],
{Vi) HeichsI'eld, B.-Rh., arr. Schlostadt, cant. Rarr. — Il produi-
sait jadis le meilleur vin de la Rasse-Alsace que les Strasboupgeois
se disputaient avant la récolte [Ilid. 317].
[7] B.-Rhin, arr. Schlcsladt, cant. Rarr. Le Kastelberg, le \Vi-
belsberg et le Statndes clianoinosses d'Andlau étaient particuliè-
rement renommés.
[8] La vallée de St-Ulrlc à Rarr était autrefois un vignoble re-
nommé, comme le prouve ce vieux dicton :
Willst du haben gitt rothen Wein,
So fa/n* in Si i Irkhsthal hùicm.
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yb REVUE D ALSACE
de Dorlesheim etc. J'en ai de toutes couleurs, du blanc, du
clairet (i), du rouge, du paillet (2). J'ai aussi des vins sophis-
tiquez, du vin d'absynthe, de sauge, du vin de cerises, de
prunelles, de rosmarin, de fenouil, d'eleinc, du vin cuil, de
la malvoisie, du vin d'Espagne, du muscat de Lyon (3).
Je ne boy pas volontiers ces vins brouillez mais le vin pur
comme il vient du sep de la vigne, de la cuve ou du
pressoir.
Vous beuvcz donc volontiers le moust ou le vin doux.
Excusez-moy, i'ay horreur d'on avaller une goutte, quand
ie pense aux araignes et autre vermine, qui ont esté esca-
chées avec les raisins. J'entends et attends qu'il aye bouilli,
et soit en sa boite, comme il est ordinairement après la Sainct
Martin, selon le proverbî?, à la Sanct Martin on boit le bon
vin.
Avez-vous encore du mousl, monsieur Thoste?
Nenny, tout mon vin a dosja bouilli, il pique sur la langue,
la douceur on est passée.
Tirez nous pinte de clairet de Rossheim, pour estancher
la plus grande ardeur do mon altération. Un plus grand vin
nous y enyvreroit.
Voulez-vous pas aussi un espcron de vin, comme une
langue de bœuf salée et enfumée, une jambon, du rosti
froid, une douzaine d'alouettes, un demi-cent d'escargots,
un demi oison rosti, ou bien un plat de saumonneaux.
Nenny, nous sommes assez altérez sans cela.
Apprestez nous seulement un quateron d'escrevices : ou
bien au défaut de cela, une salade bien huilée, salée avec
peu de vinaigre, mais fort, et des quartiers d'œufs à Tentour.
Bien, Messieurs, ie m'en vay y mettre ordre.
Revenez, s'il vous plaît, vous seoir auprès de nous, pour
nous tenir compagnie.
Excusez-moi pour ce coup, Messieurs, vrayment il ne puis.
(i^ Schieler Wein.
f2) Gelber Wein,
(3) Wermuthwein, Salbeywehi, Reps, Kirsc/tenwein, Schle-
henwein, Rosmarinwein, Fenchclirein, Alantwein, Gesoitener-
i4^ein, Malrcisier, Lyonhrher Musaitollcr,
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LA VIE A STKASBOtnG \) t
Tay (les hostes la haut k qui il me faut faire le conte cl
recevoir les escols.
Serviteur Messieurs, voila une pinte du vin que vous avez
demandé, et une couple de pains blancs. La salade sera
incontinent preste. Quand il vous prendra envie de taster de
meilleur vin, ou avoir autre chose, heurtez, si je ne suis icy
haut, et demandez, ou conr.mandez, vous serez ponctuelle-
ment servis.
En bien payant, non pas? Valet.
Cela s'entend : car la récompense doit suyvre le service,
comme Fombre le corps.
As-tu bien rincé ce verre ?
Non seulement rincé, mais frotté de cendres et de papier
mouillé, il n'y a rien qui nettoyé mieux le verre de toute
gi'aisse. Vous diriez à voir cestuy-cy qu'il vient de la verrerie.
Verse donc plein, mais ne respands pas car je suis marry
de voir perdre une seule goutte de la liqueur du bois torlu
ou de rhuile de septembre. •
N'ayez peur de cela, i'ay achevé mon apprentissage au
meslier de valet de taverne.
Faites-vous gaillards, messieurs :je reviendray bien tost.
A vos bonnes grâces, Monsieur.
Grand bien vous face, Monsieur.
Excusez-moy de quoy ie boy le premier, la grande soif me
fait commettre cette incongruité.
Hé, Monsieur, que dites-vous, n'avez-vous pas lapuissance
de tout faire a vostre plaisir en la compagnie de vostre ser-
viteur. Et même sans cela ie n'ay pas autrement soif.
Monsieur, c'est moy qui suis vostre serviteur.
Mais regardez, si ie n'eusse pas este une fort propre ser-
vante qui tiens ma vasaillesi nelte ; on ne diroit pas qu'une
mousche y ait beu .
Je le croy bien, car le verre ne seroit pas vuide.
Permettez, ie vous prie, que ie m'en versée a moy-mesnie.
Laissez moi faire, ie suis mieux en main que vous : i'ay le
pot à ma main droicte. Tenez, Monsieur, serviteur.
Je vous baise les mains, Monsieur. le vous feray tout
incontinent raison, de peur qu'on ne m'apporte un réchaud.
Pourquoi donc une chaufferette?
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98 REVUE D* ALSACE
Un bon drolle d'altéré voyant en une compagnie que celuy,
qui devoit boire a la rondo, lenoil trop longtemps le verre
en la main, s'amusant h devisor, il dit tout haut au valet
qu'il apportait une eschaufTetle h ce Monsieur, parce qu'il
voyoit bien qu'il bevoit volontiers chaud.
Tenez, Messieurs, voilà une excellente salade, elle ne sçau-
roit estre meilleure, quand ce soroit pour la bouche d'un
Iloy : et si voilà un reste de rable de lièvre froid, qui vous
fera grand bien à la jambe.
Ne feignez point d'en manger.
le vous asseure qu'il n'a aucunement esté margoussé par
gens malhonnestes : mais découpé sur la fourchette par uu
galant homme, qui a aujourd'hui disné icy avec un colon-
nel.
Vrayment on est bien et habilement servi en ce logis.
Vous auriez raison de le louer.
Si l'hoste ne nous donne une eslrillade au sortir de céans,
ie le reviendray voir souvent.
Il le faut appeler qu'il vienne conter.
Holà hau Monsieur de céans, venez nous reprocher nostre
vie.
Que demandez-vous, Messieurs ?
Nous voudrions bien sçavoir ce que nous avons dépensé.
Non pas ainsi, Monsieur, mais dites que nous voudrions
volontiers sçavoir ce que nous avons gaigné en cet attelier.
Que nous donnerez-vous, Monsieur l'hoste, et nous vuide-
rons vostre logis.
Vous avez bien hasto. Messieurs : pourqiioy vous en vou-
lez-vous si tost aller.
Nous voulons regaigner nos logis avant qu'il soict nuict
toute close : vous voyez qu'elle vient à force.
Vous avez encore une demie heure de bon : toutes fois à
vostre bon plaisir. Voilà vostre oscot sur le Irenchoir, il n'est
pas grand.
Comment est-ce que vous contez?
Que veuilent dire ces zéros (ou nulles?)
Veulent-ils dirent que nous ne devons rien?
Chaque zéro signifie un schilling d'icy.
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LA Vie a STRASÛOUIIG 1)1)
Effacez cela, nons ne sommes pas paysans : escrivez on
chiffres ordinaires aux arilmeticiens.
Qu'est-il besoin de beaucoup d'escrilurc? Vous devoz seize
schillings. le vous conteray tout par pièces. Vous avez eu
pour diz batz de vin, pour deux balz de pain, pour quatre
balz d'oiseaux rostis, un demie-rable de lièvre de six batz,
et une salade de deux batz. Le tout ensemble fait vingt
quatre batz, seize schillings ou un risdale. Vous no vous
sauriez plaindre de ce conte en ceste cherté de vivres.
Aussi ne faisons-nous. Puisque vous estes si raisonnable,
nous n'en rabbattrons rien, mais vous payerons à vostre mot
sans grommeler.
Et moy, pour vous donner d'autant plus de subject de me
venir bien tost revoir, ie vous feray présent d'une pinte de
vin de satin, ou de veloux (comme l'appellent les bonnes
gueules fresches) (1), qui coule doux comme soye bleue, et
qui ne se vallette pas. Regardez, je vous prie, queile belle
couleur il a dans ce cristalin de Venise : il est riant h l'œil, et
friand a la bouche. Tastez-le, s'il vous plaît. Monsieur.
II est en bonne main.
Posez que je sois un Roy, et vous mon cscbançon, quand
vous aurez fait l'essay, ie vous feray raison sans appréhen-
sion d'estre empoisonné.
A vous bonnes grâces donc, Monsieur : ie commenceray
puisque vous feignez ou faites difficulté de boire le premier.
le vous baise les mains, M. Thosle.
Ce que i'en ai dit n'est pas à bon escient, ie me gausse seu-
lement.
le l'entends bien. Tenez, faites moy bien lost raison, et
beuvez à Monsieur que voilà, qu'il en dise aussi son ad vis.
Encor que ma soif soit passée, si vuideray-ie encore ces-
luy-cy par curiosité, pour taster s'il est tel que vous le qua-
lifiez. A vous Pays.
Dieu vous le bénie.
0 qu'il est délicat et gaillard.
C'est du pur Hambacher, sans aucun moslange.
(1) Von einem Schleckicein darûber man die Knechte nirht
gehen lœsst.
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iOO REVUE d'aLSACE
La seconde pinte, que nous avons beiie sous le nom de
Hanibacher estoit plus fort, mais plus rude et non si ag-
greable.
Il estoit sans doute brouillé.
Je n'y contredis pas.
Quand vous reviendrez une autre fois, ie vous donneray
d'abord de cestuy-cy, pour en boire à gogo, ou a plaisir.
Vuidez tout, Monsieur. Ce seroit dommage de verser une
goutte de ce vin dans le baril, ou en la bouteille au vinaigre.
Nous vous remercions de vostrc bonne boisson, et vous
donnons le bon soir.
Bon soir, Messieurs. Dieu vous donne la bonne nuict.
CHAPITRE CINQUIÈME
De la Cuisinière
Il est temps de mettre le pot au feu. Va quérir la chair qui
est en cave, et la lave bien, que le potage ne soit pas salé;
car je Tay salé afin d'estre de meilleur goust et l'empescher
de corner (i) ce pendant je feray du feu.
Chambrillon, donne-moy la boette au fusil.
La voilà. Madame.
Y a-t-il de l'amorce, des allumettes et une bonne pierre à
feu (2)?
Ouy, Madame, mais l'acier n'y est pas.
lia, le voilà sur le ménager.(3).
Va quérir des chenovettes, bourrées et des busches (4).
Bien, Madame. Si j'avois la clef de la charbonnière, j'ap-
porterois aussi du charbon.
H n'en est pas besoin jusqu'à ce qu'on vueille rostir. Pends
(1) Das es îiicht schmuttere.
fè) Diebuchs zum Feuerseuf/. 11 y a quarante ans on se servait
encore courauimenl dans nos canipairncs du briquet pour allumer
le feu. L'emploi des allunieltcs ne se rq)an(lit que très lentement.
(A)DerIIafe?isc/taff, csi)ère de dressoir encore en usage dans
beaucoup de cuisines alsaciennes snrlout à la campagne où l'on
orne les rayons d'assiettes peinte? de couleurs criardes.
(4) Hanffstœnjel, Hpis8ir?Uen un<f Scheiter.
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Lk VIE A STRASBOURG 101
ce chauderon h la crémaillière avec de l'eau ne<te, pour en
remellre au pot, quand l'autre sera esbouillie : que nous
n*a'yons du rosli et du bouilli en un inesme pot. Appresle
aussi Tescumoire pour escumor le pot : car il n'y a rien qui
me desgousle plus que de voir de l'escume sur la chair.
Puisque nous cuisinons sur l'aire et non dans le fourneau,
mets le bois de travers sur les deux landicrs, ou chenets (1),
afin qu'il brusle mieux. Hache ce rosli froid tout menu,
comme chair a paslé, j'en feray un hachis avec du beurre
frais, des espices, et un oignon coupé en rouelles (2).
La graisse de rost seroit bien aussi bonne que le beurre.
Guy, qui en auroit. Ne sçais-lu pas bien qu'on la mangea
hier toute en une sauce faite d'un fil de vinaigre et de mus-
cade.
Il m'en souvient bien, car j'y Irempay aussi mon pain.
Va quérir une jatte de fer blanc, à cause qu'uned'estain se
pourroit fondre sur le rechaud fait h gril, où les charbons
s'embrazent comme en une fournaise : on n'a que faire de
souffler pour les faire brusler. Attise le feu. Agence bien ces
tisons avec les molettes ou tenailles : ne vois-tu pas qu'ils
sont roulez en bas des landiers? Puis après rolave, etescure
toute celte vaisselle sale, qui est sur l'esvier, ou plus tost
aivier. Plats, escuelles, cuilliers, cuillicrs à pot, assiettes,
tailloirs ou trenchoirs, bacins, couloirs, chandeliers d'airin,
casse (3), poiles ou paeles, poïlons, le poilon h papin (i), ou
bouillie, mortier et pilon, pots de fer, d'airin, de cuyvre, et
de terre, la bacinoire (5), les pots de chambre, les couperets
et le hacheret ((>), et aussi la cassolette d).
Aiguise ce taille-i)ain (H), il os[ mousse connue un fleuret,
il coupe tout ce qu'il void.
(1) BrandreiteL
(i) Eine rœdlecht geschnitt^ne Ziribel.
(3> V Yasser pfann.
(4 ) Pœppenpfœn ni 'fin.
[3] Bettpfanne.
[0] Das /lackiTïP.'ispr und /uuim:*ss 'r.
[7] Das Ranchpfanmlcin.
[8] Das Bi*odmesser,
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102 REVUE d'aLSACE
Je n'ay point do queux ou pierre h aiguiser (1).
C'est il faire a un liard, Tesmoleur qui est devant noslre
maison Tesmoudra : aussi bien est-il espoincié, et plein de
dcns.
Porte le luy donc : car c'est un couteau qui a une fort
bonne alumelle bien acérée. 11 est aussi amanché de corne de
cerf. Tire ce roU de la broche, il ne fait plus que se hazir (2),
et le laisse en la lèchefrite devant le feu.
Ne ielte pas les relaveurcs dehors, j'en veux faire de la
niangeaille pour nos pourceaux, avec du son et des feuilles
(le choux. Si je sçavoi quelque bonne cuisinière, qui te vou-
lus! instruire, je te incltrois auprès d'elle, pour apprendre h
appresterou accoustrer toutes sortes de viandes, faire des
sauces, cuire à l'esluvée, fiircir ou faire des farces, fricasser,
faire des paslez en pot, cuire du poisson, frire des poisson-
nets avec du beurre et de la farine, faire de toutes sortes de
bignets, soupes dorées de pain blanc et de pommes coupées
en rouelles, des gaufres, des petits choux, faire une bonne
aumelette, des œufs brouillez, des œufs pochez, des œufs k
la Iluguenotte, c'est à dire des moyeux ou jaunes d'œufs
bien battus et versez dans le jus et la graisse d'un gigot de
mouton, et cuits en un plat sur le réchaud (3).
Et piirce que nous tenon? des pensionnaires de divers pays
ou chasjun fait diversas sortes de potage, je voudrais que tu
en appris>35 h faire Û2 toutes façons pour leur complaire en
temps et lieu.
Comment. Madame, y en a il donc d'autres que ceux-cy
que je say très bien faire? Assavoir : Potage au beurre, a la
chair, au lard, au laict, aux navenux, à l'avoine, aux oi-
(\) Vyptzstf»in.
(i) Verdorren.
(3; linihen tnachen rerdampffetiy fîkUet mnchen, rœsien, ha-
tenpasteten mac/ipn, fisc/i siffJen, fischiein fuit butter und mœl
backen, allerhand Kùchleiny f/uldeîie schnitteny œppfelkûch-
leiriy tra/jTeln, schneeballen, ein guten eyerkucheny gerûhrte
^^!/^f* 1 (ffbac/iPtie Eyer, nie auc/i eyer a nff Huguenot tisch (wie
sie es nvui.?n) rubeveiti?n,da8 eyer dotter Kloppfen, diesclbigen
in eines hamtnelschlegels feiste und safft mit muscat nuss auff
einer glutpfnmien sicischen zweyen schûsseln kochen*
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LA VIE A STRASBOURG 103
gnons, aux poireaux, aux choux blancs aux choux verds, k
Toseille, au gingembre, au persil, aux cabus seurs, aux bou-
dins, k charbonnier, aux pois, au riz, aux lentilles, au pavot,
aux amandes, au cumin, au fromage, à l'orge, h la bière, au
vin. Il la crème.
Si lu sais faire tous ceux Ta, lu en sais une bonne partie,
mais non pas tout : car en quelques lieux on fait aussi du
potage au chanvre, aux harengs, au merlus (1). On fait aussi
une sorte de potage qu'on appelle ragoust, item du chan-
desu avBC du pain esmié (2), du sucre pilé, de la canelle
baltueavec de bon vin froid. Item un restaurant de nou-
veaux mariez fait d'œufs ballus de sucre, de beurre cuits
ensemble avec du vin. Ilem un polagc pour un malade et
dcsgousté, fait d'un œuf ballu avec un peu de verjus, du
beurre frais versez en l'eau bouillante et salée, que ceux de
Strasbourg appellent kisselsuppeJe voudrois que tusçeusses
aussi apprester de l'orge mondé, du mil, du ris, des espi-
nards, des arlichauds, artifis, toupinamboux, asperges, cham-
pignons, polirons, morilles, phasioles ou fèves de Rome (3),
houblon, poids verts, ou p.is en gousses.
Pour estre bonne cuisinière il seroit aussi besoin que tu
sçeusses bien accomoder une salade de laictues pommées, de
pourpier, chicorée, endive, câpres, bettesiaves, cresson, re
ponces et de choux-blancs découpez, saupoudrez de poivre
et force sel, bien huilez et environnez de quartiers d'ceufs.
(1) Stockfisch.
(2) Ein Kaltschal mît cerribemrhrosam.
(3) V Velsch e boh n en .
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A TRAVERS LE PASSE
SOUVENIRS D'ALSACE
POHTIIA ITS, PAYSAGES
(Sui/e (i)
XXXVI
Antoinette Lix. — Chemin de fer de Munster au Rhin. —
Le Perruquier de Zellenberg. — Écoles et marchés. —
Monument Bruat. — Cantate et festin.. — Fêtes d'inau-
guration.
L'Alsace a toujours élc une terre de vaillance et d'héroïsme.
La rppublifjuc et l'Einpirc ont connu ces soldats légendaires,
ces lîouinies de bronze, (jui ont illustré leurs noms sur tous
les champs de bataille, les Kellennann, les Kléber, les
Lefévre, les Rapp et tant d'autres dont l'histoire a buriné les
hauts faits sur ses tables d'airain. Il lui était réservé de con-
(l)Voy. pp. ^31-40?) du trinirslro Oclobrc-Novcmbre-Décombre
d8î>r); pp. l>i-5) rlii IrinK^sIre JanYier-lVv!'ier-Mar.s, pp. 15G-207 du
Irinicslr»' Avril-Mai-Juiu, pp. 3i0-:n7 du Irimcslrc Juillel-Aoùt-
SepltMubnî i«Si)ô cl pp. ")2î.)-r)V) rhi (riniestre Orlobrc-Novembre-
Défcnibre,
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A TRAVERS LE PASSÉ 105
naître, dans les jours sombres, une femme dont Tinvraisem-
blable bravoure deviendra légendaire aussi. C'était M"® An-
toinette Lix, née h Colmar le 31 mars 1839, fille d'un ancien
grenadier de l'armée française. N'ayant point de patrimoine,
elle avait dû, toute jeune, se créer des moyens d'existence en
se faisant institutrice. En 1860, elle revenait de Pologne où
elle avait fait une éducation dans une famille noble et riche à
qui pesait le joug de la Russie. Dans ce malheureux pays, les
ferments de révolte grondaient toujours h l'état latent. Le peu-
ple polonais, excité par la noblesse, se préparait en silence k
des levées en masse. C'est dans ce milieu, qui sentait la pou-
dre, qu'Antoinette Lix, imagination exallée et cœur brave,
élevée comme un garçon par son père, apprit h manier les
armes et k monter k cheval. L'insurrection ayant éclaté, elle
revêtit un costume d'homme et y prit une part active comme
officier de partisans. En 1860 je lavis k la Mairie de Colmar
où elle était venue me prier de lui faire obtenir un passe-port
pour retourner en Pologne. Elle comptait traverser l'Allema-
gne sous un déguisement masculin et se faire passer pour un
voyageur de commerce.
M. Julien Sée (1), qui a fourni k la Chronique d'Alsace un
fort contingent d'intéressantes notices et traductions, a publié
en 1884, dans la Revue Alsacienne, une biographie très bien
écrite d'Antoinette Lix, en utilisant les renseignements que
notre vaillante compatriote lui avait communiqués. Il me
permettra, j'en suis persuadé, de recourir k son travail pour
compléter mes souvenirs personnels.
« En 1863, elle était en l^logne chez Madame la comtesse
Lubienska qui lui avait confié Téducalion de sa fille, lorsqu*
éclata l'insurrection que la Russie eut tant de peine k domp-
ter. Elle se mit k la tète d'une troupe de partisans, sous le
nom de lieutenant Tony (diminutif masculin de son nom
d'Antoinette). Ses compagnons d'armes ignorèrent toujours
son sexe. Frappé un jour d'un coup de lance k la poitrine,
elle fut reconnue par une religieuse, M'*e Wolowska, qui la
soigna dans sa cellule pendant les six semaines qu'exigea sa
guérison.
[1] Aujourd'hui bibliothécjdre à la bibliothèque Forney, rue
Tilon k l^aris.
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i06 REVUE d' ALSACE
« Revenue en France en 1866, elle va soigner les cholé-
riques dans le Nord et sa belle conduite lui valut d'être
nommée receveuse des postes à Lamarchc (Vosges) où elle
assista, comme chef d'ambulance, au combat qui eut Heu le
11 décembre 1870. Un des Vosgiens, grièvement blessé, était
resté entre les mains de l'ennemi. Elle se met en devoir de le
délivrer.
« Pour arriver au malheureux que nous cherchions, nous
'dûmes longer dit-elle, toute la colonne prussienne et nous
frayer un passage k travers la neige qui, à certains endroits,
atteignait 80 centimètres de hauteur. Enfin, nous trouvons
celui que nous cherchions, étendu sous un arbre et entouré
de médecins militaires. » (Jui ctes-vous, me dirent-ils? —
« Aide-major, répondis-je. » Ils me regardèrent d'un air in-
crédule, m'interrogea nt sur l'opportunité de l'application
immédiate de perchlorure de fer pour arrêter l'hémorragie.
Je conseillai de préférence une application de neige, en atten-
dant que le blessé fut transporté à l'ambulance. A partir de
ce moment, ils ne m'appelèrent plus que « Herr Doctor ».
La paix signée, elle quitta l'uniforme et revint à son bureau
de poste.
« Le gouvernement lui a décerné la médaille d'or de
If® classe en récompense de sa belle conduite pendant la
guerre et de son dévouement dans les ambulances. Des
dames alsaciennes lui ont offert une épée d'honneur d'un
travail remarquable. Elle vit aujourd'hui retirée au couvent
des dames de Notre-Dame-de-Sion, dont la supérieure géné-
rale est la sœur d'Edmond Valenlin. l'ancien préfet du Bas-
Rhin qui se signala par son héroïsme au siège de Strasbourg.
« La Société d'Encouragement au Bien a couronné le livre
qu'elle a écrit en 1872 sous le titre : Tout pour la patrie,
et dédié aux Alsaciens exilés.
Comme un progrès en appelle un autre, la ville de Colmar,
en 1861, s'est trouvée lancée dans une série de projets im-
portants qui ont sollicité toute mon attention. La plume
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A TBAVBBS LE PASSÉ 107
grinçait sans trêve pour élaborer les projets qui se succé-
daient sur le tapis vert du conseil. Après le canal de Colmar
au Rhin est venu le chemin de fer de la vallée de Munster h.
Colmar, puis le projet de prolongement de cette ligne jus-
qu'au Rhin et au-delk. La ville contribua pour 21,000 francs
aux frais des éludes de cette ligne qui furent confiées à
M. Degrand, ingénieur en chef du département. C'était le
germe d'une grande idée qui devait entraîner d'importants
sacrifices de la part des communes intéressées et qui avait
engagé les villes de Fribourg et de Neuf-Brisach a voter
600,000 francs pour leur part contributive ù l'exécution de
la ligne badoise correspondante. Mais ce projet subit des
vicissitudes diverses : il resta en suspens pendant des an-
nées et ne fut parachevé qu'après l'annexion.
Les hasards de la vie me firent faire connaissance, en
1861, avec Lapoutroie et Zellenberg. J'y acquis presque droit
de bourgeoisie par mon mariage et eus ainsi l'occasion de
visiter souvent cette partie de la montagne qui, de Kaysers-
berg a Sainte-Marie-aux-Mines, offre les sites les plus mer-
veilleux et les plus accidentés. La famille de mon beau-père,
alors percepteur k Lapoutroie, était originaire de Zellenberg,
petit bourg situé sur un contre-fort des Vosges, h deux
lieues de Colmar et dont le vignoble partage la renommée
de celui de Riquewihr situé tout près. Il y possédait l'an-
cienne maison russe d'où Ton découvre un des panoramas
les plus splendides de l'Alsace. Par un temps clair, on y voit
Vieux-Brisach, la Forêt noire, la ligne blanche du Rhin et
dans l'horizon lointain, estompé comme une brume violette,
la cathédrale de Strasbourg. Dans le voisinage immédiat, les
trois châteaux de Ribauvillé, ces nids d'aigles suspendus sur
des précipices, complètent le décor de ce paysage unique.
Ainsi que l'indique une inscription gravée sur la façade, la
maison fut consti'uite dans la seconde moitié du siècle der-
nier par un sieur Joseph Millier, natif du village, qui était
allé exercer sa profession de perruquier de l'ancien réçimç
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108 REVUE d' ALSACE
en Russie où il avait fait fortune en poudrant u frimas les
jeunes beautés moscovites, lières comme toujours d'imiter les
modes françaises. Cet ainiable Figaro séduisit, par l'élégance,
de ses manières, une jeune russe d'origine aristocratique,
sinon morganatique, qu'il épousa h Moscou et amena en
France. Elle s'appelait Eudoxia Dischkéwa et a continué,
longtemps après la mort de son mari, à habiter la maison,
après avoir convolé en secondes noces. L'ancien coiffeur, qui
possédait de nombreux arpenls de vignes, avait eu soin de
construire sous sa maison une grande cave voûtée pour y
loger les énormes foudres contenant ses récoltes. Il paraît
que la très consolable Eudoxia n'a pas fait le bonheur de
son second époux, M. Drolla. Comme certaine princesse de
Wurtemberg-Montméliard, elle avait la passion des chiens,
ce qui agaçait le? nerfs do Tirascible mari. Pour se les atta-
cher (les chiens) elle les nourrissait de saucisses, donnant
ainsi une entorse au proverbe d'après lequel on ne doit pas
attacher ses chiens avec des andouilles. Le mari se scandali-
sait de celte prodigalité un peu trop moscovite. N'importe;
Eudoxia devra h cette luxueuse fantaisie, qui m'a été certifiée
par un témoin oculaire, de figurer sous un aspect séduisant
et original dans ma petite galerie de portraits alsatiques.
Lapoutroie, chef-lieu de canton important, est situé au
fond de la vallée de Kaisersberg au milieu d'un paysage
monlueux et très pittoresque que dominent le Seelbourg, le
Fodey et le Brézouard. Cette région vosgienne, où l'on parle
exclusivement le français depuis la période gauloise, prend
un cachet particulier de grandeur sauvage dans la partie
qui avoisine le lac Blanc et Ui lac Noir, situés au sommet de
la montagne.
Elle gagne énormément il être connue et, chaque été, les
touristes y aflluent pour admirer ce beau décor de la nature
et respirer l'odeur balsami^jue des sapins. Sur la route du
Bonhomme, a deux pas de Lapoutroie, on voit une de ces
bizarreries de la nature qui semble avoir été créée par la main
de riioaime ; c'est un roclicr énorme dont le sommet repré-
sente h s'y méprendre la tête de Louis-Philippe avec son lé-
gendaire toupet.
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A TRAVERS LE PASSK 109
Après une courte échappée dans le pays des bons souve-
nirs,-il fallut reprendre le harnais des occupations munici-
pales. Tous les projets dont j'ai parlé plus haut étaient arrivés
h maturité et Texocution de plusieurs d'entre eux commencée.
Il restait à mettre au point celui de la transformation du
quartier de la Poissonnerie. Toute l'année 1862 fut consacrée
aux préliminaires de ce travail. Il y avait h. acquérir tout un
enclos de vieilles bAtisses et de jardins ayant appartenu jadis
h la Commanderie de Saint-Jean, puis à construire deux
grandes écoles, un maiché couvert, un pont sur la Lauch et
enfin à percer deux rue.3. Il fallut pour cela, contracter un
emprunt de 350,000 fr.
On continuait aussi à s'occuper beaucoup du musée. Je
préparais la refonte du catalogue de M. Ilugot, pour le mettre
au niveau des nouvelles acquisitions. On aimait à passer en
revue la collection des gravures anciennes dont le fonds, déjà
très important, venait d'être enrichi par l'acquisition de
quelques collections particulières. Parmi les dons de l'Etat se
trouvait la belle œuvre de J.-B. Pirancsi, le célèbre graveur
italien du XVIll* siècle. Celte œuvre qui, à juste titre, peut
être appelée colossale, se compose de seize volumes grand
in-fol. représentant, gravé à l'eau-forle, tout ce que Rome
ancienne et moderne oiïre de monuments remarquables, ce
que l'antiquité a laissé de plus précieux en bas-reliefs, vases,
autels, tombeaux, etc. On est confondu d'admiration devant
un pareil talent servi par une pareille persévérance.
L'œuvre des Piranesi, père et fils, cgmprend 1733 planches
d'un très grand format, parmi lesquolles les sculptures de la
colonne Trajane et de la colonne .Anlonine sont particulière-
ment remarquables.
Les constructions des écoles et du marché couvert se pour-
suivaient, en même temps que M. BarthoUli mettait la der-
nière mnin au monument de l'amiral Bruat. La ville venait
de payer 150,000 fr., pour l'acquisition de l'ancien hôtel de
Préfecture dont elle ne pouvait prendre possession que deux
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ilO REVUE D^LSACK
ans plus tard, après l'achèvement du nouvel hôtel. Elle versa,
en outre, une somme de 26,000 fr., prix, d'estimation du
mobilier, plus ou moins luxueux, qui garnissait les apparte-
ments de l'ancien bâtiment.
L'inauguration du monument Bruat fut fixée au 2t août
i86i. Tous les détails de cette solennité, qui devait amènera
Colmar quelques illustrations de l'armée et de la marine
françaises, étaient réglés k l'avance. J'ai déjà groupé dans
une autre partie de ces mémoires les chiffres réalisés par la
souscription : ils donnent la n>esure du sympathique accueil
qu'a rencontré la pensée créai rice de ce monument national,
sur tous les points du globe, partout où flottait le pavillon
françuis. Il ne sera pas hors de propos de donner ici un
aperçu sommaire de la dépense, afin deconserverle souvenir
du sérieux efl'ort que l'artiste, d'une part, ot la municipalité
de l'autre, ont dû faire pour consacrer à la fois la mémoire
d'un grand homme et d'un grand événement. Vdici les
chiffres :
1. Exécution des modèles des statues . . . Fr. 2,652»
2. Moulage des esquisses, modèle du monu-
ment, grandeur d'exécution 5,529»
3. Sculpture en pierre des quatre figures allé-
goriques 16,000 »
4. Fourniture du bronze et fonte de la statue
de l'amiral . 10,000 »
5. Moulage et exposition d'un modèle en
plâtre du monument au Palais des Beaux-
arts (dépense facultative a la charge de M.
Bartholdij 5,488 »
6. Achat des blocs de pierre rose de Lulzol-
bourg (Bas-Rhin) 7,700 »
7 . Taille des pierres et construction du monu-
ment 6,500 »
8. Transport de la pierre de taille et des sta-
^"fs 2,874 »
9. Dépenses diverses 1,810 »
Total général non compris les frais d'inau-
S^^^^^on Fr. 58,533 »
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A TRAVERS LE l'ASSK 111
L'inauguration fut brillante et favorisée par un temps
splendide. Les contre-amiraux Jurien de la Gravière et Bo-
nard, anciens frères d*armes de Bruat, y assistèrent avec
d'autres officiers de marine et prononcèrent des discours qui
furent très applaudis. Les sociétés orphéoniques d'Alsace,
accompagnée? par la musique du 1«' régiment de cuiras-
siers, chantèrent une cantate dont les paroles, composées par
M. Edouard Fournier, devenu depuis directeur du ThétUre-
Français, ont été mises en musique par le compositeur al-
sacien J.-B. Weckerlin, alors professeur au Conservatoire
de Paris. M. Weckerlin et un autre compositeur alsacien,
M. J. Ileyberger, avaient déjii prêté le concours de leur
talent h l'Orphéon de Colmar pour l'interprétation musicale
des œuvres du patissier-pocHe Mangold. Œuvres désopilantes,
écrites en idiome colmarien, ces petites opérettes, ffarts und
Grédele, S'Lob vom ledige Stand, Dreifache Hochzitt im
Baesethaly etc , ont eu un succès de fou rire et entretenu
longtemps la gafté dans la société colmarienne, alors que
V Académie du Dimanche offrait à une vaillante jeunesse
l'émulation de ses jeux athlétiques ; alors que l'avocat Yves,
rivalisant avec le pâtissier taciturne, écrivait pour elle en
beaux alexandrins, des vaudevilles qui affrontaient gaîment
le feu de la rampe; alors que l'aimable et spirituel notaire
Richart jouait le Carnaval de Venise en frottant l'une
contre l'autre ses paumes harmonieuses, dont il parvenait
h tirer des variations musicales.
Une compagnie de marins commandée par un lieutenant
était venue de Cherbourg par les voies rapides, pour suivre
le cortège qui s'était formé devant l'ancienne Mairie rue Tu-
renne. Le défilé de ce cortège aux brillants uniformes, enca-
dré par l'infanterie et la cavalerie delà garnison de Colmar,
offrait un fori beau spectacle. Suivant le vœu exprimé par
l'administration municipale, M'n« l'amirale Bruat, gouver-
nante des enfants de France, avait demandé îi l'empereur la
décoration de la Légion d'honneur pour M. Bartholdi, qui y
avait des titres incontestables. C'est le jour même de l'inau-
guration de son œuvre, le jour de sa trentième année, que
notre jeune artiste reçut cette distinction : les acclamations
de la foule qui le salua lui allèrent droit au cœur.
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ai REVTE D^ALSACE
Celte pelile chronique d'une solennité inoubliable doit se
compléter par la reproduction de la cantate de M. E. Four-
nier. La voici :
L'Amiral Bruat
(]e fut un bien noble courage :
Pour guide il accepta Torage,
Pour ennemis il prit les flots
Et les Océans pour champ clos.
Partout la science et Tépée
Ont écrit sa fièrc épopée
En traits d'or sur le triple airain
Qui seil d'armure au cœur marin.
Sur ses naissante ondes
J.e Rhin avait bercé
(]e lutteur que deux mondes
Ont sur leurs eaux profondes
Mourlri mais non lassé.
Un long cri de détresse
Tout il coup s'entendit
Du coté de la Grèce;
Son cœur y répondit.
Au noble bruit ([ui le mieux vibre
A travers les cchos,
(Juand la Grèce devenait libre
11 commença d'être un héros.
Par d'insultants ravages,
Jusque sur nos rivages
Les pirates d'Alger,
Vautours aux longues serres,
De leur nid de corsaires
Venaient nous outrager.
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A TRAVERS LE PASSÉ 113
Il court aux forbans, il les guelle.
11 les poursuit, les inquiète;
Mais, par un courage emporté,
Il paie avec sa liberté
Le fier honneur d'avoir été
Le précurseur de la conquôlo.
O n'est que pour les briser mieux
Ou'il avait connu les entraves.
Nous avions encor des esclaves,
One le ciel d'Amérique embrasait de ses feux ;
Il leur porta la délivrance,
Kt leur apprit ainsi qu'il faut bénir la France.
Bientôt un nouveau signal
Lui fait tourner sa cnrône;
(l'est la guerre qui l'entraîne
Vers le ciel oriental :
Il l'avait vu capitaine.
Il le revoit amiral.
Le bruit de ses canonnières.
Comme un suprême tocsin.
Epouvante les plus fières
Des villes du Pont-Euxin.
Puis la mort ferma rilisloire.
Mais il ne revint pas seul :
Devant lui marchait sa gloire
Oui lui donnait pour linceul
Lu pavillon de victoire.
Est-il étonnant que cette fête consacrée à la mémoire de
Bruat, évoquant des gloires militaires récentes avec les fastes
de la marine auxquels l'amiral avait une si grande part, ait
éveillé aussi la fibre poétique locale ? La musique, repré-
sentée par l'Orphéon, et s'appuyant sur la poésie, voulut
offrir son bouquet au jeune artiste. Elle trouva un interprète
enthousiaste dans M. L. Standœrt, le rédacteur des Echos du
/Min, petit périodique paraissant alors à Colmar, moniteur
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il4 UEVL'E D* ALSACE
officiel des sociétés chorales alsaciennes. Sous ce Ulre : Hom-
mage à M. A, Bartholdi, voici le morceau compose par M.
Standœrt, mis en musique par J. lley berger el chanté par
rOrphéon :
Chœur
0 toi dont le ciseau magique
Lègue un panthéon héroïque
Aux illustres aïeux î Reçois ici,
Des enfants de Colmar, des enfants de la Franco,
Les chants d'amour et de reconnaissance ;
Au nom de TAlsace : Honneur et merci î
Solo
Regarde au ciel natal briller ta jeune gloire
Ombrageant de son aile un chef-d'œuvre applaudi ;
En traits de bronze et d'or, aux marbres de 1 histoire
Un jour elle inscrira ton nom, ô Barlholdi !
Chœur
Oui ta gloire rayonne
Au front de la cité,
Te tressant la couronne
De l'immortalité .
Cette feuille volante des Echos du Rhin, aux allures quel-
que peu fantaisistes et dont il ne reste plus que de très rares
épaves, ne parlait pas toujours la langue des dieux, mais elle
nous a conservé le texte de cette cantate en mémo temps
qu'elle consacrait une notice h un autre jeune Colmarien. M,
Victor Sieg, qui venait de remporter le prix de Rome au con-
cours de composition musicale, en concurrence avec St-Saëns,
et qui donnait alors de brillanles espérances. Ces fleurs pré-
coces ont-elles donné des fruits"? Je consulte en vain les
Echos d'alentour. Musica et gloria in aëre. (^est la devise
d'un violon de faïence.
Le même numéro des Echos (août 1864) renferme aussi
une revue critique des œuvres de M. Bartholdi parues jus-
qu'alors : elle est due a la plume élégante d'Edouard Rave-
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A TRAVERS LE PARSÉ il 5
laer qui possédait, à un éminent degré, le sens arlistique
nécessaire pour les apprécier (1).
Ou a toujours aimé, k Colmar, les cortèges professionnels.
C'est une réminiscence des anciennes corporations de métiers
qui, au moyen âge et jusqu'à la Révolution, étaient divisées
en tribus, jouissaient d'importants privilèges et avaient voix
au chapitre dans la vie municipale. Leurs lieux de réunion
ou poêles avaient un caractère architectural très pittoresque
dont quelques débris ont été recueillis au musée. Une quin-
zaine de chars enguirlandés et ornés d'allribuls des diverses
corporations avaient donc pris place dans le cortège de la
fête Bruat. C'étaient à peu près les mômes qui avaient figuré
dans celui de la féteRapp et que j'ai décrits en quelques mots.
« Dis-moi ce que lu manges, je te dirai ce que tu es », a
a écrit Briilat-Savaiin dans son Code de la Gastronomie élé-
gante En voyant le menu du banquet servi par Landwerlin,
a l'hôtel des Deux-Clefs, la postérité ne se montrera pas
indifférente pour les fins gourmets qui ont dégusté cette
symphonie culinaire. Il serait injuste de la priver de cet
alsatique précieux dont elle se pourléchera les babines :
Potage riz Crécy
Hors-d'œuvre d'office
Filets au madère à la flamande
Saumons sauce aux queues d'écrevisses
Suprêmes de volailles à la Villeroi
PAtés chauds de perdreaux aux truffes (conserves Appert)
Langoustes en mayonnaise historiées, bordures de gelée
Ouartiers de chevreuil (conserves Appert)
Dindonneaux truffés
Galantines de faisan sur socles garnis do hAtelels
Haricots verts à l'anglaise
Fromages glacés, panachés
Gâteaux d'Alsace aux avelines
Pièces montées
Ananas
[i] M. Julien Sôe, de Colmar, qui possède de nombreux alsa-
tiques, a bien voulu me coniniuniriuor le numéro des Echos où
se trouvent ces renseignements. Je lui en exprime (onte ma
re<*onnaissanco.
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il6 REVUE d' ALSACE
Desserts et fruits variés
Vins d'Alsace, bordeaux, bourgogne, Champagne
grandes marques
Café, liqueurs
A cette époque déjà bien lointaine, la découverte alors toute
récente des mines d*or n'avait pas encore perverti rhumanité
ni bouleversé tout le système économique, ni détruit l'idéal
et les vieilles croyances. Aujourd'bui, h notre époque de
luttes ardentes pour la vie, les soins matériels priment tout-
Ne demandez plus a un homme s'il a un idéal social ou reli-
gieux, s'il croit à la sainteté du travail, de la bonté, de la
charité, s'il a le respect des autres et de lui-môme, si dans
un coin de sa mémoire il a conservé le radieux souvenir des
légendes qui* ont bercé son enfance ; mais demandez lui seu-
lement s'il a de l'argent et quelle est la cote de la Bourse.
L'argent est le roi du monde, le souverain dispensateur do
toutes les faveurs, de tous les honneurs, en un mot de tout
ce qui peut s'acheter, sans que le mérite personnel y soit
pour rien. On ne s'enquiert pas de son certificat d'origine,
fût-il le produit de toutes les infamies, de toutes les compro-
missions, de toutes les bassesses, de toutes les trahisons.
Chapeau bas ! c'est un dieu qui passe. C'est Mammon offrant
le bras à un rastaquouère cosmopolite. Vive l'argent!... et
l'estomac! au rancart l'idéal!
« Avez-vous de l'argent? Oui. C'est bien : l'on vous aime;
Vous êtes grand, honnête et beau, presque heureux même.
Pauvres, malheur a vous! Malheur h vous, petits!
Refrénez votre soif, domptez vos appétits;
Osez-vous réclamer au banquet de la vie
Une place? Sachez que ceux qu'on y convie
Sont riches^ bien vêtus. N'êtes-Yous pas honteux
De vous y présenter, infâmes loqueteux? »
Ces vers, taillés à l'emporte-piêce, sont de M. Marcel Fio-
rentino jeune, auteur dramatique plein d'avenir, fils de
Pierre-Angelo Fiorentino qui, sous l'empire, écrivait de main
de maître dans le Moniteur unicersei la critique musicale
et dramatique. {Premières poésies ^ Paris, Paul Dupont,
1895.)
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A TRAVERS LE PASSÉ 117
XXXVII
Au lac Blanc. — Guerre du Mexique. — Financiers et
gogos. — Le saucisson de foie gras. — Les travaux
publics de Colmar. — Simple addition. — Les Trois-
Epis. — X. Hossmann. — Bartholdi à San-Francisco.
Après avoir passé cinq ans a Rome, Tanii Ilenner rentra
en France au mois de septembre 1864. Il était dans la force
de Vùge et du talent. Sa réputation l'avait précédé k Paris où
ses envois de Rome avaient été très remarqués. En venant
nous voir à Colmar où il fit la connaissance de ma femme et
de notre petite Maria, il resta quelques jours avec nous.
Nous allâmes ensemble revoir Zellenberg et Riquewihr qui
lui rappelèrent de l)caux souvenirs dejeunesse, entre autres
le profil aux boucles d'or, rappelé plus haut, puis Lapoutroie,
le Bonhomme et le Lac Blanc. Dans cette région sauvage des
lacs, un des frères Petitdemange, les restaurateurs attitrés de
la monlagne, venait de construire un chalet-hotel assez con-
fortable pour restaurer les nombreux excursionnistes qui
viennent la visiter pendant la belle saison, c'est-à-dire de juin
a septembre, quand les neiges ont disparu. Le temps était
modiocremenl encourageant : de gros nuages s'amassaient
sur la montagne et donnaient au paysage déjà sévère un
aspect plus triste encore. Nous pûmes cependant nous asseoir
au bord du lac encaissé dans un vrai entonnoir bordé et do-
miné par des roches granitiques aux formes bizarres : on
dirait un ancien cratère de volcan. Tout autour quelques
rares pAturages où des vaches clairsemées ont peine àbrouter
une maigre nourriture. La neige séjourne là-haut jusqu'à la
Saint-Jean et donne au paysnge, vu de la plaine, un aspect
tout-à-fait alpestre. Pendant que d'une fenêtre de l'hôtel, je
travaillais à prendre une vue de ce paysage étrange, et que
la plaie toinbail, nous eûmes l'agréable surprise de voir ar-
liver iliN daine.-; (le Colniîir, iiilrépides marcheuses, qui V(v
nai M)l par le chr-min d'Orbey. Kn (lé[)il de la pluie persistante
et cinglante qui estompait 1rs vides do sa froide buée, le
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118 REVUE D* ALSACE
dîner fut lrè> gai, gràre Ji Taninialion que lui donnait celle
société aussi aimable qu*inattendue.
Après avoir parlé des événements de famille, des travaux
administratifs, des fêles et inaugurations de monuments qui
ont absorbé mon attention pendant la période relativement
calme qui s'est écoulée entre 1861 et 1864, je dois rappeler
aussi certains événements extérieurs qui ont assez vivement
passionné l'opinion publique. Je veux parler de celte guerre
lointaine du Mexique qui a exercé une influence néfaste sur
la situation politique et financière de la France. Les griefs
que l'Empire avait h faire valoir contre le président Juarèz ,
à propos de ses démêlés avec le banquier Jecker, ne justi-
fiaient certainement pas tous les sacrifices en hommes et en
argent que nous imposa la Politiciue impériale pour créer en
faveur de Maximilien d'Autriche un empire mexicain dont le
besoin ne se faisait nullement sentir. Celle création, que le
ministre Rouher appelait la plus belle pensée du règne, a
abouli a la sombre tragédie de Qn^'rclaro, h la folie incurable
de rimpéralrice Charlotte et à l'exallalion d'un soldat de for-
lune, le fameux maréchal Hazaine, qui, en voulant jouer un
rôle <lynasliquo à Melz, a fait cruellement expier k la l'rance
sa confiance en lui ; enfin a ougloulir aux dépens de milliers
de souscripteurs, les centaines de millions de l'emprunt si
follement émis au commencement de la guerre. Je vois encore
la longue filière de souscripteurs se pressant aux guichets de
la Recelte générale k Colmar pour y porter leur argent dont
ils n'ont jamais revu une obole. Avec le flair particulier à
leur race, Messieurs les agioteurs s'étaient ingéniés k acca-
parer le plus grand nombre de souscriptions individuelles
au moyen d'un truc, alors tout nouveau, et qui aujourd'hui
est entre tout à fait dans les habitudes financières des grands
exploiteurs de la fortune publique. Dans sa bonté touchante
pour les classes laborieuses, auxquelles il voulait inculquer
le souvenir inefi'açable de la plus belle pensée du règne, le
gouvernement impérial avait décidé que les souscriptions ne
comporlant qu'un seul titre seraient irréduclibles. Cela
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A TRAVERS LE PASSÉ 119
s'appelait favoriser la petite épargne par l'extraction savante
du contenu des bas de laine. Certains gros souscripteurs
raccolèrent alors une masse de malheureux sans sou ni maille
qu'ils chargèrent, par l'appAt d'un pourboire, d'aller sous-
crire des titres qu'ils empochèrent pour la plus grande gloire
de la ploutocratie, l'ne fois que ces titres, chauffés par la
coulisse internationale, avaient fait prime, ils eurent la pré-
caution d'écouler tout leur stock entre les mains des gogos
avides, de sorte que ceux-ci seuls sont été échaudés quand
est venue la débâcle et que la différence tangible s'est en-
gouffrée dans les coffres-forts des aigrefins. Je conserve
encore, comme un souvenir très cher et très suggestif, le
titre unique que j'avais souscrit, moyennant le versement de
350 fr. ; mais cette image, souvenir des beaux temps de
l'Empire, m'est restée précieuse, comme un enseignement
moral .
Et quand ceux qu'on appelle, en langue académique, les
princes de la fîi.iii.co se furent lavé les mains et gargarisés
dans ce Pc^lJj malfaisant, que restait-il du grand effort
imposi ù la nation française et k la vaillante armée qui s'est
signal :c par nombre d'actes d'héroïsme et d'abnégation dans
ces parages lointains^ Rien (jue des ruines, des pyramides
d'us blanchis de nos marins, de nos soldats, l'épargne fran-
çaise amoindrie et, par delh rA(lriati(iue,dans le château prin-
cier de Miramar, domaine des Habsbourg, une ombre lamen-
table trouée de balles, parcourant de son pas de fantôme les
galeries désertes et rêvant \\ son bonheur, à celui de sa com-
pagne, di'lruits par l'ambition d'un seul, aidé de celle de ses
courtisans.
C'est Brillât-Savarin qui l'a dit : « La découverte d'un mets
nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la
découverte d'une nouvelle étoile ».
('olmar s'était acquis, de longue date, une réputation in-
ronlostée dans la fabrication (!«'s pAlés de fuie gras, dont l'in-
venteur était Henry, le savant cuisinier du maréchal de Con-
t:ide5, Int^Tidant d'Alsace h Strasbuursr. en 1762, It^ même qui
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120 nEVCE D* ALSACE
présida, en 1777, k l'inauguration du mausolée du maréchal
de Saxe, et créa la magnifique promenade de Contades. Con-
naissez-vous supplice plus cruel que celui de ces pauvres
palmipèdes, qui pourtant sauvèrent le capilole romain, et
que de barbares mitrons enferment dans des cages de bois on
y clouant leurs pieds pour les empêcher de se mouvoir ; quMls
gavent ensuite <rune pâtée de maïs jusqu'à les faire crever de
pléthore, tout cela pour accroître le volume et affiner la dé-
licatesse de leur foie destiné h la table de LucuUus?
Donc la réputation des pâtés de foie trufi'és deColmar était
grande et le pîUissier Scheer, véNlable artiste dans son genre,
en expédiait chaque année des quantités énormes aux quatre
coins de l'horizon. Sa réputation lui avait même valu la clien-
tèle d'Ismaïl Pacha, ce prodigue vice-roi d'Egypte, chez qui
les préoccupations du gourmet marchaient de front avec les
soucis du gouvernement, et qui, triste épave de la royauté
amoindrie, vient de mourir en exil et de rentrer, les pieds en
avant, dans sa patrie.
Or il arriva que les lauriers de ce pâtissier hors ligne
empêchèrent M. Bareis, le charcutier, de dormir. Dans toutes
les professions sociales, même les plus humbles, il y a des
hommes de génie. M. Barreis était du nombre de cas prédes-
tinés. A force de rêver aux moyens de détrôner ce fameux
pâté à la croûte dorée, mets des dieux, que les riches seuls
pouvaient se payer, une idée géniale surgit de son cerveau
et il eiH pu, s'il avait connu le grec, s'écrier comme Archi-
Hiède : Eurèha^'ydi trouvé! Il s'était promis de démocratiser
le foie d'oie Irulîé et pistache et il y réussit du premier coup
en créant le fameux, l'incomparable, le savoureux, le divin
saucisson de Colmar,
Cette rareté alsatique est en train de faire le tour du monde,
tout aussi bien que le roman le plus pimenté de Zola, sous
son appétissante enveloppe jaune safran, agrémentée de fa-
veurs roses, qui tire l'œil des amateurs et donne un regain
de gaîté à la montre alléchante des charcutiers. Arrière donc
les saucissons vulgaires de la vieille charcuterie de nos pères!
A côté de lui le saucisson de Francfort jaunit de jalousie, le
cervelas de Strasbourg, le knackwurstetle boudin aussi vieux
que le monde, pâlissent de rage, et l'illustre saucissonde Lyon,
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A TRAVERS LE PASSÉ 121
SOUS son pardessus gris et sa feuille argentée, rougit de honte
de se voir supplanté par cet intrus en robe jaune marchant
fièrement à la conquête des estomacs prolétaires.
En donnant, d'abord, h son produit le tilre de Saucisson
impérial, M. Bareis se montra profond politique. Voulant
conquérir Ten viable clientèle de Tempereur, il fit hommage
au souverain d'une caisse de charcuterie de haute liesse.
Oncques n'ai pu savoir ce qu'en pensa celui-ci. Il est plus
que probable que le personnel de service au palais des Tui-
leries s'en délecta dans l'intimité de l'antichambre. L'inven-
teur qui espérait, à bon droit, de plantureuses commandes,
et qui sait? peut-être le titre honorifique de fournisseur de
l'empereur, dut, pour cetle fois, rengainer sa légitime ambi-
tion. Mais il n'était pas homme k se laisser désarçonner pour
si peu et sa revanche fut bientôt prise.
Il existait k Paris une Académie dite nationale, délivrant,
contre finance, des brevels d'académiciens aux inventeurs
bien avisés, aux poêles incompris, aux pharmaciens créa-
teurs d'une panacée nouvelle, voire môme aux fabricants de
moutarde et de poudre insecticide. Vous voyez d'ici cet aréo-
page classique, assis autour de son tapis vert, dégustant une
tranche du saucisson impérial, accompagné d'un apéritif et
prononçant gravement le digntis es intrare. Et voilk com-
ment l'heureux inventeur pouvait faire imprimer, sur ses
factures ces mots magiques : Membre de V Académie natio-
nale. Loin d'être un panache vulgaire, c'était une dignité
dont il avait le droit d'être fier. Voici, en effet, un extrait du
rapport de l'Académie nationale copié dans le prospectus de
sa succursale de Paris, établie en 1882 :
« M. Bareis, de Colmar, dont nous avons déjà parlé en
i8(>4 , k propos de pâtés en conserve , qui avaient subi
l'épreuve d'un voyage de plusieurs années, vient de nous
soumettre un nouveau produit que nous ne connaissions pas
encore.
« M. Bareis a imaginé de faire des saucissons avec des
truffes, des pistaches, du foiagras et de la volaille. Le résul-
tat acquis est des plus heureux. Cest un véritable succès
gastronomique.
« Que les gourmets se réjouissent donc; car, bien qu'il
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142 REVUE d'alsage
n'y ail rien de nouveau sons le soleil, les saucissons de foie
gras Irufîé de M. Bareis sont faits pour exrilor la jubilation
des fins mangeurs el rendre TapjVMil à ceux (jui l'ont perdu.
« Quelques tranches de ce saucisson auquel M. Bareis a
donné répithètc (rA/sacicn, arrosées d'un verre de vin du
Rhin et môme de plusieurs, consUluent désormais ce que
Brillai-Savarin eût appelé une friandise. »
« Ah ! qu'en termes galants ces choses-là sont dites ! »
En tous cas il n'existe pas à Paris une seule charculi;rie
qui n'exhibe, comme savoureux hors d 'œuvre, ce roi des
saucissons, qui, depuis la chute de l'empire, a pris le nom de
saucisson de Cohnar, conférant ainsi à sa ville natale un
renom digne d'envie.
Qu'est devenu l'inventeur? Il s'est retiré, dans ses vieux
jours, h la maison de campagne qu'il possède depuis long-
temps h Colmar, sur la route de Bàle, l'ancien domaine de
Rodolphe Kaeppelin. Dans le jardin attenant il avait créé
une pièce d'eau avec un Ilot en forme de monticule, sur~
monté d'une chapelle en miniature comme un joujou de
Nuremberg. Mais ce cher souvenir a disparu, entamé par la
pioche municipale ijui y a fait passer le boulevard du Ilaut-
Landsberg. Dans cet ermitage M. Bareis peut réliéchir au-
jourd'hui aux vicissitudes de la vie d'inventeur et se rendre
ce témoignage flatteur que son saucisson, imité par tous les-
charcutiers, a franchi l'Atlantique et continue à faire les dé
lices des deux mondes, en stimulant les papilles gustatives
des gourmets.
Un de mes amis, revenu récemment des bords du Missis-
sipi, l'a vu parader sur l'étal des bouchers-charcutiers de
Saint-Louis et de Chicago.
Dans les premiers mois de Tannée i86o nous nous occu-
pions de réunir les éléments d'un rapport d'ensemble destiné
à faire ressortii' l'ceuvre accomplie par la municipalité pen-
dant la première période décennale de son administration.
Je croirais manfpier à mon devoir de chrunif[ueur, si je ne
reproduisais pas ici quelques chitVres qui, malgré leur aridité,
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A TRAVERS LE PASSÉ 123
peuvent donner la mesure de tout ce qui a oté remué d'idées
et de matériaux pour régénérer la vieille cité colmarienne, de
tout ce qu'il a fallu de patient labeur, de veilles prolongées,
d'humeur accomodante, de grincements de plumes, de dia-
logues vifs et animés, de protocoles et d'interlocutoires, de
démarches diplomatiques... et de tintements d'or et d'argent,
pour effacer les vieilles rides et draper des choses surannées
sous une peau neuve. Pour certains, que je connais intime-
mement, cette peau a été une peau de chagrin.
Voici donc la récapitulation :
I. Construction et réparât, de bAtimenls Fr. i. 600,273 71
II. Réfection des pavés et trottoirs . , 159,989 03
Ilï.Percemenlsetélargisssementsderues 141,501 17
IV. Travaux de voirie intérieure . . . 47,046 23
V. Service rural et forestier .... 190,582 02
VI. Monuments publics ...... 17,56585
VIL Fêtes publiques et concours . . . 60,458 48
Vin. Embranchement du canal du Rhône
au Rhin sur Colmar 1,678,000 »
JX. Frais d'études du chemin de fer des
Vosges au Rhin 21,050 »
X. Dépenses et travaux divers. . . . 26,982 14
XI. Intérêts des emprunts contractés pour
l'exécution des travaux 330,572 83
Total général des dépenses. . Fr. 4,286,021 iO
Ceci c'est de l'histoire condensée en onze lignes. Elle a en
un très aimable corollaire dans le rapport du 27 mai 1865 de
la Commission des finances chargée d'examiner le compte-
rendu décennal.
Voici comment s'exprimait M. Edouard Rencker, le rap-
porteur de cette commission et l'un des membres les plus
autorisés du conseil municipal :
« 11 nous reste k remplir un devoir bien doux, celui d'offrir
à Fadministration municipale, à la veillé du renouvellement
de nos mandats, l'expression de nos félicitations et de nos
vœux.
« Dans un rapport remarquable où se trouve exposée
l'œuvre des dix dernières années, h laquelle la population
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124 HEVL'E d'ALSACE
reconnaissante atlachera le nom de nos édiles, M. le Maire a
énuméré les travaux entrepris et achevés par son adminis-
tration. Après lui nous rappellero::3 avec orgueil (luc cette
courte période de temps a vu se réaliser le programme des
améliorations que la cité formulait depuis longtemps ? . .
Je puis ajouter un tout petit détail qui ne manque pas
d'éloquence ; c'est qu'à la lin de cotte période de dix ans,
les revenus de la ville étaient plus que doublés, grAce aux
améliorations introduites dans la gestion de toutes les
brandies de recette et a la création de quelques nouvelles
sources de produits, et cela sans grever les contribuables de
charges exceptionnelles.
L'arrondissement de Colmar était alors représenté au Corps
législatif par M. Eugène Lefobure, le gendre de M. Antoine
lïerzog père, qui avait créé Tune des phis grandes industries
de Logelbach. M. Leféburt fut pcMidant dix-huit ans dépulé
du llaut-Rhin et seconda de tout son pouvoir les déniarchos
que l'administration municipale dût faire h Paris pour réali-
ser les projets d'utilité publique qu'elle avait conçus : il a été
le rapporteur zélé de tous les projets de loi intéressant
l'Alsace et particulièrement la ville de Colmar. Création du
canal d'embranchement, chemins de fer locaux, création de
la chambre de commerce ont trouvé en lui un appui pré-
cieux. Son obligeance et sa bonne gr;\ce ont été appréciés
par tous ceux qui l'ont vu à l'œuvre ou ont eu recours à ses
services.
Dans la sphère politique il a fait pn'uve d'indépendance
en se rangeant parmi les quarante-cin(j signataires de l'amen-
dement présenté au Corps législatif en faveur des réformes
libérales, attitude qui n'était pas sans mérite sous le gouver-
nement ombrageux de l'empire. Lors de la guerre de séces-
sion américaine qui prov^cjua une crise profonde dans l'in-
dustrie cotonnière, il s'occupa aclivemenl avec ses beaux-
frères, MM. .Antoine et Eugène llerzug, de développer la <'ul-
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A TRAVERS LE PASSÉ 425
ture (lu coton dans les colonies françaises et notamment en
Algérie. Il a servi aussi les intérêts de l'agriculture en môme
temps que ceux de l'industrie en s'occupant de la transfor-
mation des lacs d'Orbey en grands réservoirs d'eau au moyen
de barrages, Cbarles (irad, alors très jeune, a pris aussi une
part active h celte œuvre de grande utilité.
M. Léon Lefébure succéda u son père en 1861), dans la
députation du Haut- Rhin. 11 s'était préparé, par de fortes
études et un stage au conseil d'Etat, aux questions écono-
miques et sociales qui sont devenues l'objet de ses persévé-
rants travaux. Après un voyage en Algérie avec son oncle
Antoine llerzog qui chercbait k y acclimater la culture du
coton, il fut nommé membre du conseil général d'Oran, ce
qui lui permit d'étudier sur place les (juestions algériennes
qu'il traita plus tard à la Chambre dans un discours qui eut
un grand succès.
Pendant Texposition universelle de 18()7, il était secré-
taire du jury spécial, chargé du rapport sur la condition
morale et matérielle des ouvriers, et fut, à cette occasion,
décoré de la Légion d'honneur. Lors de l'enquête agricole en
1860, il avait publié, en coUoboration avec M. Tisserand, une
étude remarquable sur V Economie 7mrale en Alsace» Nous
ne suivrons pas M. Léon Lefébure dans sa carrière politique;
la chose est trop délicate : mais nous rappellerons que le
2 juillet 1874, il fut élu, par 108,000 voix, député de Paris
k TAsscmblée nationale, élection qui fit sensation, preuve de
patriotique sympathie donnée h l'Alsace-Lorraine dans un
de ses enfants, qui avait servi comme otïicier dans le corps
franc créé par M. Kellcr, député du Haut-Rhin, et qui devint
le 13® bataillon de la garde mobile. Ce que nous voulons
retenir ici de la carrière si active de M. Léon Lefébure, c'est
son dévouement à l'éducation* populaire manifesté par une
fondation, qui, malheureusement, n'eut pas le temps de faire
ses preuves, noyée qu'elle fut dans la catastrophe de 1870.
Je veux parler de la création originale de ces bibliothèques
circulantes qui, dans sa pensée, devaient jetor la semence
féconde dans toute une région par le rayonnement de ses
livres portés sur ])lusieiirs points h la fois par d'actifs propa-
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12() REVUE d' ALSACE
gateurs. C*esl en 1864 que celle inslilution fut fondée sous le
lilre de Société alsacienne des publications populaires par
M. Lefébure, aidé de la coUaboralion de MM. Rabier, greffier
du Iribunal de Colmar; Henri Chaiiffour, greffier du tribunal
de commercj&; Robin, ingénieur de la manufaclure Herzog et
Fleurenl jeune, avocat à Colmar. M. Tabbé Villemain, aumô-
nier du Lycée, était un des membres les plus zélés du comité.
La première assemblée annuelle a eu lieu sous la présidence
du maire de Colmar, M. de Peyerimolï, le 18 avril 1865.
A celle époque, et h en juger par les indications très intércs-
sanles du rapport fail îi la Société par M. L. Lefébure, son
secrétaire, celle-ci était déjà parvenue à grouper un solide
noyau d'adhérents, de souscripteurs et de donateurs sur les
principaux points du département. Elle disposait, comme
premier fonds d'action, d'un budget de 7,000 francs environ
et ses livres de circulation, comme ses subventions pour
bibliothèques fixes, représentaient une première dépense de
6,575 francs Le noyau de cette bibliothèque se composait
d'environ 3,000 volumes installés au rez-de-chaussée du
vieux couvent des Unterlinden. Je suis redevable de ces ren-
seignements qui rectifient et complètent mes souvenirs per-
sonnels, ?i l'obligeance de M. Fleurent, conseiller municipal,
qui vient d'être nommé président du Comité du musée de
Colmar.
Autant que je puis me rappeler, l'année 1865 a été une des
plus chaudes du siècle. La vigne, pendant la période de flo-
raison, promettait des produits exceptionnels en quantité et
en qualité. Aussi la vendange, sur les coteaux alsaciens, a-
t-elle été brillante et comparables aux fameux crus de 1811,
1822 et 1834. Bien des années, bien des événements, bien des
catastrophes publiques et privées, ont passé sur le pays des
cbers souvenirs. J'avais fait alors quelques portraits de têtes
chéries. Ils conservent dans notre intérieur la mémoire vi-
vante et pour ainsi dire cristallisée des choses contempo-
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A THAVEUS LE PASSÉ i27
raines, des premières années (jui onl suivi noire entrée en
ménage ; tant il est vrai (|ue certaines choses créées par
rhumme et figées dans la matière inerte ont une rare puis-
sance d'évocation.
M. SchouU, agent-voyer en chef du département, avait
conçu ridée d'établir un chemin carrossable de Colmar aux
Trois-Epis, par Turckheim, donnant ainsi satisfaction au
vœu des Colraariens habitués a lairc Tasconsion a pied dans
la montagne, pour aller respirer dans la belle saison Tair
balsamique des sapins, admirer le panorama toujours nou-
veau et séduisant des Vosges, se promener au petit llohnach.
au pittoresque village de La Baroche qui ressemble à un
joujou de Nuremberg, et surtout goûter Texcellente cuisine
de rhôtelier Petitdemange, passé maître dans Tart d'acco-
nioder certains plats doux.
Ce chemin tant rêvé venait d'être achevé aux frais du dé-
partement, dans le courant de l'été 1865. Il formait de nom-
breux lacets, suivait des pentes abruptes et il fallait beau-
coup d'habilelé aux cochers [.our ne point verser leurs voya-
geurs dans les précipices ; car un service d'omnibus venait
de s'organiser et transportait tous les matins les excursion-
nistes avides de passer une belle journée dans la montagne.
Par une matinée de septembre aux teintes empourprées et
chaudes annonçant la chute prochaine des feuilles, nous nous
acheminâmes par ce véhicule vers les Trois-Epis : un mar-
chand de volailles portant à Petitdemange des victimes à sa-
crifier sur sa table d'hôte, avait pris place en face de nous
avec ses canards, ses poulets et ses dindons aux harmonieux
gloussements. Nous arrivâmes sans encombre au sommet,
non sans avoir été légèrement émotionnés par la perspective
d'accidents possibles sur celte route étroite, dépourvue de
garde-fous, de parapets et de bourrelets quelconques.
Les Trois-Epis étaient un pèlerinage célèbre par la légende
qui lui a donné naissance. A l'époque dont je parle, ce pèle-
rinage était desservi par les Frères du Précieux Sang, qui
avaient leur maison-mère ii Rome. En faisant visite au père
Ferraris, supérieur italien du couvent, que je connaissais,
je me trouvai face à face avec l'un de ses moines qui vint
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Iâ8 REVUE D* ALSACE
me serrer la main et se fit reconnaître comme étant un de
mes anciens élèves dessinateurs du Collège d'Altkirch. C'était
Tabbé Bitsch, de Burnhaupt, que j'avais connu enfant vingt-
cinq ans auparavant. Ces singulières rencontres se renouve-
lèrent assez souvent elje retrouvai ainsi un autre de mes
élèves dans la personne de l'abbé Rouècbo, curé de La Ba-
roche. Sous b froc comme sous la soutane, ils m'avaient con-
s(»rvé bon souvenir. Décidément, il se trouvait beaucoup de
robes noires <lans la phalange des jeunes éphèbes à qui
j'avais entr'ouvert discrètement le temple de l'art.
(A suivre) Charles Goutzwiller.
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HISTOIRE D'UNE VILLE D'ALSACE
m* DE
SES ENVIRONS
PAR
G. DURRW^ELL
PIEMIKRE PARTIE
(Suite) (1)
MURBACH,
SOrV HISTOIRE ET SES ENVIRONS
XV
L'enlrêe «lu Vfillon de Murbarh : le Kimelshof cl sa colline. —
L'abbaye de Murbach : son origine et ses développements. —
Charleniagne prince-abbé de Murbach. — Histoire de quelques
priiires- abbés de Murbach cl de Lure jusqu'à la Kévolulion. — Le
dernier des seigneurs de Murbach : Benoît d'Andlau. — Le moine
Fruland : chroniqne de Saint-Léger. — Le manuscrit de Velléius
Palerculus. — (!e qui reste aujourd'hui de l'abbaye dt Murbach :
l'église ; les tombeaux du comte Eberhard et des sept religieux du
Mordfeld ; la Statue de Sainte-Catherine. — Les environs de Mur-
bach. — La cascade. — Le Hohrupf. — La chapelle de Notre-Dame
de Loretle. — La chapelle de Saint-Corneille. — Belchenthal. —
LeKedlen et le Breiil.
Vis à vis du village de Bûhl, sur la gauche de la grande
vallce, s'ouvre le vallon au fond duquel se cache Tanciennc
abbaye de Murbach.
(1) Voy. pp. 379-388 du trimestre Juillet-Aoùt-Scptcmbre 1890,
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^30 REVUE D*ALSACE
C'est k la liauteur des premières maisons de Bûhl, au bas
du côleau du Hugstein, que le chemin qui conduit a Murbach
se détache de la route de la vallée.
Après avoir gravi une petite côte d'où l'on domine les prai-
ries de la Weycrmatten, anciens vestiges de l'étang des Pèle-
rins, arrosées par le ruisseau de Murbach, on ne tarde pas k
arriver a la belle métairie du Rimelshof. Qui d'entre vous ne
connaft cette ferme, exploitée de concurrence par deux frères
rivaux, et où les habitants de Guebwiller organisent, au
temps des cerises, de charmantes parties de campagne? Des
bancs rustiques sont disposés dans les vastes prairies voisines,
S3US les magnifiques cerisiers du verger, qui fournissent aux
amateurs, sur place et k portée de la main, le plus appétis-
sant des desserts. Tout près de là s'élèvent, en pentes arron-
dies, une verle colline, qui a fait et fera toujours, les délices
(les gamins de la ville, et a certainement dévoré plus de
fonds de culottes que tous les bancs d'écoles du canton.
Devant la porte d'entrée de la ferme passe le sentier qui con-
duit, par une c6te escarpée, au col du Peternitt (jui fait
communiquer le vallon de Murbach avec celui de Rini-
bach-Zell.
Après le Rimelshof, la petite route, longeant k gauche les
pentes boisées du Geiskopf, et dominée, de l'autre côté du
ruisseau par les hauteurs du Demberg, ne tarde pas k fran-
chir l'eau sur un vieux pont de pierres. Quelques instants
après, les deux tours jumelles de Murbach apparaissent de la
façon la plus pilloresciue, au dessus des verts feuillages du
vallon : la croupe majestueuse du Ballon domine le tout. On
franchit un portique en ruines, entre deux antiques masures,
et l'on arrive dans l'enceinte de ce qui fut jadis l'abbaye
de Murbach.
L'abbaye de Murbach était autrefois l'un des plus célèbres
monastères de l'Europe entière; on sait déjà comment elle a
été fondée, et combien modestes furent ses débuts. Quelques
religieux bénédictins, chassés de leur couvent de Reichenau,
et cherchant un asile, vinrent, après plusieurs haltes, se
réfugier au fond de ces montagnes ; ils trouvèrent heureuse-
ment, dans un des plus puissants seigneurs du pays, le
comte d'Eguisheim, un charitable prolecteur, dont les libéra-
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HISTOIRE D*LNE VILLE d'aLSACB ET DE SES ENVIRONS 131
litcs furent Torigine de leur fortune. Les successeurs de ces
fugitifs devinrent, en effet, plus tard, sous le litre d'abbés
de Murbach et de Lure, princes du Saint Empire romain. Ils
s«? sont assis dans les diètes avec rang et voix délibératives,
el ont exercé un pouvoir presque souverain, ne relevant, au
spirituel, que du pape, et de l'empereur seul, au temporel.
Ils fournissaient directement à ce dernier une contribution
d'bonneur de guerre (1).
I/accès du noble et aristotralique chapitre n'était, d'ail-
leurs, i)as ouvert à toutes les ambitions. Il fallait, pour y être
admis, faire preuve de seize quartiers de noblesse, paternelle
et maternelle. I^a réception se faisait, d'après la chronique,
avec un appareil pompeux ; et sept chevaliers juraient sur
l'Evangile que le candidat avait les qualités requises.
Les noms de la plupart des abl)és de Murbach sont étroite-
ment liés à toute l'histoire du moyen Age. Charlemagne, le
is'rand empereur d'Orcident, ligure sur cette liste : celte di-
gnité lui fut en ctïel léguée par son parent, l'abbé Simbert,
lorsque celui-ci fut appelé au siège épiscopal d'Augsbourg.
C'est lui qui ajouta aux possessions antérieures de l'abbaye
le val de Saint-Amarin. Son successeur, Tabbé Sigismar, se fit
céder, par Louis le Germanique, la ville de Lucerne et son
territoire. Sous Tempereur Frédéric II, l'abbé Hugues de
Ilougemonl prend la croix, et accompagne son souverain en
Palestine. C'est à un prince-abbé de Murbach, Berthold de
Steinbronn, que Guebwiller et Wattwiller doivent la cons-
truction de leurs enceintes fortifiées, élevées à l'époque de
troubles et d'anarchie qui précéda l'avènement de l'empe-
reur Rodolphe de Habsbourg. Il construisit, dans le môme
but, les chAteaux de FrUulberg, dans la vallée de Saint-Ama-
rin ; de Ilirtzenstein, au-dessus de Wattwiller, et de Horupf,
destinés tous trois îi protéger l'abbaye elle-même. C'est éga-
lement lui qui défit et amena prisonnier au chtAteau de Hug-
slein, le comle Raynaud de Montbéliard (jui avait tenté des
incursions sur les terres de l'abbaye. Son successeur, l'abbé
(\) \.r conliuîrcMit fonriii pcrljibbavc de Murbach à l'empereur
iHii'û de six Immuios à cbevîd el «lix-neuf à pied, rachelables par
une roiitrihution «le lis llorins p..r mois.
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132 REVUE d' ALSACE
conile deFalkenstein, céda a l'archiduc Albert la lointaine
propriété de Lucerne, et obtint en échange la seigneurie d'Is-
senheim et 2'JOO marks d'argent. En 1560, le prince-abbé
Rodolphe de Stœrenbourg obtint du pape l'investiture de
l'abbaye de Lure avec les mines de Plancher, et de l'empe-
reur Charles-Quint, le droit de battre monnaie.
Puis, dans cette glorieuse liste de seigneurs, moines et
guerriers tout à la fois, nous relevons les noms de Thierry
de Raithnœr, qui quitta l'abbaye pour monter sur le siège
archiépiscopal de Saltzbourg; du cardinal André d'Autriche,
neveu de l'empereur Maximihen II ; ceux des archiducs
Léopold et Léopold-Guillaume, qui furent tous deui évêques
de Strasbourg. Viennent ensuite, après la guerre de Trente
ans, l'abbé Colomban d'Andlau ; les deuxprinc?s-3véques de
Furstemberg; Eberhardt de Loewcnstein, le fondateur de la
verrerie de Wildenslein et du cluUeau de Wesserling; Céles-
tin de Béroldingen, et le cardinal Armand de Rohan, auquel
succéda enfin le prime-abbé Dom Léger de Rathsamhausen.
C'est sous son épiscopat, j'allais dire sous son règne, que
l'abbaye transféra son siège à Guebwiller, en 1759.
Les terres de la seigneurie de Murbach, sises en Alsace,
étaient alors divisées en trois baillages ou Vogteyen : celui
de Guebiviller, avec les villages de Bû/il, Lauienhach-Zell,
Sengeren, Bœlcheni/iaf^ Berghoif^ ci Be7*f//wlfc-sell; celui
de Watlioiller, avec Uffholtc et le chAieau du Herrenfïuli,
et le baillage de Saint-Amarin, qui comprenait toute la vallée
de ce nom. Vers la même époque, le roi Louis XV autorisa
l'abbaye à poursuivre, en cour de Rome, sa sécularisation
qui fut prononcée par bulle du pape Clément XIIF, en août
1764 : la même bulle l'érigeait en chapitre, avec le titre
à' insigne collégiale équestrnlc de Mxirhadu sous la juridic-
tion de l'Ordinaire (1). L'abbé, ayant rang d'évéque, parais-
sait aux cérémonies du culte vêtu de violet, portant la croix
pastorale et la crosse et coiffé de la milre.
{}) Kn droil canon, on désigne par YOrdinaire^ le supôrieur
ex'lésiusiique ayant jiirifliclion ordinaire dans une certaine rir-
conçcription do territoire.
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HISTOIRE D*UNE VILLE D*ALSACE ET DE SES ENVIRON» 133
Le nombre des membres du Chapitre était alors réduit à
sept. L'abbé, portant le titre de prince-abbé de Murbach et
de Lure, élu par les deux Chapitres réunis, était Dom Léger
de Rathsamhausen. Sous ses ordres se rangeaient :
Dom Benoit de Beroldingen, doyen.
Dom Sébastien de Deroldingen, économe ;
Dom Project Reich de Reichenslein :
Dom Placide de Reinach ;
Dom Augustin de Rouveray ; et
Dom Colomban de Liegerlz.
En 1789, les collèges réunis élevèrent a la dignité de prinrc-
abbé, le Baron Benoit d*Andlau de llombourg.
Le noble chapitre était alors ainsi composé :
Le baron Otto de Beroldingen, grand doyen ;
Le baron de Rathsamhausen, grand chantre ;
Le baron de Rentner de Weyll ;
Le baron de Reichenstein ;
Le baron de Gohr;
Le baron de Schœnau ;
Le baron de Bodmann ;
Le baron de Kempf d'Angrœlh.
C'étaient là, comme on le voit, tous les grands noms d'Al-
sace réunis.
Le nom de BenoU d'Andlau clôt ainsi cette héroïque his-
toire des princes-abbés de Murbach qui, pendant plus de dix
siècles, jouèrent un rôle prépondérant dans toute les aiîaires
de l'empire. En 1789, les habitants soulevés de la vallée de
Saint-Amarin, vinrent piller et dévaster le chAteau du prince-
abbé et les maijsons canoniales des chanoines : et le chapitre
se dispersa pour ne plus se réunir. BenoU d'Andlau, élu dé-
puté aux Etats-Généraux, ne tarda pas h se retirer en Alle-
magne, et mourut à Eichstœdt, en Bavière, en 1837.
Outre ces abbés, plutôt guerriers que clercs, tout au moins
pondant la période du moyen Age, l'abbaye de Murbach
compte parmi ses relgieux de véritables savants. Le plus cé-
lèbre d'entre eux est le docte moine Fruland, qui écrivit au
XI« siècle, sous les ordres de l'abbé Eberhardt, une Vie de
St'Léger, qui est une véritable chronique de l'abbaye a cette
époque. Cet opuscule a été recueilli et publié, il y a quelque
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134
cinquante ans, par un bénédictin de Solesmos, dom Pilro,
sous le titre d' « Analecta Murbacensiœ ». C'est aussi aux
religieux de kurbach que Ton doit, dit-on, la conservation du
manuscrit de Veiiéiiis Paterculus (1).
Au milieu de cette brillante épopée, il y a, il est vrai, quel-
ques points noirs.
En 929, en pleine prospérité, l'abbaye de Murbach est
visitée par les bandes de maraudeurs hongrois que TappAt
de cette riche proie attirait jusqu'au fond de la vallée. C'est
a cette époque que sept de ses religieux, réfugies dans les
montagnes, sont atteints par ces pillards au-delà du Ballon,
et massacrés à l'endroit que Ton a appelé depuis Mo?*dfcid.
SousBerthold de Steinbrona, lors de l'avènemont de Rodolphe
de Habsbourg, l'abbaye est de nouveau menacée; mais
rénergie et la présence d'esprit de ce moine-soldat, la protè-
gent, et lui font passer, sans désastres, cette période de
troubles.
Enfin le flot révolutionnaire de 89 devait entraîner avec lai
dans son débordement, les destinées de l'aristocratique col-
lège. Nous avons vu, en effet, que c'est h ce moment ({uo ses
derniers chanoines se dispersèrent (2).
En résumé, dix siècles de gloire et de puissance presque
souveraine.
Aujourd'hui, de toute cette brillante histoire, il ne reste
plus à Murbach que son nom, ses souvenirs, quelques vcs-
(i) Histoire grecque et romaine depuis la guerre de Persée, roi
de Macédome jusqu'à la Ce année de Tibère.
C2) La Conservation des précieuses archives du Chapitre de
Murbach, qui constituent aujourd'hui un des plus riches documents
de notre histoire locale, doit être attribuée à la i)résenre dVsprit
des chanoines de Reutncr et de Gohr. Chassés de (iuebwiller ii la
suite des troubles du 25 Juillet 1789, ils firent charger tous les
titres de l'abbaye dans vingt deux caisses qu'ils emmenèrent avec
eux. A Dessenheim, les voitures qui les portaient furent attaquées
par une bande d'insurgés, mais prompt émeut (léi,'a^irces grâce à
l'intervention du commandant de Koccpie, et d'iui détarhemcnt
de volontaires qu'il commandait. Ces docuiuents restèrent chez de
Rocque, à Neuf-Brisach, jusqu'en avril 1790 époque à hujuelle
Metzger, un des directeurs du département, les transféra aux
archives de Col ma r.
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HISTOIRB d'iNE ville D*.\LS0B ET DE SES ENVIRONS i3o
tiges de monuments et des ruines qui rappellent le passé.
Les bâtiments de l'abbaye n'existent plus; mais Téglise,
restaurée et reconstruite en partie, avec ses deux tours et
son magnifique chœur, a fort belle allure; et le peu qui reste
de l'ancien monument nous fait regretter davantage ce qui
est détruit.
On y voit encore, dans Tintéricur, le tombeau du comte
Eberbardt d'Eguisheim; et une modeste pierre sur laquelle
est gravée une inscription moderne qui nous apprend qu'elle
recouvre les restes des sept victimes du Mordfeld.
Dans les combles de la tour de droite sont relégués d'an-
tiques tableaux à l'huile représentant la vie de saint Léger.
Enfin une colossale statue de sainte Catherine, qui faisait
l'objet de nos terreurs d'enfant, gisait, ily a quelques années
encore, dans les hautes herbes, le long du mur du cimetière.
La situation qu'occupait l'ancienne abbaye est ravissante,
ainsi que les promenades qui l'entourent. C'est d'abord, sur
la route du Ballon, du cùté de Belchenthal, la cascade formée
par le Murbaechlé, qui n'est plus, elle aussi, ce qu'elle était
autrefois. Puis, h droite de l'église, au sommet d'une mon-
tagne presque inaccessible dont les pentes a pic sont cou-
vertes de forèls de pins, l'antique château de Ilorupf. Cons-
truit, comme nous l'avons déjà dit, par Berthold de Stein-
bronn, ce nid d'aigle était comme la citadelle de Murbach,
qu'il dominait ; il défendait également l'abbaye du côté de
Lautenbach et de la grande vallée. Aujourd'hui, l'ancien
château-fort, rasé jusqu'au sol, n'est plus que ruines; et il
faut avoir, pour y grimper et surtout pour en descendre, de
véritables jarrets de montagnard.
Tout près du village, sur les premières assises de la mon-
tagne, s'élève la modeste chapelle de Nolre-Dame-de-Loretle,
qui a été construite, dit-on, sur le plan de la magnilique basi-
licfue bâtie en Italie, dans la ville de ce nom, en l'honneurde
la « Santa casa », ou maison authentique de la Vierge, que
l'on croit y posséder (1).
(]) (icttc « santa casa », ou niaison de la Vierge, aurait été
d'après la naïve tra<lilion populaire, transportée par les anges i\
travers les airs, de (iallilée en Dalinatie, en 1291 ; et quelques
années plus tard de Dalniatie â Lorelte.
La ville de Lorette est située près d'Anrône, à doux kilomètres
de l'Adriaticpie.
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136 REVUE D^ ALSACE
Un peu plus loin, au fond des bois qui ont remplacé au-
jourd'hui les vignes de Murbach, que Tancienne chronique
du moine Fruland célébrait jadis en termes si pompeux,
pinguissimi colles, vinifera latera amplificantesy se trou-
vent les ruines d'une autre chapelle dédiée autrefois k saint
Corneille ; et qui a baptisé de son nom la montagne voisine
(Gornelie-Berg).
En suivant le chemin de la vallée, qui va se rétrécissant
de plus en plus, on ne tarde pas a arriver au hameau de
Belchenthal, dont les maisons éparses s'étagent sur les pentes
de la montagne jusqu'au pâturage du Lieserwaasen. Plus
haut encore vers le Judenhut et le Ballon, se trouvent le
plateau et la métairie du Redlen, et k gauche, dans un étroit
vallon, les masures du Breûl.
(A suivre.) G. Durrwell.
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UN DOCUMENT INÉDIT
RELATIF A
TArrestation du Duc d'Enghien
Dans sa livraison du Irimeslre Avril-Mai-Juin 1895, la
Revue d'Alsace a publié les Notes du lieutenant de dragons
Henri Schmitt sur l'arrestation du duc d'Enghien, au service
duquel il était alors allaché. Schmitt, arrcHé lui aussi dans
cette nuit, tristement mémorable, du 14 au 15 mars 1804, fut
par conséquent plus il même que personne de faire de cet
événement une scrupuleuse relation. On peut, du reste, en
vérifier l'exactitude parfaite en la comparant au récit qu'en
donne le général comte de Ségiir dans ses Mémoires^ d'après
la relation que lui fit le commandant Chariot lui-môme deux
mois après l'arrestation du malheureux prince et presque sur
le lieu delà scène. « Je nus h prince dans la voiture du gé-
néral Ordener et il partit en poste pourVincennes », avait
dit Chariot en terminant fi).
On nous a communiqué dernièrement la lettre écrite par
Caulaincourt, aide-de-camp de Bonaparte, au commandant
Chariot, pour lui prescrire les mesures nécessaires au trans-
fert du prince de la citadelle de Strasbourg au donjon de
Vincennes.
(i; V. Un Aide-de-camp de Napoléon, de. 1800 à 1812, (Kxtr.
des Mêmoirps du général comte «le Ségurj, un vol. Paria, Firniin-
Didof, 1894; pp. 107-144.
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138 REVTË d' ALSACE
Voici ce document :
Strasbourg, le 26 Ventôse an 12.
Le Général de Brigade Caulaincourt, aide-dc camp
du Premier Consul,
au rifoypn Charlot, c/fef d*escad7'on. commandant la
(jendarmerie du 38^ escadron.
Conformément aux ordres du Premier Consul, Citoyen
Commandant, vous ferez partir ce soir à minuit, sous bonne
et sûre escorte d'un officier, un sous-offlcier et un ou deux
gendarmes, le duc d'Enghien pour être transféré à Paris au
Ministère du Grand Juge. Il voyagera sous le nom dePlessis,
ne (levant être connu que de Tofficier, du sous-officier et du
Grand Juge ou Conseiller d'Etat Real.
Vous ne suivrez aucun tour pour le choix de cette escorle
qui doit être composée d'hommes sur rintelligencé, la mora-
lité et le courage desquels on puisse compter et d'un dévoue-
ment éprouvé.
Vous donnerez individuellement a cette escorte les instiiic-
tions que vous jugerez convenables, et à l'officier un ordre
particulier, en outre de celui de translation, pour qu'il re-
(juiert en route l'escorte de brigade en brigade que vous ou
lui jugerez convenable.
L'escorte devra être bien armée, Tofficier répondant sur sa
tcte de la sûreté du prisonnier pour lequel vous lui recom-
manderez d'avoir tous les égards dû (sic) au malheur et les
attentions compatibles avec sa sûreté.
L'officier veillera u ce que personne ne connaisse la qua-
lité du prisonnier. Vous vous servirez pour ce voyage de la
voiture du général Ordener, qui est prête et en bon état et
qui sera à vos ordres avec un courrier du Gouvernement que
l'officier expédiera en avant a Epernay, afin de prévenir le
Grand Juge de son arrivée. Le courrier est porteur d'une
lettre de moi.
Je vous salue.
Caulaincourt.
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UN DOCUMENT INÉDIT 139
Chariot (Jean-Baplistc-G lande), h qui échut la triste mis-
sion d'arrêter le duc d'Enghien, était né a Neufchâteau le
28 août 1766. Il était, au moment de ce sombre drame, chef
du 38« escadron de gendarmerie h Strasbourg. Il fut nommé,
quelque temps après, colonel de la 17« légion, puis alla
commander la'34<' h Hambourg. Il prit sa retraite en 1814 et
se retira prés de Sainl-Dié-des-Vosges, dans une propriété
située au pied de la montagne de la Madelaineetconnue sous
le nom de Rouge-Pierre, où il vécut dans un état de di.s-
grAce et d'isolement i\m ressemblait fort h un exil. Il y mou-
rut le 15 mai 18:27 et fut inhumé dans le cimetière de la
paroisse Saint-Martin.
Il laissait un lils, dont le nom est très honorablement
connu dans les Vosges. Eugène Chariot naquit à Strasbourg
le 7 avril 1802. Il fit d'abord son apprentissage dans le com-
merce chez Xavier Lebleu, négociant en épicerie à Belfort,
puis entra comme directeur des usines de Mousse}* et en
devint propriétaire en 1850. 11 agrandit considérablement ces
établissements et fut le bienfaiteur de cette partie de la vallée
du Rabodeau. Conseiller général du canton de Senones,
maire de Moussey, chevalier de la Légion d'honneur et de
l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, il mourut le 16 juin 1876,
dans la magnifique habitation qu'il avait fait construire au
fond de la vallée.
C'est dans les papiers qu'il laissa et que recueillit un de
ses amis intimes, ancien juge de paix à Senones, que se
trouvait la lettre ci-dessus, que nous avons considérée comme
étant un document historique assez important pour être
conservé et reproduit dans la Ilevue.
Henri Bardy.
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SOCIÉTÉS SAVANTES
I. Bulletins du Ministère de Tinstruction publique. —
II. de la Société belfortaine d'Emulation.— III. de TAcadé-
miedes sciences, belles-lettres et arts de Rouen. — VI.
de la Société historique et archéologique de TOrne.
l
Le Ministère de rinslrucUon publique et des beaux-arts
vient de faire paraître son Bulletin historique et philolv^giquc
des travaux du Comité de l'histoire et des sciences pendant
Tannée 1896. Il forme un volume de 554 pages in-8«> conte-
nant les procùs-verbaux des assemblées, les rapports concer-
nant les communications soumises h l'appréciation des dites
assemblées et la publication ou le dépôt aux archives des
documents dont elles ont eu à s'occuper.
Nous remarquons dans ce volume une notice l)ien intéres-
sante concernant un militaire Albigeois qui, dans les plus
menaçantes circonstances de la Révolution et après vingt-
neuf années de service dans les grades inférieurs, dut fran-
chir très précipitamment les échelons de la hiérarchie pour
s'ariôter au grade de divisionnaire, promu par les Repré-
sentants en mission, alors que, de son coté, le gouvernement
nommait Pichegru au même emploi dans l'armée du Rhin.
Le fait et ses suites sont clairement exposés dans la no-
tice qui nous révèle d'une façon attachante le nom d'un gé-
néral inconnu dans nos annales alsaciennes, le général Car-
lenc, commandant en chef de l'armée du Rhin du 2 au 22
octobre 1793.
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CHRONIQUE — SOCIÉTÉS SAVANTES 14i
Les pièces justificatives de la notice, due h M. Etienne
Charavaij, sont au nombre de quinze et nous montrent le
général Carlenc à Blotzheim, îi Wissemhourg, Sarrebourg,
llaguenau, Schiltigheim et liœrdt en Alsace, puis îi Saint-
Pons où il est mort en 1828.
II
Fondée en 1872 , la Société belfortaine d'Emulation
compte ainsi vingt-quatre années d'existence et en est au
n® 13 des Bulletins qu'elle a publics. Le dernier, celui de
1896, est certainement Tun des meilleurs. Il se compose de
\\\vi-184 pages et de 8 planches qui sont une « contribution
« k la flore du territoire de Helfort, et un appendice aux
« découvertes sur le plateau du Mont-Bar par M. Voulot. »
La première partie du Bulletin est, comme d'usage, remplie
par le tableau des membres du Bureau d'Administration, par
la liste des diverses sociétés avec lesquelles on échange le
Bulletin, par la liste des sociétaires et enfin par les procès-
verbaux des réunions de l'année, ainsi que le compte des
recettes et dépenses de l'exercice.
La seconde partie est tout entière aux travaux scienti-
fiques et littéraires dont nous essayons de donner un rapide
aperçu.
Un règlement colonger, de 1448, du Prieuré de Saint-
Nicolas -des -Bois occupe la première place. L'original a
disparu et le texte que Ton publie, quoicjue sensiblement
modernisé, est annoté et présenté par M. A. -M. -P. Fngold
comme ayîint la valeur de l'inédit.
Une note fort intéressante de M. Henri Bardy rectifie la
lecture que l'on a faite d'une inscription tumulaire disparue
de l'église de Chàtenois, près de Belfort.
De nouvelles lettres de Grandidier et de ses correspondants
suivent la note de M. Bardy. Nous connaissions ces lettres
communiquées par un anonyme. Nous félicitons celui-ci de
les avoir livrées à VEmulation belfortaine, h laquelle elles
se rattachent par des liens dignes d'égards.
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44â REVUE D* ALSACE
Les Herboristes Charles llœsch etL. Meyer fournissent une
belle contribution à la Floi^e du Territoire.
Les perturbations atraosphériquos. constatées en Alsace-
Lorraine aux XVIIe et XVIIl*^ siècles, sont l'objet d'une inté-
ressante Notice due aux recherches de M. Louis llerbelin.
Les sources auxquelles il a puisé ses informations sont nos
bonnes Chroniques, les livres de paroisse, les chroniques,
de famille et tous autres documents. Cette notice sera con-
sultée utilement par les Curieux et les Travailleurs.
M. Auguste Gendre continue une étude dont la première
partie a paru dans le Bulletin précédent. La suite est h la
recherche « d anciennes chapelles el de lieux de baptêmes
aux alentours de Masseraux ». Ce thème entraîne M.
Gendre îi formuler des conclusions étymologiques sur des
noms de lieux et de villages des environs de Belfort et de
Masevaux. On ne peut que louer M. (iendre d'entrer dans
celte voie, déserte ou abandonnée depuis la mort de P.-J.
Talon de St-Dizier et d'Arnold, curé de Montreux-ChîVteau.
On suivra certainement avec beaucoup d'intérêt le curieux
travail de M. Gendre sur le terrain des étymologies des an-
ciennes seigneuries de Belfort et de Rougemont, ou il y a
toujours d'agréables récoltes à faire.
Quatre pages de iM. F. Pajot, avec plans dans le text(î
concernant la a découverte d'un camp romain dans la forêt
de l'Arsot », puis deux pages, avec une planche a deux faces
concernant une sépulture néolithique découverte par M. Vou-
lot, à Sainte-Suzanne, près Montbéliard, surcèdent h l'étude
de M. (iendre, et précédent un grand travail de M. Auguste
Vautherin sur le Patois de larégion de Belfort, suivi d'un (ilos-
saire spécial de celui de Chatenois. Une introduction de
trente-neuf pages initie le lecteur h l'idée de l'auteur et aux
règles observées. Nousn'insistons pas sur le cas particulier dont
nous ne connaissons que les deux premières lettres A-B-, du
glossaire et dont le prochain Bulletin nous donnera, sans
doute, la suite. En attendant on ne peut que partager le « senti-
«ment filial qui a poussé xM Vautherin à garder ce qui peut être
« conservé de lalangue que nos pères ont parlé pondant tant
« de siècles, aux sons de laquelle nous avons été b(»rcés et
« dont l'usage tend à disparaître. »
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CHRONIQUE — SOCIÉTÉS SAVANTES 143
Ce sentiment était aussi celui d'un Belfortain du siècle
dernier, Tabbé Schouller, dont nous possédons Tébauche
inédite d'une dissertation sur le môme sujet et dont nous
aurons l'occasion de dire un mot quand la fin du glossaire de
M. Aug. Vautherin aura paru.
m
V Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen,
qui est l'une de nos plus anciennes sociétés savantes, a publié,
vers la fin de 1896, le précis analytique de ses travaux pen-
dant l'année 1891-1895. Ce précis est un volume in-8o de
199 pages, contenant le discours de réception de M. le D^
Coutan, retraçant a grands traits l'histoire de la cathédrale
romane « h l'aurore du Xl« siècle » et la réponse, par le Pré-
sident, M. le Pasleur lloberty. D(» beaux et tendres rapports
sur des actes dignes des récompenses dont l'académie dispose,
terminent cette première partie du volume, suivie elle-même
par d'autres mémoires, non moins bien pensés et bien écrits
(jue les précédents. Ils embrassent les travaux de la classe des
sciences^ succinctement et clairement résumés, tandis que
les cent dernières pages sont consacrées h la classe des Belles-
tel tj^es et des Arts. Bel et savant exposé de la vie académique
dans la célèbre capitale de la Normandie.
IV
Dans le Bulletin de la Société historique et archéologique
de rOrne, qui nous arrive, nous ne rencontrons non plus
rien qui se rattache particulièrement aux choses de l'Alsace-
Lorraine, sinon un long et détaillé « Mémoire sur l'occupa-
tion d'Alençon par les Prussiens en 1871. » Dans cette grande
souffrance commune, il y a certainement des points de con-
tact si l'on devait comparer entre eux les faits et gestes des
occupants et des occupés aux extrémités opposées du pays en-
vahi. Nous avons en portefeuille divers mémoires écrits
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144 REVUE d' ALSACE
aussi durant l'occupation et au sujet desquels, d» consenle-
ment des auteurs, nous avons gardé le silence. Nous pensons
avoir eu raison et nous ajoutons que la Société historique de
l'Orne n'a pas torl de mettre au jour cette intéressante page
de l'histoire contemporaine de la Basse-Normandie. D'autres
notices concernant la vicomte d'Alençon, la noblesse de Fer-
riôre, les seigneurs de Hoisgauthier et autres familles, !a
chapelle de la Morandière, le collège de Sées et l'âge de
pierre dans les environs, terminent le premier Bulletin du
tome XV de la Société.
Fkédkig KrRTZ.
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A TRAVERS LE PASSÉ
SOUVENIRS D'ALSACE
PORTRAITS, PAYSAGES.
(Suite {ij
M, Uugot, noire bibliothécaire-archiviste, dont le nom
restera attaché au musée de Colmar et dont la santé finit par
subir le contre-coup d'une vie pleine d'amertumes, était mort
k Strasbourg chez son frère, diiecteur des contributions di-
rectes du Bas-Rhin. On reconnut alors qu'un seul homme ne
pouvait suffire à la tâche multiple de ses fonctions diverses et
le service fut scindé en deux. M. Thomas devint bibliothécaire
en titre et M. X. Mossmann, archiviste de la ville.
Ce dernier, qui venait de passer quelques années à Thann,
dans rétablissement de produits chimiques de MM. Kestncr
et C»«, fut repris d'une belle passion pour les archives qui
avaient fait le bonheur de sa jeunesse. Bien qu'il ne fût point
élève de l'École des Chartes, il était né paléographe dans la
vraie acception du mot. Comme dit la chanson, Ton revient
toujours à ses premières aijaours. Les vieux textes énigmaii-
(1) Voy. pp. 436-463 du trimestre Oclobrc-Novembre-Déceiuhre
4895 ; pp. 24-l$0 du trimestre Janvier-Févrior-Mars, pp. 156-207 du
trimestre Avril-Mai-Juin, pp. 310-377 du trimestre Juillol-Aoùl-
Septembrc 1896, pp. 529-559 du trimestre Oclobre-Novciïihro.
Décembre et pp. 104-128 du trimestre Janvier-Février-Mars.
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Uù
REVUE D ALSACK
ques, les palimpsestes les plus broussailleux et les plus ré-
barbatifs, offraient une mine inépuisable k ses recherches
historiques tournées surtout du côté des annales alsaciennes.
Rien d'étonnant, dôs-lors, à ce qu'il ait dit adieu au monde
industriel pour revenir dans sa ville natale prendre la
succession de son ancien maîlre llugol, k laquelle il avait des
droits acquis, d'abord par l'étendue de ses connaissances
historiques, ensuite par son ancienne collaboration au ser-
vice de la bibliothèque et des archives de Colmar, alors qu'il
était encore installé au collège.
Les importants documents presque inexplorés, de l'an-
cienne ville libre impériale lui offraient un vaste champ
d'études personnelles, qu'il se mit à défricher avec un bel
entrain pour publier des notices, des monographies, des
brochures, des articles de journaux et autres travaux dont la
Bévue d'Alsace eni la primeur. Il y insém une longue suite
de matériaux pour l'histoire de la Guerre de Trente ans,
cette histoire épique et cruellement sanglante qui ne fait
plus guère battre les cœurs modernes. Les temps héroïques
sont clos; mais ces études, très intéressantes au fond, n'en
témoignent pas moins d'une profonde érudition. Il écrivît
aussi — et c'est là une de ses productions les plus populaires
— des notices très documentées et très appréciées pour le
Musée pittoresque et historique d'Alsace, publié par J.
RothmûHer.
En lui confiant les fonctions d'archiviste, l'administration
municipale s'était flattée de voir enfin se réaliser l'inventaire
sommaire que le Couvernemcnt avait prescrit, au commen-
cement de 1840, pour tous les dépôts de France, et que la
Préfecture réclamait chaque année avec la plus vive insis-
tance. L'administration ne savait que répondre; elle se heur-
tait désespérément à la force d'inertie des deux conservateurs
des archives. Hugot, je l'ai dit plus haut, se montrait rebelle
a tout inventaire; Mossmann se cabrait dans sa manière de
voir exclusive sur la forme môme des notices sommaires et
s'était ingénié a inventer un système perfectionné de chemi-
ses de dossiers. En attendant, les parchemins poudreux, si-
gillés et armoriés, dormaient leur sommeil de plomb. Le
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A TRAVERS LE PASSÉ 447
petit nombre de fiches créées h force de réclanialions,
n'étaient que des fiches de consolation, en attendant
mieux.
Cependant il faut élrejuslc avant tout. Si l'invenlaire de
Colmar restait stationnaire, notre archiviste avait accepté
avec le plus vif empressement l'offre que lui lit la ville de
Mulhouse de dresser le cartulaire des siennes. Ce travail,
aussi intéressant que pénible, commencé depuis bien long-
temps, devint l'œuvre capitale de sa vie ; elle le classa parmi
les principaux pionniers de Thistoiie d'Alsace. On ne peut
qu'en faire honneur à sa mémoire. Il n'en est pas moins vrai
que son champ d'activité oflîcielleinent limité h la rédaction
de l'inventaire des archives de Colmar, avait pris, par la tan-
gente, un développement latéral dont cet inventaire n'a
peut-être pas beaucoup bénéficié.
A propos du Cartulaire de Mulhouse et de ses autres pro-
jets de travaux, voici ce que xMossmann m'écrivait le 3
janvier 4874 :
« Il est vrai que je muse encore un peu aux archives; je
poursuis l'achèvement du Cartulaire de Mulhouse et je fais,
en outre, un brin de journalisme quand l'occasion l'exige.
Mais que tout cela est bien loin des travaux sérieux que je
devrais faire ! Et avec cela i'àge vient qui relâche petit a petit
le ressort. Un projet surtout me pèse en ce moment, c'est
l'Histoire critique de Mulhouse du XIII® au XV* siècle. Pour
cette période je me suis assuré que Pétri et ceux qui l'on suivi
n'ont fait que rêver, et si je ne fais pas ce travail, je ne sais
quand il sera fait; j'ai bien donné le fil conducteur qui per-
met de cheminer dans ce fatras de 5000 rôles dont se com-
pose aujourd'hui le Cartulaire. Mais pour s'y reconnaître il
faut encore un certain acquis et surtout le feu sacré qui, je le
crains, deviendra plus rare de jour en jour.
(c J'aimerais aussi donner une nouvelle édition de mes
Recherches sur la commune de Colmar, Mais je ne pourrai
rien entreprendre de tout cela avant le printemps, k la condi-
tion que je puisse me lever avec le jour ».
Le feu sacré, il le possédait à un émincnt degré : rien ne le
prouve mieux que son inébranlable constance à dépouiller
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448 REVUE D^ ALSACE
les 5000 parchemins plus ou moins arides de Taneienne
république de Mulhouse.
Mossmann fut très apprécié par la Société industrielle de
Mulhouse dont il devint un des assidus collaborateurs et par
M. Engel-Dollfus, un des éminenls manufacturiers de cette
ville, qui Tencouragea beaucoup. Il écrivit en excellents ter-
mes la biographie de ce grand industriel sous ce titre :
Un industriel alsacien. Vie de M, ^'F. Engel-Dollfus,
Mulhouse 1886, imp. Brûstlein. Cet ouvrage lui valut un
des prix Monlbyon décernés en 4887 par TAcadémie
française.
Somme toute Mossmann^ sans être comparable aux
ouvriers de la première heure qui ont écrit et complété l'his-
toire d'Alsace avec la maestria que Ton connaît, n'en a pa«
moins rendu des services signalés à ceux qui glaneront après
lui dans ces champs moissonnés depuis longtemps par des
hommes de grande valeur. En creusant son sillon, il a su en
extraire la quintessence utile. C'est Ik le mérite de ce travail-
leur consciencieux, doué toutefois d'un caractère assez origi-
nal. Nature indépendante a tous les points de vue, un peu
trop indépendante peut-être, il n'a pas toujours su garder,
dans la vivacité de ses critiques, la mesure et le bon ton de
l'impartialité. Certaines licences de sa plume lui ont valu des
représailles ; mais la sagesse antique commande l'oubli a
ceux qu'il a essayé d'atteindre. Ne voyons dans l'homme que
ses beaux côtés. De mortuis nil nisibenè.
M. Auguste Bartholdi n'avait pas perdu de vue son projet
d'oiîrir k la République des États-Unis sa statue de la Liberté
éclairant le monde. Il entreprit en 4874, après la guerre, un
premier voyage en Amérique pour se rendre compte des con-
ditions dans lesquelles pourrait se réaliser ce projet gran-
diose. Autant que je me le rappelle c'est, je crois, k son re-
tour en 4872 qu'il fut chargé par M. Thiers de faire la statue
de Lafayetle offerte par la France aux Étals-Unis comme
témoignage de reconnaissance pour les secours envoyés par
New-York k la France.
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A TRAVERS LE PASSÉ 149
De celte statue de Lafayetle j'ai vu plus tard le modèle
dans son atelier de la rue Vavin. Voyageur intrépide et infa-
tigable, M. Barthoidi se rendit de New- York à San-Francisco
par la l'gnc transcontinentale qui venait d'être terminée.
Comme tous les travaux de chemins de fer en Amérique,
cette voie qui traverse les régions sauvages et inhabitées du
Far- West et des Montagnes rocheuses, est un audacieux défi
k toutes les difTicullés de la nature, une œuvre de science
autant que de hardiesse. Des arbres millénaires et d'une
hauteur énorme, abattus dans les forêts vierges, ont servi k
établir les ponts et viaducs traversant les torrents. Le voya-
geur européen croit rêver en franchissant dans ces parages
montueux, les viaducs tremblants établis dans des conditions
assez peu rassurantes et que le Yankee sait braver avec son
flegme bien connu.
La photograpîiie instantanée n'existait pas encore. Pendant
la marche <Jiî 3 trains, M. Barthoidi muni de sa boîte à cou-
leurs, se mit k peindre des centaines de petites aquarelles
représentant avec la rapidité de la pensée, les effets fuyants
des paysages passant sous ses yeux comme les changements
k vue du kaléidoscope. (JKuvre attachante au possible par
rétrangeté de la facture, où l'imprévu coudoie le grandiose,
cette collection de vues du Far-West que j'ai feuilletée chez
l'artiste avec la plus enivrante curiosité, était un vrai tour
de force.
XXXVIII
Un fonctionnaire hors ligne. — Chftteau d'eau. — Usine
à gaz. — ' Conférences publiques. — Jean Macé et le Petit-
Ghftteau. — Fiefs alsaciens des princes de Montbéliard. ^
Les chiens d'une princesse. — Exposition universelle. —
Le Windsbûhl.
Presque tous les fonctionnaires des contributions directes et
indirectes, de Tenregislrementet des douanes, que j'ai connus k
Colmar, venaient des départements circonvoisins, notamment
des Vosges, de la Meurthe et de la Moselle. Parmi eux il y
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ioO RBVLC D* ALSACE
avait des hommes de valeur dont le mérite s'était affirmé
dans les grades inférieurs et qui ont gravi rapidement les
échelons qui mènent aux sommets de la hiérarchie. De ce
nombre était un jeune et aimable contrôleur des contribu-
tions directes, M. Emile Boutin, d'Épinal qui, avant la guerre,
avait débuté dans les grades inférieurs à Colmar et k Belfort.
Sa brillante intelligence et son aptitude à résoudre les
questions souvent ardues que font naître les lois fiscales
appliquées à ce colossal damier que constitue la matière im-
posable, attirèrent l'attention de ses supérieurs. Il fut appelé
à occuper un poste k la direction du personnel de l'adminis-
tration centrale. Avec une rapidité qui n'étonna personne, il
franchit successivement les étapes de chef de bureau, de chef
du matériel et du personnel, de chef de cabinet du ministre,
et arriva au grade suprême de directeur général, agrémenté
du litre de conseiller d'État et de la décoration de grand offi-
cier de la Légion d'honneur.
Pendant les discussions souvent passionnées du budget,
M. Boutin, commissaire du gouvernement, sait captiver la
Chambre par l'exposé lumineux de ses aperçus financiers.
Avec cela bon enfant, ami serviable, homme de bonne socié-
té, il a su, chose rare, dans une position qui louche au cœur
humain par la corde sensible de la bourse, il a su, dis-je, se
faire aimer et respecter de tous par la rondeur et l'aménité
de son caractère.
Le monument de Pamiral Bruat, inauguré en i804, avait
été conçu dans la pensée qu'il deviendrait un chAleau d'eau
formant, au milieu des ombrages du Champ-de-mars, une de
ces oasis de fraîcheur rêvées par les po(^tes et dont les excel-
lents bourgeois, sans olre poëtes, se promettaient, eux aussi,
(le jouir en allant entendre la musique militaire pendant les
chaudes soirées d'été. Aussi, M. Bartholdi avait-il placé entre
les quatre statues allégoriques (juatre proues de trirèmes an-
tiques d'où Teau devait couler en larges nappes dans les
deux bassin*? inférieurs. Pendant deux ans la population dut
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A TRAVERS LE PASSE 151
se contenter d'admirer, d'un air gouailleur, le château d'eau
k sec et de rêver au murmure de cascades imaginaires,
mirage lointain, en attendant avec impatience l'achèvement
de la conduite d'eau que l'ingénieur Gauckler était en train
d'établir.
Sur sa proposition, la ville traita avec MM. Dumolard et
Viallet, fabricants de ciment h Grenoble, et la conduite, ter-
minée en 1866 au prix d'une dépense de 37,000 fr. a fourni
largement de quoi alimenter d'une façon durable la belle
œuvre deBartholdi. Ainsi que je lai dit plus haut, cette dé-
pense a été atténuée par les concessions de prises d'eau faites
aux propriétaires riverains du quartier de Roufîach
A la même époque la ville fit construire une nouvelle usine
a gaz sur les terrains de l'ancienne Orangerie, près la route
de Horbourg, à proximité du bassin du canal, ce qui permit
de réaliser uno notable économie sur le prix du combustible
qui put (^Ire amené sans transbordement, jusqu'à l'usine
même. Pour l'exécution de cette construction, la ville traita
directement avec MM. Lhomme et Fischer de Mulhouse, qui
avaient la spécialité des entreprises de ce genre. La dépense
totale, réalisée en 1867, s'éleva h 274,000 fr. dont h déduire
le prix de vente de l'ancienne usine estimée 50,000 fr. En
s'imposant le sacrifice de cette nouvelle construction, la ville
s'assurait pour l'avenir un bénéfice d'au moins 20,000 fr, par
l'exploitation directe de l'usine, non compris la fourniture
gratuite du gaz pour l'éclairage public représenté par
22,000 francs.
Un certain réveil de l'esprit public s'est manifesté à Gol-
mar dans le courant de 1866. On semblait se passionner
davantage pour les choses d'art et d'intelligence. Sans insis-
ter de nouveau sur le développement du musée et des collec-
tions scientifiques, loujoui-s en voie de progrès, je veux don-
ner ici une mention sommaire aux conférences publiques
qu'organisèrent au foyer du théAtre quelques professeurs du
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ir)2 REVUE d' ALSACE
Lycée avec le concours de certaines personnalités du corps
des ingénieurs attachés aux travaux du département.
MM. Bertrand et Morellet traitèrent des sujets historiques et
littéraires. Ce dernier nous a vivement intéressés parle récit
mouvementé et plein d'aperçus neufs de l'épisode d'Eustache
de Saint-Pierre au siôge de Calais. M. Gauckler, ingénieur des
travaux du Rhin, avait pris pour sujet de ses conférences
La Mer, sujet vaste comme le monde, plein d'enseignements
suggestifs pour ceux qui n'avaient (ju'une connaissance super-
ficielle de la géographie et de la géologie.
Le conférencier nous montrait sur uiie grande mappe-
monde les surfaces comparatives des continents et des océans,
l'influence des mers intérieures sur les régions environnantes,
les surfaces glacées des deux pôles d'où partent, en été, les
banquises énormes qui viennent se fondre dans les régions
tem|)érées et contribuent, par un exceptionnel dégagement de
vapeurs, à troubler les conditions météorologiques de l'Eu-
rope ; puis les volcans sous-marins, les marées, les raz-de-
marées, la mousson, la faune et la flore préhistoriques; puis
ce torrent d'eau chaude, le Gul/streatn, sortant du Golfe du
Mexique et allant a travers l'océan, porter la chaleur et la vie
sur les côtes de Bretagne où il fait mûrir le figuier et éclore
les fleurs des Tropiques, allant caresser en passant les récifs
de l'Irlande et de l'Angleterre, pour se perdre le long des
fiords de la Norwège et de l'Islande, frisant le cap Nord pour
s'évanouir dans la mer Blanche près d'Arkangel ; enfin cette
merveilleuse et incompréhensible mer des Sargasses, située
entre les Açores, les Canaries, et les lies du Cap- Vert et occu-
pant un espace six fois aussi grand (jue la France, tout cou-
vert d'une végétation de varechs au milieu de laquelle les
vaisseaux ont peine h se frayer un passage et qui, depuis de
longs siècles, défient les tempêtes de l'Océan.
Quelle leçon de choses dans l'exposition animée du confé-
rencier qui sait les faire passer sous les yeux du spectateur
comme les figures peintes sur les verres d'une lanterne ma-
gique! Aussi cette conférence, vraie révélation pour la plu-
part des auditeurs, fut-elle un succès.
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A TRAVERS LE PASSÉ 153
Moins intéressante fut la conférence de M. Jean Macé sur
VŒU, autrem3nt dit sur la vision humaine; non pas que le
sujet en lui-même ne prêtât point a des développements d'une
grande portée, mais parce que le conférencier ne possédait
point, à un degré suffisant, le don de la parole en public et
la clarté de démonstration scientifique. Combien belle était
pourtant la thèse à soutenir et quels aperçus éblouissants
off'raient l'étude physiologique de cet admirable organe de
la vision et tous les phénomènes d'optique mis par la pro-
vidence k la disposition de Thomme dans sa boîte crânienne,
ce chef d'oeuvre de mécanique où trône en souverain le monde
divin de la pensée !
Et pourtant Jean Macé était un éminent professeur, un vail-
lant éducateur, un savant naturaliste doublé d'un philosophe
peut-être trop positiviste. Ancien professeur de philosophie
au collège d'Évreux, il était venu en Alsace pour enseigner
la littérature et l'histoire au pensionnat de jeunes filles du
Petit Château fondé à Deblenheim, près Colmar, par M"«
Verenet, de Montbéliard . La réputation du professeur eut bien-
tôt fait de donner un grand reliefà cet établissement créé pour
la satisfaction des nombreuses familles protestantes de la
région qui avaient rêvé de posséder une maison d'éducation,
mieux organisée au point de vue de l'instruction à tous les
degrés, que le Sacré-Cœur de Kientzheim, situé à quelques
pas de la et où l'aristocratie et la bourgeoisie catholiques
faisaient élever leurs enfants.
C'est dans ce pensionnat champêtre, dans la région si pitto-
resque des vignes de Riquewihr et de Zellenberg, que Jean
Macé écrivit plusieurs ouvrages d'éducation qui eurent un
grand succès et devinrent rapidement populaires : VHistoire
d'une bouchée de pain, les Serviteurs de Testomac, V Arith-
métique du grand papa, tes Contes du Petit Château et le
Théâtre du Petit Château. Certains critiques grincheux et
peut-être jaloux des succès de l'auteur prétendent qu'il y a
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i54 RBVUE d' ALSACE
dans ces livres un peu trop d'oitomac et pas assez d'idéal,
c'est-à-dire qu'ils font une concession trop large au positivis-
me dans la vie.
N'étant pas autorisé k les contredire je me borne à ajouter
que Jean Macé, homme d'initiative, remueur d'idées et vul-
garisateur au premier chef, fut le créateur de la Ligue de
l'enseignement et des bibliothèques populaires et que c'est là
son grand titre à la reconnaissance de ses contemporains.
J'ai assisté à l'éclosion de ces entreprises vraiment humani-
taires qui, depuis, on fait vaillamment leur tour de France et
ont valu il Jean Macé un siège de sénateur, juste récompense
d'une vie de travail et de dévouement, entièrement consacrée
à l'instruction et a la moralisation du peuple.
Les tristes événements de 1870 ont eu ce malheureux con-
tre coup de disperser la plupart des établissements d'instruc-
tion qui existaient en Alsace-Lorraine. M"® Verenet, malgré
son grand âge, ne voulut point laisser périr sa belle fondation
du Pelit-Chàleau et, toujours aidée par son émin^nt collabo-
rateur Jean Macé, elle acquit le vieux château de Monlhiers,
près de Château-Thierry, et y transféra son établissement au-
quel elle conserva son nom originaire de Petit-Château. On y
recevait des élèves de tous les cultes. Mlle Verenet vient d'y
mourir âgée de près de quatre vingt dix ans et Jean Macé,
mort récemment aussi, âgé de quatre vingt deux ans, a voulu
être enterré k côté d'elle et de sa femme (1).
A propos du Petit-Château de Beblenheim et des localités
protestantes qui environnent Colmar, on peut faire remarquer
que la Réforme y a été introduite par les princes de Wurtem-
berg-Montbéliard qui, par héritages de famille, traités ou
alliances, avaient possédé fort longtemps des droits de suze-
raineté sur Riquewihr, Beblenheim, Hunawihr, Ostheim,
(i) Je viens d'apprendre que rétablissement, conlinné par deux
élèves de MUe Verenet, a été transféré récemment au Vésinct près
Paris, et qu*il conserve son nom de Pensionnat du Petit-
Château,
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A TRAVERS LE PASSÉ i55
Wihr-en-plaine, Horbourg, Andolsheim etc. Hunawihr, avec
son église fortifiée par un mur à bastions et a créneaux, est
un témoignage vivant des luttes religieuses de la Réforme.
Cette église sert, aujourd'hui encore, k Texercice des deux
cultes, la nef où officie le pasteur étant séparée par un grand
rideau du chœur où le curé dit sa messe. Dans cette com-
mune adoration d'un même dieu, les deux ministres et leurs
ouailles vivent en très bonne intelligence.
N'était-ce pas un fait curieux et étrange que cette princi-
pauté de Montbéliard constituant une enclave allemande et
luthérienne dans le département français du Doubs et appar-
tenant à des comtes de Wurtemberg (4) ? Prise en 1444 par le
dauphin Louis XI, et en 1696 par Louis XIV, elle fut rendue
h ses possesseurs par le traité de Ryswick. Les Français s'en
emparèrent encore en 1796 et le traité de Lunéville, en 1799,
en assura la réunion définitive k la France (2).
Ce qu'il y a de particulièrement curieux et doit faire réflé-
chir le philosophe, c'est que dans tous les villages que j'ai
cités plus haut le monde protestant a pour lui la grande pos-
({) Henriette de Montbéliard, femme d'Eberhard IV de Wur-
temberg, avait apporté comme dot, le comté de ce nom à la
maison de Wurtemberg en 1397. La seigneurie de Riquewihr et
les domaines des Comtes de Horbourg avaient été vendus en 13124
à Ulrich de Wurtemberg. C'est ainsi que toutes les communes
dépendant de ces domaines devinrent fiefs des comtes de Montbé-
liard et embrassèrent plus tard la religion luthérienne qui était la
religion d'État de leurs maîtres attachés à la doctrine d'OKcolam-
padc (Hauslicht), Tami d'Erasme et le lieutenant de Zwingli.
(2) Le savant naturaliste Cuvier, qui devint une des gloires de la
science française, était né à Montbéliard le 23 août 1769, pendant
que le Comté appartenait encore aux Wurtemberg. Il était le fils
d'un religionnaire du Jura réfugié à Montbéliard après avoir servi
dans l'un des régiments suisses à la solde de la Franco, et avait
obtenu une bourse dans l'Académie Caroline de Stuttgart où ont
été formés Schiller et plusieurs autres hommes de mérite. C'est là
qu'il apprit la langue allemande et les humanités; car, fait digne
de remarque, malgré la longue domination des princes allemands,
la langue française était restée la langue d'État à Montbéliard où
des hommes de grand talent, comme Parrot, Duvernoy et Morel-
Maclertui ont fait honneur par leurs publications scientifiques et
littéraires.
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156 REVUE d' ALSACE
session territoriale, conséquemniont la prédominance de la
richesse, tandis que le monde catholique moins bien partagé,
constitue le prolétariat travailleur mais pauvre. C'est un fait
patent : tous les ouvriers sont catholiques et piochent les vi-
gnes de leurs seigneurs et maftres. Si j'étais socialiste je di-
rais qu'il y a là une inégalité flagrante dans la répartition des
biens de ce monde.
Mais l'impartialité nous oblige à reconnaître que, de tout
temps, l'élément protestant, quoique ou parce que en mino-
rité, a su se distinguer par sa haute intelligence des affaires,
son esprit spéculatif, ses aptitudes remarquables pour l'indus-
trie. De grandes fortunes, honorablement conquises, sont
sorties de ce coin de l'Alsace en même temps que des hom-
mes de valeur qui ont fait honneur aux lettres, h la science
et à l'armée, animés de ce souffle créateur qui, comme André
Kiener, né à Ilunawihr, nous l'a montré, ont su fonder des
œuvres grandes et durables.
Autre phénomène ; comment se fait-il que Zellenberg, en-
touré et serré de près par tous les éléments dissidents de la
principauté de Montbéliard-Wurtemberg, soitresté catholique
comme, du reste, Bennwihr, sa voisine? C'est que, de ces
deux localités, la première était puissamment défendue par
son chàteau-fort, dont il ne reste plus que quelques vestiges,
et faisait partie avec sa voisine du domaine direct de Tévèché
de Strasbourg. Berthold de Bucheck, le vaillantprélat, sut les
conserver k son église. A cette époque les évêques de Stras-
bourg étaient de fiers batailleurs, sachant manier l'épée et la
cuirasse. Ils donnèrent plus tard du fil k retordre k la Confes-
sion d'Augsbourg.
En parlant d'Ostheini, ce beau et plantureux village situé
dans la plaine de Colmar, en face de Zellenberg, pourrais-je
résister k la tentation d'esquisser ici un petit portrait de
femme de l'époque de Louis XIV, d'une princesse authenti-
que, hautement poudrée k frimas, qui a rempli l'histoire con-
tepiporaioç de sa personnalité plus que turbulente, d'une de
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A TR.VVELIS LB PASSÉ 157
ces excentriques imbues de leur droit divin , infatuées de leurs
privilèges, traitant les manants avec leur outrecuidance de
race, et ayant donné au Conseil souverain d'Alsace plus de
préoccupations que les causes les plus embrouillées des plai-
deurs vulgaires? Jamais il n'y eut de gouvernement plus
tourmenté et plus agité que celui de la princesse Anne de
Wurtemberg-Montbéliard k qui son frère Léopold-Eberhardt
duc régnant de Montbéliard, le prodigue ami des demoiselles
de TEspérance, avait donné en toute propriété son fief d'Ost-
heim. Elle avait emmené avec elle sa nièce Iledwige, tempé-
rament excentrique comme elle et qui s'était rendue célèbre
par certaines frasques sentimentales qui obligèrent son frère
k la rappeler auprès de lui, bien que personnellementf il ne
fùfe guère autorisé a lui donner l'exemple des vertus fami-
liales.
M. de la Houssaye, alors Intendant d'Alsace, disait de la
princesse Anne que « sa teste est si mal timbrée, sauf le res-
pect deu u sa naissance, qu'il luy faut pardonner ce qu'on
ne pardonnerait pas k d'autres ». 11 avait l'indulgence facile.
Cette gentille dame aimait passionnément les chiens et en
avait sans cesse vingt-cinq ou trente dans sa chambre, toute
une ménagerie puante et aboyante. Dans leurs excursions au
dehors ces chiens faisaient le désespoir du village, mordant
k belles dents les mollets des manants et étranglant leurs
volailles. On voit que ce n'étaient pas des chiens de faïence.
M. Véron-Réville, k qui j'emprunte ces détails (1), ajoute
qu'elle disposait en maître des propriétés communales, des
pâturages, des forêts; qu'enfin froissés, malmenés, humiliés,
les habitants finirent par se raidir contre l'opression et que
le Conseil souverain d'Alsace eut k intervenir dans tous les
litiges suscités par cette tyrannique suzeraine.
A la naissance de chaque nouvelle portée canine, il y avait
fêtes et réjouissances au château. A la mort de ses chiens,
on leur faisait des funérailles en règle. La princesse, qui était
protestante, prétendit môme contraindre (prohpudori) le
curé catholique k les enterrer dans son église et il ne fallut rien
(\) Revue d'Alsace, 4858. — Lns chiens de la princesse de
Wurlembcrg.
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158
moins qu'un arrêt du Conseil souverain pour empêcher celle
profanation. Elle prit alors le parti de faire construire pour ses
aimables pensionnaires, une chapelle funéraire avec un mau-
solée surmonté de l'écusson ducal de Wurtemberg II! (0 pro-
fanation!) et orné de celte inscription: a Par la grâce de
Dieu, nous sommes ce que nous sommes ». Cette épitaphe
canine ne mérite-t-elle pas d'aller à la postérité?
Sur les quatre faces du monument étaient gravés les passa-
ges de la Bible se rapportant aux chiens de Job et de Tobie.
En i712, ua des chiens favoris de cette déséquilibrée vint k
mourir. Durant trois semaines entières elle garda, dit-on, le
précieux cadavre dans sa chambre, même dans son lit. L'his-
toire ne dit pas si elle fit embaumer le petit toutou passé k
rélat de charogne. Les obsèques solennelles eurent lieu le
jour de la Sainte-Anne, fête de la duchesse, et le corps recou-
vert d'un voile noir, fut portée à la chapelle armoriée de
Wurtemberg par une de ses femmes qui pleurait. ... du rôle
humiliant qu'on lui faisait remplir.
Cette fois, M. de la Houssaye, l'intendant de Louis XIV, se
fâcha tout rouge et, sans autre forme de procès, ordonna que
la chapelle du château d'Oslheim fût rasée du sol pour avoir
été souillée par la sépulture d'un chien.
Des poursuites au criminel allaient être exercées contre
cette inquiétante souveraine ; mais Louis XIV, par égard pour
son frère, le prince de Monlbéliard, ce toqué dont les Mémoires
de Madame d'Oberkirch ont enregistré discrètement les scan-
dales conjugaux, étendit sur elle sa main indulgente et ma-
jestueuse, et se borna à lui ordonner de sortir, sans délai, de
son royaume. Ce qui fut fait pour le plus grand bonheur de
la population d'Oslheim qui put chanter, ce jour-là, l'hymne
de la délivrance.
L'Alsace se préparait en 4866, k figurer avec honneur a
l'exposition universelle qui allait s'ouvrir a Paris en 4867.
L'enseignement public, dans ses manifestations diverses,
devait y être représenté. Un concours fut ouvert entre les
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A TRAVERS LE PASSÉ 159
principales écoles du département du Haut- Rhin. A côté des
institutions fondées et soutenues par la ville de Colmar il en
avait surgi un certain nombre d'autres créées par l'initiative
individuelle, dirigées par ce sens généreux qu'anime un
souffle de charité et qui, toutes, ont pour objet l'amélioration
physique et morale de la population.
Appelé k fournir, h cet égard un travail a la Commission
départementale de l'exposition, la municipalité a pu lui signa-
ler quarante institutions de ce genre toutes nées k Colmar,
toutes frappées au môme coin, celui du développement de
l'instruction, celui de la bienfaisance et de l'émancipation
morale. Chacun des trois cultes y était largement représenté.
Ecoles et salles d'asile libres, écoles du dimanche, asiles-ou-
vroirs, bibliothèques populaires, fondées par Jean Macé,
bibliothèques circulantes fondées par M. Léon Lefébure,
sociétés de patronage et d'apprentissage des orphelins, écoles
de chant et de dessin, sociétés de gymnastique, asiles
de vieillards, cités ouvrières, sociétés de secours mutuels,
œuvres de charité sous toutes les formes, rien ne manquait a
cet ensemble d'institutions humanitaires.
Le 3 juin 1866, jour de la Fête-Dieu, au cours d'une prome-
nade dans la montagne, entre Riquewihr et Hunawihr, je me
trouvai en face d'un vrai tableau flamand rappelant les fêtes
champêtres de David Téniers et de Van Ostade. C'était k la
ferme du Windsbûhl (Colline des vents). Placée au sommet
d'une éminence isolée comme Zellenberg, elle recevait de
première main les rudes caresses du vent d'ouest et de l'Aqui-
lon. Cela n'empêchait pas la jeunesse des environs d'en faire,
pendant la belle saison, un lieu de réjouissances compara-
bles, en petit, aux Kermesses flamandes. J'y trouvai nom-
breuse compagnie de jeunes gens et de jeunes filles, venus
d'Hunawihr, de Ribeauvillé, de Riquewihr, accompagnés de
leurs parents et de deux ménétriers qui s'apprêtaient k les
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160 REVUE d'aLSACE
faire danser en plein air en s'installant sur des tonneaux,
absolument comme les joyeux joueurs de cornemuse k la porte
des cabarets du pays flamingant.
Le costume même accentue la ressemblance, car j'ai vu
plus tard sur les marchés de Biuges et d'Anvers des types
de campagnards tout-à-fait pareils à ceux des environs de
Colmar.
En rentrant le soir, après cette journée rayonnante et calme,
j'étais loin de penser qu'elle aurait pour moi une fin navrante.
Je trouvai une dépèche m'appelant auprès de ma mère mou-
rante, subitement frappée d'apoplexie dans la journée. Elle
vivait encore k mon arrivée k Altkirch, mais l'agonie avait
commencé. Ayant partagé avec elle, pendant de longues an-
nées, des épreuves parfois pénibles et aussi des moments de
bonheur, je sentis quelque chose se briser en moi et je la pleu-
rai longtemps. Comme l'austère image du devoir et du dé-
vouement, sa figure survit dans la mémoire de ses trois fils
reconnaissants. S'ils sont devenus des hommes, c'est k elle
qu'ils le doivent. Je surmontai un instant ma douleur pour
faire un croquis rapide de sa figure empreinte de la sérénité
de la mort. Le cimetière de Saint-Morand ayant été désafl'ecté
depuis lors et transféré ailleurs, nous espérons que l'ancien
cimetière sera conservé avec ses vieux monuments comme
un jardin du souvenir des générations éteintes.
XXXIX
Au lac des Quatre-Cantons. — Lever du soleil au Righi.
— Les hôtels suisses. — Le Pont du Diable. — Légende. —
Le trou d'Uri à Andermatt. — Le Pilate.
Les mois de juillet et d'août de cette année i866 furent
excessivement pluvieux. Saint-Médard, préposé k la manœu-
vre de l'arrosage céleste, lançait ses coups de piston sans
trêve.
Les accès de mauvaise humeur de ce saint aquatique me
causaient d'autant plus de chagrin que, depuis longtemps, je
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A TRAVERS LE PASSÉ 161
caressait l'idée d'un petit voyage en Suisse. On pouvait alors
satisfaire cette fantaisie k peu de frais, grâce aux voyages
circulaires que venaient d'inaugurer les compagnies de che-
mins de fer français et suisses. Les billets,valables pour cinq
jours, comportaient un parcours très agréable, de DÀle k
Lucerne, sur tout le lac des Quatre-Cantons jusqu'au pied du
Saint-Gothard, avec retour par Zurich et Aarau.
Contempler de près ces merveilleux glaciers que j'avais
entrevus parfois comme dans un rêve lorsque, par les belles
soirées d'été, je me promenais sur les hauteurs qui environ-
nent Altkirch, faire l'ascension du Righi et du Pilate, visiter
cet admirable lac des Quatre-Cantons où s*est déroulée la lé-
gende héroïque du libérateur de la Suisse, il n'en fallait
pas plus pour surexciter toutes les convoitises de l'imagi-
nation.
C'était le 27 août 1866. Le soleil avait nettoyé son ciel
olympien où dominait maintenant l'azur.
Nous partons, confortablement installés dans ces beaux
wagons suisses k double rangée de sièges séparés par une
allée centrale qui permet au voyageur de circuler d'un wa-
gon a l'autre par les plates-formes ménagées k l'extérieur.
Nous voyons se succéder les charmants sites de Bàle-cani-
pagne, de l'Argovie, le lac de Sempach célèbre par la bataille
de 1386 qui a vu s'effondrer la puissance de l'Autriche et de
ses hauts barons du Sundgau sous la lance héroïque de Win-
ckelried, le célèbre tunnel du lïauenstein que les trains
mettent huit minutes k traverser, la jolie ville d'Olten, point
de partage des différents réseaux suisses, et, en approchant
de Lucerne, les fantastiques découpures de la chafne
alpestre.
Mais, comme les plus belles médailles, toutes les belles
choses de ce monde ont leurs revers. Nous nous en aperçû-
mes en débarquant sur les quais de Lucerne. John Bull, ce
maître du monde, nous a gâté les voyages. Partout on le ren-
contre installé en souverain aux meilleures places, dans les
plus belles chambres des plus beaux hôtels, choisissant les
msilleurs morceaux aux tables d'hôte sans s'inquiéter s'il en
reste pour les autres, accaparant pour lui seul les moyens de
locomotion les plus commodes et servant d'cpouvanlail aux
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462 REVL'E D* ALSACE
honnêtes touristes quand sa casquette à voile vert, son ves-
ton quadrillé et son alpenstock apparaissent à l'improviste
devant la chapelle de Guillaume Tell ou au Pont du Diable.
Partout oii Ton a la malchance de rencontrer Old England,
avec ses misses k longues dents, types de race, la nature perd
son sourire, la gaîté son entrain et le menu des hôtels sa
saveur.
Naïvement, bonnement, en gens peu pratiques, nous nous
fîmes conduire à Thôtel du Schweizeroff, croyant descendre
dans une de ces maisons patriarcales des anciens temps,
créées pour les gens modestes, amis toutefois d'un certain
confortable . On nous déposa devant un vrai palais dont le per-
ron était occupé par une douzaine de garçons en habit noir et
cravate blanche, vrai cénacle de préfets ou d'attachés d'am-
bassade. Le majordome, homme grave infatué de la dignité
de ses fonctions, prit majestueusement nos valises et nous
introduisit dans le grand hall ou salle à manger, temple grec
aux colonnes de marbre.
Nous demandâmes à diner à la carte : l'addition fut salée.
Comme hors-d 'oeuvre, tous ces garçons désœuvrés et en
habit noir, nous servirent un plat de leur façon, une repré-
sentation de gymnastes : ils se poursuivaient comme de vrais
gamins à coups de serviettes, se lançant des crocs en jambe
dans leurs queues de morue, faisant des chassés croisés,
nous offrant ainsi un spectacle extra non compris dans l'addi-
tion. Cela suffit pour nous fixer sur les agréments des hôtels
suisses, et nous allumes nous asseoir sur le quai du lac en
attendant le départ du paquebot le Winckelricd pour Weg-
gis, au pied du Righi.
Le soleil était a son déclin et illuminait de ses tons orangés
les dents rocheuses du Pilate et les glaciers du canton d'Uri
formant à l'horizon du lac un vrai décor d'opéra. Au milieu
de la foule des Anglais contemplant ce spectacle féerique,
nous aperçûmes M., de Bigorie de Laschamps, premier prési-
dent de la cour de Golmar, se promenant avec M. Birckel,
président du Tribunal de commerce. On éprouve toujours du
plaisir en voyage a rencontrer des figures connues.
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A TRAVERS LE PASSÉ i63
Il faisait grand jour encore quand nous arrivAmes ti Weg-
gis. Notre intention était de faire rascension du Jlighi a pied
et nous traitâmes avec un guide qui transporta nos valises
jusqu'à rhôtel du Uighi-StalTel où nous comptions passer la
nuit. La montée était rude et nous fûmes heureux de faire
une longue halte à l'hôtel des Bains froids du llighi situé h
mi-côte. A mesure que nous montions, le crépuscule descen-
dait, enveloppant d'un voile transparent encore la surface
du lac d'oii émergeaient les mille lumières de Lucerne et les
dents aiguës du Pilatc teintées de rose. L'ascension devenait
de plus en plus raide.
Comme l'attelage du coche de la fable nous suions, nous
soufflions, nous étions rendus, quand nous rencontrâmes un
guide conduisant deux chevaux sellés et revenant du
sommet. Il consentit a nous conduire a l'hôtel du Righi-
Staffcl. Nous voilà cavaliers improvisés, longeant les préci-
pices à la lueur des étoiles, nous fiant à l'instinct de nos
montures habituées à ces chemins aériens. Il était neuf heu-
res quand nous arrivAmes h l'hôtel. A trois heures du matin
nous sommes sur pied et faisons l'ascension du dernier étaiîre
du Righi, formé d'assises presque régulières simulant un
escalier de géants. Sur ces hauteurs arides un pAlre condui-
sant ses moulons, nous offrit un bouquet d'alperoses, de ces
jolies petites fleurs qui croissent dans les anfracluosités des
rochers et qu'il est dangereux d'aller cueillir.
Enfin nous voilà devant l'hôtel du Righi-Kulm où les cara-
vanes anglaises attendaient le lever du soleil. Pour voir cp
spectacle presque unique au monde, on ne regrette [)as
d'avoir escaladé le chemin du paradis. Les dernières étoiles
brillaient encore sur un ciel sans nuage, et l'aube blanchis-
sait à l'horizon, ce qui était bon signe, car souvent, pendant
toute une saison, Phébus fait la nique à ses admirateurs et
l'aurore aux doigts de rose se masque de brumes épaisses.
Cette fois le spectacle était complet.
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164 BETTE d' ALSACE
Une frange d'or bordait l'horizon pendant qu'une vieille
lady vêtue d'une robe noire flottante et une bible ouverte h
la main, se promenait gravement au bord du précipice,
comme l'ombre de lady Macbeth, découpant sa raide silhou-
ette sur l'apparition radieuse. A mesure que le soleil montait,
le décor prenait une intensité de vie surnaturelle.
Comme les fervents devant l'oracle de Delphes on était
tenté de s'écrier : Ecce Deus ! Un silence solennel accueillait
la venue de l'astre, foyer de vie autour duquel gravitent les
mondes de l'espace. À nos pieds, autour de nous, quinze lacs
saisis d'un frisson matinal, avivaient leurs teintes d'émerau-
de. Et les glaciers aux mille facettes scintillaient comme For
en fusion, étalant leurs rougeâtres fulgurations figées dans
un immense écrin de velours bleu. Quelle gamme puissante,
quel orchestre fantastique de couleurs, quelle irisation de
tons empruntés au prisme, exaltés par la palette magique du
grand artificier, passant des effets violents du rubis et du
jaune topaze aux nuances violettes les plus sourdes et les
plus neutres des grandes vallées. Devant cette clarté souve-
raine, devant cette sérénité inviolée de la grande nature on
éprouvait la sensation vertigineuse de l'espace infini.
Voir se détacher sur ce panorama solaire, reflet de mon-
des inconnus, paradis inaccessible, pays du* rêve enchanteur,
les neiges immaculées de la lungfrau, du Wetlerhorn, du
Rothstock, de la Wengern-Alp, du Montrose, n'est-ce pas un
éblouissement, une orgie où l'imagination se complaît un
instant, mais dont elle ne saurait soutenir longtemps l'obsé-
dante hallucination ?
Pour apaiser nos regards fascinés par tant de splendeur,
par l'incandescente et troublante majesté du prisme solaire,
nous les plongions dans le charmant petit lac bleu de Zoug,
situé au pied môme du llighi et sur cet autre petit lac de
Lowertz dont le nom rappelle une épouvantable catastrophe,
arrivée en i806,rengloulissement instantané de tout le village
de (ioldau, par le glissement d'une partie de la montagne du
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A TRAVERS LE PASSÉ 165
Rossberg. Il me semble que là où la nature dispense à
rhomme ses plus doux sourires, un mauvais génie le
guette pour le plonger dans Tabîme.
Après l'extase dans les régions éthérées du rêve, nous
sommes repris par la réalité tangible. Au dessous de nous,
saluant le lever du soleil et s'élevant comme une harmo-
nieuse prière dans le silence de la nature, le ranz des vaches
se fait entendre . C'est la voix humaine qui monte au
créateur.
Nous descendons rapidement les étages si péniblement
gravis la veille. D?»puis lors Tindustrialisme moderne a pris à
tâche de déflorer la poésie de ces paysages grandioses en
jetant par-dessus les précipices un chemin de fer k crémail-
lère. C'est plus commode pour John Bull et son cousin Jona-
than le Yankee, ces prosaïques amis du confortable. Ils gra-
vissent aujourd'hui les pentes abruptes du Righi et du Pilate
en wagon de première classe et peuvent s'étendre h loisir,
avec leurs bottes ferrées, sur les coussins capitonnés.
Le bateau va démarrer et nous allons pouvoir, en peu de
temps,faire le tour presque entier du lac Je pris un croquis au
pastel du Pilate et de la chaîne de montagnes qui l'entoure. En
passant devant la Tells-Platte, nous remarquons de sombres
nuages couronnant la cime du Pilate. C'est signe d'orage.
Les eaux deviennent houleuses et le tonnerre qui gronde
nous rappelle que, d'après la légende, c'est à cet endroit
même que Guillaume Tell, sautant sur le rocher, refoula
d'un coup de pied la barque du tyran Gessler. C'est très
émouvant le grondement de l'orage sur le lac encaissé, avec
son crescendo de répercussions et d'échos lointains.
Un rayon de soleil, et Ja scène change. Nous admirons au
passage les petites villes d'Arth et de Gersau dont les clochers
et les villas blanches se réfléchissent dans l'eau. Sur le pont
du bateau, une voix connue m'appelle, c'est M. Poupardin,
conseiller à la cour de Colmar, qui faisait faire un tour de
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iCO REVUE d' ALSACE
Suisse k ses enfants dont Tun occupe aujourd'hui k Paris
une haute situation dans la magistrature.
Voici les hôteliers de Schwytz, de Brunnen, de Fluelen et
d'Allorf qui montent dans le bateau pour faire leurs offres
de services aux voyageurs. C'est un spectacle écœurant que
cette Apreté du gain poussant ces exploiteurs à venir assaillir
les touristes jusque sur le bateau de plaisance pendant qu'ils
sont absorbés par le spectacle des grandes scènes de la
nature.
Pendant Tarrct du bateau k Brunnen, nous avons k notre
gauche, dans le lointain, les montagnes en forme de pain de
sucre des Schweizer-Mythen, à leur base la jolie et très vieille
ville de Schwyz, chef-lieu de canton dans lequel s'incarnent
les origines historiques de l'ilelvétie ; k notre droite, au
coude que forme le lac, le fameux Griilli célèbre par le ser-
ment des trois libérateurs de la Suisse, Melchthalf Wallher-
Fiirst et Stauffacher ; en face de nous la route de l'Axenberg
dont les galeries creusées dans le rocher, suivent le flanc de
la montagne et surplombent le lac jusqu'il Altorf.
Arrivés au fond du lac k Fluelen, nous trouvons prête à
partir la diligence d'Italie qui, par la vallée de la Ileuss et le
Saint-Golhard, conduit les voyageurs jusqu'à Milan. Un jeune
couple anglais nous dispute le coupé, mais nous n'eûmes
pas k le regretter car l'intérieur de la voiture nous
protégeait mieux contre le froid de la nuit, très vif sur ces
hauteurs. Nous dépassons rapidement Altorf et Amsteeg
situé sur le torrent de la Ileuss qui se jetU dans le lac k
Fluelen; puis, avant d'arriver k Wasen, nous traversons les
galeries couvertes construites pour garantir la roule con-
tre la chute des avalanches. La nuit était venue épaisse et
noire au milieu de ces gorges profondes où le son des grelots
de l'attelage se mêlait au grondement du torrent.
Une douce somnolence s'était emparée de nous, quand le
conducteur nous réveilla par cette exclamation : « Messieurs,
nous voici sur le pont du Diable ! » Ici c'est une explosion
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A TRAVERS LE PASSÉ 167
formidable, comme un roulement de coups de canon produit
par la chute du torrent dans un entonnoir de rochers h pic
s'élevant h une grande hauteur, quelque chose comme l'enfer
de Dante. Du reste le souvenir de Tesprit malin se rattache k
la construction du pont primitif dont l'arche en ruine subsiste
encore auprès du pont moderne construit en 4832 par un
ingénieur français. Quand Thomme entame une lutte titani-
que avec la nature, il a besoin d'invoquer les forces mysté-
rieuses qui lui semblent nécessaires pour accomplir toute
grande œuvre.
Le torrent de la Reuss, profondément encaissé, sépare les
cantons dT'ri el îles Grisons. Au quatorzième siècle, le chemin
de communication franchissait le cours d'eau au moyen d'un
pont en bois peu solide, qui s'écroulait h chaque instant et
constituait ainsi un passage fort dangereux. Le village de
Gœschenen, situé tout près, s'était ingénié, mais en vain, h,
remédier à cet état de choses.
Un soir, assis au coin de l'Atre, le bailli se frappa le front
en poussant cette exclamation désespérée : « Si le diable ne
s'en mêle pas, nous sommes perdus! » A l'instant même la
porte s'ouvre et un personnage au costume étrange, rouge et
noir, coilïé d'une toque h plumes rouges vint s'installer près
du feu, posant ses pieds sur les charbons ardents : « Je vous
vois bien embarrassé, dit-il au bailli; décidément vous avez
besoin de moi pour la reconstniction de votre pont ». « Oui,
répondit ce dernier, je vous donnerais bien cinquante florins
de plus que je n'en ai donné pour la dernière construction,
mais a la condition que le pont soit fait en une nuit ». « Vo-
lontiei's, mais je ne me sourie point d'or ». A l'instant le dia-
ble prit une braise ardente et la mit dans la main du bailli
ou elle se métamorphosa en un lingot d'oi aussi froid que
s'il sortait de terre. « Voyons, répartit le bailli, que me
demandez-vous pour faire un pont solide qui puisse durer
cinq cents ans ? » — (c Donnez-moi l'Ame de la première
personne qui passera sur le pont » — « C'est convenu,
répond l'autre ».
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i68 RBVUB d' ALSACE
Le lendemaiQ le bailli se trouve sur la rive, voit un pont
splendide et, de l'autre côté, maître Satan attendant son paie-
ment. Le bailli s'avance vers la tête du pont avec un grand
sac, le défait et puis brrr... il en sort un chien ayant une
poêle attachée k la queue. « lié ! messire Satan, attrapez
donc votre âme ». Le diable, furieux, poussa un juron infer-
nal et disparut dans une fumée de soufre.
Le bailli, un vrai roublard (qu'on me passe ce mot fin de
de siècle), avait eu soin de faire asperger le pont d'eau bénite
par le curé du village, ce qui empêcha Mépbislo de le
détruire.
En quittant le pont du Diable, puis Gœschenen où est au-
jourd'hui l'entrée du grand tunnel du chemin de fer, la dili-
gence traverse le Trou d'Uri, galerie percée dans une immense
paroi de rochers et arrive k Andermalt, charmant village
situé k ri.ssue de la vallée de la Ileuss, vers llospenlhal et le
Sûint-Gothard, k deux pas de la frontière d'Italie.
Bon souper et bon gUe. Le lendemain, de bonne heure, nous
sommes réveillés par une musique militaire ; c'est un batail-
lon de fantassins suisses se rendant dans le canton du Tessin
oii comme l'on sait, l'élément italien domine, entretenant
des antipathies de races qui se traduisent souvent par des
drames sanglants,
Notre excursion circulaire étant limitée k cinq jours, il
nous fallut rebrousser chemin. Nous résolûmes de revenir
k pied k Altorf pour voir de près et en plein jour tous les acci-
dents pittoresques et tous les points de vue importants de
cette contrée alpestre. La diligence devait nous rapporter
nos valises. Je pus ainsi dessiner une vue du pont du Diable
que j'ai transportée depuis sur toile et admirer des noms de
voyageurs alsaciens, peints au cambouis sur la paroi des ro-
chers k une très grande hauteur. Sic iiur ad astra.
Un soleil radieux favorisait notre retour. Repos d'une heure
k Wasen où nous cassons une croûte accompagnée d'une
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A TRAVERS LE PASSÉ i6t9
tranche de mortadelle et d'une fiasque de vin d'Italie. Ce vin
a un goût de terroir très accentué qui ne plaît pas au pre-
mier abord. Nous avions, pour arrivera Altorf, à dérouler un
ruban de 35 kilomètres sur un chemin poudreux « et de tous
les côtés au soleil exposé ». Vers la fin de la journée nous
n'étions pas fiers de notre allure et nous arrivâmes haletants,
exténués et harassés au terme de notre course. L'hôtel où
nous descendons est plein d'Italiens se rendant en France.
Nous avons hâte de dfner et d'aller nous coucher, comp-
tant sur un sommeil réparateur. Hélas ! nos épaisses couver-
tures de laine étaient habitées par une légion de puces qui
nous firent une guerre acharnée pendant toute la nuit. Ce
sont ïk menus agréments de voyage qui vous laissent des
souvenirs cuisants.
La statue de Guillaume Tell a été érigée à la place même
où, suivant la léger.de, était placée la perche surmontée du
chapeau de Gessler.Un monument, en forme de tour, marque
l'emplacement où le héros de l'indépendance abattit la pomme
posl'e sur la tète de son fils. Le bateau a vapeur nous recon-
duisit de Fluelen h Lucerne. Au moment où nous montions
dans le train pour Bàle, le prince Napoléon Bonaparte, alors
en villégiature en Suisse, se promenait sur le quai de la gare
avec le colonel Ferri-Pisani attaché k sa personne. Nous
pûmes admirer de près le profil de médaille de ce César
déclassé.
Somme toute, ce petit voyage se balançait par une dépense
très modeste en regard d'une recette très abondante d'émo-
tions et de jouissances intellectuelles que j'inscrivis au
compte des petits bonheurs de la vie. Pendant notre court
séjour à Lucerne nous allâmes au jardin public où se trouve
sculpté dans un rocher le fameux lion blessé de Thorwaldsen,
monumentcommémoratif des soldats de la garde suisse de
Louis XVI massacrés aux Tuileries le 3 septembre 1792. Près
de ce monument se trouvent les marchands de bibelots, et
d'objets usuels très joliment sculptés en noyer que les voya-
geurs emportent comme souvenirs, avec les belles pierres du
Rhin, couleur grenat ou lapis, montées en bracelets ou en
broches.
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170 REVUE d' ALSACE
La police ombrageuse de Fempire avait pris des mesures
sévères pour empocher rinlroduction en France des livres,
brochures et publications quelconques, imprimés k l'étran-
ger et critiquant les faits et gestes du gouvernement. A cha-
que gare frontière elle avait installé un commissaire spécial
chargé, avec ses acolytes, de visiter à fond les bagages des
voyageurs venant de Tétranger. Mais le fruit défendu péné-
trait quand même.
La Suisse était un des plus importants déversoirs par où
s'infiltrait cette contrebande de Tespril, cette moisson de
pamphlets amers, écrits par certains exilés qui avaient
échappé aux persécutions de l'empire en se réfugiant en
Angleterre, en Belgique et ailleurs.
Bon nombre de ces honorables citoyens habitaient la
Suisse, entre autres le colonel Charras, auteur d'ouvrages
remarquablement écrits sur les guerres du premier empire,
VHistoire de la Guerre de i8l3, et Waterloo ; Victor
ChaufTour-Kestner, ancien professeur de droit à Strasbourg,
qui écrivit un livre fortement documenté et des plus intéres-
sants. Études sur la Réformation (Paris 1853) où Zwingli,
le réformateur suisse, occupe une grande place ; Marc Du-
fraisse et Challemel Lacour, qui devinrent professeurs au
Polytechnicum de Zurich.
Rochefort était à Bruxelles, Victor Hugo à Jersey, Ch.
Cassai, Valentin, Caussidiôre, Boichot et tant d'autres \\
Londres, sacrifiant, tous, leurs positions acquises en France,
attendant pendant de longues années la chute du régime im-
périal ou au moins une amnistie.
Pendant notre courte excursion en Suisse, je pus voir à
tous les étalages des libraires les ouvrages a l'index, surtout
les Chdtiments de Victor lïugo et la L^/;i/<v7ie de Rochefort.
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À TRAVERS LE PASSÉ i7i
XL
Un peu de législation municipale. — Le duc de Cham-
bord. — Le procédé Comte. — La Schlucht. — A Taucou-
leurs et à Domremy. — Maison et monument de Jeanne
d'Arc. — Son costume militaire. — Une vieille peinture.—
Vhftteau de Gombervaux.
J*eus roccasion, en 1867, d'entrer en relations avec M. «le
Bigorie de Laschamps, premier président de la Cour impé-
riale de Colmar, par la voie tangentielle d'une consultation
administrative. Ce magistrat, très apprécié h la cour des Tui-
leries, se trouvait, par la nature même de ses hautes fonc-
tions, placé dans une sphère assez peu accessible aux sympa-
thies bourgeoises. Quand il allait ?i Paris, Tempereur le rete-
nait, paraît-il, souvent à dîner. Un jour sa conversation avec
le souverain roula sur la réforme de la législation municipale,
dont la modification a divers point de vue paraissait désira-
ble. Il prit alors l'engagement de soumettre h Tempereur un
mémoire sur cette question qui devait surtout envisager la
possibilité d'étendre les attributions des maires et des con-
seils municipaux.
En effet, la centralisation excessive créée par la Constitu-
tion de Tan VIII, œuvre politique du premier Consul, qui
l'avait forgée comme un instrument de règne, et qui, actuel-
lement encore, est la pierre angulaire d'un régime administra-
tif très compliqué et très coûteux, une routine aussi abusive
que solennelle, créait dans le pays un malaise et des mécon-
tentements extrêmes.
M. de Bigorie voulut bien me faire l'honneur de me con-
sulter sur les diverses questions à traiter. Après une entrevue
où je pus me convaincre que l'historique de cette législation
complexe ne lui était pas familier, il me pria de lui rédiger
un mémoire sur la question, contenant des aperçus sur les
réformes h, réalisor. C'était un travail long et peu récréatif,
étant donné surtout qu'il me privait du repos de mes soirées.
Je m'attelai néanmoins à celte œuvre anonyme av^c le
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172 RBYUE d'alsagb
sincère désir de rendre service dans la mesure de mes faibles
moyens.
On avait laissé le moins de pouvoir possible entre les
mains des autorités municipales, pourtant les plus intéressées
h la bonne gestion de leurs affaires et les plus aptes k com-
prendre les besoins et les aspirations de leurs administrés. Les
questions les plus minuscules, je devrais dire les plus ridi-
cules, passaient par la filière des sous-préfets et des préfets,
ceux-ci venant des coins les plus éloignés du pays et réputés
avoir la science infuse. Sans initiation aucune aux
mœurs et aux traditions locales, sans même avoir eu Je
temps de les étudier, ces excellents tuteurs venus de la
Gironde ou de Quimper-Corentin, tranchaient dans le
vif et compromettaient souvent les affaires par des lenteurs
calculées et des chinoiseries de forme.
Ce côté spécial de la question formait, avec d'autres consi-
dérations assez timides sur les réformes possibles, la partie
essentielle du mémoire que je remis au premier président. Il
m'en sut gré, mais oncques ne pus apprendre quelle suite a
été donnée à cette élucubration qui avait la prétention outre-
cuidante de porter la sape et la mine dans un édifice ver-
moulu. Mais les abus ont la vie dure.
N'oublions pourtant pas d'ajouter que le temple sacro-saint
de la centralisation est aujourd'hui battu en brèche de tous
les côtés et que son écroulement définitif et forcé n'est plus
qu'une question de temps. Déjk il est question de la suppres-
sion des receveurs particuliers ; les sous-préfets et autres
rouages inutiles emboîteront le pas.
L'initiative et la responsabilité sont le grand levier de
l'activité humaine. Les peuples, comme les individus, n'ont
pas beaucoup a gagner k être mis en tutelle, surtout quand
les prétendus tuteurs sont étrangers aux besoins réels, aux
instincts sociaux et ethniques, en un mot à l'idiosyncrasie de
ceux qu'ils ont mission de conduire. Ce n'est qu'à force d'in-
dépendance et en acceptant sa complète responsabilité que
l'homme parvient a réaliser de grandes choses et h prendre
sa véritable place dans le monde.
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A TRAVERS LE PASSÉ 473
Le duc de Chambortl, autrement dit Henri V, avait déjà
souvent inquiété le gouvernement impérial, en organisant
des pèlerinages légitimistes dans les pays voisins de la
France.
Le parti du droit divin, encore très compact k cette époque,
conspirait ouvertement pour placer le prétendant sur le
trône de France. Cela gênait beaucoup Napoléon III qui, du
reste, se connaissait en conspirations. Déjà le pèlerinage de
Bclgrave Square h Londres avait fait un bruit énorme dans
le Landerneau bonapartiste. En 1865 une nouvelle alerte
vint mettre la police impériale sur les dents. Cette fois le
grand conciliabule légitimiste eut lieu h Einsiedeln, en Suisse,
lieu de pèlerinage célèbre où le duc de Chambord, très pieux
comme Ton sait, était venu offrir h la Vierge miraculeuse un
lustre en forme de couronne dorée que le clergé fit suspendre
k la voûte de l'église, déjà ornée k profusion de quincailleries
de ce genre. Bien des alsaciens, dévoués par atavisme au roi
in partions, s'empressèrent d'aller faire leur cour au préten-
dant, et les noms de tous les visiteurs étaient inscrits sur un
livre d'or.
Le préfet de police Pietri avait eu soin d'envoyer k Einsie-
deln toute une équipe de ses fins limiers, avec mission de
prendre les noms et adresses des pèlerins. C'était la contre-
partie du livre d'or. Peu de jours après, le préfet du Haut-
Rhin, M.Odent, était mis au courant des démarches faites par
certains habitants, appartenant k la haute société deColmar.
L'affaire semblait devoir prendre une tournure assez sérieuse
car il y avait la dedans des fonctionnaires compromis et très
en vue; mais ils surent se tirer d'affaire en mettant habile-
ment Jeur escapade sur le compte d'une simple et naïve
curiosité de touristes amis des beaux sites de l'Helvétie.
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174 REVUE d' ALSACE
En 1867 je commençai dans la lie vue d'Alsace la publica-
lion de ma notice sur le musée de Colmar, dont j'avais réuni
depuis un an tous les matériaux a grand renfort de recher-
ches dans les cartons de la Bibliothèque, gracieusement mis à
ma disposition par le conservateur M. Thomas. La publica-
tion terminée je fis faire un tirage h part dans lequel figurent
le portrait de Martin Schœn gravé à Teau-forte d'après la.
peinture sur bois de son élève Hans Burgkmair, la Vierge
adorant Venfant, Saint-Antoine, Saint-Sébastien et le
Retable d'Issenheim.
Pour la reproduction de ces quatre dernières planches
j'utilisai alors pour la première fois le procédé Comte (1)
qu'on employait depuis quelques années h Paris pour la gra-
vure des planches de la publication artistique lArt pour
tous, éditée sous la direction de M. Sauvageot par la librairie
Morel. Le dessin se faisait sur une plaque de zinc recouverte
d'un enduit résineux fabriqué par les frères Comlc. La mor-
sure de l'acide donnait un résultat inverse de celui obtenu
par l'eau-forte ordinaire en ce sens que les traits, au lieu
d'être enjcreux, étaient en relief et formaient ainsi une planche
typographique s'imprimant avec le texte, comme une gravure
sur bois et pouvant donner des épreuves h l'infini.
Le chemin de fer de Munslcr à Colncar, premier tronçon de
la ligne des Vosges au Rhin, fut achevé et mis en circulation
dans le courant de la môme année. On pouvait, dès lors, se
payer a peu de frais de charmantes excursions dans la vallée
de Munster si remarquable par ses sites pittoresques et faire
l'ascension, soit h pied soit en voiture, du col accidenté de la
(1) Inventé par M. Comte, de Guebwiller, imprimeur à Bar-le-
Duc, et exploite à Paris par ses deux frères.
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A TRAVERS LE PAi^SK 175
Schlucht, au point culminant de cette partie des Vosges.
MM. Hartmann, manufacturiers «h Munster, y avaient fait
construire un chalet pour y recevoir l'empereur pendant son
séjour aux eaux de Plombières en 180i.
Il a été, depuis lors, converti en hôlcl pour les nombreux
touristes qui, pendant la belle saison, font l'ascension de la
montagne soit par Munster, soit par Gérardmer. La tempéra-
turc, sur ces hauteurs, est soumise k des variations très
brusques et il n'est pas rare, pendant les chaudes journées
du mois d'août, d'y rencontrer des bourrasques très froides
accompagnées de giboulées.
La vertu curative des eaux de Vittel et de Contrexévillc
s'étendait au loin ; tout un monde souffrant y affluait chaque
année, bien que les administrations de ces deux petits villa-
ges ne se fussent guère mises en frais pour donner de l'at-
traction îi ces séjours rustiques, s'en rapportant aux seules
naïades de leurs sources du soin de faire honneur aux buveurs
d'eau. En passant une saison a Vittel en 18G7, ma
femme y fit la connaissance de Madame Blondel.. de Vaucou-
leurs, nature supérieure et d'une culture d'esprit réellement
remarquable.
Son mari exploitait un établissement industriel dont elle
tenait la comptabilité ; mais cette occupation prosaïque ne
l'empochait point de cultiver la Muse et elle écrivait des mor-
ceaux de poésie d'une fraîcheur et d'une harmonie compara-
bles h certaines productions de nos célèbres parnassiens. Sur
cette rencontre fortuite se greffa une amitié réciproque qui
dura jusqu'à la mort de Madame Blondel, enlevée en 1892 h
l'affection des siens.
Sa correspondance est un chef-d'œuvre de style et un
monument de sympathie cordiale qui sera conservé dans
notre famille comme un de ces trésors du foyer sur lequel on
pourrait inscrire ces deux mots : Sursum corda.
Pourquoi a-t-il fallu que des chagrins cruels vinssent
abreuver d'amertume les dernières années de cette Ame
d'élite? La mort prématurée de son mari qui était un vaillant
lutteur et un aimable compagnon, d'autres crises douloureu-
ses ont jeté, coup sur coup, leur poignante tristesse sur cette
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176 REVUE d' ALSACE
nalure sensitive et impressionnable. Le rêve de sa vie eût été
de voir le monument de Jeanne d'Arc qu'elle a chantée dans
ses vers et que M«' Pagis, évoque de Verdun, va faire ériger
dans Tenclos du sire de Baudricourt qui louche k la propriété
Blondel. Elle a emporté ce rêve dans les régions sereines de
Tau-dela, mais il en reste des traces brillantes dans sa cor-
respondance.
Pendant que M. et Madame Blondel vivaient encore j'étais
allé rendre visite k Domremy et h Vaucouleurs, situés dans
cette vallée historique et légendaire, berceau fleuri de
Jeanne d'Arc.
La nalure s'y est montrée prodigue de sites enchanteurs.
Vallis colorunii vallée des couleurs, telle est l'origine idylli-
que du nom de Vaucouleurs. Le manoir de Bourlémont,
appartenant aux princes d'Hénin d'Alsace, domine la vallée
de sa silhouette altière comme l'œil du maître plongeant son
regard dans ses vastes domaines, l'n cadre d'attrayantes
collines entoure ces nids de verdure où la Meuse se promène
nu milieu de grands saules hautement panachés. Devant
cette éblouissante nature, si calme et si baignée de rayons, je
songeais à Corot et a Troyon, ces maîtres du paysage. Je
songeais aussi à Paul Potier, en voyant miroiter dans les
prairies les taches blanches et nacrées des ruminants qui les
animent.
J'étais descendu à ce foyer hospitalier de la famille amie
où le culte du beau était en honneur. Le deuil est entré,
depuis lors, dans celte vaste maison lorraine, type des habi-
tations confortables de la vieille France. Le souvenir que j'en
ai emporté est aujourd'hui voilé d'un regret d'autant plus
amer que la vie, dans cet intérieur dont les honneurs étaient
faits par une femme supérieure et deux jeunes filles gracieu-
ses, était plus gaie et plus accueillante. Cette maison se relie
par un jardin étage k un enclos presque sauvage où dorment
leur sommeil séculaire les ruines du manoir de Baudricourt,
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A TRAVERS LE PASSÉ 177
témoins muets d'une héroïque épopée. Tout a côté, une autre
ruine historique, les restes de Tancienne église S»® Marie de
Vaucouleurs où, d'après la légende, la bergère de Domremy
venait prier devant la statue de la Vierge, qui a été mutilée
en 1793 et se trouve aujourd'hui dans la nouvelle église
paroissiale.
L'ancienne crypte souterraine a été recouverte, il y a bien
longtemps, par une maison vulgaire qui s'est incrustée
comme un champignon entre les piliers et les chapiteaux
encore debout. C'est là que, d'après le projet actuel, doit-
étre érigée une chapelle votive, d'architecture gothique, qui
sera comme le portique d'accès à la statue équestre.
En une demi-heure le chemin de fer nous mène k Maxey-
sur-Meuse (Vosges), d'où nous suivons une belle chaussée
passant la rivière sur un de ces vieux ponts de pierre de
l'époque de Louis XIV, dont la solidité défie les siècles. Nous
traversons le beau village de Greux et arrivons au modeste
hameau de Domremy qui a l'air d'en être une annexe.
Ce qui frappe dès l'abord, c'est la pauvre église rebadi-
geonnce où se sont conservés quelques restes de l'église primi-
tive, contemporaine de Jeanne d'Arc. A la gauche de la façade
s'élève un lourd piédestal que domine une statue en bronze
de Jeanne agenouillée, œuvre médiocre érigée k l'époque de
la Restauration.
A quelques pas, derrière le chœur, se trouve la maison où
est née, où a vécu l'héroïque jeune fille. Nous y arrivons en
traversant un petit jardin orné de massifs d'arbustes et de
Heurs. Ce jardin, fermé par une grille du côté de la rue, la
sépare de deux constructions modernes dont l'une sert d'école
pour les enfants de Domremy et de Greux; l'autre, où habi-
tent les religieuses institutrices, préposées k la garde de la
maison historique, renferme quelques œuvres plus ou moins
artistiques qui racontent l'histoire de Jeanne.
« Une précieuse décoration due, sans doute, k la munifi-
cence de Louis XL dit M. J. Quicherat, relevait autrefois la
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178 RiVUK »*ALSACÉ
devanture de cette maison. On y avait peint les exploits de
la Pucelle. Michel de Montaigne en vit encore quelque chose
en 1580. Le devant de la maisonnette où elle naquit, dit-il,
est tout peint de ses gestes, mais l'âge en a fort corrompu la
peinture (1) ».
La porte d'entrée, de forme gothique, surmontée de trois
écussons armoriés, est dominée par une petite niche renfer-
mant une statuette agenouillée de Jeanne d'Arc revêtue de
son armure. Le petit socle qui lui sert de base porte les ins-
criptions suivantes, sur le côté gauche : VIVE LABEVR, 1481;
sur le côté droit : PAIX ATOVS, 1678. Cette statuette, dont la
facture rappelle Tart maniéré du XVn« siècle, remonte
donc, comme l'indique cette dernière date, au règne de Louis
XIV. Elle a remplacé sur le socle ancien la statuette primitive
donnée par Louis XI. L'écusson armorié de Jeanne se trouve
sur la face de devant de ce socle.
Le grand mur de la façade, en forme de pignon allongé,
est percé de trois fenêtres géminées éclairant d'un jour discret
les pièces de l'intérieur. C'est une maison très massive, telle
qu'on en trouve encore dans cette partie de la Lorraine et
qui semble avoir été construite pour résister aux assauts du
dehors, h ces époques troublées du moyen âge où les paysans
avaient tant h souffrir des déprédations des bandes de rou-
tiers. Grâce à cette solidité exceptionnelle elle a pu résister,
depuis des siècles, aux injures du temps et des hommes. Elle
s'est conservée intacte, monument toujours vivant d'une
gloire historique.
En pénétrant dans la première pièce au niveau du sol exté-
rieur, on voit que rien n'a été modifié dans l'aspect primitif
de cette salle k la fois cuisine et chambre de travail de la fa-
mille d'Arc. La grande cheminée et les grosses poutres du
plafond donnent l'impression des logis de paysans de cette
région de la France. Au fond et communiquant avec celte
grande pièce, se trouve la sombre chambrelte qu'occupait
l'héroïne. Elle est éclairée par une petite fenêtre grillée comme
un jour de souffrance s'ouvrant du côté de l'église.
(1) Michel de Montaigne. Journal de voyage en Italie.
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A tlUVERS LE PASSÉ 170
A gauche et presque dans l'embrasure se voit une niche
renfermant ce qui reste du pauyre bahut où Jeanne serrait
ses bardes. On Ta protégé par un châssis maillé contre les
atteintes des visiteurs qui l'avaient jadis déchiqueté sous le
pieux prétexte d'emporter une relique de ce vénérable
sanctuaire.
Dans ce modeste réduit a germé, a grandi un des plus su-
blimes dévouements qu'ait enregistrés l'histoire. Elle est inou-
bliable l'impression qu'on éprouve en évoquant, comme une
radieuse vision d'autrefois, ce palpitant souvenir. On revoit,
par la pensée, revivre la bergère de Domremy dans son
cadre intime, dans ce jardin traversé par un ruisseau, où,
dans ses rêveries extatiques, elle entendait les voix d'en haut,
appel suprême de la patrie foulée par l'Anglais.
En visitant ce monument agreste de la fière épopée, d'où
se dégage une poésie intense, personne n'échappe au saint
frisson des souvenirs fortifiants. On voit flotter dans l'air
ambiant le contraste de cet humble berceau avec le couron-
nement triomphal de Charles VII à Reims...., puis, s'élevant
sur un ciel sinistre, le bûcher de Rouen allumé par l'évéque
Cauchon, l'ami des Anglais. Depuis le début de la vocation
jusqu'au sombre dénouement tout le drame de cette passion,
avec ses péripéties glorieuses et navrantes, se dérouie devant
l'œil fasciné du visiteur.
Le milieu dans lequel vivait Jeanne d'Arc élait, d'ailleurs,
propre à exalter en elle l'idée de la mission patriotique dont
son Ame était hantée. Tous les habitants de Domremy (i),
(i) Ce village était partagé enlre le Barrois mouvant (c. à. d.
relevant de la couronne de France) et le domaine direct de la
couronne. Un petit ruisseau marquait cette division : la rive droite
où l'on comptait vingt à trente feux, était au Barrois mouvant, la
rive gauche, au domaine rattaché avec Greux et toute cette por-
tion de la vallée avec Vaucouleurs, à la prévôté d'Andelot et au
bailliage de Chauraont-en-Bassigny f Champagne). Or la maison de
Jeanne, qui subsiste encore est sur la rive gauche. ^Vallon,
Jeanne d'Arc),
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4 80 BEVTE D^ALSACK
sauf un seul, comme elle a dit k ses juges, étaient Armagnacs,
c'est-à-dire du parti national, tandis que de l'autre coté de la
Meuse, k Maxey, on était du parti Bourguignon. De Ik des
antipathies féroces qui dégénérèrent souvent en rixes san-
glantes. Jeanne put, dès son enfance, assister aux batailles
que se livraient les jeunes gens des deux villages et dont ils
revenaient meurtris. Elle les connut plus tard k Compiègne,
ces Bourguignons qui la livrèrent aux Anglais.
Parmi les souvenirs qui se rattachent k l'enfance de Jeanne
d'Arc, il en est un que les habitants de Domremy ont pieuse-
ment conservé, parce qu'il a revêtu les gracieuses couleurs
de la légende. C'est V Arbre des fées.
Toujours avide de merveilleux l'imagination populaire a
transformé en fées les châtelaines des manoirs voisins qui,
pendant la belle saison, venaient danser sous un vieux hêtre
d'une remarquable envergure, dont les branches touffues
rasaient le sol. Cet arbre, dit-on, existe encore et se trouve k
mi-côte, près de la forêt de chênes qui couronne les hauteurs
où s'adosse Domremy. Jeanne y venait avec ses compagnes
chanter, danser, cueillir des fleurs champêtres qu'elles sus-
pendaient en guirlandes aux rameaux du bel arbre. Puis,
après avoir mangé les galettes préparées pour la petite fête,
elles allaient boire k une source ou fontaine voisine. C'est près
de ce hêtre du souvenir, près de celte source sacrée, que
l'évêque de Saint-Dié, aidé par une souscription qui a fait
concurrence k celle de l'évêque de Verdun, fait ériger en ce
moment une église votive dont la construction est dirigée par
.M. Sédille, un de nos plus savants architectes parisiens.
Vaucouleurs est si intimement associé k l'histoire de
Jeanne d'Arc que le récit de mes impressions serait incomplet
si je ne rappelais, pour l'honneur de cette petite ville, que
ses babilanls, après les longues hésitations du sire de Baudri-
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A TRAVERS LE PASSÉ 181
court, se sont cotisés" pour fournir k Jeanne ce qui compo-
sait à cette époque le costume militaire.
L'armure, telle qu'on la voit représentée d'une façon fan-
taisiste dans les tableaux, statues et autres œuvres d'art
consacrés h la gloire de la Pucelle, n'existait pas encore k
cette époque reculée. On n'en trouve aucun type au musée
d'artillerie, si complet pourtant k tous les points de vue.
C'est que l'armure, dans la vraie acception du mot, n'est
arrivée a sa dernière évolution que vers la fin de la mission
de Jeanne d'Arc. Je tiens ce renseignement d'un homme très
compétent en la matière, M. le colonel Leclerc, ancien con-
servateur du musée d'artillerie.
Voici, d'après les recherches de M. Wallon, de quoi se
composait l'équipement donné par les habitants de Vaucou-
leurs : le gippon on justaucorps, espèce de gilet allongé ; les
chausses longues lices au justaucorps par des aiguillettes; la
tunique ou robe courte tombant jusqu'aux genoux; les guê-
tres hautes et les éperons, avec le chaperon, le haubert ou
cotte de mailles et la lance. Un des habitants aida même
Durand Laxart, l'oncle de Jeanne, k lui acheter un cheval.
D'armure ou de cuirasse, il n'en est pas question et pourtant,
tel est Tempire de la tradition acceptée par tous, que nous
nous figurons difficilement Jeanne d'Arc autrement qu'armée
de la cuirasse, des brassards, des gantelets, des jambières de
fer et du casque.
Il y a près de vingtans, M. Auvray, marchand d'antiquités
au Palais royal, découvrit dans un grenier k Orléans, une
vieille peinture sur bois, au blanc d'œuf, exécutée du temps
même de la Pucelle. Cette peinture naïve dont j'ai fait alors
un dessin qui a paru dans V Illustration, représente la Vierge
avec l'enfant Jésus, k sa droite Saint-Michel portant une
balance dans laquelle il pèse les âmes, k sa gauche Jeanne
d'Arc tenant de la main droite sa bannière fleurdelysée, de
la main gauche son écusson armorié (l'épée en pal surmontée
d'une couronne et accostée de deux fleurs de lis). M. Wallon
a fait reproduire cette peinture primitive en chromolithogra-
phie, page 262 de son livre. Rapprochement curieux et
typique, le costume de Jeanne est identique k celui que lui
ont donné les habitants de Vaucouleurs : le chaperon enve-
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i82 REVUE d' ALSACE
loppant la tète et retombant sur la poitrine, la tunique brune
ou robe courte fermée de haut en bas par une rangée de bou-
tons, les chausses qui la dépassent, le ceinturon en cuir et
répée, les longues guêtres et les éperons. Elle porte des gan-
telets, des genouillères et des solerets ; mais il est difficile de
distinguer sur cette vieille image que le temps a noircie, si
ces dernières parties du costume étaient en métal ou en cuir.
Quoiqu'il en soit, ce document si curieux doit être considéré
comme étant à peu près le seul qui nous donne la vraie phy-
sionomie de réquipement militaire de Jeanne. Au-dessous de
la Vierge se trouve une inscription en caractères gothiques îi
demi effacés où apparaissent encore ces mots :
pxxctilt fûvfti ittto** in: xxt
Dans cette peinture sur bois, faite avec les procédés de
l'époque, alors que les couleurs ùThuile n'étaient pas connues,
tout révèle une origine contemporaine delaPucelle. Elle a dû
être faite par un imagier d'Orléans qui a vu la jeune guerrière
dans son costume réel, et sans se préoccuper de reproduire
avec fidélité les traits de son visage, l'a placée dans une
espèce (^ex-voto destiné, sans doute, à une église. Ce qui
semble autoriser cette conjecture, c'est que la tête de
Jeanne est nimbée comme celle de la Vierge et de Saint-
Michel, preuve que les habitants d'Orléans reconnaissants
considéraient leur libératrice comme une sainte envoyée
du ciel.
Notre excursion dans un domaine historique si lointain,
dans ces lieux consacrés par une mémoire bénie et toujours
vivante, s'est terminée dans le domaine des réalités actuelles
par une visite aux environs immédiats de Vaucouleurs, k la
grande usine métallurgique de Tusey d'où sont sorties les
colonnes rostrales de la Place de la Concorde.
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A TRAVERS LE PASSÉ 183
Très intéressants sont les travaux de cette fonderie où sont
occupés des centaines d'ouvriers et où coule dans des formes
de sable la lave incandescente du bronze, moulant des statues,
des ornements d'architecture, des pièces mécaniques. Tout
près de cet antre de cyclopes au fond d'un joli vallon, sont
les ruines du château de Gombervaux. Flanqué ancienne-
ment de quatre grosses tours, dont deux subsistent encore,
ce château est occupé aujourd'hui par une grande ferme
qu'exploitent des anabaptistes français, ce qui, certes, est
une rareté à signaler.
La femme qui dirigeait ce grand train de culture s'appelait la
mère Véronique, portant un nom cher aux anabaptistes alsa-
ciens que j'ai connus et chez lesquels ce prénom féminin est
très répandu. Sous la porte armoriée du domaine des hauts
barons du moyen âge, passent aujourd'hui les bœufs et les
vaches aux clochettes retentissantes. Chose remarquable,
partout dans ces régions de l'est de la France, où la grande
culture est en honneur, vous trouvez adossés aux vieux châ-
teaux, aux vieilles abbayes en ruines, aux vieilles églises
effondrées, de vastes exploitations rurales construites avec
les matériaux mômes des forteresses féodales. C'est la vie
moderne fécondant en pleine liberté le sol que la mainmorte
et le servage avaient stérilisé, c'est l'œuvre humanitaire de
1789 complétant l'œuvre nationale de Jeanne d'Arc.
Dans ses promenades sur le sol historique de la vieille
France, dans le Soissonnais où les époques mérovingienne et
carlovingienne ont laissé de profondes racines, où la renais-
sance a fleuri en de grandioses monuments, le touriste ren-
contre h chaque pas des ruines imposantes où le souvenir
s'attache comme le lierre et reverdit comme lui. Villers-Cot-
terets, situé au milieu de sa belle forôt légendaire, patrie du
grand romancier Alexandre Dumas, père, dont la statue pla-
cée à l'entrée de la ville sourit aux voyageurs de ce bon
gros sourire de l'aimable conteur est un de ces foyers de
souvenirs.
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184 REVUE d'alsagb
Là, dans ce coin de rile-de-France, les rois possédaient un
vieux château, qui fut réédifié par François I«' avec ce luxe
architectural qu'il savait donner à tous les monuments de
son règne. Aujourd'hui, singulier retour des choses humai-
nes, ce galant rendez-vous de chasse est devenu la propriété
de la ville de Paris qui y a créé un asile pour les vieillards
pauvres. Remanié de fond en comble pour celte installation
hospitalière, le château a perdu, k l'extérieur, son cachet
renaissance, mais il a conservé k l'intérieur, ses grands esca-
liers aux voûtes sculptées à caissons où la salamandre du roi
brille pai*tout et, perle incomparable, la grande salle histori-
que couverte de sculptures élégantes, où Fran^;ois !«' signa,
le 10 août 1539, l'édit célèbre, dit GuiUelmviy parce qu'il
avait été rédigé par Guillaume Poyet : cet édit réforma la
législation civile, prescrivit que tous les actes judiciaires
fussent prononcés et enregistrés en langue française k l'exclu-
sion du latin, mit des limites k la juridiction ecclésiastique et
créa les registres de Tétat civil.
C'était là, comme on le voit, une vraie révolution dans les
mœurs administratives et judiciaires, et qui, au point de vue
surtout des registres de l'état civil, bien qu'ils fussent tenus
par le clergé, eut des conséquences remarquables. Une ins-
cription en lettres d'or, gravée sur un marbre noir, conserve
le souvenir de cette intjéressante réforme.
A Soissons, l'ancienne capitale du royaume de Neustrie,on
peut voir, dans la vieille abbaye de Saint-Médard, convertie
aujourd'hui en orphelinat, et où fut renfermé, après sa dépo-
sition, Louis-le-Débonnaire, le cabanon qui servit de prison k
Abélard, quand sa doctrine fut condamnée en 1122 par le
Concile de Soissons. Je me suis arrêté longtemps dans cet
asile plein de souvenirs.
(A suivre) Charles Goutzwiller.
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LES
MANUSCRITS ALSATIQIES
DE LA
BIBLIOTHÈQUE DE LA VILLE DE STRASBOURG
{Suite et fin) (1)
4. Inventaires notariés, documents administratifs, etc.
N^ 385.. Inventar ûber die Erbschafl von Agnes Spielmann
geb. Bresslcr, Sirassburg, 1770, un vol. in-folio.
No 386. Inventar ûber die Erbschafl von Marie Elisabeth
Heiligenstein, geb. Hctzel, Strassburg, 1779, un vol. in-folio.
N® 387. Inventaire des meubles et effets délaissés par
Messire François-Joseph de Klinglin, conseiller d*Etat, prê-
teur royal, commencé le 16 avril 1753. Un vol. de deux cent
dix pages in-folio.
N® 388. Proci^s-verbal de la vente des objets délaissés par
Messire François-Joseph de Klinglin, préteur royal,
commencé le 25 juin 1753. Un vol. de deux cent trente trois
feuillets in-folio.
No 389. Rambergische Familienpapiereund Testamcntc, In-
ventare, etc. Strassburg, 1763-1788, un vol. in-folio.
No 390. Inventaire de Madeleine Billon, veuve de Marc
Ritter, citoyen de Huningue, 1756. (Avec autres inventaires
de la famille Ritter), un vol. in-folio.
N039I. Inventaire de Marie-Hélène, Marie-Béatrice et
Anne-Catherine, filles de Th. Rothfuchs, bailli d*Erstein,
1710. Un vol. in-folio (en allemand).
No 392. Inventar von An na-Veronica Sachs, geborene Ber-
negger, 1758, Strassburg, Un vol. in-folio.
(1) Voy. Janvier-Février- Mars, pp. 5-31.
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i86 RBVUE d'alsacb
N« 393. Invenlar ûber Johann Friedr. Strœhlin, bad. Hof-
kammerath's Hinierlassenschaft, Slrassburg, 1783, in-folio.
N<» 393 *. Inventar iiber die Erbschaft von Anna-Maria
Streichcr, geb. Heramann. Slrassburg, 1764. in-folio.
N® 394. Inventar ilber die Erbschaft von Joseph Goltfried
Waller. Slrassburg, 1764, in-folio.
N<» 395. Inventar iiber die Erbschaft von Johann Christ.
Kugler. Strassburg, 4754, in-folio.
N® 396. Testamente und Codicille von Slrassburgcr Fami-
lien aus dem XVl-XVIII Jahrhundert, dix documents sur
parchemin, (armoire vitrée, lad. II). —
N<> 400. Pfenninglhurms bedacht und Verhandlungen de
anno 1662, un vol. manuscrit in-4*> .
N<>401. Pièces divers relatives aux comptes de la Tour-
aux-Pfennings pour les années 1754, 1767, 1779. Un vol.
in-folio.
N<> 402. Pièces diverses relatives aux comptes de la ville de
Strasbourg 1782-1789, un vol. in-folio.
N<> 403. Pièces diverses relatives aux comptes de la ville de
Strasbourg 1781-1793, un vol. in-folio.
N® 404. Pièces relatives h VUmgeid (octroi) de la ville de
Strasbourg, 1782-1788, un vol. in-folio.
N« 405. Etats de consommation et documents divera rela-
tifs aux taxes de la ville de Strasbourg, 1770-1793, un vol.
in-folio.
N** 406. Pièces allemandes et françaises relatives au Gre-
nier d'abondance et aux revenus en grains de la ville de
Strasbourg, 1685-1757, un vol. in-folio.
N<> 410. Pièces diverses relatives à l'organisation et la comp-
tabilité, du Mont-de-Piété de Strasbourg au XIX® siècle,
un vol. in-folio (manuscrits et imprimés).
N« 41 1 . Documents relatifs k l'administration municipale de
Strasbourg, de 1839 h 1860, un vol. in-folio.
N® 412. l*ièces relatives h la Caisse de prévoyance des Em-
ployés de la ville de Strasbourg, 1840-1870, un vol. in-folio.
N« 416. Louis Sghnéegans, Aus alten Strassburger Ordnun-
gen. Abschriften von Urkunden aus dem Stadtarchiv, un
vol. in-folio.
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UANUSCRITS ALSÀTIQUBS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 187
N» 417. Louis Sghnkegans. Slrassburger Sleinmetzordniin-
gen des Miltelalters, copies modernes, d'après les Archives de
rCHuvre Nolre-Darae, un vol. in-folio.
N» 418. Louis Schnébgans. Notes diverses sur les corpora-
tions artistiques de Strasbourg au moyen-Age et jusqu'à la
Ilévolution, un vol. in-folio.
N<> 419. Urtheil Meiner Herren im Process der beiden
Meisierschaflen Kueffer-und Kiiblerhandwercks allhier.
Strassburg, 1638. Manuscrit contemporain de 14 feuillets
in-folio.
N« 420. Arlicul einer ehrsamen Zunfl zur Blume (Metzger-
handtwerck), 1611-1704. Manuscrit du XVlUe siècle, de 222
feuillets in-4o.
N<* 422. Zunftbuechlein einer ebrsamen Kiirschneraunft zu
Strassburg, 1713-1715, 1718-1720, 1723 (manuscrits) 1786-
1789 (imprimés). 1 vol. in-16o.
N® 423. Leumundszeugniss und Gesellendiplome aus Lan-
dau (1707), Montbéliard (1750j u. s.w. Parchemins du XVlll^
siècle (Lad. II, armoire vitrée.)
No 425. Livret d'ouvrier délivré k Daniel Fritz, tailleur de
pierres, à Strasbourg, le 18 mai 1818. (D. Fritz, dit Millione-
frits:, est mort k Strasbourg en 1879, et la rue Fritz, dans
la Krutenau, a reçu son nom).
5, Instruction publique
N« 430. Statuta Academiœ Argentoratensis , Manuscrit du
XVIle siècle in-4«.
N043O* Leges Academiae Argentoratensis, 1568, descriptaî
anno 1604 pro domino Joh. Philippo Bœckle Academifc can-
cellario. 1 vol. in folio.
N« 430*> Statuta Académie Argentoratensis, 1633. Manus-
crit du XVIII« siècle, de 110 feuillets in-4o.
N» 431. Leges Universitalis Argentoratensis descriplae in
usum Joh. Heinrici Lederlini, prof, juris, 1720. 1 vol. de
150 pages \n-¥,
N® 431* Ch. ëngel. Documents relatifs k Thistoire du Gym-
nase, de TAcadémie et de TUniversité de Strasbourg. T. I :
1525-1581. T. II : 1582-1622. Copies modernes 2 vol. in-40.
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188 REVUE d'à LS ACE
N^ 431^ Ch. Engbl. Notes pour servir à l'explication des
documents relatifs au Gymnase et à l'Académie de Stras-
bourg. Manuscrit autographe in 40.
No 432. T. W. RcEHRicH. Alsatia litterata, Schulen und Aka-
demien im XV. und XVI. Jahrhundert. Extraits et notices
autographes. 1 vol. in 4«.
No 432* Galalogus professorum Gymnasii, Academiœ,
Universitatis nec non pastorum Reipublicae Argentoratensis
ad annum 1781. 1 vol. de 71 feuilles in-16.
No 433. Loues ScHNEBQANS. Notcs ct extraits sur l'ancienne
Université de Strasbourg. Manuscrit autographe in-folio.
No 434. Stiftungen der allen Strassburger Universitaet mit
den ïestamenten von Schenkbecher, Heller, GoU, u. s. w.
Manuscrits du XVIII^ siècle in-folio.
N*> 434» JoH. RuD. Saltzmann, prof, medic, Kurtzer jedoch
wahrhafftiger Bericht vie es mit eines... Stiffts zu St-
Thomae zu Strassburg allen Hechnungen, praebendis,
etc.. anno 1621 bestellt. Manuscrit contemporain de 99
feuillets in-4o .
N® 435. Catalogus disscrtationum Universitatis Argentora-
tensis ex bibliotheca Thomae Lauth, prof, medic. Manuscrit
de la fin du XVIII« siècle in-4o .
No 436. Diplômes de licencié et de docteur en droit pour
I. D. Cappaun, 1764 et 1776. Parchemins in-folio. (Armoire
vitrée, lad. II).
No 440. Ch. Aubry, Cours de droit civil. Strasbourg, s
date, un vol in-4o .
No 440*. G. Arnold, Vorlesungen ûber Methodik desSchul-
anterrichts. Goblentz, 1807-1808. Man. aut. in-4o .
No 441. L. E. Bautain, Cours de psychologie. Strasbourg,
s. date, un vol. in-4o .
No 441». F. G. BsRGMANN, Leçons d'ouverture et fragments
de cours de littérature étrangère. Strasbourg, (184.-185..)
Man. aut. in-folio.
No 441*» . F. G. Bergmann, Notes pour la soutenance du
doctorat de M. Lafite, professeur à la Faculté des lettres, 1849.
Man. aut. in-40 .
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MANtSCRITS ALSATIQUSS Dfi LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 189
No 442. J. F. BaucH, Voiies mgen ûber die Moral. Slrass-
burg, s. date, un vol. in-4« .
N0443. J. F. Bruch, Vorlesungen ûber Kaiechetik und
Sitlenlehrc, s. date. Cours rédigé par M. Oscar Wûst, un
vol. in-40 .
N*» 444. J. F. Dahler, Vorlesungen ûber Religionslehre. s.
date, un vol. in-4« .
N« 443. C. M. Fritz, Vorlesungen ûber Apologelik und
Altes Testament. Cours rédigé par M. Oscar Wûst, 1834-1835.
un vol. in-4o .
N« 446. J. Ph. Graffenauek, Cursus der Pharmakologie.
8. date, un vol. in-4® .
N<> 447. Jean IIerhann, Cahier de botanique, rédigé par J.
Kratz, 1787. un vol. in-4<> .
No448. Jean IIerhann, Précis d'histoire naturelle, rédigé
par J. Imlin, s. date, un vol. in-4'> .
No 449. L. IIerrbnschneider, Vorlesungen ûber Logik, 1808.
un vol. in-4'' .
N045O. L. Herrensghneider, Id. (autre rédaction), 182.,
an vol. in-40 .
No 451. L. IIerrrnschneideu, Logica disciplina expUcata,
1828, un vol. in-4o .
No 452. L. Herrensgunbider, Vorlesungen ûber die Logik,
redigirt von Oscar Wûst, 1830-1831, un vol. in-4o .
No 453. L. IIerrbnschneider, Cours de chyinie, s. date.
un vol. in-40 .
No 454. L. Herrensghneider, Vorlesungen ûberMetaphysik,
redigirt von Oscar Wûst, 1831-1832, deux vol. in-4o .
No 455. G. Ch. Kogh, Précis de la Révolution fran(;ais<\
cours rédigé par N. Gochnat, 1801, un vol in-4o .
No 456. G, Ch. Koch, Fragments de divers cours professés
k rUniversité sur l'histoire et la statistique, (avant 1789).
un vol. in-40 ^
N* 457. Thomas Lauth, Anfangsgrûnde der Wundarlzney-
kunst, nachgeschriebcn von J. Kratz, 1790-171M, deux
vol. in-40 ^
No 458. Thomas Lauth, Théorie der chirurgischcn Opera-
tioneu, nachgeschriebcn von J. Kratz, 1791-1792, un
vol. in-40 ^
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190 hEVLE D*ALSACri
N*> 459. Thomas Lauth, Eîementa physiologiœ, scripsit
Joh. Kralz, 1792, un vol. in-4o .
No 460. Thomas Lauth, Anthropologie, cours fait en 1825,
un vol. in-4<> .
N® 465. F. H. Redslob, Vorlesungen ûber Psychologie,
1823-1824, un vol. in-4« .
No 466. F. H. Redslob, Psychologiœ empiricw eîementa,
1828, un vol in-4o .
N® 467. Vorlesungen iiber Psychologie, nachgeschrieben
von Oscar Wûst, 1830-1831, un vol. in-folio.
No468. F. H. Redslob, Populœre Dogmatik, 182., un
vol. in-4o .
N® 469. F. H. Redslob, Dogmatica pôpularis, Vorlesungen,
182., un vol. in-4o .
No 470. Ed. Reuss, Verschiedene theologische Vorlesungen,
nachgeschrieben von Oscar Wûst, s. date, un vol. in-4o .
No 471. A. Saukus, Cours divers de mathématiques, rédigés
par Oscar Wûst, s. date, un vol. in-4o .
No 472. AuG. Stahl, Allgemeine Weltgeschichte, Vorlesun-
gen, 1822-1823, deux vol. in-4o .
No 473. Jos. Willm, Cours d'histoire de la philosophie, etc,
rédigés par Oscar Wûst, 1830-1831, un vol. in-4o .
No 474. Jos. Willm, Cours de logique, 1823-1824, un vol.
in-4o .
N« 475. Jos. Willm, Cours d'histoire littéraire de la Franco,
rédigé par Oscar Wûst, 1831-1834, un vol. in-4^> .
No 476. Cours divers de la faculté de sciences, rédigés par
Oscar Wûst, 1839-1840, un vol. in-4o .
N* 480. Catalogue des thèses soutenues devant la faculté
de théologie de Strasbourg, de 1824 à 1863. Manuscrit de M.
Timothée Colani, professeur à la faculté, un vol. in-4o .
No 481. Ed. Cunitz, Commersbuch dcr If elikia, Studenten-
gesellschaft zu Strassburg, 1832-1834. Manuscrit autographe
in-16o .
No 485. J. J. Frantz, Strassburger Stiftungen. Manuscrit
aut. in-4o .
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MAÀtSCRItS ALSATIQUES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 191
W 485». Unvor{p*eifflche Bedencken von Reformalion ofler
Verbesserung der beyden Gollegiorum dercr Sludenlen zu Si.
Wilhelm und St. Marx. Manuscrit du XV1I« siècle in-4«> .
No 486. J. J. Frantz, Sœcularisirte Stifter und Stiftungen
Slrassburgs. Notices autographes, un vol. \n-A^ .
N<* 487. Pièces et papiers concernant le chapitre de Saint-
Thomas, 18^45-1856. Imprimés et manuscrits en un volume
in-folio.
N" 488. Relevé des biens, rentes et créances inscrites sous
les noms des fondations et établissements de main-morte
dont jouissent exclusivement les protestants de la ville et de
la banlieue de Strasbourg, 184.. (Manuscrits de la succes-
sion de M, Tabbé Ahlfeld, curé de Saint-Pierre-le-Vieux),
un vol. in-4o .
No 489. Renseignements et notes sur quelques établisse-
ments et fondations des protestants de Strasbourg. (Manuscrits
Ahlfeld), un vol. in-4*> .
N® 491. André Jung, Notes sur les fondations administrées
par le Séminaire protestan*, fournies h M. Traut, adjoint au
maire, 1854. Man. aut. in-folio.
N*» 495^. Facultatis philosophiœ unvorgreifïliches Beden-
cken ûber den jetztmaligen Zusland des hiesigen Gymnasii,
1738, un vol. de cent trente quatre pages in-folio.
No 496. Notes diverses sur les églises et les écoles de Stras-
bourg en 1789. (Man. Ahlfeld), un vol. in-4o .
No 498. Papiers divers relatifs à riiisloirc de l'instruclion
publique et spécialement primaire II Strasbourg et en Alsace,
1532-1558. Collection de pièces originales et de copies faite
par M. Charles Boersch, rédacteur en chef du Courrier du
BàS'Rhin, quatre vol. in-folio.
No 498». Pièces relatives h TEcole centrale du Bas-Rhin
i.Vnnées VII-XII), provenant du citoyen Hammer, professeur,
un vol. in-folio.
No498*>. Pièces relatives h TEcole centrale du Haut-Rhin
(Années V-IV), provenant du citoyen Hammer professeur,
un vol. in-folio.
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i92
N<> 499 F VouLOT, Etat de situation des écoles primaires
du Haut-Rhin, i84i-i842. Man. aut. in-folio.
N<> 500. C. C. Raithel, (Primaîlehrer zu Melsheini), Dars-
tellung der Wûrde des Land-SchuUehrers, u. s. w, i833.
Man. aut. de cent trente six pages in-4<> .
Affaires ecclésiastiques
N® 505. Synopsis Ministerii ecclesiastici Argentinensis,
Verzeichnuss der Herren Praesidenten, Pastoren, u. s. w, von
der Reformation biss aufTjelzige Zeiten. Manuscrit écrit vers
i730, in-folio.
N® 506. Verzeichniss der Strassburger Stadt^und Landpfar-
rer aus der erslen Hœlfle des XVIII. lahrhunderts, un vol.
in-4o .
N» 506*. Catalogus omnium theologorum Argenlinensium
qui ab anno i536 ad annum 1734 formulam Concordiœ
subscripserunt. Man. du XVIII* siècle in-4<> .
N® 507. Ordnung der Herren Pfarrer in der Statl Strassburg
bey folgenden Kirchcn, u. s. w, (circa i760), un volume de
trente sept feuilles in-folio.
N® 507*. Andréas Jung, l'ebersicht ûber die Fortschritte
der Reformalion in Strassburg bis zum Jahre i529. Man.
aut. de vingt sept pages in-folio.
N*» 508. Verzeichniss der Pncsidenten des Kirchen-Con-
vents zu Strassburg. Imprime du XVIII<^ siècle, avec additions
manusciites de Jean-Fréd. Hermann, un vol. in-4« .
N** 509. ProtokoUe der Klosterherren, und Herren Rœth u.
XXI Erkenntnisse, i523-i538. Excerpte von T. W. Rœhricli
ex Archivo Thomano, un vol, in-4o .
N® 509*. Religionshandlungen der Statt Strassburg, i530-
i531. Excerpte aus dem St-Thomas-Archiv von Andréas
Jung, un vol. in-folio.
N<> 509 *». Aktenstûke zur Strassburger Reformationsges-
chichte, 1512-1528, excerpirt aus den handschriftlichen
Sammlungen, u. s. w.,der Bibliothek des protestantischen
Seminars durch Andréas Jung, un vol. in-folio.
N*^ 510. Décréta potiora Conventus ecclesiastici Argenti-
nensis ex omnibus sœculi decimi sexti actis fuleliter collecta
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MANUSCRITS ALSATIQCES DB LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 193
inque très classes distributa. Man. du XVIII» siècle de quatre
vingt oi.ze feuillets ïn-A^ .
N<> 510». JoH. Rbinh. Becht, Historischer Bericht der Rell-
gionsvergenderung in dem DorfT Duettlenheim in Elssass,
im lahr 1686. Copie faite en 1784 par G. F. Piest; à la fin de
ce manuscrit se trouve : Mémoire pour la conversion des
protestans de Strasbourg, un vol. de trente huit pages in-4o.
N® 511. Acta conventus ecclesiastici Argentinensis ab anno
1701 ad annum 1792 excerpta. Notes aut. de T. G. Rœhrich,
un vol. in-4*>.
N*>512. T. W. UoEHRiGH, Varia zur Kirchenvcrfassung und
dem Strassburger Kirchen couvent in's Besondre. Manuscrit
aut. in-4o.
N« 513. Prolokolle der Herren Ober-Kirchenpfleger (1695-
1791). Excerpte von T. W. Rœhrich, un vol. in-4^
N<> 514. Schul-und Kirchenlehrvisitationes in den sieben
lutherischen Pfarreyen allhier, 1680-1682, Man. du XVII«
siècle in-folio.
N^ 515. Pièces relatives à l'exercice du culle des protes-
tans à Strasbourg et de la juridiction de la Chambre matri-
moniale (réunies par J. Fréd. Hermann ?), un vol. in-folio.
N^516 Varia ecclesiastica Argentoralensia prsosertim
recentiora. Collection formée par Jean-Fréd 'rie Hermann,
ancien député et maire de Strasbourg, un vol. in-folio.
Bibliothèques et Archives
N<> 520. L. ScHxÉBGANs, Notes diverses sur les bibliothèque
de Strasbourg. Man. aut. in-folio.
No 520». Notes diverses sur les bibliothèques de Strasbourg,
tirées des procès-verbaux du Magistrat (1531-1747). Extraits
faits par Louis Schnéegans, un vol. in-folio.
No 521. AuG. Saum, (bibliothécaire de la ville pendant le
siège de 1870), Rapports sur l'ancienne bibliothèque de la
ville, détruite par l'incendie du 24 août 1870, à MM. Humann
et Kûss, maires de Strasbourg, 1870-1871, un vol in-folio.
N<> 522. Fragmentum codicis theologioi Bibliolhecœ Argen-
tinensis ex incendio anni MDCCCLXX servatum. Fcui.lets de
parchemin demi calcinés ayant appartenu probablement à
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194 REVUE d'alsace
un manuscrit de la Légende dorée de Jacques de Voragine,
dans un étui in-i".
N<^r)23. Fragmentum Brcviarii Bibliothecœ Argenlinensis
ex incendio an ni MDGCGLXX servatum. Feuillets d'un incu-
nable k demi brûlés, dans un étui in-4<^.
N® 526.Conspectus BibliolhecoD ThonuD Laulb, prof, medic.
Argentinensis, s. date, un vol in-4**.
N<> 527. Calalogus alphabelicusBibliotbecœ ThomœLaulh,
prof. med. Argenlinensis, s. date, un vol. in-4°.
N» 528. Catalogus realis Bibliotliecaî Tliomœ Lauth, prof,
medic. Argenlinensis, s. date, un vol. de Irois cent dix neuf
pages in -4".
N° 52U. (lalalogiie de la bibliolhôfjue de feu le professeur
Louis llerrenschneider, donnée a la bibliothèque du Sémi-
naire protestant, 1843, quatre vol. in-folio.
N« 530». Catalogue de la bibliothèque de feu M. Jean Henri
Schnitzler, de Strasbourg, mort en 1871, incorporée à la nou-
velle Bibliothè(jue municipale, un vol. in-folio.
No53i. Catalogue de la bibliothèque de M. J. Liblin,
directeur de la Revue (i\ilsare, Colmar, 1874, un vol. in-i».
N® 535. L. Sghnkegans, Notices et rapports sur les archives
de la ville de Strasbourg, Man. aut. in-folio.
(iéoff rapide et Voyages
N'^oiO. Andkeas SiLBRRMANN, Localregister zu Daniel Spe-
cklins Land-Charte vom Elsass. Man. aut. in-12<^.
N"541. J. B. ScHWEiTZER, Petite géographie de Tarrondis-
.sement de Wissembourg, 1864. un vol. in-4®.
iV' l\M^. Carte du couvent de Sainte-Odile et des environs,
cahjue du XVIIF siècle, monté sur toile, un vol. in-4".
N" 546. Skbastien Soiiacu, Voyage en Terre-Sainte et au
Sina*', en 1604. Analyse et extraits de l'original, détruit avec
la l)ibliothè(|ue de Strasbourg, faits par Xavier Mossmann,
un vol de vingt et un feuillets in-4^
N«547. Résumé du voyage d'un oflicier-général dans les
Kvéchés, l'Alsace et la Franche-Comté, en mai-juillet 1773,
Man contemporain de vingt cinq pages in-folio.
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MAKUSGRnS ALSATIQUES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 195
N® 548. Voyages alsaciens : I. Excursion à Bouxwiller et
Pfaffenhoffen, 1850. — II. Ed. Emrich, Voyage h New- York,
1854-1853. — III, (Schiellein, notaire à Bouxwiller), Déplora-
rables aventures du sieur Tamerlan h Paris, en 1830, en un
vol. in-8o.
N<> 549. Carte détaillée des lignes de la Lauter. Dessin
man. du XVIII® siècle, monté sur toile, dans un carton in-8^
Sciences naturelles et agriculture
N® 555. L. Herrenschneider, Observation sur le passage de
Mercure sur le disque du soleil, faite à TObservatoire de la
ville de Strasbourg, le 4 mai 1786, Man. aut. in-4o.
No 556. WiLH. FRrrz, Witterungsbeobachtungen (gemacht
zu Strassburg und im Schnôkeloch) von 1822 bis 1851,
trois vol. in-8<>.
N<> 557. L. Herrbnschneider, Observations météorologiques
fciiles à Strasbourg et continuées depuis 1842 jusqu'en 1857
par J. Philippe Frantz, quatre vol. in-4<'.
N<> 562, Dan. Rbisseisskn, Mémoire topographique et litho-
logique sur les montagnes des Vosges, (vers 1820), un vol.
in-folio.
N'o 563. Leonhardt Baldner, Wahrhaffte Beschreibung und
nach dem Leben Contrafaytung aller derjenigen Vœgel so
sich allhicrzu Strassburg inn und bey der Statt in den vier
fischreichen VVassern nehren und aufîhalten, geschrieben
im JahrChristi 1666. Man. du XVII« siècle, probablement
copie faite par le fils de l'auteur, de cent quatorze images in-
folio oblong avec nombreux dessins k Taquarelle.
N*> 564. Leonhardt Baldner (?), UberStrassburgische Fischc
und Wasserthiere. Fragment d'un manuscrit du XVlle siècle,
de seize feuillets in-4<>.
Commerce et Industrie
N*' 570. J. J. Frantz, Notices et mémoires sur la navigation
du Rhin, Man. aut. in-4*».
N*' 570*. Fertiger-Buch der Schifîerzunft zu Strassburg.
Registre officiel des frets de la navigation sur le Rhin, tenu
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196 REVUE D* ALSACE
par la batellerie sirasbourgcoise de 1806-i8i8, Manuscrit
original in-folio.
No 571. Mémoire anonyme sur le commerce et la naviga-
tion de la ville de Strasbourg, Man. de la fin du XVIII* siècle,
de vingt quatre pages in-folio.
N<> 372. Propositions pour le rétablissement de Tancien
canal de la Basse-Alsace et les changements à y faire, 1749,
un vol. de cinquante pages in-folio.
N'^ 573. Pièces de comptabilité et diverses relatives à la
construction du Canal Napoléon (1808-18 17), un vol. in-folio.
N® 574. Pièces diverses relatives à la navigation du Rhin
et aux canaux de l'Est, 1839-1871. Documents manuscrits et
lithographies en un vol. in-folio.
N® 575. J. B. ScHwiLGuÉ, Méthode analytique propre à la
formation d'un tarif général de la taxe du pain, 1846, Man.
aut. de dix huit pages in-folio.
No 575'*. Daniel Fritz, Mein Meisterstiick als Zimmermann,
5 April 1780. Planches et devis divers en un vol. in-folio.
N» 576. J. J. Frantz, Notes et extraits sur l'industrie, le
commerce et l'agriculture en Alsace, Man. aut. in-4®.
No 577. Mémoire du Directeur de la Sucrerie dans la Mei-
nau sur la fabrication du sucre en Alsace, Strasbourg, 1838,
un vol. in-4o.
N® 578. JoH. FfiiEDR. Oberlin, Pilanzennamen aus dem
Steinlhal, milgetheilt von Prof. Joh. llermann. Il s'y trouve
en outre quelques lettres d'Oberlin père et fils, un vol. in-4o.
N® 579. Fragments divers relatifs a l'histoire naturelle
et h la météorologie de la Haute-Alsace, provenant des papiers
du professeur lïammer, un vol. in-folio.
No 580. Fragmenta Spielmanniana et llermanniana ad
rem naturalem Alsaiiœ. Collection de notices et de fragments
incomplets de Spielmann, J. Hermann, rédigés partiellement
en latin, un vol, in-folio.
Médecine
No 585. Thomas L.\uth, Notœ ad rem obstetricam. Man.
aut. in-4o.
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MANUSCRITS ALSATIQUBS DE LA BIBLIOTHÈQUR DE STRASBOURG 197
N<» 586. Thomas Lauth, Anatomia, notœ variœ ex annis
1784-1785, Man. aul. en quatre vol. in-4«.
No 587. Thomas L\uth, Histoire de Tanatomie, livre VII-X,
Man. aut. incomplet de cinq vol. in-4<>.
N® 588. Thomas Lauth, Mémoires anatomiques, Manuscrit
aut. in-4o.
N<> 589. Thomas Lauth, Opuscula varia medica (Die Blattern
in Strassburg, u. s. w.) Man. aut. in-4<^.
N® 590. Thomas Lauth, Le cerveau. Notices et études
diverses, lettres, etc. Man. aut. in-4o
N059I. Thomas Lauth, Discours, traités et mémoires de
médecine divers. Man. aut. in-4o.
N® 592. JoH. Dan. Lobstein, Index fasciarum, cum rerum
dénominations Copie de J. Kratz, 1792, un vol. de trois cent
vingt neuf pages in-4o.
No 593. JoH. Kratz, Elementa osteologiœ XLIV tabulis
comprehensa, etc. 1796, un vol. in-4o.
N® 594. JoH. MiCH. BoEHM, Uepertorium seu index realis
tam librorum raedicorum quam etobservationum medicarum
in periodico JVeue Deutsche Bibliothek, vol, 1-55, un
vol. in-4o.
N® 595. JoH. MrcH. Bqehm, nosocomiatris Argentincnsis,
Collectaneorum medicorum centuriec très, 1770, un vol. de
six cents pages in-4o.
No 596. Alexandre Lauth, Études microscopiques d'anato-
mie. Dessins au crayon, en un vol. in-4o.
No 597. Id. Notes sur différents musées anatomiques d*Eu-
rope. Man. aut. in-4o.
No 598. G. Breschet et Laith fils, De la dessication et des
autres moyens de conserver des pièces anatomiques. Man. de
cent trente cinq pages in-folio.
N" 599. Alexandre Lauth, Études médicales diverses.
Man. aut. in-4o.
No 600. Alexandre Lauth, Physiologie (ancien et nouveau
cadre). Man. aut. en trois vol. in-4o.
No 601. Varia medica Argentoratensia. Notices diverses
provenant des papiers de Thomas et d'Alexandre Lauth,
un vol. in-4o
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198 UEVUE D* ALSACE
N® 602. FfiÉD. KiRSGHLEGER (?), llisloii'e de maladies inléres-
sanles et d'observations curieuses, 1830-183i, Man. ina-
chevé in-4^
No 603. Manuscrits de la Société de médecine de Stras-
bourg, Mémoires, comptes-rendus, correspondances (1850-
1870), deux vol. in-folio et in-4<>.
N<> 604. N. M. Brouillet, Essai surTintoxication paludéenne
sur les bords du Rhin, Geispolsheim, 1859. Manuscrit aut.
in-folio.
Droit
N« 605. Mémoires juridiques et arrêts du Conseil Souve-
rain d* Alsace relatifs k des procès engagés dans la Haute-
Alsace de 1696 à 1791, un vol. de pièces originales in-folio.
N® 606. Affaires judiciaires relatives a des habitants de
Iluningue (1744-1824). Pièces diverses en un vol. in-folio.
N<^ 607. Prothocollum maleficorum et maleficarum in prœ-
fectura fienfcldiana et proximis hinc inde locis, per me
Ileinricum lïinctiner notarium imperialem inceptum 11 maii
1623, Man. original in-4o
N<> 608. Mémoire en défense présenté k M. le préfet du
Bas-Rhin dans Talfaire de la liquidation de la dette de Tan-
cienne Communauté ou Nation juive d'Alsace, 1855, un
vol. in-folio.
No 609. Extractus processus criminalis contra Sophiam
des Tûrckenschneiders, eines Grempen fraw zu Bœrsch wegen
getriebener llexerey, anno 1619. Copie moderne, en un vol.
in-4o. (Le texte a été publié par M Rod. Rffuss dans son
livre, la Sorcellerie en Alsace, 1871).
N® 610. Mémoire du Magistrat de Strasbourg au roi contre
le prêteur royal François-Joseph de Klinglin (vers 1753).
Man. contemporain in-folio.
Littérature
No 615. J. J. Frantz, Alsatia litterata, catalogua scripto-
rum, etc. Man. aut. in-lS®
No 616. AuG. ScHR[CKBR, Zur Dialektdichtung im Elsass
(187.) Man. aut. in-folio.
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MANUSCRITS ALSATIQUES DE LA BIBLIOTHBOUE DE STRASBOURG 199
No 619. Joii. Georg Kammerer, Palmerius oder die Valer-
landsliebe, ein heroïscbes Trauerspiel, Sirassburg, 1790,
3ian. aul. inédit in-4<^.
No620. AuG. Lamey, Ariovisle, poô me en prose, 1827-1828,
Man. aut. in-4".
N<>621. AcG. Lamey, Le marchand arménien, drame en
cinq actes. Trois rédactions diiïérentes en un vol. autogra-
phe in-folio.
N<> 622. AuG. Lauey, Gedichte und Fragmente von Trau-
erspielen aus des Dichlers Nachlass, Man. aut. in-folio.
No 623. Chansons et romances, Strasbourg, i82i-182o.
Collection anonyme en deu"x vol. in-12«.
No 623». Julie IIimly (1792-1873), Meine IHumenlese. An-
thologie allemande, renfermant des pièces inédites de po"les
alsaciens, recueillie vers 1820, quatre vol. in-4'\
No 623**. Sammlung lyrischer (icdichte. Anthologie compo*-
sée par un anonyme alsacien, de 1810 à 1820, un vol. in-8o.
No 624. Ch. Théod. Kaupmanx, (candidat en théologie),
La conquête de Strasbourg (I68i), drame romantique en
cinq actes, môle de chants, composé vers 1840, Manuscrit
aut. in-4o.
No 625. Elsœssische Gedichte, meist in Strassburger Dia-
lektund aus den X1X*«" Jabrhundert. Feuilles réunies en un
vol. factice in-4o.
No 626. LuDwiG Schneeg-ans (Sohn), Maria von Schottland,
Drama, 1868, Man. aut. in-4o.
No 627. Les trois sultanes ou un drame au sérail, revue
bouffe par MM. Werner, E. Ileim et Martin Scheer, représen-
tée a l'Union musicale le 16 décembre 1876, un vol. in-4o.
Beaux-Arts et Curiosa
No 640. LuDwiG ScHNEEGANS, Dcr Strassburger Bildhauer
Nikolaus von der Leyen. Man. aut. in-folio, avec dessin.
No 641. Louis ScHNEEGANS, Collectiou de dessins et d*ar-
moiries faits à la plume et au crayon, en trois vol. in-8o,
^^ 6i2. Notes pour l'histoire de Fart et des artistes en
Alsace. Notes, extraits et renvois aux sources recueillis par
Tarchivisle municipal Louis Schnéegans sur les peintres.
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200 UKVUE d'alsace
architectes, sculpteurs, fondeurs, orfèvres, ingénieurs, etc.
originaires d'Alsace ou employés dans cette province. Plu-
sieurs milliers de feuillets délachés en treize cartons in-8®.
No 643. Louis Schnbegans, Dessins et croquis manuscrits
divers. L Armoiries. — II. Vues d'Alsace. — III. Portraits.
— IV. Vues de Strasbourg. — V. Costumes. — VI. Dessins
divers. Six vol. in-folio oblong.
N<> 670, Fr. Xavier Richter, (maître de chapelle k la cathé-
drale de Slrasbourg), Missa, (178^), Man. aut. in-folio.
N« 671. JoH. Fribse, Der arme Mann, eine Arie, gedichtet
und componirt, etc. S. date, un vol. de trente six pages
in-folio.
N« 672. Ignace Pleyel, Hymnes patriotiques, 1793-1794.
Compositions diverses en un vol, factice in-folio.
N® 673. J. M. BuAUiN, Le nouveau serment des Grecs aux
Thermopyles (paroles de Lelorrain) morceau de musique
composé vers 1825, un vol. in-folio.
No 674. Philipp Horrter, Der Tod des Trompeters, Das
Lied von derGlocke. Compositions inédites, un vol. in-folio.
No 675. Statuts de la Société musicales fondée par M. Thé-
ophile Slern (dite Sternekrœnzel), en 1838. Manuscrit origi-
nal in-4o
No 680. Schreibbuch von Joh. Christ. Wûrlz, Kellner, von
Strassburg, 1745. (Recettes diverses et noies personnelles),
un vol. in-4o.
No 681. A. Ph. GiUNDiDiER, Anecdotes relatives k une con-
frérie de buveurs établie sur les confins de la Lorraine et de
r Alsace. Copie faite par Dagobert Fischer et annotée par lui,
un vol. in-4o
No 684. (Joh. G. Kammerkr), llœusliche Andacht, 1792-
1793. Dialogues tenus dans le ménage du libraire K. et notés
par lui en dialecte strasbourgeois, un vol. in-4o.
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MANUSCRITS ALSATIQUBS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURQ 20i
Histoire ecclésiastique
No 699. T. W. Rœhri'ch, Alsatia litterata catholica sacra.
Catalogus alphabelicus auctorum, etc. Man. aut. in-4«.
N07OO, Ph. A. Grandidier, Histoire de l'Église de Stras-
bourg, livres VII-X. Manuscrit de Tabbé Métrot, curé de
Saint-Pierre-le-Vieux et parent de Tabbé Grandidier, trois
vol. in-i2o.
No 700*. JuL. Rathgkbbr, Alsatica historico-ecclesiastica
varia. Noies diverses autographes en un vol. m-ÂP,
N«70i. Fh. A. Grandidier, Germania sacra, prospectus
diœcesis et episcopatus Argentinensis. Copie de M. J. Liblin,
un vol. in-40.
No 702. Ph. A. Grandidier, Feuillets divers de ses premiè-
res notes pour V Histoire de V Église de Strasbourg, prove-
nant de l'ancienne Bibliothè(|ue de la ville et réintégrés par
M. J. Liblin à la nouvelle Bibliothèque municipale, (1872),
un vol. in-40
No 703. Mémoire anonyme sur rindult dans le diocèse de
Strasbourg, tiré des archives de la Basse-Alsace. Copie
moderne en un vol. in-4o.
No 704. JosBPHUS ScHWEiGHiEUSER, Trifolîum seraphicum in
Alsatia florens seu manuale topologico-historicum Fratrum
minorum, etc., 1767. Copie moderne de deux cent vingt cinq
pages in-folio.
No 703. Vom Ursprung, Aufnaehmen und Bestaîttigung
des Ordens der Brûder von dem Teutschen Ilaus Unserer
lieben Frauen zu Jérusalem. — Confralernitas zwischen
Mayntzund den Balleyen Elsass und Francken, i779, un
vol. in -40.
No 710. Statuta diœcesis Argentinensis. Règlements, tarifs
à percevoir, etc^ dans le diocèsode Strasbourg, (XIX* siècle),
un vol. in-foliu!
No 711. Calendarium sœculi quinli clecimi. Manus-
crit contemporain avec sentences morales, préceptes sanitai-
res, etc., inscrits par diverses mains, un vol.in-4o.
No 712. Breviarium sœculi quinli decimi ex monaslerio
quodam Sororum Argentoratensium . Manuscrit con-
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202 REVUE D' ALSACE
teiiiporain sur parchemin avec musique not*e, un
vol. in-i6®.
N» 713. Livre de dévotion, contenant les prières du matin
et du soir, l'ordinaire de la Sainte-Messe avec les litanies,
Strasbourg. Manuscrit du XVIII* siècle de quatre vingt huit
pages in-4®.
N072O. T. W. RoEHRicH, Literatur der elsœssische Reli-
gionsgeschichte, zusammengetragen 1827. Man. aut. in-4o.
N® 721. T. W. RoEHRicH, Alsalica sacra evangelica, catalo-
gus scriptorom, etc. Man. aut. in-i«,
N» 722. T. W. RoEHRiCH, Notizen und Excerpte zur elsaîs-
sischen Kirchengeschichte des Mittelaltcrs. Man. aut. in-4®.
N® 723. T. W. RoEHRiCH, Notizen und Excerpte zur elsses-
sischen Reformationsgeschichte, von 1509 bis zum Erlass
der Kirchenordnung von 1598. Man. aut. in-4«.
No 724. T. W. RoEHRicH, Varia zur Reformationsgeschichte
im Elsass. Man. aut. in-4<>.
N<» 724». Jules Rathgeber, Histoire de la Réforme à Stras-
bourg, 1517-1598. Un volume aut. in-4<>.
N0725. Aktenstûcke zu den Streitigkeiten Thomas Mur-
ners mit den Gebriidern WolfT zu Strassburg, 1521. Copie
prise aux archives de Saint-Thomas, par T. G. Rœhrich, un
vol. in-4<>.
Ko 726. T. W. RoEHRicH, Notizen zu Martin Butzers Leben
und Schriften. Man. aut. in-4o.
No 727. Entschuldigung Katharinœ Schûtzen fiir Matthis
Zellen, u. s. w.,lo24. Copie deTimprimé rarissime de la bi-
bliothèque de Zurich par M.Théodore de Liebenau, archivis-
te àLucerne, un vol. in-4o.
No 728. Chronic ûber das beruhmle Golteshaus St-Marga-
rethen und St-Agnes zu Strassburg..., beschrieben anno
1738. Manuscrit du XV!!!** siècle, de trois cent dix pages
in-folio.
No 729. Briefe aus der Reformationszeit (1519-1561) aus
den Strassburger Bibliotheken und Archiven gesammelt von
T. W. Rœhrich, un vol. in-4o.
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MANUSCRITS ALSATIQUES DE LA BIBLIOTHEQUE DE STRASBOURG 203
N<^730. T. W. RuEHuicH, Denkwûrdigkeilen aus der Reli-
gionsgeschiclite des Elsasses wœhrend des XVII^" und
XVIIl*««» Jalirhunderls, un vol. in-4o.
N<> 731 . Dokumenle zur Religionsgeschichte des Eîaasses
(1617-1808). Pièces originales de provenance diverse en un
vol. factice in-folio.
N<» 732. T. W. RûEHRicH, Notizen ûber die Reformalion in
den lutherischen Herrschaften des Elsasses, Manuscrit auto-
graphe in-folio.
N0733.Ï. W. RoEHRicH, Notizen iiber die reforinirten
Gemeinden des Elsasses. Man. aut. in-4o.
N<>734. T. W. RoEHRiCH, llistorische Notizen ûber die
evangelischen Gemeinden des Elsasses, in alphabelischer
Ordnung. Man. aut. en deux vol. in-4o.
N<» 73Î). T. W. R(KHRicH, Notizen ûberevangelischen-luthe-
rische Gemeinden die vormals zumElsass gehœrlen. Man.
aut. in-4<^.
N<> 736. T. W. RoEHRicH, Notizen ûber evangelische Gemein-
den des ehemaligen Elsasses die wieder katholisch geworden.
Man. aut. in-4o.
N<>737. Strassburgische Kirchenordnungen von 1525,
1534, 1535 nebst Notizen ûber elsœssische Gesangbûcher,
Agenden, u. s. w. gesammelt von T. W. Rœhrich, un
vol. in-4<>.
No 745. Mémoire concernant Topposilion que les États
protestants forment k la clause finale de l'article IV de la
paix de Ryswick*. Man. du XYIIl» siècle in-folio.
N0 746. Aussfûhrlicher Bericht wass sich mit mir Joh.
Mich. Stenger evangelischen Pfarrer zu NeuweylerimElsass
ohnlœngsten zugetragen, 1741. (Querelles du piétisme),
Man. original in-folio.
N«747. Joh. Kahl Gerold, (Pfarrer in Boofzheim) Nach-
richt von der im Jahr 1794 befohlenen Gefangennebmueng
der calholischen und evangelischen Geistlichen des Schletts-
tatter und Altkircher Distrikts in zehn Briefen. Manuscrit
original de quatre vingt pages in-lS^. (Le texte a été publié
par M. Rod. Reuss, à Strasbourg, en 1877}.
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204 REVUE D'ALSAGB
]\'o 747a Papiers personnels et bttres de François Brendel,
évoque constitutionnel du Bas-Khin, 1792-1799. Pièces origi-
nales en un vol. in-4®.
N® 748. Papiers, rapports et extraits relatifs aux fondations
protestantes de Strasbourg et à divers élabltssements avant
1789. (Manuscrits Ahlfeld), un vol. in-folio.
N® 748*. JuL. Rathgeber, Die Baronin von Krûdener und
ihre Freunde.Zur Geschichie des Mysliscimus im XIX*enJahr-
hunderl. Man. aut. in-40.
N® 750. J. Frkd. IIbrmann, Projet d'une Caisse aux veuves
et d'une d'Eméritat des ministres du Culte de la Confession
d'Augsbourg.. 1812, Man. aut. in-lo.
No 751. (G. Baumu. Ed. Cunitz) Gravamina, 1852. Man.
original d'une brochure anonyme, parue k Bàle, dirigée con-
tre le décret-loi du 10 décembre 1851 sur l'organisation des
Églises protestantes de France, un vol. in-4**.
No 752. Etat des fondations et établissements de main-
morte étant en la possession des protestants du Bas-Uhin,
(Manuscrits Ablfeld), un vol. in-4o.
N® 753. Relevé des biens de main-morte dans le Bas-Rhin,
extrait des matrices cadastrales (probablement par G. Hein-
hold, vers 1844. Man. Ahlfeld), un vol. in-4o.
No 754. Renseignements statistiques sur les biens des éta-
blissements, dotations et fondations et sur quelques revenus
dont disposent les protestants dans le département du Bas-
Rhin (Man. Ahlfeld) un vol. in-folio.
No 755. État des fondations et établissements de main-
morte étant en la puissance exclusive des protestants, avec
le relevé des immeubles, etc. (Man. Ahlfeld), un vol. in-folio.
No 756. Compte des dépenses des cultes non cathoiiquaJs
effectuées dans le département du Bas-Rhin pendant l'année
1844. (Manuscrits Ahlfeld), un vol. in-4o.
No 757. Notices diverses sur les églises et les annexes pro-
testantes du Bas-Rhin et leurs revenus, (Manuscrits Ahlfeld),
un vol. in-40.
No 758. Papiere und Korrespondenzen des Frauenvereins
fiir die Kirchliche Mission in Strassburg (1846-1870). Comp-
tes, rapports de missionnaires, un vol. in-folio.
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M^^USGRITS ALSATIQUES DE LA BIBUOTHÈQUE DE STRASBOURG 205
N^ 770. Sprûche aus der Heiligen Schrifl aus jedem Glau-
bensarlikul zusammengeschrieben vou Anna Maria Schlegc-
lin, 1730. (Nebst Kochrecepten). un vol in-4*>.
N® 771 . Kurlzer Unterricht in den Hauptwahrheiten der
christlichen Religion redigirt von Adam Helmstetter, aus
Pelersbach, 1828, un vol. in-4<^.
N<>773. Drey Grûnde eines ûberwiegenden Verlangens
aufgelœst zu werden, u. s. w., mil Gesœngen. von Adam
Helmsletler, von Pelersbach, 1828, un vol. in-4».
N<» 774. V. Major, Die Auslegung der zwey Gesetzeslafeln
in Predigten gehallen in der Kapelle in der Knoblochsgasse,
niedergeschrieben von Adam Helmsletter, anno 1848-1849,
un vol. in-18<>.
En dehors de tous les alsaliques que nous venons
d'énumérer, le catalogue des manuscrits de la nouvelle biblio-
thèque de la ville de Strasbourg renferme un certain nombre
d'autres numéros — cent soixante-dix environ — qui se
rapportent à la théologie, à la liltératurc, l'histoire, la géogra-
phie, les sciences économiques, naturelles, les beaux-arts,
les sciences occultes, etc. Mais la majeure partie d'entre ces
manuscrits ne présentent pas un intérêt assez considérable
pour que nous allongions encore cette liste, déjh encombrante,
en y ajoutant leur nomenclature complète. Il y en a pourtant
un certain nombre qui méritent d'être signalés h l'attention
des érudits ou du moins k la curiosité des amateurs, et nous
les donnons ici en appendice.
MANUSGUITS NON ALSATIQUES
N® 810. Spiegel der Seel, von lateinisch zu deutsch
gebracht im Jahr 1468. Man. du XV® siècle in-4<>.
N*» 810*. Abschrift eines teutschen Psalters der in der
Universitœtsbibliothek zu Strassburg sich in Abschrift befin-
det. Manuscrit du XVIII* siècle in-4o.
N® 810^ Von den gebotten und von gottlicher ler.~ S. Ans-
helm, Von der marier unsers herren. Aus der Universit<TBts-
bibliothek von Strassburg. Copie du XVIII« siècle in-4o.
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206 RBVUB d' ALSACE
N® 811. Tracta tus varii theologicî, canonici, etc. a Lau-
rentio Berneke 1511-1522 descripli. Manuscrit contempo-
rain in-18o.
N^Sll*. Histoire de la mappe-monde papistique. . . par
M. Frangidelphe Escorche-Messes, 1567. Copie moderne
in-4<>.
N<'812. Oberpfîclzische geistliche Recesse de annis 1629-
1655. Manuscrit du XVII® siècle de deux cent trente trois
pages in-folio.
No 813. Historische Erzehlung der Verfolgung welchesich
den 5. Merzcn 1674 ûber die evangelischen Kirchen-und
Schuldiener in llungarn ergangen, u. s. w. Man. du XVII«
siècle in-4®.
No831. Thalek (Schreibmeister zu Strassburg) Vorschrift
aller Gattung der deutschen Schriften, 1787, un vol. in-folio.
(Thaler fut le maître d'allemand de La Tour d'Auvergne, le
premier grenadier de France, pendant son séjour k Stras-
bourg) .
N» 834. Pauli Ohosii Historiœ fragmenlum. Fragment d'un
manuscrit d'Orose, sur parchemin, du IX® siècle (?), un
vol. in-4<».
No 835. CoxVRAD VON WOkzburg, Von dem spitale von Jéru-
salem, Gedichl. Abschrifl aus der Universilœtsbibliotek zu
Strassburg. Man. du XVIII® siècle \n-A^,
No 836. Chansons et romances avec musique. Man. du
XVlIi® et XIX« siècle, en trois vol. in-4o et in-12*'.
No 837. Recueil de chansons, d'épigrammes et de satires
politiques du XV11« et du XV111« siècle, continué jusqu'en
1783, probablement en Franche-Comté, un vol. de quatre
cent dix neuf pages in-4o.
No 846. Poésies diverses sur Bonaparte et les Bourbons
(1814-1820), un vol. factice in-4o.
No 850. Fragments divers de manuscrits sur parchemin
du Xlllo au XVl® siècle, trois vol. in-8o , in-4o et in-folio.
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11A.NUSCBITS ALSATIQUBS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 207
No 870. Vorschriflen uncl Cœremonien dess rœmischen
Kœnigs Wahl betreffendt, 1549-1620. Manuscrit du XVII*
siècle in-folio.
No 870*. Documenta historica varia ab anno 1251 ad
annum 1716, prœserlim ad historiam Germaniae spectanlia,
douze pièces en un vol. in-folio.
No871. IsAAc VoLjLVR, Informalio de principatus Austriaci
prions statu ad serenissimos principes, etc. Anno domini
1637. Man. du XVil® siècle, incomplet, de soixante trois
pages in-4o
No 872. J. ScHdBTTGEN, Hîstorie des ChurfTilrstonlbums
Sachsen und incorporirten Lande. Manuscrit du XYlll® siècle
en cinq vol. in-folio.
No 875. Spécification wass desslleyl. Rœmiscben lleichs
fûrsten, grafTen, rittern und stœnde in dem scbwœbischen
und andern Reichscrayssen von dem Hauss (lEstreich zue
lehen habent. S. dato. — Metamorphosis arcium caslrorum
Sueviœ, Joannis Ernesti a Pflaumeren, S. dato. Man. du
XVUl® siècle de cinq cent vingt cinq pages in-folio.
No 877. N. MOllbr, Niirnbergische Annalen von ErschafTung
Deutschlands biss 1552. Manuscrit du XVlll« siècle en quatre
vol. in-4o
No 890. Abbé Schaub (cbanoine à Thann), Notes et obser-
vations sur Tancienne Gaule et sur plusieurs autres sujets,
1773. Manuscrit autographe de deux cent soixante dix huit
pages in-4o.
No 891. Lettres de M. de Vautorte, ambassadeur de France
en Allemagne a différents ministres (juin 1653-avril 1654).
Manuscrit du XVlh siècle in-folio.
No 892. Relation exacte de ce qui s'est passé journellement
pendant le siège Je Kayserswerth (1702). Manuscrit du XVlll*
siècle de quatre vingt deux pages in-4o,
N^ 893. Lettres et billets de Maurice comte de Saxe, maréchal
de France h sa sœur, Mme la princesse de Holstein (1727-
1750). Manuscrits originaux en un vol. in-folio.
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208 RKYUB b'ALSAGE
No 893*. Maurice De Saxe, Mes rêveries (Dec. 1732). Man.
du XVllh siècle de trois cent quinze pages in-folio, avec
plusieurs aquarelles.
N® 896. Note pour servir à la relation de la journée du 18
Brumaire, An Vlll. Man. contemporain in-lS®.
No 897. Papiers de M. Albert Ehrmann, médecin principal
de l'armée française au Mexique (mort en 1871), relatifs k
l'état sanitaire du corps expéditionnaire, aux travaux de la
Commission scientifique du Mexique, etc., (1863-1867). Nom-
breux dossiers en sept grands cartons (Armoire vitrée).
No 900. Sabourin de Naoton, Notes historiques sur le dépar-
tement des Vosges, 1854-1857, un vol. in-18o.
No 901 . Documents historiques sur les bibliothèques du
département des Vosges, recueillis parM. Sabourin de Nan-
lon, un vol. in-4o.
No 902. Jacob Bailly, Chronique de 1608 sur les principaux
événements du Chapitre d'Epinal. Copie moderne par M.
Sabourin de Nanton, un vol. in-folio.
No 903. JuL. Rathgeber, Stanislaus Lescinsky, ein'Fursten-
bild. Man. aut. in-4o.
No 906. Recueil de différentes relations des différents sièges
de Dôle et de Saint-Jean-de-Losne (1634), un vol. in-4o.
No 715. RuD. Gwalther, Schweizerische Chronik (bisl580)
Man. du XVll*» siècle in-4o.
No 916. J. H. HoTTiNGER, Spcculum helveticum, darin zu
ersehen sind Vil hauptgrûnd umb derentwillen ein lœblich
Eydgenossenschaft, etc. Man. du XVllh siècle in-folio.
N»917. H. BuLLïNGER, Schweyzer Reformationshistory,
ErsterTheil (1519-1529). Man. duXVll^ siècle de deux cent
soixante pages in-folio.
No 917». Acte de la fondation du Collège des Jésuites à
Porrentruy faite par Tévèque Jacques-Christophe de Bâle en
1591. Man. latin original, avec les sceaux, en un vol. in-folio.
No 918. Zwiefaches Register und Anzeiger ûber die
Manuscripta Joh. Heinrich Wassers, altstaatsschreibers, in
Eidgenœssischen Sachen und Itendeln, 1664. Man. du
XVlll« siècle de deux cent quatre vingt trois pages in-4o.
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ilANtSCRlTS ALSATIQÙES DE LA ËIBLIOTHÈQL'B DE STRASBOURG 20S
No 919. Varia historica Relvelica (Toggenburgische Hœn-
(Jel, Bûndtnuss der Slœtt Bern, Zurich und Slrassburg,
1588, u. s. w.) un voK in-folio.
N^ 919». Regimentsbuch, von dem uralten und ersten régi-
ment der lœblichen slatt Zurich zusammengetragcn im
4622 jar. Man. du XVlIe siècle in-folio.
No 920. Grûndlicher Verlauf und Bericht was geslalt der
Ileri'schafl Wœdlschwyl unterthanen sic der bi'Uslilhr zu
weigern angefangen, elc (1646). Man. du XVIÏ« siècle, de cinq
cent cinquante six pages in-folio.
N0921. Négociations de M. de Mélian, ambassadeur du
lloy auprès des Cantons Suisses, 1635-164*5. Man. du XVll«
siècle in-folio.
No 922. Relazione dello slato spiriluale e temporale délia
Rhezia, paose dei S. S. Grigioni dal anno 1637 sin al pré-
sente 1670. Manuscrit du XYIP siècle de trois cent (luarantc
trois pages in-4o.
No 923. Eigentliche Beschreibung dess zu Paris anno
1663 erneuerten und durch der Eydgenœssischen Canto-
ncn... ehrendeputirten solenniter geschworenen Pundts, u.
8. w. Man. du XVIIl® siècle, de deux cent quatorze pages
in-folio.
No 940. Fribdr. von Zentner, Nolizen ûber das Wirken
bayerischer Oflîziere und Beamten im Kœnigreich Griechen-
land (geschrieben um's Jahr 1850). Man. original de cent
quatre vingt pages in-i®.
No 947. Max von Ring, Bruchstûcke und Notizen zu seiner
Geschichte der Burgen das Schwarswaldes, Manuscrit auto-
graphe in-40.
No 948». MouiTZ, (llauptmann), Beschreibung der Lage
derFestung Glogau und Umgegend. (22Juni 1789). Un vol.
contemporain in-40.
No 950. Litterse ex insula California a fratre meo Jacobo
Begert, Societatis Jesu missionario in Alsatiam missœ, 1764.
Manuscrit contemporain de deux cent soixante et onze
pages in-40.
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âiO REVUE d' ALSACE
V^ 951. Emmanuel Franck, Mein Reisejournal von Aarwan-
gen auf Gœtlingen, im Jahr 1785. Man. contemporain de
cent trente huit pages in-4<> . (Les pages relatives h. Sîras-
bourgont été publiées par M. llod. Reuss dans les Affiches
de Strasbourg (20 août 1881).
N0932. Ed. FfciNUs, tteisebeschrsibung auf des Riesenge-
birge wœhrend meiner Ferien, Juli 1828, un vol in-S® .
No 953. GuiLL, CuNiTz, Mémoires de mon voyage fait en
France, mai-août 1830. Man. aut. in-4o .
N» 954. Emile B^ringer, Lettres sur l'expédition du colonel
Flatters au Sahara, 1880-1881. Man. aut. in-4o . (Ces lettres
adressées à M. Ch. Engel, professeur a Strasbourg, ont et j
publiées par lui dans la Revue d* Alsace, année 1881).
N® 960. Angélus de Pcsio, Tractatus juridici varii. Man. du
XVe siècle avec quatorze traités de droit romain, droit canon,
in-folio.
N096I. Goldene Bulle Kcyser Karls des Vierten : « Ilie
hebet an die guldin bulle », etc. Manuscrit du XV® siècle
in-folio.
N® 9*>2. Keyser Caris dess V. gsmeyene reichsordnung
der peinlichen gericht halben. Manuscrit du XVI* siècle
in-folio.
N"9r)3. Ordonnances royales de France, 1700-1713. Man.
du XVIIl*^ siècle grand in-folio.
N<> 970. Jac. Antonii Ramelli, Fisica... in venerabili Collegio
Mediolanensi, etc. (Aug. 1674), un vol in-4o.
No 971. La pompe pneumatique a cinq parties principa-
les. Man. du XVI1« siècle, avec planches coloriées in-16<> .
N® 972. Traité sur les armures des aimans. Strasbourg,
1752. Manuscrit contemporain de soixante dix huit pages
in-40 .
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SiANUîiCBITS ALSATIOUES DÉ LA dlBLfOTHÈQLE DE STRASBOUUG 2^1
N<» 980. J. G. DiLicK, Péribologie ou traité de la fortification
augmenté et rempli des plans nécessaires, 1640 Man. du
XVin« siècle ïn-A^ . (Traduction de l'ouvrage allemand
imprimé).
N<> 981. Traittc instructif pour l'infanterie franroise (com-
posé avec après 1730). Manuscrit du XVIII« siècle en trois
vol. in 4® .
N® 990. PorRiBR, Recueil de mémoires établissant les incon-
véniens du commerce des fraudeurs anglois pendant les
hostilités, 1780. Man. contemporain de cent trente et une
pages in-4<> .
N<> 992. Recepturen von allerley maîngel und gebrechen
dcrer pferde, etc. Schneeperg, 22 martii 1740. Manuscrit
contemporain de six cent soixante dix huit pages in-4o .
N<>995. Tœglich Handtbuch darinn allerhandt teutsche
Reimen und Sprûch, item Artzneyen, Baumpflantzen,
Dinten u. s. w. zu fîden, durch mich J. G. Abelen, Schul-
meister zu Hall zusammenbracht, 1659. Man. original de
cinq cent quatre vingt dix sept pages in-4o .
N<> 997. Artzneybuch. « Register disses buchs an welchem
blatt ein jede Kranckheil, vom haupt biss auiï die fussohlen
zu finden ». Manuscrit du XVIl^ siècle de deux cent quatre
pages in-4*' .
N*> 1000. Sammlung von Beschreibungcnder durch Gotlfried
Silbermann verfertigten Orgeln, und Gedichtedarttl)er(1721-
1748). Recueil factice de pièces manuscrites et imprimées
relatives au célèbre constructeur d'orgues, en un vol. in-fol.
f^ i002. THEOPmu MoNACHi libri res de temperamentis colo-
rum, de arte vitriaria, etc. Ecodice Vindobonensi. Copie du
XVm« siècle, un vol.
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iïi HEVUB D*AL<ACS
N<^ 1003. Aijciati Emblemata, LugdoDÎ, Roville, 1566, ud
Tol. iD-12° . Cet Alciat a servi d'album à un étadiant slras-
bourgeois de la fio du XVI« siècle, après avoir élé ioterfolié
de pages blanches. Entre 1870 et 1880, il y a été ajouté une
série d'autres autographes, en partie alsaciens).
><" 1006. CuARLCT, Croquis et pochades 1 1816-18^0). Des-
sins originaux en un vol. in-4<» .
N^ lOil. L. Ch. Ofpsbiia\.\, Croquis et vues du pays de
Bade, deux vol. in-4« et in-8® oblong.
!S'*» 1012. L. Ch. Oppbrmaxx, Croquis et vues de France, un
vol. în-8o oblong.
N® 1013. L. Ch. OppsaMAXK, Croquis et vues d'Alsace, un
vol. in-8« oblong.
N« 1014. Id. Aquarelles (Vues d'Alsace, de Suisse et de
France), un v^l. in-4« .
N^ 1015. Id. Dessins et aquarelles (Costumes alsaciens et
badois), un vol. in-4<> .
N» 1016. Id. Dessins et croquis (Vues de Strasbourg) un
vol. in-4« oblong.
N® 1020. Zauberbuechlein, Verschiedenc Beschwœnings-
formeln. Man. du XVII® siècle in-32o .
No 1021. Beschreibung des mûhsamen und veixlriesclîshen
Wasserfingîschen Un hold en processes, so gewa?hrel vom 8
Aprilis bis zum 30 November 1701. Man. du XVHI» siècle de
quatre cent soixante cinq ppges in-4® .
N» 1022». J. K. Lavater, Verniischte physiognomische
Regeln, Manuskript fur Freunde. Erstes Hundert. 1789.
Manuscrit autographe de cent trois feuillets in-S9 avec
dessins.
N® 1025. Splendor Solis, vom Ursprung des Steins der
allen Weisen, etc. Manuscrit du XVIII* siècle in-folio, conte-
nant douze traités d'alchimie avec de curieux dessins colo-
riés.
N'o 1026. Le grand Olympe ou philosophie pratique, com-
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MANUSCRITS aLSATIQUES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG 213
mentée par un auteur anonyme en 1430. Manuscrit du
XVIII* siècle de 143 pages in 4^
No 1027. Paraphrase du Cantique des Cantiques par un
philosophe hermétique, 1768. Manuscrit contemporain de
98 pages in-4o.
No 1028 Abraham-le-Juif, Explication des figures hiérogly-
phiques des Egyptiens, Manuscrit hermétique du XVllI*
siècle de 113 pages in-4o
N® 1029. Philosophie hermétique. Hambourg, 22 sep-
tembre 1724. Manuscrit du XVIII® siècle \n-A^
Cet inventaire tout k fait provisoire et sommaire, que nous
ne pouvions songer k développer davantage, pour ne pas
abuser de l'hospitalité de la Revue d'Alsace y suffira néam-
moins, je l'espère, pour orienter les savants et les amateurs
désireux de connaître le fonds des manuscrits de la Biblio-
thèque de la Ville de Strasbourg. Il faut espérer que Tadmi^
nistration municipale fera paraître tôt ou tard, un catalogue
'complet des manuscrits renfermés dans les collections scien-
tifiques nouvellement réunies depuis 1872. On y trouvera, en
dehors des alsatiques trop insignifiants ou trop personnels,
supprimés ici, la majeure partie des manuscrits de tout
genre étrangers a l'Alsace ; on y trouvera surtout, pour les
volumes de Miscellanées et de Pièces diverses ^Vénumérdiiîon
détaillée de leur contenu, qui seule permettrait k chacun de
savoir, k distance, et sans les feuilleter lui-même quels sont
les documents qu'il peut y rencontrer. On comprend qu'il
était impossible d'entreprendre ici pareil inventaire des
pièces, il aurait nécessité tout un volume. En attendant que
ce dernier existe, notre petit aperçu pourra toujours servir a
donner une idée suffisamment complète des manuscrits iné-
dits de la Bibliothèque municipale .k ceux qui s'intéressent
au développement des études alsatiques. Grâce k un règle-
ment libéral, largement interprété en faveur de tous les tra-
vailleurs sérieux, il leur sera facile de vérifier sur place et de
compléter surtout, sans trop de peine, les indications forcé-
tncnt sommaires que j'ai dû me borner k leur offrir ici.
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211 REVUE d' ALSACE
Je souhaite bien sincèrement que beaucoup y viennent
puiser des matériaux nouveaux pour faire progresser l'his-
toire politique, religieuse, intellectuelle de notre chère pro-
vince. C'est dans cet espoir que, pendant près d'un quart
de siècle, j'ai fait tous mes efforts pour réunir celte collec-
tion, bien modeste encore et que mes successeurs tiendront k
honneur d'agrandir à leur tour; c'est dans cet espoir aussi,
que, transporté loin d'elle, par d'inrpérieuses obligations et
des devoirs nouveaux, j'ai voulu remplir une dernière fois, h
son égard, les fonctions qui m'étaient chères de bibliothé-
caire de ma cite natale.
RoD. Reuss.
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ENSISHEIM
Notes sur la MAISON CENTRALE
1820-1823
« Ënsisheim était autrefois la résidence des princes souve-
« rains d'Autriche, aujourd'hui c'est devenu la résidence des
« voleurs de cinq ou six départemens; Voyez un peu la
« fatalité ! (1) ». L'auteur aurait pu ajouter que la ville était
la capitale des possessions de l'Autriche en Alsace, dans le
Brisgau, la Forêt-Noire et les Villes forestières, et pendant
quelques années, le siège du Conseil souverain d'Alsace.
La petite ville mérite bien une visite; carie touriste pourra
y voir le fameux Aérolithe de 1692, pesant plus de cinquante
kilos, formant une masse compacte, de couleur noirâtre,
etc., de forme presque gigantesque d'un œuf; il est mal
placé dans une salle toute remplie de lumière, splendidement
restaurée, du magnifique hôtel de ville, ancien hôtel de la
Régence de la noblesse de la Haute Alsace, connu encore de
(1) Annuaire du Haut-Rhin, 1838, (ill). La ville comptait en
1802, mille huit cent trente trois âmes.
Voice qu'en dit Piganiol de la Force, XIII, 77, Paris, 1754 :
« Fort jolie ville, bien siluée et bien bâtie; à cela près, elle n'est
ni grande ni riche. Il y a un petit collège de Jésuites, On y compte
deux cents maisons, mille deux cents familles et trois mille deux
cents habitants. Les maisons y sont les plus jolies que j'ai vues en
Allemagne, les ornemens de peinture et les coliûchets gothiques y
abondent dedans et dehoi*s ». Voyage en Alsace d'un receveiu*
général des Fermes en 1676. (Bulletin du Musée /lis torique de
Mulhouse, 1883, 65).
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216 REVUE d' ALSACE
nos ioixrs SOUS \c nom de Ré f/i me nts-If a US (1). Le bàliinont
remonte a l'époque fleurie de la Renaissance. L'hôtel de la
Couronne, remarquable par ses tourelles, son beau balcon et
sa couronne artislement traoaillée pendant dans la rue,
mérite bien aussi une bonne visite. Nous ne parlerons pas
des autres curiosités de la ville, on les trouvera décrites dans
Kraus et en regardant un peu de près, on aura le plaisir de
faire quelques petites additions h cet ouvrage.
Ensisheira est relié maintenant k Mulhouse par un tram-
way qui traverse la ville pour aboutir h la maison centrale;
on parle fort de le prolonger jusqu'à la station de BoUweiller,
ce qui sera un grand avantage pour la cité. Mentionnons
encore un dépôt d'archives fort important, parfaitement
classé par le greffier actuel de la mairie.
L*étude de ces pièces permettrait de préparer une seconde édi-
tion a l'histoire de la ville par le curé Merkien (2); celb qu'il
publia en 184i est véritablement trcp incomplète quoique pou-
vant être diminuée de moitié par suile des faits généraux que
l'ouvrage contient par trop. Comme le faisait remarquer le
Courrier du Bas-Rhin, 18 juillet 1844. « Ensisheim quoi-
({ qu'en dise l'auteur, ne peut cire rangée parmi les villes
« impériales, encore nîoins parmi les villes libres. Siège
« d'une régence autrichienne ; elle avait ses privilèges comme
(( Fribourg qui l'avait remplacé, comme chaque ville en
« avait alors plus ou moins; mais elle n'a jamais joui d'au-
« cune des prérogatives attachées aux villes libres et impé-
« riales. Le titre de l'ouvrage est donc à refaire ici et tout
« sera dit ».
Le respectable curé consacre quelques pages a l'hietoire
de la maison centrale dont, de son temps, fut aumônier l'abbé
Zimberlin, mort curédeUicderthal, qui s'est beaucoup occupé
de l'hisloir'" de l'Alsace et a laissé une belle bibliothèque
alsalique qui fut vendue aux enchères a Strasbourg après
son décès.
(I) Le Palais sort de siè^^c nu Bailli, au Prévùt et aux Cooseillers
de la ville (1754). • ^
(t) Le curé échangea la cure d'Ensishcira contre celle de Laud-
ser le ^ avril 1844.
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ENSISHEiM, N0TE3 SUR LA MAISON CEiNTRàLE 217
Voici deux épisodes de Thistoire d'Ensisheim où l*on parle
assez longuement de la maison de détention :
C*est le grand nom d'Armand Carrel qui m'a engagé dans
ce petit travail qui rappelle deux épisodes de l'histoire d'En-
sisheim : le premier se passe pendant la Conspiration de
Belfort en décembre 1820 et le second pendant la triste étape
du Colonel Carron en 1822,
Neuf-Brisach où se trouvait en garnison la légion du Nord
(58« bis régiment de ligne) était la seconde garnison d'Ar-
mand Carrel, sorti h vingt ans le 15 octobre 1820 de l'École
spéciale militaire et entré comme sous-lieutenant au régi-
ment. Sa première garnison fut Verdun qu'il quitta a regret,
car il y laissait une jeune fille aimée dont parle Chateau-
briand dans ses mémoires et qui resta toute sa vie fidèle a
l'amour du célèbre polémiste.
A Neuf-Brisach, le séjour du jeune officier fut bien moins
sentimental.' Avec ses idées réfléchies sur la Démocratie qui
fut la règle de toute sa vie, il dut entrer dans la conspiration
de Belfort ; il connaissait intimement un des affiliés, un offi-
cier des plus distingués du régiment, fils du colonel du 8® de
ligne, Henri de Grometty, né k Dun (Meuse), excellent offi-
cier, disait à l'audience le lieutenant-colonel, bon instructeur,
ayant du zèle, ayant trop bon cœur, car il payait toujours.
Des gens sans but apparent et sans affaires apparaissaient
souvent à Neuf-Brisach comme dans les autres villes de
guerre gagnées par les sociétés secrètes qui pullulaient alors.
Quelques uns de ces personnages parcouraient les enviiions
pour gagner des adhérents et concerter l'attaque. Le général
de brigade, baron Dermoncourt, qui avait si bien défendu la
ville en 1814 et 1815, était acquis a la cause. Il dut bientôt
quitter sa résidence de Widensolen pour échapper aux
gendarmes.
Nombre d'officiers et de sous-officiers s'étaient fait inscrire
parmi les adhérents et le 26 décembre, de Grommetty étant à
Ensisheim k Thôtel de la Couronne, pouvait dire, étant ivre,
il est vrai, que la garde nationale de Mulhouse viendrait
monter la garde k Ensisheim et que de là une colonne mar-
cherait sur Neuf-Brisach où l'on arrêterait le chef de batail-
lon Bourgeois, un vieux de la vieille; ayant huit ans dégrade
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218 REVUE d'alsacb
et que le jeune lieutenant n'aimail pas à cause de sa sévé-
rité (i). Carrel avait été du voyage à Mulhouse entrepris le
9 décembre avec son ami pour visiter les affiliés.
La condamnation de son camarade dut être un grand crève
cœur pour lui ; il vit avec peine celte triste issue de la cons-
piration de Belfort et surtout la mort du malheureux colonel
Caron. Ne voulant plus servir un gouvernement qu'il regar-
dait comme néfaste, il se rendit en 1823 en Espagne offrir
sofl épée aux Constitutionnels. Fait prisonnier, il fut, lui
aussi, condamné k mort k vingt-trois ans I Sa loyauté le
saiiva ; il parvint à être acquitté.
11 entra plus tard dans le journalisme et il fut bientôt un
des polémistes les plus connus. En 1830, il fut le rédacteur
de la fameuse protestation des journalistes qui fut l'arrêt de
mort du pouvoir légitime. Après la Révolution, ses opinions
restèrent les mêmes ; il continua k la tête du journal le Na-
tional k faire une guerre a mort aux abus du gouver-
nement.
On le considérait avec raison comme un des chefs les plus
autorisés de la Démocratie française, également respecté des
républicains et des légitimistes. Sa mort, survenue le 24juil-
let 1836 k la suite d'un duel avec Emile de Girardin, fut un
deuil public. C'est un honneur pour Neuf-Brisach d'avoir
eu quelque temps cet illustre patriote dans ses murs !
I
En 4820, la maison centrale de détention n'offrait pas le
coup d'œil qu'elle a aujourd'hui. Elle était occupée, malgré
le peu d'étendue des bâtiments (l'ancien collège des Jésuites),
par les détenus des deux sexes. De nos jours, l'établissement
toujours resserré entre la villle et la rivière n'offre k la vue
que des bâtiments élevés et des cours privées de soleil et de
ventilation. La façade de l'ancienne église des jésuites est
bien reconnaissable encore; elle donne, au nord avec ce qui
reste des bâtiments de l'ancien collège, sur la grande rue
(1) Cour d'Assises du Haut-Rbin. Conspiration dite de Belfort,
page 158.
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BNSISHEIM, NOTES SUR LA MAISON CENTrtALE 219
assez étroite , presqu'en face de rhôtél de ville (1). Un mur
très élevé entoure les trois autres côtés de la maison centrale
et à son sommet on voit se promener insouciant le soldai, le
fusil chargé.
A cette époque, un prisonnier attirait Tattention de tous
les visiteurs, c'était un noble toscan nommé Libri Bagnano,
employé comme infirmier major et jouissant d*un certain
prestige près des détenus car, à la fin de Tannée 1820, il
excita ses camarades à empêcher même par la violence que
Ton coupât les cheveux à un détenu, jugeant cette punition
illégale.
Les prisonniers prirent en effet une attitude hostile et ce ne
fut que par la force armée que Ton put exécuter la punition.
Aussi avait-on défendu de laisser voir cet homme irascible et
ui-mènae, dans sa fierté exaltée, allait s'enfermer dans sa cel-
lule dès qu'il voyait arriver des visiteurs. La visite du lieute-
tant de Grometty lui plût beaucoup, car il se vantait à tort
qu'un fils de colonel lui avait fait espérer la prochaine déli-
vrance des détenus. C'était ce que racontait k l'audience le
directeur Bavlœr, mais il se trompait grossièrement.
Voici le récit que fit h l'audience le lieutenant de Grometty
de ses deux visites à la maison centrale :
Le directeur Bavlœr, sur de faux rapports, l'accusait d'y
avoir été en peu de temps quatre fois, dont, une fois, sans
permission, avec l'entrepreneur Chastelux, ce qui était faux.
Le pasteur protestant et le juge de paix prétendaient que le
lieutenant y avait été encore une troisième fois et même une
quatrième fois et l'on prêtait k Libri Bagnano des propos
qu'il n'avait pas tenus puisque celui-ci n'avait pas vu de
Grometty.
c< Je voulais un jour aller avec Garrel k Mulhouse voir
« quelques fabriques, mais le retard que mit le commandant
« (Bourgeois) k nous en donner la permission dit-il, nous fit
« arriver k cinq ou six heures seulement a Ensisheim. Nous
« n'y allâmes que le lendemain (dimanche 9 décembre) elde
(i) L'Hôtel de ville et l'hôtel de la Couronne ont été lithogra-
phies par Deroy. On connait des vues d'Ensisheira. La plus-
ancienne est celle de Seb. Munster.
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220 REVUE d'alsagk
< retour k midi, j'allai visiter, avec la permission du direc-
« teur, la Maison centrale. Le capitaine Batisti, commandant
« le détachement, et mon ami Armand Carrel étaient avec
« moi. L'employé Collin nous guidait et nous fit voir tout
« rétablissement, il ne nous quitta jamais. Nous vîmes tous
a les chambres des femmes sauf l'atelier de tissage ; je
« passai devant rinfirmerie dont la porte était cntr'ouverte,
« je ne vis pas Libri Bagnano. La visite dura près de trois
« quarts d'heure et en sortant nous allâmes au café. »
Le 26 décembre suivant, Grometty est encore h Ensisheim,
mais seul cette fois. Comme la première fois il loge k l'hôtel
de la Couronne ; il alla chercher la pipe de Collin dans la
chambre de celui-ci située dans le pavillon des employés. Il
entra avec la permission du directeur et ne put visiter la pri-
son qui était fermée h cette heure selon le règlement. Puis on
alla boire le vin blanc k VAnge avec le docteur de la maison
de détention, Hartzner, le capitaine retraité Meyer, le capi-
taine du détachement Batisti, son lieutenant et son sous-
lieutenant CrofTet Ploteau, et l'ami Collin.
Détail typique, avant de partir pour Belfort, le lieutenant
Grometty laissa au café Meyer la pipe qui avait été la cause
d'un dérangement insolite dans le règlement de la Maison
centrale, et cause de tout le bruit.
II
C'est le malheureux procès du colonel Caron de Colmar
qui nous fournit le second épisode sur Ensisheim.
On sait que le malheureux colonel voulant délivrer les offi-
ciers de la Conspiration de Belfort, détenus dans les prisons
de Colmar et d'Ensisheim, (il y avait entre autres dans la
première de ces prisons, le lieutenant Grometty) fut conduit
a sa perte par des sous-officiers des garnisons de Colmar et
de Neuf-Brisach ; les sergents Delzaive et Magnien (depuis
sous-lieutenants grAce k' leur trahison) du 46« régiment de
ligne, le maréchal-des-logis-chef Thiers (promu au même
grade ainsi que le suivant pour le même motif), du i®' régi-
ment de chasseurs de l'Allier, — c'était le frère de M. Thiers
-*- et le maréchal-d es-logis Gérard du 6® régiment de Chas-
seurs de la Charente k Neuf-Brisach.
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ËNSISMBIM, NOTES SUR LA lllAISON CENTRALE 2i\
C'est sur la route vicinale, alors en assez mauvais état, de
Neuf-Brisach a Ensisheim, dans la vaste plaine graveleuse de
la Hart, que commença le mardi, 2 juillet 1822, la première
scène du drame qui se termina le 1 octobre suivant sur les
glacis de la Finckmatt k Strasbourg.
Cette route vicinale était ce jour-là vers les six heures du
soir parcourue par un escadron des Chasseurs de la Cha-
rente (i) venant de Neuf-Brisach, se dirigeant sur Meyenheim
par Wecholsheim, Dessenheim, Rustenhardt et Hirtzfelden.
Il y avait une forte arrière-garde comme si les hommes crai-
gnaient une agression de la part de la garnison de cette place
forte. Un observateur perspicace aurait vite reconnu dans
cette petite troupe des figures qui contrastaient avec celles
de leurs voisins. En effet parmi les soldats se trouvaient des
officiers déguisés, le lieutenant-colonel JoUy (promu peu
après colonel dos dragons de la Saône), le capitaine de Nicol
(nommé chef d*escadron des Chasseurs des Pyrénées),
commandant l'escadron et les lieutenants Dupuy, Bersé de
Hauterive (promu capitaine au corps) et Dargence et le sous-
lieutenant Claverie. Tous les soldats chantaient sans s'inquié-
ter où on les conduisait. Ce ne fut que lorsque le maréchal-
des-logis Gérard, commandant l'escadron, partit à la recher-
che de l'écuyer Roger de Colmar qui devait servir de guide,
qu'ils furent instruits par leurs officiers du but véritable de
l'expédition. Un cri de : Vive le Roi! répondit a l'allocution
et l'on continua à s'avancer. On rejoignit bientôt Gérard qui
revenait accompagné du domestique de Roger. Celui-ci fut
accosté plus tard par Gérard qui s'avança vers lui le sabre à
la main, ce qui donna fort k réfléchir k l'écuyer déjà bien
décidé k ne pas entrer dans l'aventure. Aussi malgré les
prières du maréchal des logis il refusa de suivre la troupe et
reprit le chemin de Colmar. Ceci se passait en avant de
Weckolsheim.
(I) Les chasseurs avaient l'habit vert et le schako de feutre
noir. Le l«r avait des parements écarlates et le 6» jonquille. Les
régiments de lanciers ayant été supprimés, il y avait un escadron
de cette arme dans chaque régiment. C'était le 3e du le»" régiment
qui marchait sur Meyenheim venant de Colmar.
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ââ2 UEVUE dVl^ACIÎ.
Mais le malheureux, inquiet du sort de son domestique,
revint sur ses pas ; il fut alors accueilli par des hourrahs qui
ne lui firent pas abandonner ses tristes pensées. Il suivit
donc l'escadron jusqu'au pont de Meyenheim où Ton trouva
Tescadron de Colmar commandé par Thiers et ayant à sa
tète Caron en tenue de lieutenant-colonel de dragons. Après
l'allocution de celui-ci, on reprit la route d'Ënsisheim, non
sans avoir crié: Vive l'Empereur ! (i) les officiers les pre-
miers. Arrivé à une demi lieue de cette ville, Caron envoya
en reconnaissance le maréchal-des-logis Gérard avec son
ordonnance, le capitaine de Nicol, pour s'assurer des disposi-
tions pacifiques du capitaine commandant le délachement d'in-
fanterie; il ne voulait qu'à la dernière extrémité user des
moyens de violence pour délivrer les prisonnieis militaires.
Mais le colonel changea d'avis sur le rapport de Gérard ;
ce dernier ayant accosté le capitaine d'infanterie et 31. de
Nicol s'étant fait reconnaître puisque les deux officiers
étaient de la même garnison, ils trouvèrent dans le capitaine
Antoine Lafon, chevalier de la légion d'honneur et de l'ordre
royal de Saint-Louis, vieux brave ayant huit ans de grade,
un officier qui ne tergiversait pas avec le devoir, car il
déclara franchement à Nicol qu'il reconnut fort bien, que
n'ayantpas reyu d'ordre, il ne laissait pas entrer les esca-
drons en ville et qu'il les repousserait au besoin par la force.
En effet, sa compagnie était sous les armes.
Gérard, de retour près du colonel, lui dit qu'il n'avait pas
voulu parler h Ensisheim au capitaine commandant parce
qu'il était un ultra, mais qu'il avait vu le lieutenant du poste
de la maison centrale et que celui-ci avait assuré que la
garde se joindrait à eux le lendemain. Cette réponse assez
bizarre ne parut pas plaire beaucoup au colonel qui, renon-
çant k ses idées d'attaquer, ordonna k la troupe: Tète de
colonne a gauche par deux en avant ; et on prit le chemin
vicinal de Réguishcim qui longe la route royale pour gagner
le faubourg Saint-Martin d'Ensislieim que l'on dépasse pour
gagner Battenhcim. On sait que c'est dans ce village, vers
deux heures du matin, le 3, que le malheureux colonel fut
(i) Procès de Caron et Roger. Strasbourg 90.
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ENSISHBIM, .NOTES SUR LA MAISON CENTRALE 223
empoigné par des sous-oflficiers ainsi que Tinforluné Roger,
el ramené enchaîné a Colmar.
x\insi se termina la course du colonel Caron (i).
En repassant à Ënsisheim, le capitaine Nicol prévint le
capitaine Lafon de Theureuse issue de l'affaire, mais rien ne
put ébranler le scepticisme delà vieille moustache qui, croyant
à une ruse de guerre, tenait ses hommes sous les armes et
leur avait commandé de faire feu si les cavaliers voulaient
pénétrer en ville. La troupe, pour retourner dans ses garni-
sons, suivit la même route qu'au départ. Hommes et chevaux
étaient fatigués et tombaient de sommeil. On apprit près de
Réguisheim les préparatifs de défense du capitaine Lafon
par des gendarmes de la brigade d'Ensisheim que cet offîcier
avait envoyés pour surveiller la marche du détachement et
qui, voyant les deux conspirateurs enchaînés, ne doutèrent
plus qu'ils n'avaient pas affaire a des insurgés et qu'ils pou-
vaient parler en toute sûreté.
On ne peut que louer la conduite du capitaine Lafon ; il
ne parut cependant pas comme témoin dans l'affaire. Sa
loyauté aurait été mal à l'aise dans cette troupe de traitres.
Quant au malheureux Caron, victime de sa trop grande
conûance, la lecture des pièces de son procès ne le
prouve que trop. Condamné k mort par le conseil de
guerre de Strasbourg, il fut fusillé sur les glacis devant la
Finckmatt le i^' octobre 1822, trois mois presque jour pour
jour après sa folle équipée. Inutile de dire qu'il mourut
en brave.
On voyait dans la magnifique collection de gravures sur
l'Alsace, de mon regretté ami Ferdinand Reiber, vendue îi
Strasbourg en mai 1896 (n^ 2528), une lithographie de
(i) Mentionnons à Mcyenhcim une réponse un peu prud
hommesquc que fit Caron à un homme qu'il interrogeait si Fod
prendrait volontiers la cocarde tricolore dans la commune et
comment qu'on y pensait et qui lui répondit que c'était le curé
qui avait le plus d'influence mais qu'il était ultra : « Eh bleu ! je
« lui prépare une leçon pour le retour; les curés doivent se niéler
« de prêcher l'évangile, c'est latente leur affaire (W) ». — Le len-
demain le paysan fui signalé à l'autorité.
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m REVUE D^ALSAde!
Simon représentant le colonel en buste avec ces inscriptions !
« Honneur au courage malheureux (?) — Adieu, mon père.
A toi mon dernier soupir! » au dessous du tombeau du colo-
nel. {Lithog. d'après nature par Boulet, in-f^). Sa modeste
tombe dans le cimetière de la roule de Kehl h Strasbourg,
était toujours avant 1870, entretenue avec le plus grand soin.
Existe-t-elle encore ?
Arth. Benoit.
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LETTRES A PFEFFEL
PIÈCES INÉDITES
Ring, Aug. Lamey et Gœsnilz sont les ailleurs dos trois
lettres qu'on va lire. Le premier, (ils d'un menuisier de Stras-
bourg, étudia la théologie dans sa ville nitale, eut le bonheur
d'être connu, apprécié et protégé par Sch(i»pflin, dont il édita
plus tard (Augsbourg 1769) les œuvres poéliiiues avec intro-
duction biographique; dirigea ses études finies — c'élaitau
temps où la théologie menait a toutes les carrières — l'édu-
cation d'un jeune de Murait h Zurich 1753-1755), puis (1759)
celle des lils du margrave de Bade, qui, eslimant ses talents
et ses (jualités, ne tarda pas h l'attacher à sa personne et a
'son service en lui conférant le titre de conseiller aulique.
C'est après un voyage en Suisse, au retour duquel il s'était
arrêté k Golmar dans les premiers jours de juillet 1783, qu'il
écrivit a PfetTel la lettre ci-jointe, pour le remercier de son
excellent accueil. Ajoutons que les relations entre eux da-
taient de loin. En elVet, lUug ayant eu (1758) l'occasion de
prêchera diverses reprises à Strasbourg et h Colmar, n'avait
pas eu d'auditeurs plus zélé que Pfelîel, qui, revenant du
Palatinat en mars 1783, peu avant le départ de Ring pour la
Suisse, ne manqua pas de s'arrêter chez lui k (^arlsruhe.
Rien que plus Agé de dix ans que le poète de (Col-
mar, Ring mourut la même année, en 1809.
Aug, Lamey, le poète, qu'il ne faut pas confondre avec
son oncle, l'historien et collaborateur fidèle de Schœpflin,
naquit k Kehl en 1772, et fit k Colmar (1794) un séjour de
douze jours, pendant lequel il fréquenta assidûment Pfefîel,
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2â6 UEVUE D*ALSACe
qui rengagea h aller se perfeclionner dans son art a Paris (1),
Le jeune poète suivit ce conseil dès que les circonstances le
lui permirent et adressa, de la capitale, à son paternel ami
une série de lettres, dont plusieurs sont conservées : trois
datenl de Tannée (799 et deux de Tannée 1800. Les quatre
premières sont à la bibliothèque de Colmar (2). Quant à la
cinquième nous la donnons ici.
PfefTel fut très lié aussi avec Thistorien Lamey, le fils du
tonnelier de Munster, qui, sans nul doute, chargea de ses
lettres de recommandations son neveu partant pour Colmar,
de môme que le fils aîné de PfefTel, allant étudier à Gœltin-
gue (sept. 1778), avait, en passant par Mannheim, porté une
missive de son père au secrétaire perpétuel de l'Académie
fondée dans cette ville (1763) sur les conseils de Schœpflin.
Après ces deux lettres dont nous ne nous exagérons pas
l'importance, mais qui ne seront pas sans prix aux yeux du
lecteur déjîi familiarisé avec la personne et Tenlourage de
Pfefîel, ou verra un passeport que ce dernier se fit délivrer
en 1807 pour aller voir son vieil ami Jacobi k Fribourg (3).
Cette pièce emprunte surtout son intérêt au fait qu'elle a
trait au dernier voyage de PfefTel k Fribourg, et probable-
ment k ceux de ses dernières absences de Colmar.
L'auteur de la troisième lettre que nous communiquons,
Charles de Gœsnitz, était un ami de jeunesse du poète. Tous
deux avaient fait partie de la bergerie strasbourgeoise de
(I) Voir, à ce sujet les Els. Neujahrsblœtter de Slœber, 1845,
pages 2-14.
(«) Deux d'entre elles sont écrites en français, et en allemand.
(3) Celte visile est annoncée dans la lettre de Jacobi du 46
avril (Zeitschrift fur die Geschichte des Obei^rheinSy 1896,
page 77;.
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LBTtîlES A PFEFFaL 22?
4*760, dont nous parlions dans le dernier volume de celle
revue (p. 490). En 1763, Gœsnilz était à Vienne et écrivait
le 13 avril h PfelTel, le nommant son frère et son ami Ilosen-
wal (lui même portait le nom symbolique de Dom Lopez).
La lettre qui précéda celle qu'on va lire de lui est du 13 juin
1808 et datée de la même localité saxonne d'Elstervverda (1).
F. B. Balzweiler.
I
Ring à Pfeffel
C*est bien à regret, csmme vous avez pu le remarquer,
cher et digne ami, que je me suis enfin arraché d'entre les
bras de mes chers colmariens; et le long séjour que j'ai fait
chez eux prouve assez le plaisir que j'ai senti de me trouver
parmi eux. J'aurais volontiers passé ce qui me reste à vivre,
avec des amis de si ancienne date, et surtout avec vous,
votre digne et aimable épouse, avec vos chers enfants, que
Dieu fasse prospérer; mais il fallait se séparer, joindre d'au-
tres amis a Strasbourg, encore se séparer d'eux et rejoindre
mes pénates. Je suis arrivé ici le même jour avec L L. A. A.
S. S., et ce n'est qu'hier que le prince de Dessau nous a
quittés Nous avons encore ici le président de Preuschcn, le
colonel Gmelin, d'autres étrangers, parents et amis. Ma
belle-mère, qui s'était tant réjouie de me revoir, se trouve
dans une situation si critique que nous craignons pour sa
vie. Voilà bon nombre de raisons pour excuser mon long
silence. Je sais que vous me le pardonnerez; mais je ne me
le pardonnerois pas à moi-même, si je me taisois plus long-
temps sur les obligations infinies que je vous ai de toutes les
attentions que vous avez eues pour moi. Si je vis encore quel-
ques années, c'est au bon sang que j'ai fait chez vous que je
le devrai ; et vous pouvez être persuadé que le souvenir des
scènes que vous m'avez données et que je vous ai données
me sera longtemps présent et me réjouira de manière h re-
(l) Elle est mentionnée par Pfanncnschniid, Pfeffeh Freinden-
buch, p. 13Î).
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228 UEVUE D*ALî>ACE
nouveler de tems en teuis en moi cette jovialité qui seule me
fait subsister encore.
11 y a encore je ne sais quoi de sombre chez nous et nous
aurons de la peine ti en revenir. Notre bon Prince souffre
toujours et nous souffrons avec lui, parce que nous Taimons.
Son excursion en Suisse lui a fait du bien et peut-être médi-
le-t-il encore une autre. Le prince Frédéric m*a apporté de
Zurich un tableau peint par Gessner, qu'il a acheté pour moi
et pour me convaincre qu'il y a pensé h moi ; j'ai en mains la
lettre par laquelle ce cher Gessner s'excuse de ce qu'il n'a
pu se présenter; il était absent et malade.
On a été infiniment content de mon élève, M. le capitaine
de Murait, et de mon digne ami, M. le D»* HoHz (i) ; on a été
voir Ilirlz et Klyjogg; bref, on a tout vu. A Basle, on a
passé la plupart du temps chez l'ami Mechel (2), où l'on s'est
plaint beaucoup de ce que je ne donnais aucun signe de vie.
Vous voyez que je suis h peu près dans le même cas avec
ceux qui ont bien voulu me recevoir chez eux. Que ne fau-
dra-t-il faire pour réparer tous mes torts ? J'implorerais
volontiers l'intercession de madame Pfeffel. Je compte sur
ses bontés, dont elle ma donné tant de preuves, et n'oublierai
jamais ni ses bons repas ni surtout son attention de me venir
encore voir après le souper la veille de mon départ.
J'aurais aussi bien des choses îi vous dire, cher ami, pour
votre digne collègue M. Lersé, dont la connolssance m'est infini-
ment chère. Je me réjouis d'avance de voir un jour chez moi
({) Le docteur Jean Hoize, ami de Lavater et parent de
Pestalc zzi, fils d'un chirurgien militaire au service de la Franco,
naquit en 1729 îi Riohierschwjl, sur le lac de Zurich et mourut
en 1801 h Francfort s. 1. m. 11 passa chez Pfeffel la journée du
2i juillet 1778, puis se rendit aux bains de Soulzbach, où était
alors raad. PfelTel, el où il s'arrôta quelques jours. L'année sui-
vante, il reçut à Richterswji la visite de Gœthe.
(2) Christian de Mechel, graveur renommé, né à Bàle en 1737,
mort à Berlin en 1818, reçut en 1777 la visite de l'empereur Joseph,
qui l'enmena à Vienne. Au bout de dix ans, il revint dans sa ville
natale, mais en fut chassé par la Révolution. Vers la fîn de sa
vie, il alla s'établir à Berlin où il fut encore nommé membre de
l'Académie royale.
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LETTRES A PFBFFEL 229
Taimable prince d'Isenbourg (i) ainsi que lous ceux de vos
chers élèves que par la suite vous voudrez bien m'adresser.
Je salue aussi beaucoup l'excellente flûte traversière M.
Kœnig (2) et, par assimilation d'idées, je vous recommande
de rechef notre chère Mlle de Geyer (Sj, que j'ai laissée là
au concert sans prendre congé d'elle. Je ne finirais pas,'3i je
voulois continuer sur ce ton; il le faut cependant. Adieu
donc, très cher ami, je vous embrasse de tout mon cœur.
Ring.
Carlbrouhe, le 5 septembre 1783.
II
Lamey à Pfeffel
Paris, ce 27 messidor 8.
(15 juillet 1800)
Très cher et honoré maître
Monsieur Metzger (4) étant sur le point de faire le voyage de
Colmar, je lui ai demandé la permission de le charger d'un
petit paquet pour vous, et il a eu la bonté d'y consentir.
Vous recevrez donc avec celte lettre quelques exemplaires
(\) Élève de Pfeffel de 1781 h 1783, prince souverain jusqu'en
1813, puis médiatisé ; représenta les petits princes allemands au
couronnement de Napoléon 1er et visita le frère de Pfeffel (à Paris)
à celle occasion. Le poète lui dédia une de ses fables en 1782. Sa
principauté, enclavée à moitié dans la Hesse électorale et à
moitié dans le duché de Hesse-Damstadt, comptait quarante huit
mille habitants. Sa capitale était Biidingen. Les ruines du château
dont elle tirait son nom se voient encore entre Coblence et
Andernach.
(f) Professeur à l'institut Pfeffel de 1781 à 1787. Voir Annales
(le l'Est, 18îtô, p. 552.
(3) Qui sera la première grande-duchesse de Bîide. Elle était
depuis le !«»• juillet dans la pension de M. et de M^e Titot à
CoJmar. Voir Annales de l'Est, 1895, p. 56ii.
(i) Voir le dernier n© de cette Revue, p. 464 et 488.
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230 HEVUE D*ALSAfiS
d'un sonnet palriolique sur la victoire de Marengo, que
j'avais tout bonnement regardé comme la dernière, et d'une
élégie sur la mort du général Desaix, que je n'ai point
composée sans répandre une larme véritable. J'y joins
même, puisque nous jouissons de la francbise, quelques Mar-
eus Saxtus, dont vous m'avez fait un éloge si flatteur. La
traduction en vers François de cette petite pièce, par le cit.
Masson ! se trouve imprimée dans le n» 52 du Journal des
sciences et des arts. Elle m'a valu ma réception au portique
républicain, dont Ghénier, Mercier, Cubières, Masson (1) et
autres littérateurs sont mem])res. J'aurais voulu que vous
pussiez examiner les nouveaux caraclères allemands, avec
lesquels mon sonnet et mon élégie sont imprimés. Ils ont été
dessinés et fondus k Paris, et quoiqu'ils ne soient pas sans
défauts, en les voyant vous les trouveriez peut-être suscepti-
bles de perfectionnement .
Dans votre dernière, vous me parlez d'un brave militaire
de vos amis, qui se trouve dans le cas de solliciter dans les
bureaux de la guerre une réparation d'erreur à son égard.
Si j'avais pu vous donner quelques indications, je n'aurais
l)oint tardé à vous en écrire ; malbeureusement je n'ai pas
dans ce ministère un ami auquel j'eusse pu m'adresser pour
vous être utile Mais si vous étiez embarrassé de trouver ici
uu bomme d'affaire (jue votre ami pourrait avec une confian-
ce entière cbarger de la poursuite de sa réclamation, je vous
recommanderais le citoyen Kugler, qui est sans doute connu
du citoyen Melzger.
Je (lofs encore vous remercier, cber ami, de l'intérêt que
(V) Né à iilamonl en 1762, mort en 1807, associé do l'inslilul,
servit dans sa jeunesso en Knssie, d'où l*aijl I l'expulsa comme
parlisan de la Révolution. .Vuteur d'un cours de idéographie, de
Mémoires sur la Russie. d'Od. et de romans. — Mercier (17iO-iS14)
députe à la ConvontsoiL puis aux Cinq-Cents, membre de l'Institut,
csl rdutciH* de nond)rcux oiivraircs; dont l'iiu lui valut le surnom
de Sifif/e (feJean-Jacf/iiPs. — Les deux frcres Cubières se signa-
Icrcnt «iaus les lettres à cette épo-iùe. Ici, il s'agît probablement
du cadet, élève de Dorât, auquel il suécêdn dans l'intimité de
Fannv de Reauharnais.
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LETTRES A PFEFFEL 231
VOUS avez bien voulu me témoigner à l'occasion de ma mal-
heureuse chute.
J'en suis bien rétabli, mais un autre malheur est venu me
frjipper ; j'ai perdu ma mère. A tous ceux qui l'ont connue,
je puis demander une larme pour elle : mais c'est moi sur-
tout, qui me flattais en vain de devenir la joie de sa vieil-
lesse, qui ai reçu d'elle les preuves les plus touchantes de sa
sollicitude, c'est moi qui dois la pleurer éternellement ; aussi
je crois que je ne pourrai plus faire de perle aussi sensible.
Je parle de moi ; mais j'ai trois sœurs et cinq frères qui dans
ce moment sont remplis d'affliction.
Veuillez ofl'rir mes compliments h votre chère famille et
croire k mon inviolable attachement.
Votre dévoué,
Lamby.
m
Colmar, le 25 mai 1807.
Le Préfet du département du Ilaut-Rhin,
Membre de la Légion d'Honneur,
Invite les autorités civiles et militaires h laisser passer
librement Monsieur Amédée-Gonrad Pfefl'el, secrétaire-inter-
prète de la Préfecture du Haut-Rhin, accompagné de la de-
moiselle Frédérique Pfeffel, sa fille, âgée de 30 ans, et du
sieur Jean Schmitt, son secrétaire, î\gé de 36 ans, natif d'Al-
lemagne ; ledit sieur Pfeffel natif et domicilié k Colmar, âgé
do 70 ans, taille d'un mètre 052 millimètres, cheveux et
sourcils gris, yeux privés de vue, front découvert, nez moyen,
bouche moyenne, menton rond, visage ovale ; allant tous
trois en Brisgau
Le Préfet,
Félix DcspoRTKS.
Vu ('e nouveau le 4 juin 1807.
Pour le Préfet :
Le Secréfaire-genérai,
J. BarcHE.
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232 REVUE d'alsace
IV
Gœsnitz à Pfeffel
Elslerwenla, ce 27 décembre 1808.
Non, mon lendrement aimé frère, je ne finirai pas cette
année sans vous avoir fait réponse a la charmante lettre que
voùà m'avez écrit le 10 septembre : celle-cy doit en même
temps assurer des vœux sincères que je fais pour votre santé
et félicité ; ces vœux partent d'un cœur que vous connoissez,
qui vous chérit et vousostime. Croyez-moi, cesontdesmoments
délicieux pour moi, quand je pense h notre solide et intime
amitié, et que la Providence a daigné nous conserver jusqu'à
un Age fort avancé, pour le bien de nos familles, et pour
pouvoir nous entretenir de temps en temps par lettres. Ce
que vous m'avez marqué au sujet de votre santé m'a fait un
plaisir iniini, et je puis vous assurer qu'aussi moi je jouis,
depuis ma dernière maladie, d'un bien-être que je n'avais
pas goflté depuis plusieurs années; j'ai repris de l'embon-
point, des couleurs et des forces ; et personne ne veut m'en
croire, quand je dis qu'en octobre prochain j'aurai 70 ans.
Pour ce qui est de ma famille, je puis vous dire que, toute
nombreuse qu'elle est, il n'y a pas un seul membre qui soit
malade. Mon gendre Lœben est si bien rétabli qu'il a été cet
automne avec les gardes au camp entre Pirna et Dresde. 11
est chez moi en visite jusqu'après-demain, où son service le
rappelle dans la capitale ; mais sa femme, qui est ici depuis
cin(| semaines avec ses trois plus jeunes enfants, restera
tout l'hiver, sauf le Carnaval, qu'elle se propose de passer
en ville avec ma (il le Marie, ûgée de 16 ans, pour profiter de
quelques bals. M. l'envoyé, votre neveu (1), lui a fait faire
des reproches par son mari, de ce qu'elle a passé son temps
au bain de Tharandtsans venir à Dresde, parcequ'il aurait
(1) Hubert PfelTel, alors chargé d alTaires du roi de Havière. Voir
Annales de l'Est, 1895, p. 557.
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LETTRES A PFKFFKL 233
lanl souhaité de lui présenter son épouse. Mais cela se fera
vraisemblablement dans le courant de janvier, où ma fille
sera dans la capitale. Je vous marquerai dans la suite com-
ment les deux femmes se seront convenues.
Dans la maison de Manteuffel tout va bien aussi ; mais sa
place de référendaire privé lui donne immensément d'occu-
pation. Il nage littéralement dans les papiers ; cet assiduité h
la Chancellerie et h son bureau feront îi la longue du tort à
sa santé, et j'avoue que cela me fait souvent de la peine.
Notre roi, l'ami de votre empereur, est en Pologne, où il
paraît très aimé de ses nouveaux sujets; il ont surtout été
enchantés de l'entendre parler leur langue à la perfection ;
car oulre quantité de talents qu'il possède, il a aussi celui
d'apprendre facilement les langues; nous espérons le revoir
en Saxe a la fin de janvier.
La nouvelle de la mort de M"« Valérie Gernler (i) m'a très
afïligé ; elle avait un caractère infiniment estimable, et je me
plaisais toujours dans sa société. Hélas, nous perdons un
contemporain après Tautre, et de mes amis de jeunesse il ne
vit plus que vous, Carlowitz, qui est actuellement Obers-
teuerdirector, et le comte de Schœnfeld, notre ministre k
Vienne.
Adieu très cher frère; recevez les assurances de mon
attachement inviolable et dites mille choses obligeantes de
ma part ti tous ceux qui vous entourent.
Charles de Gœsnitz;, colonel.
(4) Fille du pasteur Luea Guernler et (anlc de Hubert PfeCTel.
Après la mort (le son père (178:2), elle s'était retirée à Worms, où
PfclTcl la visita l'année suivante. Le 24 juin 1783, elle lui écrivait
pour lui recoiTunander le négociant Schulor, qui partait pour Col-
mar, et qui fut revu chez Pfclîel le 26 juillet. Le 49 août, elle écri-
vait de nouveau pour remercier de l'excellent accueil fait à Schuler
et des poésies de Pfeffel que celui-ri lui avait envoyées.
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NOTES & DOCUMENTS
POUR SERVIR A
L'HISTOIRE DE LA PRESSE
EN ALSACE-LORRAINE
Suite (i;
Liste des Périodiques de la Moselle
Affiches des Trois-Evêchés, Feuille hebdomadaire. Du
samedi 30 septembre 1769 au 28 décembre 1771. Metz. J.-B.
Collignon. 203 p. in-4«.
Gordier de Clermont, gérant.
Avis sur un objet très intéressant qui va désormais faire
partie des Petites-Affiches des Evèchés, 4 pp.
Recueil périodique des Arrêts du parlement de Metz,
80 p.
Affiches des Trois-Evéchés, 4 janvier 1772 au 23 déc-
1773, no 52. 2^ vol. in-4o Metz. J.-B. Collignon.
Suivies de
Supplément aux Affiches de Lorraine et des Trois-Evè-
chos, contenant les notes exposées aux tableaux des Hypo-
thèques des Bailliages du ressort de la Cour. 8^, 58 p.
(1) Voyez p. 32 et suivantes de Janvier-Février-Mars, 1897.
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HISTOIRE DE LA PRESSE EN ALSACE-LORRAINE 235
Affiches, Annonces et Avis divers pour les Trois Evô-
chés et la Lorraine, 6 janvier 1774 a 28 décembre 1775
(n« 52) Metz. J.-B. Collignon. 1^^ vol. 228, 2« vol. 223 p.
Albert Brondex et Blouet, gérants.
4 janvier 1776 au 23 décembre 1777 (52 n^»). 368 p. in-4^
Janvier 1778 au 31 déc. 1778. Metz. Jos. Antoine. 216 p.
in-4<'.
Affiches des Evéchés et Lorraine. 1779 k 1790. 12 vol.
in-4o. Metz. J. Antoine.
L*Abeille de la Moselle, Metz. L. Verronnais, 4 ans,
Réunie en 1810 au Journal de la Moselle de Blouet.
Annales nationales et politiques. Journal du départe-
ment de la Moselle, de la Meurthe, de la Meuse, des Ar-
dennes et des Vosges. Avril 1790 k juin 1791. Imprimerie G .
Lamor». 2 vol. in-4<>.
Le second volume du l«'janvier 1791 au 30 juin 1791.
Journal de Peinture par A. Lutton. Metz, G. M. B.
Antoine, 1821, trois fois par mois. Un seul numéro in-8®.
Journal des départements de la Moselle^ de la Meurthe.
de la Meuse, des Ardennes et des Vosges, commençant au
6 janvier 1791 au 2® jour des sans culotides de Tan 11 (1793-
1794) de la République. Imprimerie Lamort pour les trois
premiers volumes et pour le quatrième du 5 vendémiaire an
III au 4® complémentaire an IV, imprimé successivement
cbez Blouet et Verronnais.
Les neufs autres volumes, du 4 vendémiaire an Vau 5®
complémentaire an XII (1804), sortent des presses des deux
derniers imprimeurs.
Verronnais imprima deux années, 31 décembre 1806. En
tout 13 vol.
Journal de Mets, Nouvelles des Armées.
Du l*''* Brumaire an VIII (23 octobre 1799) au 3" complé-
mentaire an XII (1804). Un volume de l'Imprimerie Verro-
nais in-4<>.
Journal d'accouchemens ou recueil périodique sur les
accoucbemens, maladies de femmes qui y ont rapport, au-
topsies cadavériques, vaccine, 2 vol. an XIII, I^"* 406 p. et 2®
366 plus trois tableaux, Metz, Pierret, par M. Mprlanne,
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236 REVUE d' ALSACE
Journal du département de la Moselle. Du 5 janvier 4807
au 28 décembre 1825. Dix volumes in-f®, imprimés succes-
sivement chez Verronais, Lamort et Antoine Dosquet.
Propriétaires, Louis de Joubert 1809, Louis Devilly 1819 et
Dubalaj 1825.
Journal des Spectacles de Metz. A porté le nom de V Artis-
te Messin et du Fui^et indiscret et du Messin, Melz, J. Mayer,
1859-1870, 9 volume in-fo-
L'Entracte, petit journal d'Alsace-Lorraine, nov. 1874,
Décembre 1875. Metz, imprimerie de la Gazette de Lorraine,
Gérant Fr. Jacquot (de Vallois).
L'Abeille de la Moselle^ mardi et vendredi, 4 janv. 1820
au 23 déc. 1829. Metz, C. Lamort. Le Journal fut remplacé
par Le Courrier de la Moselle, 1829 à 1870, rédacteur Har-
mand et F. Blanc, imprimeur. Metz, puis Réau, in-A® et in-
folio. Imp. S. Lamort, Blanc, puis Réau, rédacteurs. — Jour-
nal qui eut beaucoup de succès.
Le Vœu National, écho du pays messin, Melz, Vaillant,
rédacteur en chef, 1" juin 1848 k 1870. Le journal rempla-
çait La Gazette de Metz et de Lorraine, 31 déc. 1831, 31
mai 1848. Metz, Collignon, puis Pallez-Rousseau. Le Vicomte
de Curel, rédacteur.
Le petit Glaneur, ]ovivvid\ littéraire et feuille d'annonces
de l'arrondissement de Sarreguemines. A. Weiss, 1850-1867.
Le Moniteur de T/iionrille, iournsil hebdomadaire, indus-
triel et agricole, Metz, Mayer 1867.
Le Courrier de Briey et de Longwy, journal littéraire,
industriel et agricole, Metz, Mayer 1867.
Affiches, Annonces et Avis divers de la ville et de Tar.
deThionville, tous les cinq jours, Thionville, Fondeur, 1819-
1841.
Jurisprudence de la Cour royale de Metz ou Recueil des
arrêts rendus par la cour royale de Melz en matière civile,
criminelle, commerciale, de procédure et de droit public,
in-8o. Metz, S Lamort, N. Parant et C. N. Oulif rédacteurs,
1812, 1" vol. 384 et 385 pp. 2^ vol. l^r et 2. 382-385. 1819 :
3« v. i^^ et 2. 384, 1820, 385, 1820, 4^ v. l^»" et 2<^ 302,
1822 et 318, 1823; 5« v. 392, 1824, 393, 1826 à 1827.
Affiches, annonces et avis divers de Tarr. de Briey, tous
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HISTOIRE DE LA PHESSK EX ALSACE-LORRAINE 23?
les cinq jours, Briey, Bancias, 1828-1841.
V Indépendant de la Moselle, journal politique, industriel
et agricole du département de la Moselle, 1" Décembre 1830 k
1870. Metz, J. Witlersheim, puis J. Mayer.
Le 3Ioni(eur de la Moselle, journal politique et adminis-
tratif, 16 mars 1852, 1870. Metz, Ch. Dieu et V. Maline,
in-folio.
UUtile. journal populaire de la Moselle, janvier 1833,
janvier 1835, 2 vol. in-4«. Metz Lamort, Belles lithographies.
La Gerbe de la Moselle, iournsA des vrais inténHs popu-
laires 1834-1839. Metz Dosquet, neuf vol. in-4o.
L'Indicateur de VEst, journal scientifique, littéraire,
commercial et industriel pour les départements de la Moselle,
Meurthe, Meuse, Vosges, Ardennes, Marne, Haut-Rhin et
Bas-Rhin, par le D»" Bégin, Metz. Verronnais douze n"«
1830, in-8o.
Jurisprudence des Cours Royales de Mets et de Nancy,
ou Recueil des Arrêts rendus par les deux Cours en matières
civile, commerciale, de procédure et de droit public... par
MM. Oulif, Leneveux fils et Briard fils, avocats à la Cour de
Metz... et MM. Châtillon, Volland et d'Ubexy, avocats l\ la
Cour de Nancy. Metz, Lamort, 2 vol. in-8» 1833.
Jurisprudence de la Cour impériale de Metz ou Recueil
des Arrêts rendus par cette Cour par MM. Domannget, Ch.
Abel, Poulet, Leneveux et Cailly. Metz, S. Lamort, 1854,
1869, 15 vol. in-8«-
Ca/ï*^i7 «7^nera/ du département de la Moselle.... Procès-
verbaux des délibérations de la Session de 1838 h la session
de 1869 inclusivement. Metz, impr. Dosquet, llumbert, Ch,
Dieu et V. Moline ; 32 vol. in-8o-
Recueil Administratif pour le département de la Moselle^
imprimé par ordre de M. le préfet, 1816, 1869. Metz, Antoine
Dosquet, Humbert, Ch. Dieu et V. Moline, 39 vol. in-8«>-
L'Observatrice d'Austrasie. Almanach pour l'an de grAce
1758, exactement calculé et stipulé sur le méridien de Metz
par le berger d'Outre Seille ou Ton voit les temps, les pronos-
tications, les phases de la lune etc., Metz, J. Antoine, petit
in-8« , 64 p.
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â38 UfiVUE D^ALSAGÊ
Journal de Metz, pour les années 1759 à 1776, Metz, Gol-
lignon, 10 vol. in-S®-
Almanach des Trois Ecéchés, pour 1783-1790. Metz, J.-B.
Collignon, 7 vol. in-16.
Almanach des départements de la Meurthe, des Vosges,
de la Meuse et de la Mozelle qui se partagent les anciennes
provinces de Lorraine et Barrois, année 1790. Nancy, C.-S.
Lamort, 1791, un vol. in-18.
Annuaire du département de la Moselle pour Tan VIl« de
la République française — pour Fan VIII (1798-1800). Metz.
Verronais, 2 vol. in-12.
Annuaire de la préfecture du département de la Moselle,
pour les ans IX, X et XI. Melz, Verronnais, 3 vol. in-18.
Annuaire (in département de la Moselle, pour les ans XII
et XIII de rère française. Metz, Antoine Tafné, 1802-1804, 2
vol. in-12.
Annuaire de Verronnais, imprimeur à Metz, département
de la Moselle, 2^ édition pour Tan XII, pour Tan XIV avec un
portrait de l'empereur. Metz, Verronnais, 2 vol. in-18.
Annualises de Verronnais pour les années 1808, 1811 h
1831. Metz, Verronnais, 22 vol. in-18.
Annuaires statislicjue cl historique du département de la
Moselle pai Verronnais 1832 à 1841. Metz, Verronnais, 10 v.
in-8.
Annuaires historique, statistique, administratif, militaire,
judiciaire et commercial du département de la Moselle de
1842 à 1851. Metz, Verronnais, 8 vol. in-S^-
Annuaire de Tarrondissement de Metz pour 1852, par
Verronnais père. Metz, Verronnais 1852, un vol. in-8^-
Annuaire du département de la Moselle pour... 1854, con-
tenant les fonctionnaires civils et militaires, les tribunaux ...
publié par Verronnais. Metz, Verronnais, 1854, in-S*'-
J;m?i«/r^ astrologique, météoroloe^iqne, statistique et ad-
ministratif pour le déparlement de la Moselle... par le comte
L. E. de Chastellux, 1855. Metz, Rousseau, Pallez 1855, un
vol. in-12.
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HISTOIRE DE LA PUESSE EN ÂLSAGB-LOIIRAINB ^^9
i4n/jMaire adminislratif, industriel et commercial du dé-
parlement de la Moselle pour 1856. Metz, Verronnais, 4 vol.
in-8«-
annuaire du département de la Moselle, publié par Ver-
ronnais, pour 1865 et 1866. Metz, Verronnais, 2 vol. in-8o-
Mémoires de la Société d*archéologie et d'histoire de la
Moselle. Metz. Rousseau-Pallez, 1858-1870, treize vol. in-8o.
Bulletins de la même société, Metz. Idem. 1858 a 1870,
treize vol. in-8o.
UAuslrasie, Revue du Nord-Est de la France, Metz, Ver-
ronnais 1837, puis Revue d'Àustrasiey Metz Dembour,1837-
1843, in-8o9vol.
UAuslrasie. llevue de Metz et de Lorraine, Metz. Rous-
seau-Pallez, 1853-1862, dix vol. in-.8°.
Revue de VEst (rAustsasie) Metz. Rousseau-Pallez, 1864-
1869, six vol. in-8^
Revue de Mets, Histoire, Littérature, Beaux-Arts, Indus-
trie, Metz. 1844-1845, in-8o.
Société des Lettres, Sciences et Arts de Metz, 1821-1828,
Metz. Antoine, huit vol. in-8®.
Mémoires de V Académie royale de Mets, 1829-1847, dix-
neuf vol. in-8o Metz.
Mémoires de V Académie nationale de Mets, 1848-1852,
cinq vol. in-8o , Metz.
Mémoires de r Académie impériale de Mets, 1833-1870,
dix-huit vol. in-S^ , Metz.
La Moselle Administrative publiée par M. Ed. Sauer,
archiviste de la préfecture, années 1857, 1858, 1859, 1860,
1861, 1867, 1868, 1869,1870. Metz, Alcan; Paris, Paul Dupont ;
Metz, Verronnais, 9 vol. in-8®-
Affiches, annonces et avis divers à^Xdi ville de Metz, de
1813 k 1819. Metz, Lamort, 7 vol. in-S»-
Journal d' Instruction populaire, du déparlement de la
Moselle, par M. Labaslide, professeur au Lycée. Metz, La-
mort 1832-1833, in-8o
Le Messager de la Moselle, Journal de Tinstruction popu-
laire, mémorial des maires, desagents-voyers, desinslituleurs.
Janvier 1842 k 1850.
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â40
UEVUE D ALSACE
Mets, Mayer Samuel, puis Gh. Dieu, 5 vol. in-8° et un vol.
in-40 (1848).
yowrnrt/ joo////yM^, hebdomadaire dans l'idiùme allemand
corrompu que parlent les juifs messins, en caractères hébraï-
ques, 5 nov. 1789 ; !«'' avril 1790, Melz, Ab. Spire.
Journal ou Calendrier de Metz. Metz. J. Collignon, 1858-
1870, 13 vol. in-12.
Recueil des Edits, déclarations, lettres patentes et arrêts du
Conseil enregistrés au Parlement ; ensemble des Arrêts de
Réglemons rendus par cette Cour, etc., (par Emmery). Metz,
Pierre Marchai, 1774-1778,6 vol. in-4<'-
L'Union des Arts^ revue littéraire et artistique, publiée
sous les auspices de la Société do TUnion des Arts. Metz, S.
Lamort, 18oi-18o2, in-8« fig. 2 vol.
Journal des amis, rédigé par une Société de républicains
du département de la Moselle. Metz, 1798. P. Antoine,
in-40
Revue des Ilôpilaux civils de Mets. Metz, CangeU rédac-
teur, D'Defer, 1857-1870.
Journal de la Société d'horticulture du département.
Metz, Rousseau-Pallez, tous les trois mois, 1857-1870.
Bulletins des Comices agricoles du déparlement de la
Moselle. Metz, F. Blanc, tous les trois mois, in-80 192 p. p.,
planches 1857-1870.
Jurisprudence de la Cour impériale de Melz ou Recueil des
Arrêts etc.. Rédacteurs, M" Dommangel, Leneveux et Abel.
Metz, F. Blanc, 000 p. 1857-1870.
Annales du déparlement de la Moselle. Metz-Nouveau,
petit in-folio. Rédacteur. F. M. Chabert, 1851, 1857, 1870.
Exposé des iravauTa de la science médicale du départe-
ment de la Moselle. Melz, Verronnais, 1859-1870.
L'Artiste messin, journal hebdomadaire, in-4o , Melz.
Meyer gérant. Richard, 18(51-1870.
La Sentinelle de Thionoille. Journal politique, littéraire
commercial, industriel et agricole. Thionville, Fondeur,
1861.
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iilSTOlBE DE LA PRESSE EN ALSACE-LOURAINË 241
BuUelin de la Société d histoire naturelle.
Metz, Verronnais, 1866-1870.
U/nstituieur de la Moselle, publication lilléraire in-8o.
Metz, Gerson, Lévy, 1840-1842.
La p'tiat Ermeneck messin ^oVennaye 1817 clans l'qiiel
on trouvVque n'am dans les aules et c'qu'on n'em iqua vu.
Dédiet aux Dèmes et D'moizels de Metz pé l'Franc Messin
Romy (A. Mory). De rimprim'reye de LémDut qu'ai beun
en vèye, in-i2, 42 p. id. 1818, cheux Mlle Thiel, in-i2 ;
id. 1819.
Le Messager boiteux pour 1826. Verronnais, in-4o, 26 p.,
i'J, 1855, 29 années.
Le Lorrain peint par lui-même, almanach pour 1853,
curious et émusant. 1 parle de torto, de Napoléon, de la
Répblique, etc. par Jaclot et Jaulny, 1853, 1854. Metz, Lecou-
teux et Loretle, in-12, 55 et 60 p.
Almanach des Bonnes gens, 1859, 1« année, soixante-
douze, pages in-8<^ a deux colonnes, quatre-vingt pages. Metz,
F. Blanc.
Le grand Messager boiteux de la Moselle, al nanach ins-
tructif, récréatif et amusant 1859. 34« année 80 pages,
flgures. Melz, Verronnais.
Le véritable Messager boUeax de Metz, almanach ins-
tructif récr'éatif et amusant pour 1859, 33« année, in-8<».
Melz, Verronnais, in-8», 6i p. figures.
Almanach israélite de mtz pour l'an 5620 (1859-1860).
Metz, Maycr, in-32, 32 p.
Almanach de Chan Heurlin, Metz. Nouveau, édité par
Lorette, 1860-1863, qual'-e années, in-4".
Almanach des Bonnes gens, même imprimerie et même
imprimeur. 1859-1863, in-4o, cinq années.
Almanach des Amis de la Liberté, ou le chansonnier
républicain pour Tannée 1849. Metz, Verronnais, in-4o,
soixante-quatre pages.
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242 RBVUB D*ALSACB
Almanach chantant, ou \q Ménestrel de la Moselle pour
1848. Melz, id. in-4«, 1846-i848.
Le Messager des villes et des campagnes, almanach
religieux, moral, historique et récréatif. Metz, Collignon,
in-4o, 1834-1836.
Arthur Bexoit.
(A suivre, par les listes de la Meurthe, de la Meuse et
des Vosges).
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LA VIE A STRASBOURG
AU
commencement du XVII® siècle
CHAPITRE SIXIÈME (1)
De la Deflpensière
J'ay une friande despensière. Quand je luy donne quelques
resles de viande a serrer en la despense ou au garde-manger,
el luy en charge de bien fermer la porte à la clef, ic trouve
le lendemain que le meilleur en est mangé, et qif il n'y a plus
que la carcasse, ou les os d'un chapon ou autre volaille. Et
quand ie luy en fay reproche, elle dit que le chat Ta fait et
qu'elle n'en peut mais, parce qu'il est entré par ie trou
d'une losenge, ou rondeau cassé des vitres.
Je cognois bien ces chats, Madame ; ce sont chats à deux
pieds, i'en ay de tels en mon logis.
Je m'en doute bien. Outre cela elle ferre volontiers la mule
car quand ie vay moy-mesme au marché, i'achète plus de
de choses, et si je ne desbourse pas tant d'argent qu'elle. Jus-
ques icy je me suis fiée de tout a elle, luy laissant porter
un clavier (2), où pendent les principales clefs de la maison.
Fermez l'estable avant que les chevaux ne soient
eschappez.
(I) Voy. pp. 78 à 103, de Janvier-février-mars, 1897.
(f) Ein SchlûsselHng,
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244 REVUE d'alsage
Ten ay bonne envie aussi. Je lui osteray les clefs, princi-
palement celles de mon bufîet et de mon armoire : car pen-
dant que je suis au presche, elle pourroit en un beau matin
faire sa main, c'est-à-dire, un paquet du plus beau et du
itiéilleur que j'aye et gaigner aux pieds, emporter le chat'du
logis, ou faire un trou à la lune (1).
Vous avez raison. Soyez sage devant le dommage, au con-
traire des fols. Nul n*est trompé qui ne se fie. Nous en eus-
mes dernièrement un notable exemple en la cuisinière du
receveur de Messieurs de Bouc(2) auprès de S*-Nicolas (3); cette
carogne ayant fidèlement servi quelques années pour acqué-
rir de la confidence, en fin voyant beau jeu en Tabsence de
son maistre et de sa maistresse, emporta bagues, loyaux et
tout l'argent contant qu'elle trouva.
Bon homme, garde ta vache (4).
La confiance fait beau jeu au perfide trompeur (5).
CHAPITRE SEPTIÈME
De la Fruictiére ou Revendeuse
Dame Barbe, comment vous va depuis le décez de vostrc
bon Jean ?
Hélas il me va comme il va ordinairement aux pauvres
veufves, qui ont beaucoup de soin et peu de pain, force tris-
tesse et peu de liesse.
De quoy vivez-vous ?
De pain et de vin quand l'en puis avoir.
{{) Fersengeld geben, gute nacht mit dem Jiûckefi umnschen
Offer ausi^eissen wie. Schœfenledder,
(2) Le lexle allemand porte : nieiner Herren von Beck.
(;i) L'église de St-Nicolas (sur la Bruche) remonte à dt82, fondée
sur les terres de St-Thoraas par le chevalier Wàlther Spender,
Elle ne doit pas ôtre confondue avec le couvent de St-Nîcoîas aux
Ondes, supprimé en 1592 et dont Ferd. Heibcr a public un si
curieux livre livre de cuisine.
(4) Einjeglicher Fusc/is gebe Achtung auff seinen Ralg.
(i\) Woltrawen t^eutei das Pferd himceg.
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LA VIE A STRASBOURG 245
Vous faites bien, car le breuvage de Teau est moins bon
que beau. Mais à quel traffic gaignez-vous l'argent ? ne
sachant coudre ni filer avec vos doigts crochus et tortus.
Je suis revendeuse.
Qu'est-ce donc que vous achetez pour revendre ?
De toute sorte de fruict tant de garde que non de garde
ou qu'il faut manger incontinent qu'il est cueilli, de peur
qu'il ne se pourrisse, comme fraises, framboises, cerises,
groselles d'outre mer (1), meures, cornoilles (2), prunes,
abricots, pesches, melons, concombres.
Il y a aussi du fruit qui se garde quelques semaines,
comme neffles, cormes (3), pommes et poires hastives, tous
lesquels se gastent à la longue sans estre confits.
Le fruict qui se garde iusqu'au nouveau est la noix, la
noix, la noisette, le citron, coin, limon, orange, grenade,
figue et la poire et pomme tardive.
Dites-moy quelques appartenances du fruict.
Tout fruict a pour semence ou un noyau ou des pépins.
La superficie tendre s'appelle pelure, la dure, escorce,
comme en une grenade, orange etc, ou bien coque, comme
es noix : ou noyau, comme es amandes.
Ce par où Ton empoigne la cerise ou poire se nomme
quelle Le milieu de la poire ou pomn^e contenant les pépins,
s'appelle le troignon (4). Les fruitières de France cernent les
noix vertes, ayant encore leur brou, et appellent ces moitiez
de noyaux, cerneaux, que Ion mange en un plat avec de
Teau et du sel et est un bon esperon de vin.
Oulre ce qne dessus, ie vends aussi des quartiers de pom-
mes et poires sèches, et des cerises aussi sèches.
(1) Meertrœubel.
(2) Welsche Kirschen.
(3) Nespeln, EschrœseL
(4) Heisaet der butz oder krips.
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246 REVUE D* ALSACE
CHAPITRE HUITIÈME
Du garçon de gentilhomme estudiant
Monsieur mon hosle, ie vous prie de m'adresser un joli
garçon, adroict et de gens de bien, pour me servir k faire de
petits messages, décrotter mes souliers et bottes, me les
chausser et tirer, verser h boire et servir h table quand i*auray
des hostes.
J'en say un, qui sera bien, vostre fait, de Taage de seize
ans, fils de bourgeois et qui a desja servi un gentilhomme,
avec qui il s'est fort bien comporté, comme le tesmoigne le
congé, qu'il luy a donné par escrit en partant de ceste ville.
Si vous voulez je l'envoyeray quérir.
Vous m'obligerez fort, car je suis honteux de faire faire
tant de corvées à vostre servante, et la destourner si souvent
de sa besogne.
Le voila qui passe pardevant nostre maison: quand on parle
du loup on en voit la queue. Hola hé, petit Jean, vien-çà i'ay
un mot k le dire.
Qu'y a-l-il Monsieur? Qu'avez-vous de bon U me dire?
Je te veux demander si tu n'as point encore de maistre.
Nenny, Monsieur. Je voudrois bien que vous m'en trou-
vassiez un.
Il est desja tout 'rouvé. Voicy un honneste gentilhomme
avec qui tu seras très bien si tu veux bien faire. Il n'est pas
rude, il ne te rudoyera pas, ne te mastinera, ni foulera aux
pieds, ou dcmnera l'anguillade, ou les estrivières, ou des
coups de nerf de bœuf (1), comme font quelques maistres ou
pluslost impiteux et cruels bourreaux.
Monsieur a raison, car ie say très bien que les coups aba-
st u 'dissent plus tost les ieunes esprits, qu'ils ne les réveillent
et add ressent.
Quand ie voy qu'un valet ne tient conte des douces remons-
trances que ie luy fay, i'aimc mieux lui donner congé, que
(l) Er tcird dich nit hart und hunds-iibel halien, noch mit
fussen treten odcr mit dem Farrénxoadel herumtreiben.
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LA VIS A STEASBOURG 247
de me rompre la teste k le malmener, et me mettre en colère
en le battant. Advise donc si tu te veux mettre a mon service,
le t'habilleray honnestement, et te mettray en pension à la
. table de mon Lostesse avec ses enfans et servantes, qui ne
font pas maigre chère. Je t'env(»yerai aussi à Tescole appren-
dre k lire, escrire et compter : et si pourras venir avec moy k
la sale des armes et apprendre quelque chose, aussi bien
que les autres garçons, dont quelques uns tirent desja assez
joliment.
Monsieur, si vous me faites Thonneur de me recevoir en
vostre service, ie m'efforceray de m*en rendre digne et de
vous contenter par toute sorte de diligence, ponctuelle obéis-
sance et entière fidélité. Vous n'avez qu'a dire quand il vous
plaira que ie me vienne ranger en mon devoir, et commencer
h recevoir vos commandements pour les exécuter.
Si tu as autant d'accomplissement que de complimens, ou
si tu sais aussi bien faire que dire et si tes pieds et tes mains
sont aussi habiles que ta langue est bien pendue, j'auray un
bon sei'viteur en toy.
Monsieur, la volonté de bien servir surpasse de beaucoup
les paroles, bien que le pouvoir soit petit.
Viens donc, quand tu pourras, i'en feray l'cssay.
Bien, Monsieur, ie m'en vay quérir un petit paquet de
mes hardes et adverlir mon père de la condition que j'ay
rencontrée.
Hé bien, Monsieur, me revoicy desja.
Sois le bien venu. Regarde dans ceste chambre au pied de
mon licl, au chevet de la carriole, il y a un coffret, qui ferme
k clef, mets y tes hardes.
Bien, Monsieur. Au reste ie voudrois volontiers que vous
me dissiez ce quei'auray k faire d'ordinaire tous les jours,
afin de ne manquer k mon devoir.
Dès le soir avant que te coucher, il te faut décrotter mes
bottes et espérons et noircir mes souliers : te lever en hyver
a six heures du matin, allumer une chandelle, faire du feu
au fourneau : après cela tenir de l'eau fresche et nette, preste
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248 RBVUE d'alsage
sur la table dans une aiguière (1), ou mon grand verre à
bière, pour me rincer ma bouche, et me laver les yeux et le
visage. Pour les mains je les lave au lave-main (2) (ou fon-
taine) qui doit estre rempli tous les matins, et le bacin de
dessous (3) vuidé. Cela fait il te faudra mettre estuyk peigne
sur le tapis, nettoyer le peigne d'ivoire, de buis ou de bois
de rosmarin avec la brossette, espousseter mon chapeau,
manteau, chausses et pourpoint avec la ramonette ou les
vergeltes, que tu m'apporteras par après, auprès de mon
lict pour me lever et habiller h mon aise. S'il fait un temps
humide, tu dois prendre mes bas de toille sur le dossier
d'une selle, et l'approcher du fourneau pour les sécher.
Cependant que je m'habilleray, retourne la genoûillière de
mes bottes (4) iust]ues aux attaches et te tiens prest h m'aider
a les chausser, et attacher mes canons, et me mettre mes
espérons. Apres (juoy tu me suyvras à la sale des armes, là
oii tu pourras demeurer avec moy, et t'exercer à tirer avec
tes semblables, si tu as de l'inclination ii cet art : si non,
t'en retourner au logis et n'en bourger qu'il ne suit temps
de me revenir quérir à fin de me mener au logis de nostre
pension pour y disner. Vers le soir il te faudra tousjours
mettre la lanterne en place et y mettre un bout de chandelle
pour me mener souper et m'en amener; car il faitdesja nuict
toute close k cinq heures et demie, et qui n'est éclairé
d'un) lanterne, flambeau ou torche, ne void des yeux non
plus que du dos (5).
(1) (riesskanne.
(2) Handfass.
(ti) (liesbecken.
(4) Sti/irelstolpen.
(5) L'éclairage des rues de Strasbourg la nuit est de création
rolalivement récente. Durant tout le moyen-ûgc IVclairage des
rues de Strasbourg était lotalemont inconnu. Les bourgeois qui
avaient à sortir de leurs maisons étaient tenus de se munir de tor-
ches ou de lanternes allumées. Des gardes de nuit l'alsaient en
outre des rondes. Mais toutes ces précautions ne purent prévenir
les épouvantables désordres que révéla l'enquête de 4410 (publiée
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LA VIE A STRASBOURG 249
Estant au logis, la première chose que tu feras, sera de
descouvrir mon lict, vuider mon pot de chambre (I), s'il y a
de l'urine, le me: Ire sur le marchepied (2) après estre bien
esgousté, puis tirer les rideaux ou courtines; soigner au feu, le
couvrant de cendres et fermant bien serré la petite porte de
fer du fourneau, de peur qu'il n'en arrive quelque malheur
et grand inconvénient, aussi bien que la chandelle qu'il faut
esteindre avec un tue-chandelle, de ferblanc (3). Si par fois
quelque honneslé homme me vient voir à qui ie vueille pré-
senter à boire, ie te feray signe par un clin d'oeil: alors tu
quiteras tout autre affaire pour aller quérir en diligence un
pot de vin avec une petite miche de pain, que tu découperas,
a la mode du pays, en morceaux carrez, ou en eschiquier, et
la saupoudreras avec du cumin et de sel sur une assiette.
Prend aussi bien garde de n'apporter un verre sur lable qui
ne soit clair et net, comme s'il venoit de la verrerie, le lavant
et frottant avec du papier mouillé ou des cendres, et le rinçant
bien puis après Quand tu sauras qu'on aura beu a moy, garde
toy bien de m'en tant verser qu'à un autre : car c'est un grand
dans Kœnigshoven-Schiltcr) dont les nobles s'étaient rendus cou-
pables et qui avaient ametié heur expulsion dé la YiHe. En 145^ Te
magistral défendît )a cFrcuialibn dans les rues après 9 heures du
soir avant Pâques et aprè<3 dix heures après Pftqfttes. Cette orlôn^-
nance fut renouvelée en 1460, 1469, 1485 (Strassburgisehe
(ieschichlen.... p. 13 et suiv). En cas d'incendie, d'alerte ou d'attc-i-
que le bourgeois était obligé d'éclairer sa maison. En 17i8 le
magistrat roulât faire introduire l'éclairage aux frais des particti-
liers. La noblesse et ie clergé portèrent phûnte et l'arrêt fut c«sdé
par le roi. Enfin en 1778 le maréchal de Contades, le cardiaii^ de
Rohan, le prince de Hesse-Darmstadt et le prince Max de Deux-
Ponts arrachèrent au gouvernement l'autorisation d'éclairer les
rues de la villle du l»»" octobre au 1er avril depuis la chute du
jour jusqu'à 1 heure du matin. Cette autorisation enjoignit à tous
le& propriétaires de maisons de payer leur part de contributioii et
n'en exempta aucune propriété ni publique ni privée. (Piton.
Slrasbg. ill. Il 137-8).
(i ) Nach tscherben .
(2) Fussschemmel.
(3) Mit einem blechenen Liechtstib'tten,
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250 REYUB D'ALSACE
pas de clerc, et une grossière incongruité que le. conviant du
maistre du logis s'enyvre devant l'estranger, se rendant par
ainsi incapable de Tentretenir. C*est pou rquoy pour prévenir
cette incommodité quelques uns boivent d'un petit vin ordi-
naire qu'on appelle vin de table, afin de demeurer sobre,
comme ils disent ou en leur bon sens. Sur ta vie garde-toy bien
toy-mesme de t'enyvrer, car tout le service seroit gaslé. Si tu
veux boire, tu le pourras faire après que l'estranger s'en sera
allé, ie ne te le défends pas. Il faut qu'un ieune homme boive
longtemps avant que de venir docteur. Voilà la plus grande
partie de ce que tu auras h faire avec moy, ce n'est pas tra-
vail de grand ahan (1). Je ne say plus rien que quelques
petits messageis, comme k la lavandière, au cordonnier, au
fournisseur (2), ou au tailleur: pour le relieur de livres, tu
n'useras guère de souliers h l'aller voir, car ie ne me tara-
buste pas, ou alambique, l'esprit k estudier, depuis que ie
hante la sale des armes de peur que les autres qui font gloire
de rien savoir ne m'appellent mangeur d'encre, comme ils
faisoient avant que j'eusse fait banqueroute à Minerve (3).
Monsieur, i'ay bien entendu tout ce que vous m'avez dit :
ie n'auray guère de peine de m'y accoustumer, car ie faisois
quasi tout le môme service avec mon premier maistre, qui
haîssoit aussi de sorte les estudes, qu'il en bannissoit tout
l'attirail, et estoit contraint d'emprunter de l'encre, du papier
et une plume, quand il lui falloit escrire des lettres pour
envoyer au pays, ce qu'il ne faisoit qu'a son corps défendant,
et pour demander de l'argent. Surquoy il me souvient qu'un
autre Fappellant Pédant et gratte-papier (4), parce qu'il
avoit une tache noire sur ses chausses rouges, il s'en
purgea en jurant, et se donnant au grand Guillaume (5),
s'il y avoit eu de six mois une goutte d'encre en son
(i) Es ùt kein Halssarbeit.
(2) Schwertfeger, .
(3) Ehe dann ich ein Loch diirch den Sckuhack gestochen
hatte,
(4) Schulfuchs und Blacker.
(H) ISich dem schwarsen Casper enjabe.
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LA VIE A STRASBOURG 251
poile (4) : et toutes fois il avoit esté envoyé icy exprès pour
estudier, et plus n'en dit le déposant. A un bon entendeur il
ne faut qu'une chartée de paroles.
CHAPITRE NEVIÈME
De la servante
N'est-ce pas icy le logis de la loueresse de servantes? (2;.
Ouy, entrez, Madame.
Avez-vous des servantes qui cherchent service?
Ouy, Madame, mon poile en est tout plein. Entrez, vous
aurez le choix. En voilà de toutes sortes et façons, de petites,
de grandes, et moyennes, de belles, et laides pour les dames
jalouses, de propres et maussades, adroicles et maladroict«s,
nettes et ordes ou saloppes (3).
Il n'y a rien là, qui vaille : ce n'est pas mon fait.
Jevoybienà leur physiognomic ou firlimousse (4), mine
et trogne, que l'une est subjecte au vin, l'autre a le nez
tourné a la friandise, l'autre est une vraye babillarde, l'autre
une fausse femelle, l'autre paresseuse et aime la besogne
faite (5), l'autre dort volontiers la grasse matinée, l'autre a
(\) Poille est le nom donné en Alsace, en Allemagne et en
Uollande, à la chambre où est le poêle. Ce mot vient du bas-latin
pisalis, piselis, piselum synonyme de genecium, gynœceum, lieu
où les femmes de service travaillaient aux ouvrages de laine.
Gomme ces lieux étaient chauffés, on prit l'habitude de donner
au nom de ces ouvroirs le sens de chambre chauffée. Du Gange fait
venir piselis de pensile, venant de pensum : tâche, à cause de la
tâche que faisaient les ouvrières des gynécées ou poêles.
(i) Magdverdingerin,
(S) Satibere und wàste Mist-oder BollhœmmeL
(^4; Auj. frimousse; viendrait d'après Littré du latin f rumen
signiGant gosi«r, pomme d'Adam. En vieux franfais on rencontre
frume ou frime avec le sens de grimace, apparence. Au XVl^ s.
on disait phlymousse et phr^llelimouse.
(5j Die dritte ein papeltœsch oder schwappel, die vierd ein
arge vettel, die fûnfft ein fautes Loch und boret gern das Brett
am dûnnen Ort.
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2Sâ REVUE d' ALSACE
autant d'esprit qu'un oison, l'autre une vraye traine-gaine(l)
et mal embouchée, l'autre a la main mal seure, ferre la
mule et est garsonniôre (2).
Comment la voulez-vous avoir? ie vous la feray iecter en
moule, ou vous en trierai une surle volet.
l'en demande une qui soit bonne cuisinière, bonne ména-
gère, qui ne laisse rien perdre, sache coudre et filer, buer et
cuire du pain, savonner, empezer, lacer, confire du fruict,
qui soit loyale, diligente, chaste, retenue, silencieuse, ne
pailant qu'estant interrogée, ou faisant un message, ou
disant quelque chose de meilleur que le silence, sans
rebequer(3), qui ne s'amuse point h babiller par les rues
quand on Tenvoye dehors. Il me faut aussi avoir une sous-
servante, et un chartibrillon d'enfant pour herser le mien,
laver les maillots, ou drapeaux, et les brayers, (4), pour le
mettre au net, quand il sera gasté : pour le porter enveloppé
de son lange emmaillotté et levé, l'amuser avec un hochet
fait d'une dent de loup et de sonnettes d'argent : l'amignotter
et dorlotter. Item, pour escurer la vaisselle, relaver les escu-
elles, balier (5), balayer ou ramonner la maison et la rue :
couvrir la table, ou mettre la nappe, rincer les verres et gobe-
lets, et faire des messages par la ville, et tracasser çà et Ik.
Vous trouverez aussi malaisément une servante à vostre
guise, que la lune un tailleur, qui lui fasse une robe propre
h tous les jours.
Au faute de meilleur, on fit dom Jean prescheur, dit le
François : et quand oja n'a point de faucon (dit l'Allemand)
il faut voler avec des chouettes : c'est-à-dire quand on n'a
pas ce qu'on veut, il faut prendre ce qu'on peut. En voilà
une qui me revient mieux que pas une autre, il faut que ie
l'accoste. Fillette, cherches-tu service?
Ouy, Madame, c'est pour cela que ie suis venue en ce
logis.
(t) Ein Sc/ilei/fe oder rechter Schleppsack
(^) Ein Bubenrolle.
f3> Widerbeffstn,
(4} Die Windeln und LochUichlein,
[5J Fegen.
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La VIK A STRASBOURG âoâ
Y a il longtemps que lu es en service f
Un an et demi, Madame.
Chez qui sers-tu k celte heure ?
Chez Monsieur N.
Pourquoi est-ce que lu en sors? Tes-lu si bien comportée,
qu'on t'aye baillé ton congé? (4)
Nenni, Madame. Qui en désire sçavoir la pure et seure
vérité, s'en peut enquérir de ma maîtresse mesme : laquelle
ne m*est pas si ennemie (bien que je la quitte contre son gré)
qu'elle veuille me nuire parlant h mon désavantage contre
sa conscience et la vérité.
Pourquoy la quittes-tu done, situ l'estimes si véritabb?
car la vérité ne demeure pas volontiers chez les meschantes
gens.
Madame, vous sçavez mieux que moy, qu'il y a dift'érence
entre meschant et mauvais, comme aussi entre gens de bien
et bonnes gens. Ma maîtresse est mavaise (sic) et toutesfois
femme de bien s'il y en a une en la ville. Une autre est bonne
envers ses servantes qui néanmoins est meschante envers
Dieu.
N'as-tu jamais esté chambrière de chanoine ou cuisinière
de preslre, que tu es si subtile et si bonne clergessc.
A Dieu ne plaise. Outre qu'elle est insupportablementrude,
elle a un tas de petits enfans, autour desquels on n'a repos
ni jour ni nuict : il se faut relever à tous coups, tant pour
berser le plus petit, ou le donner à sa mère qui l'alaicte en-
core, que pour en mener un autre sur la sellcUe percée :
tantost il faut donner le pot de chambre a un autre, qui veut
faire de l'eau, ou le vuider après qu'il a fait ses affaires, de
peur que la chambre n'en soit empuantée.
Vcux-tu me servir? ie ne suis pas si chargée d'enfans, ie
n'en îiy qu'un que ie veux bientost sevrer.
Ouy, Madame, si mon service vous est aggréabble.
Hé bien, essayons toutes deux un quartier ou un demi-
an.
l'en suis contente, Madame. Dites-moy seulement ce que
ie dois faire, et ie vous serviray avec une telle ponctualité,
[1] Den Sack gel/en.
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É54 tifiVCE D^LSAdE
ou si poncluellement, que vous n'aurez aucun sujet de vous
mescontenter, plaindre de moy, ou me crier.
Sur tout il faut décrolter tous les jours les souliers de mon
mari, les noircir dès le soir, et les frotter au matin pour les
rendre luisans : tenir nettement ménage, ne laisser jusques
au lendemain Taivier chargé de vaisselle sale, mais relaver
et escurer tout, avan4 que de se coucher, et avoir une cu-
vellée ou seillée d'eau toute preste pour le besoin qu'on en
pourroit avoir pendant la nuict : bien couvrir le feu, et n'ou-
blier sur la vie de fermer la petite porte de fer du fourneau,
de peur d'un embrazement, qui en peut survenir par le moyen
d'un chat cendrier, qui emporte parfois un charbon, ou estin-
celle sur la peau au grenier, dans 1c foin, la paille, fagots ou
autre chose, qui prend volontiers feu. Finalement il faut avoir
le soing de regarder que la porte du logis (4) soit bien fermée
k la clef ou au verrou : de peur que les larrons nocturnes ne
viennent exécuter les dormans sans authorité de justice.
Pour tout le reste appartenant au ménage, il n'est pas be-
soin d'en parler, il n'y a si piètre servante qui ne le sache.
Madame, il estoit aussi peu nécessaire de me remonstrer
ce que vous m'avez dit, que le reste car ie le savois bien.
Tant mieux. Que demandes-tu donc par quartier? (2)
Trois florins.
C'est trop. le ne donne à mes servantes que deux florins
et demi.
Il m'est impossible de servir pour ce prix: si vous ne voulez
que i'aille deschaussée : vous sçavez combien sont chers les
souliers; la moitié du loyer s'y en va, sans conter l'entretene-
ment des habits.
l'en sais toutesfois plusieurs qui n'ont pas davantage, et
si sont bien honneslement habillées; ont un beau garde-
robe et pelliçon, un chaperon, une fraise k plusieurs doubles,
blanche et godronnée, comme filles de maison, avec un
large ruban de tafl'etas pendant h leurs tresses, les souliers
[1] Gassthûre,
[i] £in viertheil Jahr.
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LA VIE A STRASBOURG 25o
veloulez, artistemeni faits avec un talon haut et seulement
de la largeur d*un double ou demi-gros (\).
3i le say bien, Madame, mais il est aisé à juger que, leur
loyer ne s'estendan] pas si loing, elles gaignent le reste des-
honnestemenl, et en travaillant (comme dit TAllemand) du
poing sur quoy elles s*assient, on en ferrant la mule ce
qu'une fille craignant Dieu, et aimant son honneur ne veut
point faire.
Tu as raison, tu me fais ressouvenir du proverbe qui dit :
les petits gages font les grands larrons. Je te donneray ce
que tu demandes, de peur que tu ne sois contrainte de faire
comme ces carognes et harpyes domestiques. Sois seulement
soigneuse et loyale : ne nous détracte pas envers les eslran-
gers : ne t*amuse pas à babiller une heure parla rue, comme
font ordinairement quasi toutes les servantes, et ie le recon-
noitray particulièrement, te donnant tantost une collerette,
tantost une paire de bas encore bons à porter.
Madame, asseurez-vous que ie feray si bien, Dieu aidant,
que vous aurez occasion de vous en louer.
Fais le donc, et Dieu t'en bénira. Tiens, voilà une pièce de
six sols pour ton denier-k-Dieu.
Grand mercy, Madame.
Quand entreras-tu en service ?
Si tost que le terme sera escheu. N'ayez peur que i'aille,
selon la coustume des autres, courir l'aiguillette trois ou
quatre jours durant, et friponner aux tavernes des villages
d'alentour de la ville avec des garçons de niesticr : ma
bonne mère m'a mieux apprise que cela, toute pauvre qu'elle
est.
A Dieu donc, Dieu te maintienne en ceste bonne volonté de
bien faire.
Je l'espèro. car je l'en prie tous les jours ardemment.
[\] Ilaben einen hubschen Schiirr und Peltz, eine Kappe, ein
rielfaltiger weise nufffjezogenes Krœss wie die Dœchter^ mit
einem breiten iaffeten haarbendel, schuhe von snmmethder,
artitj gemaehte, mit hohpti und kreutrerbreiten Absatspn.
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isn
KETiE D ALSACE
CHAPITRE MEXIÈME
Comment appelle-t-oo cesle niê-cy ?
La friperie f f >, c'est à dire le lieu où se veedent les vieux
babils usex, fripez, mais si bien oettovez. regrettez et r*ac-
commodez, que les lourdauts les preneent et achètent pour
neufs.
!' ay ouy souvent dire que, qui >'y entend bien, s'y peut
honnestement r'habiller de pied en cap. et à bon marché.
Il est vrai, i*avois pourtant ces jours passez fait dessein
d'y aller troquer cest habit cy contre un meilleur en don-
nant quelques écus de retour : mais un bon ami m*en a des-
gonné tout à fait.
Pur quel moyen donc ?
11 me jura qu'il ne prendroit pas cent escus pour en
veslir un venant d'un tel lieu : car ulisoit-ih qui sait si
un tel pourpoint u a pas esté a un pendu, et vendu au fri-
pier par le bourreau son bon et ordinaire chaland : ou les
chausses h un vérollé (sauf correction^ et les bas a un vilain
poOacre, ayant les jambes mangées de loups.
Fy, ostez-moi ceste marchandise : i*aimerois mieux estre
habillé tout de toile, comme un moulin à vent, et ce nette-
ment, que de me mettre en danger d'infecter mon corps par
de beaux, mais sales habillemens, ayant servi a un danseur
de corde, ou à un pèlerin de suerie.
[4] Der Grûmpelmarck oder Tœndelmarck aujourd'hui leGîm-
pelmerk qui se lient près de ranciennc gare après avoir eu lieu
pendant de longues années dans la rue du Vicux-Marchê-aux-
Vins et la place de THomme-de-Fer. La date de son établissement
n'est pas connu. Piton se contente de le mentionner.
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La Vie a sTRAsbouRG iùl
CHAPITRE ONZIÈME
De THostelier
Holà. N'y a-il personne céans?
Ouy, Monsieur, soyez le bien venu
Es-tu le valet du logis ?
Ouy, Monsieur, h vostre service.
Y a-il moyen de loger ceste nuict céans?
Ouy-dà, Monsieur, et y serez bien traicté : il n'y en a point
de meilleure hostelerie en ceste ville.
Comment est-ce que s'appelle le Monsieur de céans ?
Il s'appelle Monsieur de nul-lieu.
Quelle enseigne avez-vous ?
Une estrille d'argent (4).
C'est donc signe qu'on y est bien estrille.
Mettez pied à terre, s'il vous plaît, Monsieur, il me semble
que vostre cheval a bon besoin de reposer et de repaistre.
Avez-vous une bonne estable ?
Ouy, et aussi de bon foin, et de bonne avoine, et paille
pour la lictière.
N'y a-t-il point de jument ou cavalle?
Nenny, Monsieur, il n'y a qu'un asne.
Menes-y donc mon cheval, et siffle pour le faire pisser, et
ne le desselle pas si tost.
Le meneray-ie k l'abbreuvoir pour le gueyer et abbreu-
ver (2) ?
Donne-luy tantost une seillée (3) d'eau fresche : frotte-luy
bien les iambes pour les luy essuyer.
le ne trouve point de licol.
[i] Einen silbemen Striyel.
[2] Um et zu Schwemmen und zu trœncken.
[3] Eimer,
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i58 REviK d'alsace
H est tombé et l'avez perdu en chemin.
Voulez-vous aller en vostre chambre ?
Ouy, et viens moy aider k me desbolter, ou viens-moy
osier mes espenms et tirer mes bottes.
Que voulez-vous d'avantage Monsieur ?
Apporte-moy une ramonnette (4) pour mespousseter, et de
l'eau fresche pour rincer ma bouche.
Voulez vous souper tout incontinent ?
Je le voudrois bien si le souper estoit prest, car i'ay grand'
faim.
Ne vous plaît-il pas d'attendre après les autres f
Si fait, mais allons voir ce qu'il y a de bon en la cuisine.
Il n'y en a point de mieux garnie que celle-cy : voilh du
bouilli et du rosti : du poisson cuit, rosti et frit.
N'y a-t-il point d'œufs frais?
Ouy-dà. Comment voulez-vous que Ton les accoustre?
l'en veux de rostis h la Françoise, de pochez au beurre, de
brouillez et une aumelette.
Voilà aussi une perdrix chaude?
Elle est bonne ainsi : car la perdrix n'est pas gastée, que
cuite et froide mangée, dit l'Espagnol.
Ne voulez-vous plus rien ?
Goustons un peu et sachons quel vin vous avez.
Du nouveau, du viex, du clairet, du blanc fort délicat, elc.
Voyez au chap. du Cabaretier.
Le bon vin eschauffe le chemin, dit l'Espagnol, mais ces-
luy-lk est rude et sent la lie.
Il n'y en a point de meilleur céans.
Combien paye-on par repas?
Les aiïamez payent un demi-escu.
le n'ay donc guère grand 'faim.
Allez-vous metlre à table, Monsieur : les autres y sont
dcsja.
le ne veux pas souper, ie me veux aller coucher.
C'est le moyen de ne se point gaster Ja nuict. le vous y
nieneray, quand il vous plaira.
[I] Eine Kphrbfirstp.
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LA VIB A STIIASBOUUG 259
Auray-ie un bon lict? (les linceaux blancs, un oreillier et
une couverte ?
Vous n'aurez faute de rien. Mais de gn\ce, quand est-»ce
que vous voulez partir d*icy.
Demain au point du jour, si je me puis réveiller.
Pourquoy ne demeurez-vous pas quelques jours icy ?
L'hoste et le poisson après trois iours est poison.
Voulez-vous donc que ie vous appelle, et réveille vers la
poincte du jour, pour partir h porte ouvrante ?
Ouy, ie serois bien aise, si ie pouvois arriver demain îi la
Cour.
Aussi ferez- vous a vostre aise, et de bonne heure.
N'y a-t-il point de fusil (2) icy?
Ouy-da. Monsieur, en voila un.
Laisseray-ie la clef en la serrure de la porte, ou si vous
voulez la fermer au verrou par dedans.
Asseur-^ dort, qui n'a que perdre : toutes fois l'Espagnol
dit, porte fermée, teste gardée.
Dieu vous donne la bonne nuict. Monsieur.
Et a toy aussi, mon ami : ne m'oublie pas.
N'en ayez peur, dormez seulement en bon repos.
Debout debout, Monsieur. 11 sera jour avant que vous soyez
habillé. Voià une chandelle allumée sur la tahle.
As-tu bien pensé mon cheval ?
Ouy, Monsieur, et Tay sellé et bridé : et mesme luy ay fait
rattacher un fer qui lochoit (3;.
Dis qu'on m'appreste quelque chose à desiuner pendant
que ie m'habilleray. S'il y a du rosti froid, qu'on m'en face
un hachis: puis remonte icy haut pour m'aider a chausser
mes bottes, ou a me botter.
Où sont-elles, monsieur? que ie les descrotte h la haste.
Elles le seront desja, comme ie pense : car ie les recomman-
day hieraune servante, avec promesse de lui donner ses
espiugles (4). Demande-luy ou elle les a mises.
[1] Weisse Leinlachen.
[2] Feuerzeug.
[3J D(U schlapperte.
[4» Trinckgeld,
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260 REVUE D^ALSACË
S'il VOUS plaist de descendre, vostre desjuner est prest i
un bon hachis sur le rechaut, une couple d 'œufs mollets, une
chopine de vin blanc, et un pain tendre et blanc comme
neige, vous attendent sur un bout de table.
Je descendray incontinent que j'auray fait ma prière. Voilà
le jour tout grand. Il est temps de mettre le pied à Testrier.
Contez.
Vous devez tant, pour vostre giste et vostre desjuné : car
vous ne soupastes pas hier : puis pour vostre cheval tant :
c'est en tout tant.
Voilà ce que tu demandes pour ton maistre : et voici ce
que tu as gaigné en me bien servant, prends-le pour ton
vin (4).
Grand-merci, Monsieur. Si jamais vostre chemin vous ra-
mène icy, et que j'y sois, ie tacheray de vous servir encore
plus ponctuellement que ie ne ay fait : la récompense aiguil-
lonne la diligence.
Tire mon cheval de Testable, et le meine auprès du mon-
toir. Tiens ferme l'estrier droict, tandis que ie monteray.
N'as-tu pas raccourci mes estrivières ? Elles me semblent
plus courtes qu'hier.
le n'y ay rien changé. Si vous voulez, ie les allongeray
d'un poinct.
Fay-le donc vistement. Les voilà bien à ceste heure. A
Dieu, mon ami.
A Dieu Monsieur. Dieu vous donne bon voyage.
CHAPITRE DOUZIÈME
De la Poste
Garson, sçais-tu bien où se tient le maistre des postes?
Nenny, Monsieur, ie n'y ay encore iamais esté,
(1) Fwr dein Trinckgeld.
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LA VIE A STRASBOURG 261
Sçais-tu bien où est le marché au blé (4) ?
Ouy, Monsieur, vis-a-vis de la haie aux pois.
De l'autre costé dudit marché tu verras une grande maison
peinclurée, et ioignant icelle une autre faisant le coin, ayant
un ours et une lanterne, peints à la muraille, c'est le poile
des consuls ou seigneurs (2), tourne ce coin l'autre premier
coin (3) aigu que tu trouveras h droicte, est le logis de la
poste : on y entre par le costé de la main gauche, en voulant
aller en la rue de Saincte-Barbe.
le le trouveray bien : mais qu'y feray-ie ?
Va quérir la gazette, et demande s'il n'y a point de lettre
pour moy. l'attends mon change de jour en jour, et responce
à mes dernières, par lesquelles ie demande permission à mon
père de faire le voyage de France, car il est grand temps que
ie déloge d'icy, les enfans de la rue m'y cognoissent, et me
savent appeler par mon nom et surnom.
Monsieur, me voici desja de retour. La poste n'est pas en-
core arrivée. On m'a dit que ie revienne d'icy a une heure.
N'y manque donc pas. Tourne cest horloge de sable, et y
cours, quand il sera escoùlé.
Bien, Monsieur. le m'y en revay, il est temps.
Hé bien. Monsieur, la poste est-elle arrivée ?
Ouy, tout incontinent que tu as eu mis le pied hors d'icy.
Voici une liste de toutes les lettres.
Regardez un peu s'il n'y en a point, qui s'addresse à mon
maistre et à une jeune demoiselle du pays de Wurtemberg
logée et en pension chez nous.
(i) Le marché au hié se trouvait anciennement vis avis des Gran-
des-Arcades sur remplacement des Petites Arcades devant la
Taverne Alsacienne. Les marchands de blé avaient leurs réunions
au Poêle de la Lanterne de même que les blaticrs, les fariniers,
les chirurgiens et les barbiers. Plus tard le marché fut transféré
sur la Place du Broglie. (Piton 1 197).
(%) C'est le Poêle de la Lanterne, situé à l'angle de la rue
portant encore ce nom.
(3^ Jadis c'étaient les bouchers qui étaient chargés du transport
des lettres leur métier les forçant à parcourir les campagnes. Au
transport des lettres, ils joignirent l'entretien des chevaux pour
le transport des voyageurs. Ces Metzger posten se sont conservées
juscju'd la fin du XVIIe siècle. (Piton 1. c. II. p. 45 et suiv.)
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262 REVUE D 'ALSACE
Comment est-ce qu'il a nom? Comment s'appelle-t-il?
Comment est-ce qu*on rappelle ?
Foin de moy, il m*est eschappé de la mémoire, ie l'ay
oublié : mais si ie Toy nommer, il m'en souviendra bien, ie
reconnoitrois ce nom entre mille.
Escoute donc bien, ie liray tous les noms de ceux et de
celles a qui on escrit.
A Monsieur Abrabam, Albert, Abel, Adam, Adolf, Alexan-
dre, Ambroise, André, Anthoine, Arnould, Aubin, Auguste,
Augustin, cstudiant en droict en TAcaflémic de Stras-
bourg (1).
A monsieur Ballbasar, Barthélémy, Basile, Benoict, Bern-
hard, Biaise, licencié es loix, demeurant h la place de Saint
Thomas h N.
A monsieur Casimir, César, Charles, Chrestien, Christofïle,
Claude, Clément, Conrad, Constantin, Corneille, Crespin,
Cyprian, Cyriaque, maistre es arts, etc.
A Monsieur Daniel, David, Denys, Didier, Dominique,
bachelier en philosophie, que quelques moqueurs appellent
fromage de brebis.
A Monsieur Elic, Erhard, Erneslc, Esayc, Slephan, Ever-
hard, Eusebe, candidat de Tun et l'autre dro'ct.
A Monsieur Fabrice, Félix, Ferdinand, François, Frideric,
apostat de Minerve, et grand courtisan de Mars, Bnchus et
Venus.
A Monsieur Gabriel, Garnier, Gaspar, Gautier, George,
Gérard, Godefroy, Gonlier, Grégoire, Guillaume, Gustave.
A Monsieur Henry, llerman, llilaire, Ilippolyle. Hubert,
Hugues.
.\ Monsieur lacob, ou laques, Jean, Jeremie, Jérôme, Joa-
chim, Joseph, Josse, Isaac, Iules, lulien.
A Lamberl, Laurent, Lazare, Leopold, Léonard, Louys,
Lucas.
A Marc, Marcel ou Marceau, Martin, Mathias, Matthieu,
Maurice, Maximilian, Melchior, Michel, Moyse.
(1) Celle longue liste de prénoms est fort curieuse car elle nous
donne ceux en usage à Slrasbourj? h ce moment là.
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LA ITIR A STUASBOUUG 263
A Nicaise, Nicolas.
A Paul, Philippes, Pierre.
AReiny, Renard, Renaud, Richard, Robert, Rudolphe.
A Salomon, Samson, Samuel, Sebastien, Sigismond, Simon.
A Thiébaud, Thierry, Thomas, Timothée, Tobie.
A Valenlin, Valere, Valerien, Vincent, Vit, Ulric, Urbain,
Zacharie
Voicy des lettres qui s'adressent à c'es femmes ou filles :
A Madame ou k Mademoiselle Agathe, Agnes, Amélie, An-
gélique, Anne,Appollonie, Aureille, Barbe, Béatrice, Blanche,
Brigide, Catherine, Chrestienne, Claire, Claude, Claudine,
Cléophé.
Denyse, Dorothée, Elisabeth, Esther, Félicienne, Félicité,
Geneviève, Gerlrude, Hélène, Jeanne, Jacobée, Judith,
Juliene, Luce et Lucie, Lucrèce, Magdelaine, Marguerite,
Marie, Marthe, Ottilie, Petronelle, Rachel, Rose, Rosine,
Reyne, Sabine, Salomé, Sara, Sibille, Sophie, Susanne, Vé-
ronique, Ursule.
Il n*y a rien pour moy à ce que i'entens.
Quels saugrenez noms ont donc tes gens qu'ils ne sont pas
entre ceux-cy ? Ton maistie s*appelle-t-il Pluton et sa pen-
sionnaire Proserpine? Ou bien Aristote, Ciceron, Alquis,
Urgande, Gargamelle, Gargantua ou Panurge.
Nenny, il m'en ressouvient h ceste heure, mon maistrq
s'appelle Ferri et la fille Catin.
0 lourdaut que tu es î ne sais-tu pas encore que Ferri et
Catin sont noms et mots abbrégés et corrompus de Frideric
ou Federic et Catherine?
Tiens, voilk deux paquets de lettres, a chascun le sien.
Que faut-il pour le port?
Un demi-teston (4) pour chascun.
Dois-ie aller quérir l'argent et laisser ici les lettres car ie
n'en ai point sur moy?
Nenny, emporte-les. l'envoyeray d'icy a une demie heure
mon garçon chez vous avec la gazette, quand cet honneste
homme, que voilà, aura achevé de la lire. Ton maistre le
pourra payer avec un petit reste qu'il me doit encore, comme
{\) Rin/ialh fxOf}fstù(^'.
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264 REVUE d' ALSACE
il sçail bien. Dy-luy que s'il veut rescrire, il tiennne ses
lettres prestes pour demain matin, à dix heures : par ce
qu'outre la poste ordinaire de lundi et de vendredi, il en par-
tira une extraordinaire pour des affaires d'Ëstat.
Bien, Monsieur. A Dieu.
Lès maladies viennent en poste, et s'en retournent à pied.
Les chevaux de relais, que montent les estrangers courans
la poste, n'ont que faire d'estre piquez ou frappez d'un nerf
de bœuf, ils suyvent d'eux mesmes le postillon, qui'galope de-
vant sonnant de son cor.
Il se faut fournir de bon coussinets pour n'estre escorché
entre les jambes ou fesses, et avoir un chapelet bien adjusté.
CHAPITRE TREIZIEME
Du Voyageur
Quelle nation de la chrestienté est la plus désireuse de voir
les pays estrangers ?
Il n'y a point de peuple, dont quelque particulier n'aye
fait quelque grand voyage : car on dit, qu'un Anglois,
nommé Drack, a fait le tour de cette boule aquatique et ter-
restre par trois fois : un François, nommé Monsieur de Lcrry
(et depuis luy plusieurs autres) a fait le voyage de l'Améri-
que ; les Espagnols et Portugais vont d'ordinaire au Peru
chercher de l'or pour forger des pistoles : mais qui voudra
parler franchement et à la vérité, advoûera qu'en commun
les Allemands sont les plus grands voyageurs du monde.
Je suis de vostre advis, car ie voy qu'en ceste ville on ne
tient conte d'un homme, qui n'a rien veu ; on l'appelle ros-
tisseur de pommes derrière le fourneau, gardeur de poile ou
casanier (4). Les meilleurs valets et compagnons de mes-
tiers sont mesprisez et moquez, s'ils u'ont battu de la semelle
et mangé de la vache enragée, ce qu'ils appellent wandern
({) Ein œpffelbrater, stulenhilter und hausspennal.
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LA VIE A STRASBOURG 265
et leur dit-on qu'ils ont fait un long voayge comme une queue
de vache (sauve correction) d'une fesse à l'autre (1) ou un
peu plus honnestement en François, qu'ils ont vu beaucoup
de pays par le soupirail de leur cave. Quant aux gentils-
hommes ils font premièrement le tour de l'Allemagne pour y
voir les plus grandes, fortes et renommées villes, es villes
anséatiques, impériales, les courts et résidences des Electeurs
et autres Princes, les Académies, puis en fin se rendent en
ceste Ville-Franche Impériale, comme k un port, où il advient
quelle route ils doivent prendre : et y faisant halte, ap*
prennent les fondemens des langues Françoise, Italienne et
Espagnole, afin de pouvoir voyager dans ces paqs-lk sans
Irucheman.
Quel chemin prenent-ils en partant d'icy pour aller en
France ?
Le plus ordinaire en temps de paix, est la Lorraine, car
ayant loué un coche, ils vont par Saverne, Falsebourg et
Nancy, droict à Paris : mais depuis que la Lorraine four-
mille de gens de guerre, ils prennent la route de Basle, tra-
versent la Suisse et par Genève vont à Lyon : ou bien s'em-
barquans icy avec des marchands, qui vont k la foire de
Franckfort, descendent le Rhin, jusques au Pays-bas, et
de Ik gaignent la France. Je cognois des bourgeois de ceste
ville qui ont esté au Saint-Sepulchre, qui est en la terre de
promission, c'est k dire en Judée, que les mescréans Turcs
tiennent k présent. Tay moy-mesme un cousin de par ma
première femme, communément appelé l'Indien, par ce qu'il
a été plusieurs années es Indes, du quel voyage il a mis un
livre en lumière.
Sans cestuy-lk i'ay cognu un fils de pasticier, qui y a esté
trois fois, et en a rapporté plusieurs raretez comme aussi un
autre qui avoit esté en Turquie avec un ambassadeur : mais
k ceste heure il est au grand royaume des taulpes.
Quelles choses sont requises en un homme qui veut seure-
ment vogagerî
{{) Ste seien gewandert wie ein Kûhwadel von einem arsba-
cken zum andem.
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266 RBVUE d' ALSACE
Qu'il aye œil de faucon, oreilles d'asne, visage de singe,
bouche de porc, espaules de chamau et jambes de cerf.
Cela suffît-il ?
Nenny, car il faut qu'il aye aussi une ceinture farcie de
ducats ou pistoles, le brin d'estoc en main, du cœur au ven-
tre, et de la discrétion en la teste. Comme aussi bonne
cognoissance des chemins, sentes ou pied-sentes et destours,
ou une bonne guide : de peur qu'il ne s'esgare en quelque
chemin fourchu et peu hanté ou batu. Qu'il sçache combien
un village est éloigné de l'autre, combien de lieues il y a
d'une ville à l'autre : s'il y a des relais on non : si le
chemin est sewr ou dangereux. Il doit aussi bien cognoistre
la monnoye du pays, iusques où elle a cours et est de mise.
Et mesme ne doit pas être si curieux de contempler à gueule
bée des bastimens magnifiques, et principalement des églises
et chapelles, richement parées, (ne se pouvant faire qu'en
fléchissant le genou devant Baal au risque du salut éternel,
que d'apprendre la langue du lieu, et en suite, par la conver-
sation d'honnestes gens, le gouvernement et la police, avec
les uz et mœurs, pour en faire son proût en temps et lieu.
S'il fait autrement, et qu'il n'aye point d'autre avantage sur
son cheval au retour d'Italie que de sçavoir raconter comment
sont faites les gondoles de Venise, ou comment au cœur de
l'esté on raffreschit le vin avec de la glace, ou neige : ou ne
rapporte, du voyage de France, qu'un chapeau en couvercle
de buée, environné d'une plume (1), un pourpoint aiguillette
il la Suabe iusques sous les aisselles; et un rabat lui cou-
vrant les espaules en guise de peignoir de demoiselle (2), des
chausses à la malelotte : des bas froncez en courcaillet, eldes
bottes à sauter dedans k pieds joincts, et dormir tout debout
en sentinelle (3); on pourra k bon droict dire de luy, que luy
(I) Eiiien Hut wie einen Bauchdeckel mit einer rings heruni
anf/eneheten Feder.
{t) Und ein Wambs mit nesteln biss unte?* die Achseien auf
y ut Schicœbisch behenkt und einen Ueberschlag der ihme wie
einer Jungfrawen Nackmœntel oder Jfaartuch die schultern
bedecht.
[3] Item Bootsgesellen oder Schiff knechts hosen, gefœltens
Strûmpffe und weite Fi^cher-odcr Èauren stie/fel in weiche man
kinein Springen und auf der Schilttcacht stehend schlaffen
kœnnte.
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LA VIE A STRASBOURG 267
et son cheval sont deux bestes, et que qui beste à Home va,
beste en revient.
Qu'est-ce que vous entendez par Baal, dont vous avez tan-
tôt fait mention ? Y a-t-il encore des Baalins entre les Chres-
tiens?
Les sages et orthodoxes théologiens appellent Baal toute
créature k qui les hommes font un honneur religieux, ou luy
rendent un culte ou service deu à Dieu seul. Voila pourqoy
ceux-là s'appellent k bon droit idolâtres, qui fléchissent le
genou devant Baal, en ce que pour contenter leur curiosité,
ils entrent dans de magnifiques Églises et chapelles remplies
d'images (qui s'appellent Idoles en Grec) de saincts et sainc-
tes, enrichies d'or, d'argenl, de perles et de pierreries, avec
nécessité de s'asperger d'eau bénite, et tirer le chapeau,
voire mesmc s'agenouiller devant les distes images, de peur
d'eslre mis dehors par les espaules, graissez d'huile de cot-
rets, ou traînez a l'inquisition, pour par-apres cstre bruslez
vifs, enfumez ou roslis à petit feu, en cas qu'ils persistent
constamment à la confession de la vray foy sans devenir
renégats.
A Dieu ne plaise que l'on soit idolâtre pour cela ; i'ay un
amy bon Evangelique, qui a esté à Saincte-Lorette, y a veu
tout ce qu'il y avoit k voir y est entré comme les autres
marchant sur les genoux, et n'en sent pourtant sa conscience
chargée, parce (dit-il) qu'estant k genoux et teste nûe devant
les images, il disoit sa Pate-nostre, et prioit Is vray Dieu
vivant, sans addresser sa prière k l'image, ni k celuy qu'elle
représentoit. le doute fort si ceste excuse ou eschappatoirc le
pourra laver de ce crime devant le Juge et Législateur de tout
le Monde, qui commande k tout homme d'aimer et honorer
son Créateur, de tout son cœur, de toute son âme, et de tou-
tes ses forces. (Deuter, 6 verset 5) S'ensuit donc qu'il ne faut
pas honorer Dieu de l'Esprit seul, qui n'est que une partie de
nous, mais aussi du corps, pur gestes, contenance, et paro-
les, donnant bon exemple au prochain, qui ne peut pénétrer
de ses yeux dans nos pensées, et est confirmé en son erreur,
par ce qui se présente k sa veue. Dieu, qui a fait corps et
ame, est noslre Seigneur lige ne souffre point de partage
avec son ennemi et le nostre : ni qu'on l'honore secrètement
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268 REVUE d'alsàce
et deshonore ouvertement, pliant les genoux du cœur devant
le Créateur, et ceux du corps devant la créature, contre
Texpresse défense de TÉternel. Si cet eschappatoire estoit
valable, ces saincts et sages personnages Sçadrac, Mesçac et
Habednego dont est parlé au troisième chapitre du prophète
Daniel, auroient esté niaisement scrupuleux, et lourdement
religieux, de se laisser jeter dans une fournaise ardente, plus-
tost que de s'agenouiller devant une image d'or. Mais ces
vrays serviteurs de Dieu, se recognoissans vassaux-liges du
lloy de Tunivers, savoient bien que ces simulations, et
dissimulations, et partage du corps et de Tàme à parties si
disproportionnées, n'estoient que coussinets du Diable fournis
aux consciences mondaines, pour les endormir dessus, rem-
plis de mesme duvet, qu'est la distinction de ces mots Idole,
et image, qui bien qu'ils ne soient qu'une mesme chose, se
distinguent par les idolâtres, ou serviteurs d'images en ceste
sorte, qu'idole est une représentation d'une chose, qui n'est
point, comme les statues et tableaux de Jupiter, Junon,
Vénus, Mars, Neptune, etc. mais qu'image est la représentation
d'une chose qui a esté, comme les statues et tableaux ou pour-
traictsdes Saincts. Mais quoy qu'on accorde tout cela, si est-ce
que le commandement du Tout-puissant couché en termes clairs
(Exode 20. verset, 4 et 5) nous défend tel honneur et service
des images en ces propres termes : tu ne feras image taillée,
ni image ou ressemblance aucune des choses, qui sont là
haut es cieux, ni cy bas en la terre, ni es eaux dessous la
terre.
Tu ne te prosterneras point devant icelles, et ne les
serviras etc.
Si quelq'un ferme les yeux devant ce soleil, qu'il soit aveu-
glé a son dam (1).
(1) Dommage.
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Là \^IE à STRASBOURG 26Ô
CHAPITRE QUATORZIÈME
Da Soldat
Dieu vous gard' pays ?
Hé ! quel changement est-ce Ik?
Au lieu d'un habit noir d'esiudiant en théologie, vous
avez des chausses rouges, avecun bufflejet la 8arpc(l) au costé.
Je vous ay envisagé plus de trois fois, avant que vous pou-
voir remettre, ou recognoistre, et n'aurois pas encore creu à
mes yeux sans le tesTiOignage de mes oreilles, qui vous ont
recognu k la parole. A ce que je voy, vous avez jecté le froc
aux orties.
Que voulez-vous que j'y face, le temps se change et nous
aussi. 11 faut faire de nécessité vertu. La guerre a ruiné
nostre pauvre pays, les soldats ont mis mes chers père et
mère au blanc, tellement qu'ils n'ont plus de quoi m'entre-
tenir aux estudes, voilk pourquoy je me suis fait enroller pour
vivre, et regaigner quelque chose (2).
Ouy bien, mais des poux, et des coups : car il n'y a plus
ni riffle ni raffle par toute l'Allemagne, vous venez comme
moustarde après souper, ou après la feste. Quasi tous les
villages et bourgs ont esté non seulement rançonnez, brans-
quêtez et pillez, mais enfin réduits en cendres : les foibles
villes prises par plusieurs fois et autant de fois reprises, sac-
cagées et en partie bruslées ; les fortes surchargées de gar-
nisons, espuisées par tailles, capitations, corvées, entretene-
ment de soldats^ et double ou triple cent. Sans mettre en
conte l'interruption du commerce, la famine et la mortalité.
\\ n'y a remède : k chose faite, conseil est pris. J'ay vendu
ma liberté par le conseil de cet honneste homme-cy qui a
(4) Degen,
(2) Il ne faut pas oublier que Daniel Martin écrivait son livre
en pleine Guerre de Trente Ans et que ses tableaux ne sont que
trop véridîques.
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ilo
HEVUK D ALSACE
desjà longtemps porté les armes, et m'a fait accroire que
c'estoit une plaisante vie : et que quand on est logé en un
bon quartier, où Ton vit k discrétion, on y espargne sa solde.
Vous devriez plustost dire qu'on y vit avec indiscrétion,
lorsqu'on vit sur le bon bomme, et qu'on luy mange le sien
sans le payer.
Si on nous donnoit de meilleurs gages que six chefifs
florins et mesme mal payez, nous ne serions pas contraints
de donner le chapelet ou fronteau aux pieds-gris pour en tirer
ou espreindre de l'argent (i).
Mais avec quelle conscience pouvez-vous faire cela 1
Un homme qui suit la guerre de conscience n'a guère. Un
résolu soldat doit estre sans femme, sans enfans ou sans
piété et pitié.
Voilà de mauvaises qualitez, qui conduisent dans le grand
chemin d'Enfer. J'aimerois mieux mourir de faim, que faire
un peu de temps goguaille ou ripaille, et payer puis après un
si cher escot en l'estang de feu et de soulphrc
Nous autres soldats ne pensons point si loing, et ne voyons
pas plus loing que nostre nez : nostre seul refrain est, il faut
vivre, cà, paysan, k manger et de l'argent. Pourtant allons-
nous k la petite guerre, la où nous faisons parfois de bon
butin.
Ouy, mais gare la corde,
Qui ne se hazarde n'est jamais pendu.
Ostcz-moy cette paille, j'aimerois mieux qu'on m'appellast
pourdisner: je ne mourrois pas voluntiers tout debout, ni
du haut-mal ou du mal caduc.
Vous craignez votre peau, comme je voy, et seriez bon
soldat en temps de paix, ou en une bataille, où l'on se battist
k coup de pommes cuites, encore voudriez-vous qu'on gar-
dast la veue.
Vous l'avez deviné: vous y estes, laissez vous choir.N'y portez
donc pas vos chausses, car les gens de guerre sont malicieux,
ils visent tout exprès aux personnes, et donnent aussi bien
dans les yeux qu'autre part, tant ils sont indiscrets.
(i) So wœren wir nit gesxcungen die Bauren su Knœbeln
oder rœdeln, geld ans ihnen su pressen.
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La vie a STRASBOURG 2/1
J'aime mieux donc en parler, que d y assister. De peur
donc qu'on ne se moque de moy usant de termes impropres,
je voudrois que vous me donnassiez une liste de termes
militaires.
Je le ferois volontiers, si nous estions ailleurs, où il fist
plus chaud, car ceste place-cy n'est pas tenable.
Venez tous deux chez moy, mon poile est chaud.
Entrez, Messieurs, le poile se refroidira si nous laissons
longtemps la porte ouverte.
0 qu'il fait bon céans.
Asseez-vous Ik, on nous apportera tout incontinent un pot
de vin.
Il n'en seroit pas besoin, Monsieur; toutesfois nous ne
vous controllerons pas en vostre logis. Pour les termes mili-
taires voyez le chap. de l'Exerceur de soldats, item celuy de
l'ingénieur, touchant la fortification : ausquels j'adjousteray
ceux-cy.
Parade, le mot ou mot du guet. Un bataillon d*infanleric.
Une escorte ou un convoy. Place-monstre. Un corps de garde,
une sentinelle. Une sentinelle perdue, un guet. Lever des
troupes. Avitailler une ville, c'est-k-dire la garnir de muni-
tions de gueule. Fortifier, remparer. Gabioner. Monter en
garde. Je suis franc de garde ou je ne fay point de faction.
Qui vive? Qui va la? Ami. Ronde. Faire passer monstre.
Prester le serment. Faire prester le serment. Casser un soldat.
Le garder des armes. Le faire passer par les armes. Battre la
strade. Aller k la descouverte. Prendre langue. Faire escorte
k quelqu'un ou le convoyer. Commander un régiment. Mar-
cher, faire aile. Armer des soldats nouvellement levez. Dé-
sarmer les bourgeois. Les François ont joint les Ilolandois
ou se sont joint k eux. Ëmbarasser les chemins. Fermer ou
boucher les advenues. Desembarasser. Couper les vivres.
Faire des courses dans un pays. Ravager, gaster. Faire le
gast ou desgast. Loger des soldats. Distribuer des bulletins
ou étiquettes. Les soldats se débandent. Se mutinent. Recon-
noistre une ville, la bloquer. L'investir, sommer, assiéger.
Attacher un pétard. Pétarder une porte. Faire jouer le pé-
tard. Battre une ville. Dresser une batterie. Faire les appro-
ches. Faire brèche suffisante ou raisonnable. Parlamenter.
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â^2 REVUE D^AL6AGÈ
accorder. Minuter de se rendre. Se rendre à composition.
Donner des ostages. Sortir bagues sauves. Tambour battant
enseignes desployées, balle en boucbe, mesche allumée.
Avec Tespée au costé. On les a envoyez avec le baston blanc.
Faire une sortie. Estre recoigné avec perte. Tenir encore bon.
Espérer ou attendre du secours. Secourir ou desgager une
ville. Faire lever le siège k Tennemi. Monter à l'assaut. Estre
repoussé. Combler les fossés. Avancer la gallerie. Miner le
rempar. Faire jouer la mine. Contreminer. Eventer la mine.
Prendre une ville. L'emporter d'assaut. Cette place n'est pas
tenable. Elle ne sçauroit soutenir un siège. Elle n'est pas de
défense. 11 la faut démanteler, raser ou esplanader les rem-
parts. Ceste place est imprenable. Si on ne l'affame. Ils ont
faute de munitions de guerre. Comme de poudre, boulets,
balles et mesme de sel, bois et fourrage. Escalader. Prendre
par escalade. Prendre une ville d'emblée ou la surprendre.
Mettre ou faire passer au fil de Tespée tout ce qui se trouve
en armes. Tuer à la chaude. Poignarder de sang-froid. Mettre
une ville à feu et k sang. N'espargner pas l'enfant au ventre
de sa mère. Violer et forcer femmes et filles. User de cruau-
tez barbares et inouyes. Espancher ou respandre le sang
innocent. Assommer les vieillards. Esgorger, escraser, des-
membrer les enfançons comme k Magdebourg. Ranger une
armée en battaille. Attaquer l'escarmouche. En venir aux
mains. Affronter l'ennemi. Luy présenter la battaille. Sonner
k la charge. Donner dedans. Enfoncer l'ennemi, Faire boire
une salve ou escopetter k l'ennemi. Charger l'aile droicte, la
percer. L'avant-garde. L'arrière-garde. Le gros de l'armée
ou la battaille. Faire jouer le canon ou l'artillerie. Esclaircir
les rangs. Faire voler testes et bras. Passer sur le ventre.
Charcuter ou chapeler. Tailler en pièces. Rompre ou mettre
en route k platte cousture. Poursuivre les fuyards ou leur
chauffer les espérons ou tailler des croupières. Le carnage
fut grand en la battaille près de Leipzig et en celle de Lûtzen.
On nous avoit mené k la boucherie. On en prit fort peu k
mercy. On donna quartier k peu de soldats en la prise de
Francfort sur le Viadre (Oder) k cause de la fresche mémoire
de la cruauté excercée sur la garnison de Neubrandenbourg.
Gaigner la battaille. Emporter la victoire. Gaigner le champ
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La vie a STRASBOURG 273
de battaille. Sonner la relraicte. Licentier les troupes. Congé-
dier une armée. Avoir du pire. Perdre la battaille. Faire jour.
Se desbander. Tourner le dos. Prendre la fuite. Chargera
balle, à balle ramée. Desmonter un cavalier. Cet homme est
charmé, il le faut assommer à coup de crosse de mousquette
o^ d'une hache, afin qu'il s'en aille en Paradis droict comme
une faucille sur un relais d'Enfer.
CHAPITRE QUINZIEME
De rAnatomiste
Comment est-ce que l'on appelle un corps descharné dont
les 08 sont remis en leurs lieux, et attachés ensemble avec
du fll de fer, ou du fil d'archal ?
Le commun peuple l'appelle une carcasse, une antomie
(pour anatomie) et les doctes un squelet ou une squelette.
Quels sont les accidens de la peau humaine ?
Il y a la couleur, qui est blanche, vermeille, blesme, brune,
basanée k l'Espagnole, noire à la Morisque, ou jaune comme
aux filles qui ont la jaunisse. On dit aussi le teinct du visage
pour la couleur : et le cuir pour la peau: comme aussi la
charmure pour la chair. La peau est sujette aux cirons,
yeB^ies, everoUes, ampoulles, verrues ou porreaux, à la
dartre, au feu volage, aux bourgeons ou bubes, au feu sainct
Antoine, h la petite vérole, rougeole, jarce, gratelle, gale,
ti^ne, et à la crasse lorsque l'on est long temps sans se laver.
Les cheveux et les poils sont tant dessus la teste, qu'aux
sourcils, paupières, sous les aisselles, au dessus des lèvres
qui font les moustaches, et au menton qui est le principal siège
de la barbe : les crins appartiennent aux chevaux. Dessous la
peau s'amassentlesapostumes,dont quelques-unes s'appellent
doux ou frondes, qui estant meurs et venus a suppuration,
percent la peau d'eux-mesme, si d'advenlure la douleur ne
contraint le patient h y faire donner un coup de lancette, ou
l'ouvrir avec un emplastre apéritif, pour en faire sortir la
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274 REVUE B^ALSÀdE
boue, pus ou matière. Après cela vient la chair avec les
veines, nerfs, tendons, muscles, tendrons ou cartilages, et
les os avec la moiielle.
Racontez-moy un peu les parties de la teste avec leurs fonc-
tions et mauvais accidens.
Pour commencer par dehors il y a les temples, et les oreil-
les qui sont l'instrument de Touye, premier et principal sens,
(sans lequel Tàme est privée de sa nourriture salutaire, la
parole de Dieu, vray pain cœleste) lequel estant offensé,
rhomme est sourdant, ou est sourd tout à fait, c'est à dire,
oit dur, ou n'entend goutte. Par devant est le front, qui est
ridé, ou plein de rides aux vieilles gens et jeunes renfrognez.
Un peu plus bas sont les yeux, siège du noble sens de la veue,
et second en dignité, comme un pédagogue muet nous meine
par la main en la cognoissance d'un Dieu Tout puissant, nous
faisant voir ses œuvres admirables. Or selon la bonne ou
mauvaise disposition ou complexion de la prunelle et de ce
qui en dépend, un homme a bonne veûe et void clair et de
loing : ou bien a la veûe courte ou basse, et regarde de près.
Quelques uns sont borgnes (k qui on a crevé un œil) d'autres
aveugles, et ne voyent goutte. Les uns sont chassieux, et
fourniroient bien de cire une paroisse : les autres lousches
ou lorgnards, quand ils louschent ou lorgnent des yeux. Un
peu plus bas entre-deux est situé le nez, instrument du troi-
sième sens en ordre, (mais non en dignité h mon advis) qui
est le flair : par ce canal ayant deux trous appeliez narines
(ou naseaux) pénètrent et montent de bonnes et mauvaises
odeurs ou senteurs dans le cerveau, qui est composé du test
et de la cervelle. Ce mesme conduict sert de gouttière audit
cerveau, qui se purge en esternuant, et jettant par iceluy le
rheume et la morve : laquelle si quelqu'un renifile, et ne se
mouche pas soigneusement, ou l'appelle morveux. Quant à
la forme du nez, l'un l'aaquilin, et ainsi dit-on qu'il a un
nez d'Empereur, qu'il est bien emmenché de nez, qu'il a esté
des premiers à la foire aux nez. L'autre est camus ou camard,
a un nez d'as de treffle ou de pompette, et si on en jette le
chat aux jambes a sa nourrice qui avoit les tetins trop durs,
et !e Uiy ont ainsi rebouché. Le travers d'un doigt plus bas, est
la bouche, siège du quatrième sens (mais troisième en digni-
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La VIB a STRASBOURG ^ 275
lé) qui est le goust, faisant sa principale résidence en la lan-
gue et au palais, et ayant p^ur valets dans les maschoires et
gencives les dens incisoires ou de devant, les meulières et
œillères, pour couper et mascher la viande, puis Tayant
goustée rhomme Tavalle, renvoyant dans la gorge ou gosier.
Mais où logerez-vous raltouchement, ou senlimenl?
Il est par tout le corps, et le voudrois tenir pour le qua-
trième sens en dignité et le flair pour le cinquième et der-
nier.
Comment est ce que le manger et le boire n'entre point
dans le sifflet?
La luette couvre Temboucheure ou Irou d'en haut. Au
reste ceux qui ont la langue pendue sont dits avoir un bon
boute hors : les autres, qui parlent difficilement, et begueyent
s'appellent bègues. Qui ne peut parler tout h fait, est muet.
En dehors sont les lèvres, lesquelles si quelqu'un a trop
grosses et pendantes, on l'appelle lippu, comme joufflu ou
gros pifîre, celuy qui a de grosses joues. Le menton est le
champ où croist une foresl de barbe, comme nous voyons es
cordonniers de quelques pays, et aux Suisses : quelques fois
une garenne seulement et mesme de petits buissonnets
comme sont les barbes d'advocats.
Pourquoy barbes d'advocats?
Parce qu'ailes croissent par articles : un poil icy, un autre
Ik, item un autre ou deux sur ce porreau, en mesme dispo-
sition que les maisons de la prairie Robert lez Strasbourg (1).
D'autres s'appellent barbes à la ramonette, d'autres barbes h
couene de lard ou rases. Les unes sont noires, les autres
chastagnées, blondes, rousses, grises ou blanches.
Qu'entend-on par le mot de moustache ?
Tant le poil de dessus la lèvre supérieure, que la queue de
rat, d'escureuil (2) ou de renard qui pend a quelques-uns
sur ou derrière l'oreille comme à une femme eschevellée d'un
coslé. Venons maintenant au col, que les toiticollis portent
tors, sans oublier le nœud de la gorge ou morceau d'.Adam,
et la nuque ou chignon, pour descendre plus bas vers le
(i) La Roberisau, village près de Strasbourg.
(2) Le texte porte : escurieu.
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276 REVUE D^ALSAGE
tronc du corps, dont les parties sont la poictrine, le sein, les
tétins ou mammelles, où s'engendre le laict pour allaicter les
enfans : item les costes es costez, le dos avec Teschine, où
croissent les bosses des bossus, qu'on dit avoir le dos fait en
estuy de luth, ou voulé. Dedans ce coffre sont les entrailles,
le cœur, les poulmons, le foye, la ratte, le fiel. Les maladies
du cœur s'appellent défaillances, foiblesses, pasmoisons, et,
en termes de Tart, syncopes. Des poulmons chargez de
rheume, et phlegme gluant vienent les jacobins, qu'on jecte
hors en crachant après avoir toussé : car le simple chrachat
ou salive vient tout droict du cerveau par le trou du palais.
De la mesme vient la difficulté de respirer ou reprendre son
halaine, dont on est appelle asthmatique ou poussif. Si les
poulmons sont gastez, on est poulmonique, ou phthisique.
La rate fait les hypochondriaques mélancholiques et fols. Le
fiel fait les cholériques ou choleres, qui montent incontinent
sur leurs grands chevaux, prennent bien tost la chèvre, et
n'ont pas besoin de beaucoup de bois pour chauffer leur four
et sont hauts à la main.
Avant que sortir de ce coffre il faut parler de l'estomac,
(qu'on appelle pance es bestes k quatre pieds êtes gourmands,
mais gésier es oiseaux) lequel les médecins appellent ventri-
cule, c'est à dire petit ventre, c'est la cuisine ou plus tost la
marmite, où se cuisent pesle-mesle les viandes et le breu-
vage : si ceste partie est en bon estât, tout le bastiment s'en
ressent, et est en bon estât : et est l'homme frais, dispos,
gaillard, souple, robuste, agile, a plus tost fait un tour que
deux et a tous les matins les dents lestes et affilées comme
le rasoir dHin chastreur. Au rebours, si le feu naturel et tem-
péré y manque, tout languit, l'homme devient desgousté,
foible, malade, fiévreux, fébricitant ou a la fièvre : goutteux,
coliqueux, ou a la colique, constipe ou ne peut aller h la
selle : foireux ou a le flux de ventre ou la dysenterie para-
lytique, ou a la paralysie : apoplectique, ouest frappé d'apo-
plexie : épileptique, ou a Tépilepsie, qu'on nomme ordinai-
rement mal caduc ou haut-mal : hydropique, ou a l'hydro-
pisie : tousseur ou a la toux : ladre ou bon-malade : catar-
rheux : alouvi ou insatiable : galeux, ligneux par la déman-
geaison d'un sang séreux et surperfluilé d'humeurs.
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LA VIB A STRASBOURG 277
II devient aussi villain, pouacre, punaix, vérole, goitreux,
pouilleux, bourgeonné, et est tourmenté de poux, morpions,
puces et lendes. Retournons aux espaules, palerons et ais-
selles, et à ce qui en dépend, savoir est les bras, qui ont leurs
coudes et poignets pour embrasser : puis la main droicte et
la gauche, qui ont chacune quatre doigts et un pouce, la
paume, le dos, les joinctures et les ongles. Avec la main on
empoigne, et si on donne des soufflets : on donne des gour-
mades avec le poing : des chiquenaudes et nazardes avec les
doigts : et des onglades avec les ongles, ce qui s'appelle
esgratigner ou grassigner.
Que veut dire droictier?
C'est un homme qui se sert plus de la main droicte que de
la gauche et gaucher qui fait le contraire : manchot est qui
n'a qu'une main.
Qu'est-ce que le ventre ?
C'est le sac aux trippes, là-dedans sont renfermez les
boyaux, que les Italiens appellent Budella, de l'Hébreu Bodal,
parce que ce sont canaux par lesquels les reliques inutiles
des viandes sbnt séparées de la substance nutritive, qui de-
meure dans le corps et pour ceste mesme raison les dites
ordures s'appellent excrémens en latin, comme qui diroit,
séparés en passant par quelque crible ou sas. Ceste ordure
s'appelle en bon François et sans flatter le dé, Merde, et un
monceau ponnu derrière une baye k la paysane. un listronc.
Si ceste matière fécale est si dure, qu'elle sorte avec peine,
'homme est constipé : au contraire si elle est trop liquide, i
a la foire, et pourtant dit-on qu'il n'a que faire d'advocat.
Pourquoy cela ?
Parce que ses afl*aires sont claires, et que son fait est li-
quide. Pour le moins n'a-t-il pas besoin de clystôreni de sup-
positoire.
Comment nomme-on l'action de mettre hors sa fiente ou
descharger son ventre?
Le gros mol est rhier, mais pour parler moins salement et
n'offenser les oreilles délicates, de ceux qui toutes fois sçavent
bien ce qu'on veut dire, on use de diverses façons de parler,
comme aller k ses afl'aires, aller k la selle, joiier de l'aiguil-
lette, aller où les demoiselles vont h pied, aller où l'Empe-
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278 REVUE d' ALSACE
reur n'envoyé point d'ambassadeur, aller où il faut que le
Roy aille de sa propre personne, ce que les Hébreux appellent
couvrir leurs pieds, parce qu'en cesle action leurs longues
robbes couvroient leurs pieds. Les enfants appellent cela
faire caca.
Gomment est-ce que s'appelle l'autre excrément?
On l'appelle eau, urine et grossièrement pissat : et l'action
de le jeter hors s'appelle uriner, faire de l'eau et en compa-
gnie de buveurs, faire place k un verre de vin, et en bon
françois pisser.
D'où vient l'urine, et quel est le chemin de sortie?
Elle tombe des veines (qui sont aux flancs) dans la vessie,
et de la sort parla verge des hommes, ou bout des enfans,
parties honteuses des femmes et abricot des (illetles. Quand
l'urine sort avec difficulté ou douleur, c'est signe que la pau-
vre personne a la pierre, la gravelle ou la chaude pisse.
A quoy sert le nombril ?
Quand l'enfant est encore en la matrice, il sert d'entonnoir
par où entre la nourriture dans le corps de l'enfant : mais
après sa naissance, ie confesse n'en savoir l'usage.
Comment nommez-vous le visage surquoy on s'assied, ou
qui n'a point de nez, et qui pour ce sujet ne s'ose montrer?
Le Cul, et plus honnestement le derrière, qu'on appelle
aussi brodier, fessier et la face du Grand Turc : dont les par-
ties séparées par la raye et le trou (qui est le bout du fonde-
ment ou boyau culier) s'appellent fesses, c'est k dire fendues,
du latin fissœ. Quand le boyau culier sort avec effusion de
sang, ce sont hemorrhoïdes. Le vent qui en sort sourdement
est une vesse : et l'action vosser du vessier, s'il en sort
avec bruit, c'est un pet, et l'action péter, sauf correction,
paroles ne puent point. Les piliers de ce bâstiment sont les
cuisses, dont le haut s'appelle les hanches : et le bas, les ge-
noux, qui sontcouverts de palettes par devant, etont parder-
rièrc une concavité nommé jarret avec quoy on s'agenouille, et
fait-on la révérence, ou la petite en langage de fillettes. C'est
icy où prend la goutte son quartier ordinaire et contraint
durant son accès les vaillans champions de Bachus et de
Vénus de maudire le mestier, grincer les dents, rouler les
yeux en teste, comme une chèvre qui avorte. Dessous les
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LA VIE A STRASBOURG 279
genoux sont les jambes, dont les parties sont la grève et le
gras. C'est là-bas que les meschans viscères nommez loups
ont leur repaire. On dit de ceux qui n^ont pas de gras de
jambe, qu'ils ont des eschalas fischez au derrière, qu'ils ont
la jambe toute d'une venue comme celle d'un chien, qu'ils
sont de la confraîrie des grues, et ont des flustes de jambes.
La base est le pied, dont voicy les parties, le col, le talon (où
viennent les mules) la cheville, les orteils (ou croissent les
cors), et la plante. Quelques uns clochent et sont appeliez
boiteux, et par dérision, cagneux : ceux-cy ne peuvent esten-
dre la jambe. C'est pourquoy ils se font attacher une quille
sous le genou pour marcher : quelques uns se la font couper,
et en faire une autre de bois. Ceux qui ont les pieds tortus
s'appellent pieds-bots. Quelques uns se servent de
potences (i).
CHAPITRE SEIZIEME
De rarchitecte
D'où venez-vous avec ceste troupe de gens, maçon, char-
pentier, menuisier, serrurier et couvreur de maisons? Je
viens d'une taverne, où je leur ay payé les vins d'une mai-
son, que je veux faire bastir.
Vostre bourse a donc une aposlume (2), qui vous inquiète
et tourmente, que vous luy voulez donner un si cruel coup
de lancette (3).
Pourquoy cela, j'ay tout conté et calculé, je trouve que
c'est à faire de deux mille risdales.
Qui conte sans son hoste, conte deux fois : mettez en
(1) Des béquilles.
(2) Ein Geschwer.
(3) Lasseùen. Instrument servant à produire la saignée, d'où
Iç terme : Ader lasserif
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280 REVUE d' ALSACE
encore mille auprès, de peur que faute d'argent ae vous con-
traigne de laisser voslre bastiment imparfait.
Selon le dessein que j'en ay fait, il ne peut monter si
haut.
Racontez-moy donc un peu, comment sera ceste future
maison et ses commoditez.
Il y aura une cave voûtée, un caveau et un cellier. Un puits
puisqu'il n'y a point de moyen d'avoir icy une fontaine en la
court. Puis une estable que quelques sots appellent es-
curie, qui n'appartient qu'aux grands seigneurs.
Qu'en voulez-vous faire? Voulez-vous entretenir un cheval
sur la lictière ?
Nenny, les cavalcades ou promenades h cheval ne rem-
boursent pas l'argent que couste le foin et l'avoine qu'un
cheval mange.
J'ay des vaches, qui nourrissent de laict mes enfans, et en
partie ma famille de fromage et de crème. Tout joignant, il
y aura un tect à pourceaux, une mue (1), un poullailler
fourni de paniers et nids à pondre les œufs, les y couver et
esclorre en la saison. Vis-k-vis un fournil, un four, une estuve
pour suer et se baigner, et un réservoir, qui servira tant à
garder du poisson que d'auge ou bac à abbreuver le bestail.
Au jardin de derrière y aura un colombier sur quatre piliers
(qu'on appelle fuye),aveclesboujottes(2)pourynourrirvingt
ou trente paires de pigeons, tant masles que femelles, ou ♦ant
colombs que colombes. En suite de celh, un bûcher assez
grand pour dix ou douze cordes de bois ; une grange et un
fenil pour neuf ou dix charréesdefoin. Retournons au corps
de logis de devant, où il y aura en bas une belle salette d'esté
h costé du porche, au bout duquel sera l'escalier ou la mon-
tée faite a vis, pour monter en l'antichambre où l'on trouvera
trois portes, celle du poile, celle de la chambre et celle de la
cuisine. Le poile sera lambrissé et verni partout, aura un
cabinet ou comptoir en un coin, et un fourneau de fer, et
non de pots (3).
(i) Ein meststall.
(2) Taubenlœcker.
(S) Ein cave t le oder Kontor an einem Eck und einem eisef*n
aber keinen Kachelofen,
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LA VIE A STRASBOURG 281
Où sera la despense (i) ?
On y entrera par la chambre, qui sera grande comme une
sale, et y aura une cheminée k la françoise. Au troisième
estage y aura trois chambres, deux à coucher et une pour
serrer le linge sale, Au quatrième seront les greniers, et un
coin qui servira de galetas (2).
Qu'est-ce qu'un galetas ? Ce mot me semble fort estrange.
C'est une chambrette ; où l'on jette toutes sortes de vieilles
choses qui ne sont plus de service : comme une vieille lan*
terne sans verre ou corne, une selle cagneuse : un pot percé,
une cruche ébréchée, des savattes, une paele trouée, un
chauderon bossu, une eslrille enrouillée, un tamis crevé, un
baril défoncé, un touneau tombé en douves, un dévidoir (3)
rompu, un cuveau esculé, une hache démanchée, une scie
démontée, un fendret plein de dens (4), un chapeau gras
percé, une crémaillère mangée de suye et de rouille, la clisse
d'une bouteille cassée (5), une serpe mousse, et telles autres
antiquailles : il vient de l'hébreu Kalal, estre vil et tha,
chambre.
De quelle hauteur sera vostre maison ?
Le corps de logia de devant aura trois estages sans conter
le comble, mais celuy de derrière n'en aura que deux en
tout, et pourra on aller de l'un k l'autre par une longue gai-
lerie opposée au soleil du midi, pour y pendre et sécher du
linge à des cordes, que j'y ferai tendre.
(A suivre) Charles Nerlinger.
(i) Die Speiêekammer.
(2) Im vierden toerden die Kornbœdenseyn, mil einetn winckel
dér sum Rumpel-Kasten dienen wird,
{3) Gamwinde,
(4) Ein schartechi Eawmesser.
(5) Ein gebrochener Flaschenfçorb ,
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LE REPS
oc
HYPOORAS DE L'ALSAOE
Peu de personnes connaissent encore, même de nom, \%
Reps ou RebSf vin infusé d'épices qui fut longtemps en cré-
dit chez les Alsaciens (1), et tout particulièrement les Stras-
bourgeois.
Ch. Schmidt, dans le Wœrterbuch der Strassburger Man-
dart (2), consacre au Reps les lignes suivantes : « Getrœnk
das man aus Wein bereitet, den man tlber Muskateller-
trauben und Gewûrz in ein Kleines Fass giesst, » — « Den
Drupwin mœgent su (die Wirthe) in ein Repsvas schûtten »
1453, Zunftverordn, 516. — Die Wirthe « sollent ir Rep-
pisvAss zeichenen » 1459. Ib. 553. — « R\ppiswein, vinum
acinaceum ». Dasypodius. — « Rappis » Fischart, Podagr.
672. — « Reps, Muscaleller oder ein nnderer sûsser gesot-
tener Wein. 1736, Umgeld, Ordn. »
Ces citations nous prouvent que le reps était connu déjà
au Moyen âge.
C'est une espèce d'hypocras et l'on sait que cette boisson
jouissait d'une grande vogue chez les anciens. L'hypocras
est un vin blanc ou rouge, principalement de muscat,
aromatisé avec de la cannelle, du gingembre, du poivre, etc.
et sucré. On le servait soit au commencement, soit au milieu,
soit a la fin du repas.
Aumoisd*Aoûtl507,dansundfnerdonnéîirévèque Guillau-
me de Hohnstein, rhypocras figure au troisième service épan-
ché par trois gargouilles fixées h un donjon confectionné avec
[1] Ch. Gérard, L'ancienne Alsace à table, 18B2, pa^e 276.
[2] Strasbourg 4896.
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LE REPS 283
des dragées et du beurre fondu (4). Au quatorzième siècle les
chanoiues de Bàle recevaient au repas de Pâques cinq chopi-
nes de vin aromatisé (pigmentum) (2).
Le Reps, Thypocras, le pigmentum devaient être des bois-
sons analogues, dont les différentes recettes ne variaient que
très peu, et qui au fond étaient un vin doux, aromatisé et
poivré, soit avec du gingembre, du poivre ou des baies de
genièvre. L'emploi de ces dernières baies était peu connu en
France, mais en Alsace on en usait volontiers; elles donnaient
au vin un goût poivré, et une action plus ou moins diuréti-
que,quî ne pouvait qu'être salutaire.
Les recettes de Reps devaient être nombreuses et variables.
Plus d'une famille se glorifiait d'avoir un Reps, meilleur, plus
épicé, plus parfumé que celui du voisin, et Ton se léguait la
recette comme un secret de famille.
Nous avons mis la main sur une recette manuscrite de Reps
et nous avons pensé la publier, afin qu'aux prochaines ven-
danges, un amateur des choses anciennes puisse en régaler
ses amis.
Rbcbbt (3) fur Rehs Einsumachen.
Nehme dure Buchene Spœhnen die werden mit Kirschen
Wasser angefeicht da nach ncehme ein siel Spœhnen und
ein siel Trauben Siesling Riesling Muskateller auch Rothe
Trauben von der gute qualh-et. Aufden ohmen
i Itb. vont besten zuckerkandel
i lib. Orange schallen
i Loth Nœgelein
2 Loth Zimet
i Bouteille Kirschen Wasser fur die Buchene Spœhnen
ansufeichten.
[i] Gérard, page 292.
[2J » » 7i.
[3] Les mois en petites capitales sont écrils en cursive latine.
Nous respectons l'ortographe de roriginal qui d'après récrilurç
est du siècle dernier,
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284 REVUE D' ALSACE
Wen das Buchenholz nicht recht dur ist so werden- sic
mit heis wasser angehrûcht und loieder getriklet,
Oben in dass Fass ein Ilandtvoll Wackholderbeere in
ein Sakichen durch den Sponten da nach fûllt man das
fass mit Wein auf bis dass fass voit ist in Strassburg bey
der Krœuthleret(i) begehrt man die Krauter fur ein okmen
lîebs ein su machen aber wen man es nach hauss bringt
so triach das grûne Laub weg und Schneidt das andere in
Stûcklein vor das fass mach man inewendig vor das
zapfenloch eine Blechene Sipp und Nageles an.
Les copeaux de hêtre étaient destinés à empêcher le vin
de tourner k l'aigre, raais servaient surtout/après la fermen-
tation, à fixer les imptiretés et à permettre au liquide de
couler clair (2). Si par hasard ils étaient humides et por-
taient des traces de moisissures, on les stérilisait en les
échaudantet en les séchant soigneusement après. Ces copeaux
contiennent peu de tanin.
Le kirsch pouvait se remplacer par de bonne eau-de-vie de
marc.
Les épices sont celles qu'on emploie généralement pour
rhypocras, c'est-k-dire, cannelle, clous de girofle, écorce d'o-
range, puis baies de genièvre.
Mais la recette ne donne pas beaucoup de détails sur ce
qu'il fallait faire. II fallait enlever un fond du tonneau pour
pouvoir faire alterner les rangées de raisin et les rangées de
copeaux'; puis le refermer, après avoir eu la précaution de
clouer en dedans du trou du robinet un fer blanc percé de
trous, destiné k empêcher les grains de raisins ou autres
corps d'obstruer la lumière du robinet.
Le tonneau rempli, il fallait se garder de fermer la bonde,
car le vin devait commencer k fermenter et Ton aurait risqué
une explosion.
La recette ne dit pas non plus si l'on devait prendre du vin
nouveau ou du vin vieux. Dans les deux cas le résultat serait
le même, mais la qualité du Rebs pouvait changer suivant
l'un ou l'autre procédé.
[i] Le mot est difiicile à défricher, mais on ne peut se tromper
sur le sens.
[2] En brasserie on se sert dans ce but de copeaux de noisetier.
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Là Rk^â ^85
Le vin ne pouvait èlre soutiré qu'après la complète fer-
mentation et la clarification.
Les goûts ont bien changé de nos jours : on recherche de
préférence les vins purs et naturels, laissant dans un oubli,
quelquefois bien mérité, toutes ces mixtures aromatiques et
compliquées, qui peuvent servir à masquer le goût d*un mé-
dicament amer et désagréable.
D' H. WBIàGERBEn.
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CHRONIQUE
M. Tabbé Ingold continue, avec une louable persévérance,
k rechercher les Correspondants de Grandidier et à mettre
au jour les lettres échangées entre lui et ses dils correspon-
dants. La IX« brochure qui vient de paraître dans cet ordre
de recherches et de préoccupation est d'un bel 8<> de vingt-
deux pages et deux planches hors texte. H y a dans ce texte,
outre les courtes indications et annotations de M. Ingold,
quatre lettres de Grandidier k Dom la Forcade de Tabbaye de
St-Evroult, devenu plus tard procureur de Saint-Denis. Deux
des lettres de Grandidier sont datées de Strasbourg, i^^^' jan-
vier et 30 avril 1776 et la dernière, de Saverne, le 14 août de
la même année.
Le sujet et les planches concernent le Prieuré de Lièvre, k
l'entrée de la vallée de Sainle-Marie-aux-Mines.
B
Indépendamment de la brochure dont il est question, il
faut mentionner un avis de M. Ingold annon^^ant l'existence
et la découverte aux archives de Carlsruhe, duché de Bade,
d'une grande quantité de manuscrits inédits de Grandidier.
Il est présumable qu'ils sont ceux que l'évèque, M. Raes, eut
un moment entre les mains pour servir de base k une reven-
dication judiciaire, au profit de Tévéché, de ceux que la ville
de Strasbourg venait d'acquérir et dont l'édition, en six vo-
lumes, a paru de 1865 a 1867 sous le titre de : Œuvres his-
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CHRONIQUE iSl
toriques inédites de Grandidier. Sans perdre de temps,
M. Tabbé Ingold s'est voué à l'édition de ces manuscrits dont
le premier volume, d'après les informations qui nous
arrivent, aura paru au moment où cet avis verra le jour, ou pa-
raîtra incessamment au prix de 6 fr. 25 le volume de 400 h
500 pages.
Un in-i2 d'un aspect séduisant a des droits k une remarque
spéciale parmi les écrits qui ont paru à l'occasion de la fin
de l'an et du renouveau. H est intitulé Noël Alsacien-Lor-
rain — 1896-97 — et se compose de 108 pages avec de nom-
breuses illustrations. Ce charmant petit ouvrage, imprimé
avec soin par M. Charles Schleber, éditeur rue St-Honoré,
257, à Paris, est une riche condensation de souvenirs arlis-
tiques et littéraires dont Strasbourg était le centre, ainsi que
du Folklorisme particulier de la ville universitaire et de ses
environs. S'il n'y a dans ce livret rien de nouveau sous ce
dernier rapport, le châtelain de Spesburg excepté, on peut
dire, sans crainte de se tromper, qu'il a des qualités surpre-
nantes : Et d'abord, son impression révèle une attention que
l'on ne donne pas h ce genre d'écrits de circonstance ; en se-
cond lieu on ne le vend pas, on le donne pour cinquante
centimes tandis qu'au point de vue purement matériel on
l'estimerait à 2 fr. 50 sans exagération ; en troisième lieu il
est recommandable par la finesse éclectique des éléments de
la vie populaire qui le remplissent ; il l'est surtout parla fidé-
lité caractéristique de ces éléments, qui accuse l'intervention
de véritables enfants du pays, conviés pour fêter ensemble a
Paris, comme autrefois a Strasbourg, la veille et le jour de l'an
1897, J.-J. Oberlin nous a laissé pour les années 1780-81-82-89
et92 des Almanachs qui ont leur place dans nos bibliothèques
alsatiques et auxquels on a encore fréquemment recours. Le
Noël que nous avons le plaisir de signaler est vraiment digne
de la môme considération.
Chacun de nos artistes et de nos littérateurs, les : F. Lix,
Erckmann-Chatrian, Alf. Touchemolin, D"« Albré d'Appoi-
pny, H. Ganier, Emile Erckmann, Ch. Nerlinger, A. Eckel,
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2é8 REVUE D^ALSACft
C.-F Schmuck, F. Casale, Ch. Pfister, E. Borse, Jean de
Barr, Lixele, Levrault, y a sa bonne place et Tensemble
constitue un charmant Âonuaire à conserver.
D
M. Paul Ristelhuber nous donne aujourd'hui, en vingt
pages in-S®, extraites de la Revue de géographie, une étude
sur Brocomagus-Brumath, la cité des Triboques. Cet exposé
de la question au point de vue critique des origines et du
>j^ langage de cette peuplade est écrite en français par M. Ilis-
telhuber à Toccasion d'une notice sur le même sujet écrite en
allemand par M. Bostetter. En se reportant aux temps des
premières invasions connues de la Gaule, notre compatriote
devait être entraîné à résumer dans un cadre restreint, ce
qui a été écrit sur ces faits par les anciens, enseigné par les
classiques commenté et complété par les modernes. Ce résumé
sera lu avec intérêt, même lorsqu'il faudra faire un petit effort
pour demeurer d'accord avec Tauteur.
Frédéric Kurtz.
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LES ALSACIENS
DANS
L'HISTOIRE DE NANCY
D'APRÈS M. PPISTER (1)
C'esl dans rhi ver de 1831-181)5 que M. Plister a professé,
sur rhistoire de Nancy, le cours qu'il vient de publier. Nous
allons en extraire ce qui i>eut intéresser Thistoire de
l'Alsace.
Voici d'abord, dans VÉtude préliminaire, sur les hislo-
liens, les plans et les gravures de Nancy, la mention d'une
vue de cette ville reproduite dans la Cosmographie de Sébas-
tien MQnster et «attribuée a Pierre Aubry, marchand d'estam-
pes à Strasbourg, qui, avant les Schmuck, a fait un recueil
de costumes strasbourgeois, et qui mourut vers 1668. »
(p. xxv;.
Notre province apparaît dans l'histoire de Nancy avec
TEtichonide Gérard d'Alsace, premier duc héréditaire de
Lorraine, fief dont il est investi par l'empereur Henri III en
1048 et que ses descendants possédèrent jusqu'en 1737. Ce
duché se composait au XI<^ siècle de trois groupes distincts de
possessions : l'un au sud autour du manoir de VaudémonI,
dont un des fils de Gérard prit le nom; un autre au nord,
(1) Histoire de Nancy, Tome ï, depuis les origines jusqu'à la
mort de René II (Î508). Edition de la Lorraine Artiste.
hnprimé par Louis Kreîs à Nancy, 489»», LXIIl- quatre cent vingt
quatre pages.
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290 REVUE d' ALSACE
chef-lieu Bitche. où le duc Simon I (1113-1139) fondera
Tabbaye cistercienne de Slûrzelbronn ; le troisième au milieu,
et dont Nancy va devenir la capitale. D'après VHistoire
manuscrite de Lorraine y dite Mémorial d*Haraucouri,
parce qu*«on en attribue la rédaction a Louis d*llaraucourl,
évèque de Verdun au début du XV« siècle », le même duc
Simon, beau-frère du roi d'Allemagne Lothaire II de Supplim-
bourg (1125-1137), aurait, avec Taide du comte de Salm et du
duc Henri de Bavière, défait k Macheren, près St-Avold, l'ar-
chevêque de Trêves et ses alliés, le Comte de Bar et Tévèque
de Metz; puis vaincu a Frouard et assiégé dans Nancy par
Godefroy de Fauquemont, chef de l'armée archiépiscopale,
il aurait été débloqué par Lothaire. Mais M. Pfister récuse
cette histoire comme apocryphe, parcequ'elle n'est racontée
que par le Mémorial d'IIaraucourt, qui ne mérite aucune
confiance.
Par contre un autre fait, bien authentique celui-là, vient
mettre Nancy en rapport avec l'Alsace dès le début du XIII*
siècle. Lorsque Frédéric II de Hohenstaufen, envoyé par
Innocent IIL contre Othon de Brunschwick, commença a
gagner des partisans en Allemagne (1212), il eut h, Haguenau
une entrevue avec le duc Ferri II de Lorraine, lui emprunta
2000 marcs et lui livra Rosheim en gage. Mais bientôt, ayant
eu des motifs de mécontentement contre Thibault I, (ils de
Ferri, au sujet des affaires de Champagne, il reprit Rosheim
et occupa en même temps les biens de Gertrude de Dabo,
femme de Thibault. Les Lorrains, rentrent de force dans Ros-
heim, mais s'étint enivrés, ils sont égorgés dans leur som-
meil par les bourgeois; l'empereur lui-même accourt et pénè-
tre en Lorraine. Ses alliés, la comtesse de Champagne et le
comte de Bar, viennent se joindre «-i lui et incendient Nancy
qui se trouve sur leur passage. Thibault fait prisonnier est
retenu un an en Allemagne et ne recouvre la liberté que pour
mourir bientôt. Sa veuve épouse Thibault IV de Champagne
et reçoit en douaire Nancy, que sa première belle-mère avait
déjà obtenu dans les mêmes conditions. Mais lorsqu'elle
divorça pour se remarier avec Simon de Linange, Nancy fit
retour à la Lorraine.
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LES ALSACIENS DANS l'hISTOIBB DE NANCY 291
En 1308, nouvelle bataille de Frouard, lout à fait sûre celle
fois. L*; duc TbiébauU II y défait l'^véque de Metz, ainsi que
les comtes de Bar et de Saliii, qui restent quatre ans prison-
niers. Juste un siècle plus lard, un descendant du dernier de
ces princes eut le même sort, presque h la môme place; ligué
avec ses voisins de Saarbrûck et deSaurwerden et avec Louis
d'Orléans, il attaqua (1) le duc Cbarles II de Lorraine, qui le
déGt h Champigneulles et l'emmena prisonnnier a Nancy.
Le développement intérieur de celle cité s'effectua tout
autrement que celui de la plupart des bourgeoisies du
moyen-âge, qu'à Strasbourg par exemple où les luttes intes-
tines contre Tévéque, contre rarislocratie, etc, sont à l'ordre
du jour. A Nancy rien de pareil. On n'y voit point de guerre
civile, point de soulèvement. L'accord le plus parfait ne cesse
de régner entre la commune et son prince. Cet «accord se
manifeste de la façon la plus éclatante dans la guerre contre
le Téméraire, pendant laquelle Nancy eut Irois sièges à sup-
porter. Dans cette période capitale de son histoire, les Alsa-
ciens jouent un rôle particulièrement important. Car ce n'est
qu'avec leur secours et celui des Suisses que Kené 11 fut mis
en état de soutenir les atlaques de son formidable adversaire
et, finalenvent, de sortir vainqueur de la lutte inégale (2).
Lors du premier siège, qui commencé le 24 octobre se ter-
mina par la capitulation du 27 novembre 1475 (3), la garni-
son, forte de 3000 hommes (sur 5000 habitants) était surtout
composée d'Alsaciens envoyés par la Basse-Union, celte ligue
formée contre la Bourgogne au printemps de l'année précé-
dente par Strasbourg, Schlesladt, Colmar et Bàle et a laquelle
René II avait adhéré solennellement le 18 avril 1475. Le
contingent de la première de ces villes était commandé par
Adam Zorn et Frédéric de Fleckenslein, celui de l'évéque de
celte même cité l'était par Philippe Wetzel ; et Thierry de
(1) Pour défendre les intérêts de Wenceslas, dont le compéti-
teur, Robert de Palatin, était le beau-père du duc de Lorraine.
(2) C'«st René H aussi qui donna le prieuré de Lièvre à la
collégiale de Sainl-Georges, fondée à Nancy en 1339.
(3) C'est par erreur typographique que la table des matières du
volume (p. 374) porte 147(?.
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292 REVUE D* ALSACE
Rumlang était à la tète des troupes de l'Aivhi.luc. « Parmi
les artilleurs se distinguait le fameux Nicolas, des Grands-
Moulins. Quand le feu cessait il se mettait u la fenélre de la
grande tour et chantait de joyeux refrains en s'accompa-
gnant de ses castagnettes... Aussitôt on tirait sur lui des flè-
ches nombreuses; mais jamais on ne put l'atteindre. On
ramassait ces flèches le lendemain et on en formait des fais-
ceaux. Le bombardier strasbourgeois Jacques d'Ay, qui par-
lait mal le fran^is, proposait alors de porter ces flèches h
Monsieur Saint Bachet; il voulait dire Sjint Sébastien ; mais
cela faisait beaucoup rire ses camarades Welsches, parceque
bachet voulait alors dire brochet ».
Lorsque la famine força la ville à ouvrir ses portes, la gar-
nison qui n*avait perdu que 300 hommes, put se retirer libre-
ment. Le Téméraire resta à Nancy jusqu'au début de Tannée
suivante, puis marcha contre les Suisses. Bientôt la nouvelle
de son désastre devant Grandson vint ranimer le courage des
Lorrains. Le comle Wecker de Bitche se hâta de reprendre
aux Bourgignons Sierck et Sarreguemines, et Sarrebourg,
quoique lorrain depuis douze ans seulement (4), ne s'em-
pressa pas moins de revenir h René. Celui-ci, après avoir
recueilli l'héritage et le dernier soupir de sa grand'mère
paternelle a Elbœuf, annonce à Louis XI son intention d'aller
combatlre l'ennemi commun dans les rangs des Suisses. Il
traversa son duché avec une escorte française. « A Sarre-
bourg, il fut reçut magnifiquement... Les seigneurs, les
comtes de Bitche, de Saarwerclen, de Fénétrange, étaient
accourus. Ils invitèrent à tour de rôle le duc et son escorle ;
les repas succédaient aux repas, on en faisait jusqu'à cinq
par jour... Les dits François estoyent tout ébahis d'estre
ainsy servys, dit la chronique de Lorraine, ils demandoient
si c'esloient la vie que les Allemansfaisoientde manger ainsy
souvent.
« Au bout de trois jours, l'escorte française retourna en
arrière; René se rendit k Strasbourg sous la conduite des
seigneurs de la Lorraine allemande. Les Strasbourgeois qui,
(i) Celle ville élait auparavant aux évéques de Metz, qui la
reprirent après la ftuerre ci la gardèrent jusqu'en 4361, <^poque
où elle fut définitivement réunie à la Lorraine.
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LES ALSACIENS DANS l'hISTOIRE DE NANCY 293
après la prise cle Nancy, s'étaient vaillamment préparés k la
résistance, en abattant les églises et les maisons en dehors
des remparts, lui firent un chaleureux accueil (21 mai)... On
perdit quelque temps h lui réunir une petite troupe de 300
cavaliers. Le 18 juin seulement, il put quitter Strasbourg; en
marchant nuit et jour, il arriva & temps pour combattre le 22
à Morat ».
Le 13 juillet, il était de retour k Strasbourg. Le lendemain,
« il reçut la visite d'un bourgeois de Bruyères, Varin Doron,
qui lui demanda des hommes résolus, pour leur livrer la
garnison bourguignonne de sa ville natale. Le duc envoya
quelques hommes sous la conduite de Raoul Harnescher, de
Thann. Doron les cacha de nuit dans sa maison, et le lende-
main, au moment où les officiers bourguignons étaient a la
grand'messe, il introduisit ces partisans lorrains dans
rÉglise. Les officiers, surpris, ne purent que se rendre, et,
pour avoir la vie sauve, ils donnèrent ordre a la garnison de
poser les armes. Harnescher ne se contenta pas d'occuper
Bruyères; il enleva Arches, Saint-Dié, Remiremont. Toutes
les places furent ainsi reconquises... il ne restait plus que
Lunéville, Ëpinal et Nancy.»
Les deux premières places ne tardèrent pas a ouvrir leurs
portes, et René lui-même, après avoir assisté ii la diète de
Fribourg en Suisse, vint diriger le siège de la dernière, ayant
sous ses ordres Walter de Thann, Harnescher et le Suisse
Bernard de Hohenstein. Hans de Kageneck, dont les lettres
sont conservées aux archives de Strasbourg, lui amena de
celte ville les deux fameuses bombardes Strus et Rummel
avec 12 couleuvrines, 300 fantassins et 400 chevaux. Malgré
ce secours, deux circonstances firent traîner le siège. « Le
duc avait pitié de sa ville ; il n'osait s'attaquer aux maisons.
Puis il ne réussissait pas k maintenir une discipline rigou-
reuse. Allemands et Welsches se détestaient et en arrivaient
souvent aux mains; une licence assez grande régnait dans
son camp, et les Alsaciens en étaient souvent scandalisés,
quand eux mêmes ne prenaient point part k ces excès. Mais
René gardait néanmoins l'avantage ; il put sans cesse recevoir
des renforts, surtout de ses fidèles alliés les Strasbourgeois
qui, k cettte date, ont véritablement sauvé la Lorraine ».
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294 REVUE d'alsace
Ce sont eux aussi qui l'avertirent de l'approche du Témé-
raire. « Alors rarlillerie fit rage, les deux bombardes tiraient
chacune jusqu'à vingl-el-un coups par jour, chiffre qui sem-
blait alors extraordinaire ». Enfin la ville se rendit. « Le mardi
7 octobre au malin, la garnison sortit de la ville et prit la direc-
tion de Pont-à-Mousson. Mais au faubourg Saint-Dizier,
aujourd'hui Boudon ville, les Allemands coururent sus aux
premiers soldats qui se présentèrent et les détroussèrent. René
en fut averti ; il vint lui-même se placer près de la porte pour
réprimer tout désordre ».
11 n'était que temps que le siège prît fin « Le Téméraire
était déjk k Neufchàteau, et quatre jours plus tard, h. Toul, il
apprenait en grinçant des dents » la reddition de Nancy et
jurait d'en reprendre possession avant la fin de l'année.
Cependant René, sans perdre un moment, laisse 2000 hom-
mes dans sa capitale et court en Suisse réunir une armée de
secours, en promettant de revenir dans deux mois, c'est-à-dire
au moment où les vivres seraient épuisés. Jean de Reinach
commandait les Alsaciens qui étaient dans la place. L'inves-
tissement commença le 25 octobre, ainsi 48 jours après la fin
de l'autre siège.
René se dirigea d'abord sur Strasbourg, où il mit en gage
sa vaisselle précieuse. Puis il alla trouver successivement les
chefs de chaque canton. Mais ceux-ci hésitaient. Berne la
première se déclara pour lui, puis ce fut le tour de Zurich.
Une diète réunie à Lucerne le 23 novembre lui promit enfin
secours pour Noël ». Le 4«f décembre il était k Scblestadt (1),
puis il alla établir son quartier général près de Bàle, et les
soldats accoururent en foule. « Malheureusement cette mobi-
lisation ne se fit pas sans désordre et un accident parut de
fAcheux augure. Le 19 décembre, on embarqua sur le Rhin
(1 • Nous trouvons des Alsaciens jusque dans son entourage im-
médiat. Des deux secrétaires qui ne quittèrent pas ses côtés pen-
dant toute la campagne^ Tun Jean Lud, né à Phaffenhofen,
raconta plus tard (1499 à i500^ ses souvenirs dans son Dialogue^
édité par Jean Cayon (1844), puis par Henri Lepage (1854), qui a,
en outre, consacré une notice à Lud dans le Bulletin de la Socié-
té d'archéologie lorraine (1855).
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LES ÀLSAGIRNS DANS l'hISTOIRE DE NANCY 295
270 soldais qui devaient descendre le fleuve jusqu'à Brisach;
mais quelques lansquenets ivres, se portant tous du même
côté, firent chavirer le vaisseau ; près de 50 guerriers trou-
vèrent la mort dans les eaux du fleuve. Cependant Tarmée
présenta un bel aspect, quand René la passa en revue. Elle
comptait 9000 hommes, auxquels se joignirent 500 Bâlois.
Elle se mit en route par la Haute-Alsace » dévastant les villa-
ges, malgré les recommandations de ses chefs. « Les Suisses
en voulaient surtout aux Juifs, qu'ils accusaient d'être la
cause de cette guerre; ils pillèrent leurs maisons et, k Ensis-
heim, k Colmar et à Schlestadt, ils firent un riche butin.
Puis Tarmée pénétra dans la vallée de Sainte-Marie; là, elle
se trouvait en partie en territoire lorrain. Les soldats fran-
chirent le col au milieu de la neige. A Saint-Dié, le duc vint
les rejoindre » et k Orgéviller, on trouva l'armée de la Basse-
Union, qui avait franchi le col de Saverne.
Harnescher était k Bruyères, où le duc le fit prévenir,
ainsi que tous les autres chefs de garnisons, d'être le 4 jan-
vier k Saint-Nicolas.
De même que, avant Morat, René s'était fait frapper che-
valier par Oswald de Thierstein avec 150 nobles d'Alsace et
de Brisgau, de même, maintenant, il frappa avant la bataille,
Ilermann Waldner, Sigel de Mullenhein, Gaspard Zorn de
Bulach (1), Henri de Haslach, Jost de Brunighofen. Le
seigneur de Ribeaupierre marchait aussi contre le Téméraire.
Nous n'avons pas à entrer dans le détail des opérations.
Disons seulement que 24 heures après le commencement de
la lutte on en connaissait l'issue k Colmar; le magistrat de
cette ville en fit part k celui de Schlestadt par une lettre dont
Knebel, l'historien de BAle, nous communique la teneur dans
son Diarium, qui va de 1473 k 1479.
En retournant chez eux, les Suisses commirent de nou-
veaux excès en Alsace, et non plus seulement contre les
Juifs. C'est ainsi qu'ils brûlèrent entièrement Sainte-Croix-
en-Plaine.
Parmi les prisonniers des vainqueurs se trouvaient entre
(\) André de Boulach périt devant Nancy dans les rangs des
lorrains.
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296 REVUS d'alsace
autres le margrave de Rœteln, le sire Philippe de Fontenoy(4)
beau-frère de Guillaume de Ribeaupierre, et le comte Engcl-
bert de Nassau, gendre du margrave Charles de Bade, qui
réussit à se cacher au château de Bilslein.
Les Strasbourgeois rentrèrent dans leur ville le 42 janvier,
rapportant comme trophés une cotte de maille du Téméraire
et huit bannières bourguignonnes, qu'ils firent flotter au som-
met de la flèche de la cathédrale, récemment achevée.
Après cette guerre, événement capital de Thistoire de
Nancy, il n'y a plus grand chose h y glaner sur l'Alsace.
Voici quelques rares faits qui méritent d'être cités.
En 1629, les Oratoriens de Nancy envoyèrent sur la
demande du prince et de la princesse de Phalsbourg, une
colonie fonder un couvent k Lixheim, dont le père Etienne
Gérard fut le premier supérieur. Mais bientôt, traqués par les
Suédois, les Frères de Lixheim durent (1635) chercher un
refuge dans la maison-mère, dont la détresse n'était guère
moins grande que la leur.
A l'église du noviciat des Jésuites (aujourd'hui hospice
Saint-Stanislas) se trouvait le cœur de Charles III et celui de
son fils Charles, cardinal de Lorraine, qui, très jeune, cumtila
les évèchés de Metz et de Strasbourg, et mourut en 1607.
On sait que Henri de Lorraine, comte d'Harcourt (décédé
en 1666), fut le premier gouverneur français de l'Alsace. Son
cercueil, ainsi que ceux de ses deux fils, ayant été trouvés
(1855) dans les ruines de l'abbaye de Uoyaumont (Seine-et-
Oise), Tarchiduc Maximilien, qui venait de visiter les tom-
beaux de ses aïeux dans les caveaux de la chapelle ducale de
Nancy, prévenu de ce fait par la Société d'Archéologie Lor-
raine, flt transporter les trois cercueils dans ces mômes
caveaux.
Le 20 avril 1700, le P. Daubenton, recteur du collège des
Jésuites de Strasbourg, prononça l'oraison funèbre a l'occa-
sion du transfert a l'église des Cordeliers des restes du duc
Charles V rappoiiés d'Innsbruck.
Disons enfin que la nouvelle paroisse érigée k l'ouest de
Nancy le 10 février 1861, fut placée sous l'invocation du pape
(f) Fontenoy-le-Château, canton de Bains (Vosges).
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LES ALSACIENS DANS L'hISTOIRE DE NANCY 297
alsacien Saint Léon IX. La nef fut bénite et livrée au
culte dès Tannée suivante, mais toute l'église ne fut consa-
crée qu'en 1877.
Nous terminerons cet aperçu aussitôt que le deuxième
volume de Y Histoire de Nancy aura paru.
Th. Schukll.
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OBSERVATIONS HISTORIQUES
SUR L'ÉTAT ANCIEN
DE LA
VILLE D'OBERSULTZ
Située en haute Alsace, dans le district du Haut mundat
appartenant à révéque Prince de Strasbourg
et dans le diocàse de Basle
PAR
L'ABBÉ GRANDIDIER
Chanoine prétendier du grand chœur de V Église Cathédrale de
Strasbourg et grand vicaire du diocèse de Boulogne
i. Sultz est un endroit très ancien, ii parait avoir fait
partie de la primitive donation que Dagobert Roi d'Austrasie
fit vers l'an 675 à Saint Arbogaste évèque de Strasbourg et à
son évôché. Du moins il est compté depuis un temps immé-
morial dans le territoire du haut mundat (a).
2. Adalric duc d'Alsace, qui fonda vers Tan 667 Tabbaye
d'Ebermunster la dota d*un grand nombre de biens et reve-
nus dont on trouve le détail dans Tauteur de la chronique de
ce monastère écrite au milieu du douzième siècle (b); on y lit
(a) Voyès mon histoire de Téglise et des évêques de Strasboiu'g
(le me I page 208 et 214).
(b) Cette chronique se trouve dans la bibliothèque de la ville de
Schlestadt. Elle a été publiée en partie en 1717 par Dom Mar-
te nne in thesauro novo anecdotorum, tome 111, page 1125, etc.
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OBSERVATIONS HISTORIQUES 299
entr*autres qu'il accorda à l'abbaye d'Ebermunster la cour sei-
gneuriale de Sultz avec son église paroissiale, ses dimes et
tout son ban depuis le haut du mont balon jusqu'à la[forét de
Munebruch.
Dux itaque cum ducissa dotem ecclesiapreordinans viginti
curtes cum omnibus pertinentiis descripsit, ac super Altare
sancti Mauricii contradidit .. in Sultza, curtiis dominica cum
omnibus appendiciis suis ecclesia videlicet matrice cum
decimîs suis, mansus censuales atque serviles, agricum vineis
et pratis, curtes cum curteflciis, familia ministerialis servilis
et censualis aquarum decursus cum molendinis ac forestis, ac
totussimul bannus generalis a jugo montis qui beleus dicitur
et a fonte qui breilenbrunno vocalur, in dercenui usque
ad saltum qui munebruch vocatur.
3. Sainte Odile, abesse de Hohenburg et fille du duc Adalric
fonda vers Tan 700 Tabbaye de Niedermunster, elle adjugea
a cette dernière des biens situés k Sultz (Suitze cum suis
appendiciis) est-il dit dans le testament de cette Sainte
abesse fait vers l'an 708 (c).
4. Sous Colombe qui était abbé d'Ebermunster sous le
règne de Pépin, vivait un prêtre nommé Irin, qui bâtit a
Sultz près de la porle l'église de Saint-Pierre, (ecclesiam que
cella sancti Pétri dicitur), diti'auteur de la chronique d'Eber-
munster qui ajoute que cette église fut consacrée par Saint
Pirmin, abbé de Richenau, qui vint se retirer en Alsace en
l'an 727.
5. Carloman roi d'Austrasie par son diplôme du 6 mai 770
confirma à l'abbaye d'Ebermunster les possessions qu'Adalric,
duc d'Alsace, avait accordé k ce monastère dans Tendroit de
Sultz (in Suiza cum omnibus ad se pertinentibus (d).
6. L'empereur Charlemagne fit la même chose in Sulzha
par son diplôme du i2 août 8i0 (e).
7. L'empereur Louis le Débonnaire son fils donna un di-
plôme le 1 mai 818 a la même abbaye d'Ebermunster, par
(c) Histoire de l'église de Strasbourg, par l'abbé Grandidier,
Tome 1 pièces justificatives p. XLIV.
(d) ibidem Tom 2 page CllL
(e) ibidem Tom 2 page GLV.
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300 RBVUB d' ALSACE
laquelle il lui confirma également la cour seigneuriale de Sullz,
régliseet lesdfmes du même endroit, ainsi que la chapelle de
St-Pierre située près de la porte : In Suiza curtis dominica cum
omnibus pertinentiis suis, id est, ecclesia cum decimis suis
curtis porte cum omni décima salice terre, capeila etiam,quœ
cella S. Pétri dicitur, in supradictam curlim porte com omni-
bus ad se pertinentibus pertinet (f),
8. L'empereur St-IIenri par son diplôme du 4 janvier
1022 confirma a Tabbaye d'Ëbermunster la chapelle de St-
Pierre située dans le ban de Sultz avec les dimes qui en
dépendaient. Capeila sita in banno Suiza quœ cella S.
Pétri dicitur, cum decimis allodii ad ip$am perti-
nent is (g).
9. Werinhaire H, évoque de Strasbourg, qui gouverna celte
église depuis Tan i065 jusqu'en i079, s'empara de la plus
grande partie des biens que Tabbaye d'Ëbermunster
possédait a Sultz, pour les accorder k son frère. Allodia et
curies quasdam Sancti Mauricii novientensis cenobii fratri
suo per rapinam concessit Werenharius episcopus, id est
Suiza cum pertinentiis suis, comme le rapporte l'auteur de
la chronique (h).
iO. Heilwige comtesse d'Egisheim et épouse de Gérard
comte de Vaudemont fut investi, conjointement avec les deux
comtes Hugues et Ulric ses fils par Cunon évéque de Stras-
bourg du fief épiscopal situé a Sultz. llonorata est benificiis
de curte episcopali, videlicet que sita est in villa Sulzo juxta
vosagum. C'est ainsi que s'explique la charte donnée
en iii8(i).
il. Les habitants de Sultz Parochiani in Sultza nobiles
et ignobiles, accordèrent k l'église de Notre-Dame-de-ïhier-
bach une partie des forêts qui appartenaient k celte commu-
nauté du consentement de Gebehard évéque de Strasbourg et
de Wernher de Habsbourg, landgrave de la haute Alsace, dont
(f) Ibidem Tom 2 page CLXIX.
(g) Origioal dans les archives de Tabbaye d'Ëbermunster.
(h) Apud Martenne lib. cH. page 1144.
(i) Original dans le» archives de Tévèché à Saverne.
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OBSERVATIONS HISTORIQUES 301
le premier'élait seigneur territorial et le second protecteur de
cet endroit. L'acte est daté du premier mai 1135 (l).
12. Diethelm recteur et curé de Soultz rector et presbyler
in villa et inparochia Suiza, U la demande et au nom des
nobles et des habitants ;dudit endroit, de rogatu, comilio
et consensu nohiliuniy civium et universorum tant in eccle-
siis quam in capellis et in vilîis ad parochiam seu ad
villam Sulse spectantium fit un voeu pour lesdils habitants
d'aller en procession tous les ans le jour de l'invention de la
Ste-Croix h l'église de la Sle-Vierge du couvent de Thier-
bach. Le vœu se fit en l'an 1138 (m).
13. Le vénérable Pierre, abbé de Cluny, par sa lettre du 5
mars 1142 adressée aux habitants de Sultz (omnibus in
parochia de Sulsa commorantibus) les rendit participants
des prières de Tordre de Cluni, en reconnaissance de ce qu'ils
avaient contribué h la fondation du couvent de Thierbach,
quando dit-il primo novellam plantationem de Thieren^
bach inchoastis (n).
14. Le pape Luce III par sa bulle du 19 juillet 1183 con-
firma à l'abbaye d'Ëbermunster la cour seigneuriale de Sultz
avec ses dimes In Suiza curtem porte cum decimis snis et
cum decimis dominice curtis in agris, pratis et vinies (o).
15. Baldemar curé de Sultz (Baldemarus plebanus de
Sulze) signa en 1202 une charte de Conrad évoque de Stras-
bourg en faveur du monastère de Schwartzenau (p).
IG. Le pape Honorius III par sa bulle du 13 mai 1224 con-
firma à l'abbaye d'Ëbermunster la chapelle de Sultz avec ses
appartenances qui lui avait été accordé par l'empereur St-
Henri capellam de Suiza cum allodiis et pertinentiis ejun
dem que ab idclite recordationis Henricô secundo romnno-
rum imperatore fuit concessa (q).
(1) Il est inséré dans l'ancieu chartulaire de l'abbaye de Cluni
fol 205 et la copie se trouve écrite sur un tableau pendu près de
l'autel de Notre Dame de Thierbach.
(m) La même chose.
(n) La même chose.
(o) Original dans les archives de l'abbaye d'Ebersmunster.
(p) Archives de l'évèché ii Saverne.
fq) Original dans les archives d'iîlberinunster.
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302 RBVUE d'alsagb
17. Le même pape Honorius dans une autre bulle du 24
mai 1224 compte entre les possessions de Tabbaye d'Ëber-
munster la cour seigneuriale de Sultz avec ses dîmes.
In Sulsa curtam porte cum decimis suis et cum decimis
dominice curtis in agris, pratis et vineis (r).
18. Quelque temps après, Tabbaye d'Ebermunster vendit
pour cent marks la cour seigneuriale et la cbapelle de Sultz.
Allodium in Sulze cum capella venditum est centum
marcis dit la chronique de cette abbaye. Cette chapelle et ces
biens forment ce que possède aujourd'hui h Sullr Tévéque de
Bdsle.
19. Ilermann, abbé de Rhinau, vendit au monastère de
Marbach les biens que son abbaye avait dans le ban de Sultz
interminis Alswilre et Sulze l'acte est daté du mois de
janvier 1242 (s).
Jusqu'ici Sultz n'est connu que sous le titre de villa c'est
du moins la dénomination que lui donnent les chartes de
1118 et 1138 ; celles de 1251 et 1260 en parlent comme d'une
forteresse.
20. La charte par laquelle Ulric comte de Ferette recon-
naît tenir en fief de l'église de Strasbourg les châteaux de
Thann, Hohenneck et Windeck est daté du 5 février 1251 et
delà forteresse de Sultz. Acta sunt hec apud municionem
Sulze domini nostri episcopi Argentinensis (l).
Materne Berler de Rouffach, curé de Guebersveiler, auteur
d'une chronique manuscrite écrite en 1510 dont M. de Wald-
ner fit présent à la bibliothèque de M. Schœppflin et qui se
trouve aujourd'hui dans celle de la ville de Strasbourg pré-
tend (u) que Sultz ne devint ville qu'au XIV® siècle. Le titre
suivant prouve qu'il portait déjà ce titre au milieu du XHI®.
21. Henri, év^ôque de Strasbourg par sa charte du 3 août
1254, accorda en fief au noble Guillaume de Sultz son péage
[r] ibidem.
[s] Original dans les archives de l'évèché à Saverne.
[t] Original dans les mêmes archives.
[u] In chronico mss fol. 349.
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OBSBBVATIONS HISTORIQUES 303
de Suitz Çteloneum noslrum apud villam nostram Sulse),
Mais dans la même charle il donne k cet endroit le nom de
ville. In dicto oppido Sulze (x).
22. L'abbaye de Lieu-Croissant f'ans le diocèse de Besan-
çon vendit au mois de juin 1260 au noble Conrad Walde-
ner de Guebwilr et à ses trois frères llermann, Gunther et
Eberhard la cour d*(Mlveiler située dans le ban de la forte-
resse de Sullz curiam nostram, sive domum quœ vocatur
Olvilr sitam in banno municipii Suiza (y).
22. Le noble Conrad Waldner et llermann, Gunther et
Eberhard ses trois frères, offrirent en ûef à Téglise de Stras-
bourg leur cour d'OUveiler située dans le ban de Sultz,
curiam diclam Ollvilr sitam in banno de Sultze. L'acte
est du 22 août 1261 (z).
24. On lit dans les annales des dominicains de Colmar (a)
qu'un domestique de Jean de Junghollz fut brûlé dans une
chaudière ardente k Sultz près de Rouiïach in Sultz prope
rubeacum et ce en 1276 pour avoir fait de la fausse monnaie
les mêmes annales rapportent (b) qu'en 1277 Tévêque de
Strasbourg retirait des bourgeois de Sullz de civibus in Sultz
quatre vingt mai es, tandis que ses prédécesseurs en perce-
vaient k peine soixante. En la même année et selon les mê-
mes annales, les filles publiques de la ville de Sultz
furent chassées k coups de bâton par les filles publiques
des forêts. In Sultz quœdam meretrices domesticœ mère-
trecibus sylvestris baculis expuUœ (c).
25. Thibault comte de Ferettc donna le 2 juillet 1280 une
charle en faveur de Conrad Waldner et llermann son frère
l'acte est daté de Sultz das icas ze Sultze (d).
[x] Original dans les archives de l'cvéché à Saverne.
[y] Original dans les archives de M. de Waldner.
[z] Original dans les mêmes archives.
[a] Apud Urslicium, in scriploribus rerum germanicarum, parle
2 page 12.
[b] Ibidem page 14.
[c] » » çii.
[d] Original dans les. archives dç M. de Waldner.
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304 REVUE d' ALSACE
26. En lâ8i il y eut k Sultz une grande inondation qui fit
un grand tort h son château. Aqua transiens caêtelium
Sultse magnum damnum ibidem fecit disent les annal^^sde
Colmar (e).
27. Les trois frères Pierre, Henri et Jean de Pfaffenheim
abandonnèrent à Tévèque de Strasbourg le château de Sultz
avec toutes ses appartenances die hurg se Sultse und ailes
dasdarsu hœret, qu'ils possédaient auparavant en ûef. Cet
abandonnement se fit du consentement des bourgeois de
Sultz. und t>on den burgern von Sults gehette und viilen
dis geschehen ist. L'acte est daté du jour de Ste Cécile 1289
(0.
28. Le noble Pierre de BoUveiler et Burcard son frère rec-
teur de réglise d'Alsvilr, par acte du 5 avril 1295, offrirent en
fief à réglise de Strasbourg la petite ville de BoUveiler, sous
la condition que leurs sujets ne pourront jamais être traduits
en justice dans la ville et le ban de Sultz. in der stadt und
in dem banne su Sulse (g).
29. Thibault comte deFerette, par sa lettre de 1293, accor-
de en douaire k Catherine de Clingen sa femme, mille marcs
d'argent et ce sur la dime de Sultz que Conrad évèque de
Strasbourg lui avait accordée en lief. Das su unserme sehen-
den su Sulse hœret, das wir su lehene hant von unserme
heren deme bischofe von Strasburg (h).
30. Conrad, évèque de Stras))OLrg, vendit à Henri Baselwint
schuUheiss, Egenolfe Zeineberche et Wernher Limes bour-
geois de la ville de Sultz. civibus oppidi nostri in Sulse
supra rubiacum, le péage et Tumgelt de la même ville.
thelonieum et quod vulgariter ungelt appellatur cum
attinenciis eorundem quas habemus in oppido nostro et
ecclesie nostre Sulse predicto. L'acte est de Tannée 1296 (i).
31. L'empereur Henri VH, par son diplôme daté deFranc-
fe] Apud Urslicium page 17.
[f] Livre salique du grand chapitre de l'église cathédrale de
Strasbourg fol. 53.
[g] Original dans les archives de Tévêché à Saverne.
|hj Livre salique du grand chapitre fol 53.
[ij Le même fol 28.
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OBSEUVATIONS lIISToniQlES %5
fort 28 novembre 1308 accorda à Jean, évoque de Strasbourg
et à son église tous les juifs que Tempirc avait h Ilouffacb et
h Su Hz. Omnes ufriusf/ue »exus Judeos opidorum rubinri
et Su/se basHiensis diocesis inroiax pmentes et futuroA
roncedimus Argentinensi ecriesie ita quod dirti Judœi ad
illom perti néant pleno Jure (I).
32. Ulric comte de Ferrette par sa lettre du 1 avril i[\\à
abandonne à Jean évéquedc Strasbourg tous les droits qu'il
avait sur la dime de Suitz u/f den ^ehenden eu Sutse (m).
33. I/église mère d'Obersultz était autrefois située dans
rcndroit voisin d'AIsvilr mais cette église ainsi que le village
fut détruite au XiV'^ siècle dans le tenis de Tirruption des
Anglais. Berler (n) compte dans le nombre des curés recteurs
de l'église de Sullz Herman comte de Tbierstein, Henri de
]|(dienstein, Rodolphe dï)berkirch (!t Jean Jacrjues d'Andlau
mort en 1520.
Je soussigné pronotaire apostolique, chargé par le lloi
de la Recherche des Monumens, (|ui peuvent servir à l'histoire
et au droit public de la monarchie française, certilie avoir
tiré et copié les présents extraits relatif i à Tétat ancien de la
ville d'Obersultz en haute Alsace sur les originaux et autres
pièces citées au bas des pages. En foi de quoi j*ai signé les
présentes et apposé le cachet de mes armes.
Donné k Strasbourg ce 18 Décembre 1782.
signé Tabbé Grandidier L. S.
Cachet ovale en rire roug«»,
mauvaise conservaliou
Sur la couverture du manuscrit on lit : M. Meglin s*est fait
un plaisir de céder à la ville de Sultz sa patrie pour être
déposé dans ses archives, ce mémoire qu'il devait h l'amitié
de feu Tabbé Grandidier.
CoUationné conformément à
Vorifjinal de Grandidier conservé
aux archives communales dj la
ville de Soultr.
Le 24 août iSHO.
Aufi. Gassrr.
[1] Archives de révèché à Savcrno.
[m] Original dans les archives de révècLé à Saverno.
[n] In chronico mss fol 3i9.
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NOTES & ADDITIONS
DE MEGLIN
A LA
NOTICE DE GRANDIDIER
Publiée par lui en 1817
I i. SuUz «lit Obersullz, au 21« degré et 53' et demie de
longitude et au 47« degré 23* et demie de latitude de File de
fer, dans un site riant et heureux, ayant h son couchant un
vignoble étendu et fertile, produisant des meilleurs vins
d'Alsace, est très anciennement connu : on trouve des traces
de son existence jusque dans les premiers siècles de Tère
chrétienne.
I i. Note i. Il existait de mon temps, et il existe peut-être
encore aujourd'hui k SuUz, dans une rue collatérale qui con-
duit vers la porte de Bollveiler un bâtiment d'une structure très
ancienne et gothique, désigné sous le nom de Ileidnisches
gebadde ou Heiden-Tempel ; si cette tradition orale était
vraie, l'origine de Sultz remonterait au delh de Tère chré-
tienne (Note de l'éditeur).
5 2 Note 1. C'est donc par erreur que les rédacteurs de
TAnnuaire du département du Haut-Rhin pour Tan i2, ont
désigné page 123 cette haute montagne (le Ballon) sous le
nom de Ballon de Guebviller. Le ballon, remarquable par sa
grande élévation, par la fertilité et l'excellence de ses pâtu-
rages par la production de beaucoup de plantes médicinales,
tels que la gentiane rouge, la belladone, le stramonium. la
jusquiame, l'aconit, la mousse d'Islande que l'on trouve en
quantité vers le sommet et beaucoup d'autres est incontesta-
blement dans le ban de Sultz et a constamment formé, parle
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NOTES ET ADDITIONS DE IIRGLIN 'Mil
passé, une des plus belles comme de ses plus riches posses-
sions (Note de l'éditeurj.
§ 7 Noie 3. Après ces mots: ainsi que la chapelle de
Saint Pierre située auprès de la porte. Il parait que cette
chapelle passa par suite à Tordre des Templiers et enfin ii celui
de Malte en changeant de nom (Note de Tédilcur).
I âO Note 1. Cette expression apud municionem pourrait
au reste aussi bien se rapportera un chdtcau qu'a une forte-
resse ù en juger d'après ce que dit Schœpilin Tome 2 do
TAIsatia illustrata p. 85. Dans une même charte du comte
Ulric de Ferrette, dit cet historien, Sultz est appelé villa,
oppidum, munilio sive castrum ; quasi, ajoule-t-il. locus
dubio lum in statu fuisset (Remarque de Téditeur).
$ 3i. La ville de Sultz était gouvernée anciennenient par
un magistrat qui était composé d*un bailli et d'un schultheiss
ou prévôt, nommés par le prince et de huit conseillers
(Rathsherren) choisis parmi les citoyens. (]es conseillers éli-
saient entre eux un bourgmestre pour trois ans, lequel était
rééligible après l'expiration de ce terme. Les décisions judi-
ciaires ou sentences de ce magistrat étaient portées par appel,
h la régence de Saverne, et en dernier ressort au conseil sou-
verain d'Alsace, depuis l'établissement de celte dernière cour.
La ville de Sultz avalises armoiries; elles consistaient en un
écusson rouge, partagé en quatre parts par une croix d'argent
et quatre corbeaux. Magistratus balivio et scuUelo, quos
princeps constiluil, octoque senatoribus elcclis ex civibus
consistit. Insignia civitatis scutum rubruni cruce argentea
quadripartitum et quatuor corvis nigris conspicuum
sistunl(i).
35. 11 y eut a Sullz près de la porte dite de Guebviller, une
maison de chevaliers du Saint-Sépulcre autrement dits
Templiers : ces chevaliers s'établirent probablement à Sultz
comme dans le reste de l'Alsace vers l'an 12^50 (2), Lors de
leur fatale catastrophe et de la suppression entière do leur
ordre qui eut lieu en 1312, leurs possessions furent concédées
(i) SchœpflÎD, Alsatia illustrata t 2 p. 85.
(^) Woogs Elsassisrhe Srhaubuhne page 239.
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308 nevuK d'alsace
en France à celui de Saint-Jean de Jérusalem, dil de Malte (i)
d'où résulta la ci-devant commanderie de Malle de Sultz dont
dépendaient celles de Coimar, de Mulhausen et de Friesen.
36. En Tannée 1774 Téglide de cette commanderie a été démo-
lie. L'on a trouvé dans Tune des chapelles collatérales de
cet édifice plusieurs mausolées et tombes des chevaliers du
Temple ou du Saint-Sépulcre. L'on a conservé dans la
nouvelle chapelle construite sur les ruines de l'ancienne
église, une pierre sépulcrale qui représenle un Templier
dans le grand costume de l'Ordre.
37. L'un des premiers commandeurs de l'Ordre de Malte h
Sultz a été un baron de Mullheim, d'une famille très ancienne
et très puissante dans le XIV« siècle (2). Ceux qui lui ont
succédé furent les chevaliers de Schwalbach, de Schwentz-
bell(tué en duelparReinolddeRosen),delaThann, deStein,
de Forelle et enfin le ci-devant grand maftre de Hompesch
38. Le couvent des capucins, situé hors de la porte de
Sultz, vers Guebviller, devenu depuis, propriété particulière,
a commencé à être construit en l'année 4632; mais il ne fut
achevé qu'après que les suédois et les Weimariens se furent
retirés d'Alsace. Ce couvent fut rebâti à neuf en 1732 (1*).
Non loin du local ou était placé le couvent des capucins de
Sultz, il y eut, dans les anciens temps, un établissement
pour les lépreux dit Gut-Leuth-Haus.
39. Les villages de Wunnenheim et de Rimbach-/ell sont
comptés dans les dépendances de la ville de Sultz : Civitati
Sulzensi annumerantur etiam Wunnenheim et Rimbachzell
viculi. Le premier de ses villages est renommé par ses bons
vins. Robert, Comte-Palatin, évéque de Strasbourg, a
ordonné l'établissement d'un hermitage du tiers ordre de S.
François h Wunnenheim, par des lettres datées de Uouf-
fach, vers la fin de carême de l'année 1400. Ruperlus Pala-
tinus, episcopus argentinensis, cellam anachoretarum régulée
tertiœ S^» Francisci anno 1400 in Wonheini stabilivit, datis
in Rufîach litteris post dominicam Lœtare (2*).
(\) Dictionnaire de Moreri Tome VI page 653 ; édition de Bâie
de 1740.
(%) KœnigshofTen. Chronique d'Alsace, chap 5 §157.
(la) Schœpflin. Alsatia ilhistrata t. 2, p. 453.
(2a) Ibidem t. 2, p. 86; et Bcrler chronique niamiscrile fol. 181.
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NOTBS ET ADDITIONS DE MEâLIN 309
40. Hors de la porte de Sullz, dilede Bollvillerou Feldlhor,
vers la droite, îi quelque distance de la ville, on rencontre la
petite église dite de Saint-George, a laquelle était annexé un
hermitage du tiers-ordre de S. François. Ni Tabbé Grandi-
dier, dans son mémoire, ni Schœpflin dans son Alsatia illus-
trata, n'en fait mention ; quoique ce dernier auteur parle de
la construction du couvent des capucins h Sultz bien moins
ancienne que celle de cette chapelle. Autrefois il se faisait de
Sultz à Saint-George, tous les ans, une procession solennelle
le jour du patron de cette église. Serait-ce de ce côté qu'au-
rait existé le village d'Alswiller détruit lors de Tirruption des
Anglais? Du moins le charnier attaché a cette chapelle sem-
blerait faire présumer qu'anciennement il s'était formé là un
établissement fixe d'une réunion d'hommes plus ou moins
nombreuse.
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A TRAVERS LE PASSÉ
SOUVENIRS D'ALSACE
PORTRAITS, PAYSAGES
(Suite (i)
XLI
Le docteur lœnger. — Des Vosges au Rhin. — Le Sternsée
et le ballon de Giromagny. — Concours régional. —
Statue du jeune vigneron. — Au lac de Constance. —
Suisse allemande et Suisse romande.
Au mois de mars 1867 ont eu lieu les obsèques du docleur
lœnger, éminent praticien qui avait su se créer une grande
réputation comme homéopathe et jouissait h Colmar d'une
considération justement due à son caractère et à l'élévation
de son esprit. Homme d'étude et de profond savoir, il était Bn
(l) Vov. pp. 433-165 du triiiieslre Octobre-Novembrc-Décembrc
^895; pp. 24-50 du trimestre Janvier-Février-Mars, pp. 156-207 du
Irimesiro Avril-Mai-Juin, pp. 310-377 du trimestre Juillet-Aoùl-
Seplembre 1896, pp. 529-5riî) du triuicslre Oclobre-Noverabre-
Dôreinbre, pp. 101-128 du Irimesiro Janvicr-KcYrier-Mars et pp.
145-184 du (rinieslre Avril-Mai-Juiu.
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A TRAVERS LE PASSÉ 3i 1
adepte chaleureux de la libre pensée, ayant sa philosophie a
lui, qui n'était pas celle de tout le monde, ce qui ne Tempcchait
point d'être le médecin attitré du Gymnase catholique de
Colniar.
Chaque soir son cabinet était le rendez-vous de quelques
amis dévoués, vivant comme lui dans le monde de la pensée
et apportant leur contingent d'originalité dans ce cénacle
fermé. Parmi ces intimes de l'amitié figurait Adolphe Hirn,
le savant mathématicien et astronome; Ignace ChaufTour,
réminent jurisconsulte ; Frédéric Titot, manufacturier et
ancien préfet de Limoges; Ferdinand Hirn, directeur de la
maison Ilaussmann, Jordan et C^^^. Républicain convaincu, le
D' lœnger avait été mis h l'index et fut même compris
dans les poursuites dirigées en 1849 contre un certain nombre
de citoyens de Colmar, suspects de conspirer contre l'état de
choses établi, en préconisant une république plus radicale
que celle du moment, représentée par le prince président. M^^
I. ChaufTour, qui plaidait pour eux devant la cour d'assises
de Besançon, où l'affaire avait été renvoyée, obtint pour
ses clients un acquittement auquel ne s'attendait pas le
procureur général.
ïœnger était un homme de bien dans la plus large accep-
tion du mot : sa bourse était ouverte à tous les vrais malheu-
reux et il soignait sans rétribution tous les déshérités qui
s'adressaient & lui. Sa religion ne procédait d'aucun dogme
ni d'aucune révélation. C'était l'altruisme prêché par le
Christ ou l'amour d'autrui dans sa pureté. Aussi ses obsè-
ques civiles ne causèrent-elles aucun étonnement dans la
population de Colmar habituée a respecter les convictions de
ce philosophe bienfaisant, qui fut conduit à sa dernière
demeure par un long cortège d^aniis. Avant la levée du corps,
son beau-frère, M. Siffermann, de Benfeld, prononça sur
le seuil de la maison une petite allocution expliquant que
celte dérogation aux usages établis était conforme à la
volonté du défunt dont l'idéal humanitaire se tenait en-dehors
et au-dessus de toute question religieuse.
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312 REVUE d'alsàce
Je parlais un pou plus hauldc la mise en exploitation du
chemin de fer de Munster à Colmar, comme premier tronç;on
d'une grande ligne devant faire communiquer le versant fran-
t'ais des Vosges avec ta Forôl Noire, par Colmar, NeuT-Brisach,
Vieux-Brisach et Fribourg. On croyait encore naïvement à la
fraternité des peuplws, et oi S3 hâtait de poser les jalons
d'une ligne de jonction jetée par-dessus le Rhin qu'Arioviste
(Ifeerenfest) ou chef de troupes, avait franchi avant la nais-
sance du Christ, pour se mesurer avec César dans les plaines
d'Alsace (l). Le sort en était jeté et on marcha de Tavant. Le
conseil municipal demanda la concession, comme ligne d'in-
térêt local, du chemin de fer de Colmar au Rhin. La percée
des Vosges par le val de Munster paraissant présenter d'insur-
montables difficultés, on se rallia un instant aune autre com-
binaison consistant à emprunter la vallée de Saint-Amarin
et à faire le percement par Wildenstein pour arriver îi la
vallée de la Moselotte près Épinal. Au fond tous ces projets
n'offraient aucune consistance sérieuse et peu de temps
après leur éclosion la guerre franco-allemande vint dissiper
toute illusion.
(1) (Jue de ronlrovcrses a susc-itéos retnplacenicnl du champ de
halaillo où ils se sont rencontrés î Un (WTivain alsatique, Kr.
Ignace Woo^, dans son livre Ehœssische Schaubûhne, a
iTsinné loulos les opinions des historiens anciens et modernes à
ce siijcl, en émollanl l'opinion 1res rationnelle que le choc eut
lieu pr^s de Sainl-AppoUinaire ou Folgensbourg, dans le Sundgau
rauraque, localité située à 500) pas ou un mille allemand du
Khin. Cela s'accorde avec les Commentaires de César qui indi-
quent celle distance, ce qui permet de croire qu'il est eulrc en
Alsace par la trouée de Bel fort et a suivi la grande ligne ou voie
romaine de communication vers BAle ou Augusta Hauracorum,
traversant le Sundgau^ où l'attendaient les troupes d'Arioviste.
1/opinion de Schiepllin et autres nuteurs qui placent le champ de
Imtaille ailleurs et aussi dans TOchscnfeld, ne parait dès lors pas
plausible, rOchsenl'eld étant éloigné de beaucoup plus de 5000>pas
du Khin.
/GooQle
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A TRAVERS LE PASSÉ 313
La lempéralure avait élé particulièrement belle pendant
rautonnne de 1867. Nous en avons profité pour faire une
courte excursion dans la vallée de Massevaux située dans la
partie de la chaîne des Vosges qui avoisine Belfort. La
montagne, sur plusieurs points, est très abrupte. Après une
ascension assez pénible par un sentier pierreux, nous fimes
une première halte au Sternsée (lac de l'étoile) situé dans
un entonnoir de montagnes dont les flancs sont couverts de
hêtres et de sapins. A quelques pas du lac se trouve une
ferme isolée ou l'on fabrique de ces grands fromages, en forme
de pierres meulières, qui ressemblent tellement au fromage
de Gruyère, qu'on les confond facilement. La fabrication
de ce genre de fromage dans les fermes vosgiennes a
pris les proportions d'une véritable industrie qui, sur le
marché français, fait une rude concurrence au gruyère de
Suisse.
Sans nous laisser décourager par la perspective d'une
montée fatigante, nous résolûmes d'atteindre le sommet du
Uothenberg d'où Ton découvre un panorama très étendu.
C'était une vraie escalade le long d'une parui presque \\ pic
où nos pieds mal assurés faisaient rouler les pierres, où
aucun sentier praticable n'était tracé. Arrivés au sommet
nous nous reposâmes sur la mousse d'un bois de sapins et
pûmes contempler la charmante vallée vosgienne de
Saint-Maurice, k nos pieds la petite ville 'industrielle du
ïhillot aux cheminées fumantes, et devant nous, en plein
soleil, le ballon de Servance qui domine la vallée de Giroma-
gny. Ce ballon sur lequel le génie militaire français a cons-
truit un fort, après la guerre de 1870, est aujourd'hui un des
postes avancés de la trouée de Belfort. A (fuelques pas au-
dessus de notre point d'observation se trouve la ferme ou
fromagerie du Rothenwasen entourée de hét^^es tordus par le
vent d'ouest qui, sur ces hauteurs doit être glacial. Tout en
plaignant les malheureux marcaires condamnés à vivre Ik
haut en solitaires séquestrés de toute société et privés des
ressources d'une bonne nourriture, nous descendîmes les
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344 REVUE d'alsace
pentes abruptes de la montagne pour rejoindre 1 étang artifi-
ciel du Neuweyer qui sert de réservoir pour alimenter en
force motrice les manufactures de la vallée. Après nous être
restaurés au bord de cet étang et après avoir pris un croquis
de ce joli paysage, nous dévalons gaiement vers Massevaux,
harassés, fourbus, exténués, mais contents tout de même.
La seigneurie de Massevaux était, on lésait, comprise dans
la donation faite par Louis XIV au cardinal Mazarin. Elle
possédait une ancienne et célèbre abbaye de chanoinesses
nobles, de l'ordre des Augustines, très richement reniée, dont
les vastes domaines s'étendaient sur toute la vallée et au-delk.
Les lacs et les nombreux cours d'eau, avec leurs déversoirs
et leurs chutes naturelles, se prêtaient admirablement k de
grandes exploitations minières et manufacturières connues de
longue date. Un homme de génie dont la grande figure
mérite d'être classée parmi les bienfaiteurs de Thuinanité et
dont le souvenir plane encore dans tout son relief sur l'his-
toire du Sundgau du commencement de notre siècle, M.
Marc-René-Marie Voyer d'Argenson, devint le propriétaire de
ces établissements qu'il transforma et agrandit en leur don-
nant un considérable essor. Né à Paris en 1771, il fut pendant
quelque temps rélève du célèbre juriste Koch à l'Universilé
de Strasbourg. Bien que doté dès Tàge de dix-huit ans d'une
fortune considérable, il n'hésita pas à adopter les principes
de la révolution de 1789 et a s'associer aux luttes de la répu-
blique naissante.
En mai 1792 il était a Givet pour y organiser la garde
nationale mobile, devint aide de camp de Lafayette, puis
épousa la princesse de Broglie issue des Rosen de Suède
venus en France pendant la guerre de Trente ans et fixés
h Bollwiller (1). C'est alors qu'il se consacra tout entier k
l'exploitation directe de ses domaines en Poitou et en Alsace,
(i) Conrad de Rosen, maréchal de France, avait acquis en 16H0
la seigneurie de Massevaux.
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A TRAVBRS LE r.KS^é, 315
qu'il introduisit le premier en France des troupeaux de mou-
tons mérinos, qu'il appliqua à ses forges et laminoirs de la
vallée de Massevaux les procédés mécaniques usités en
Angleterre, raffinage des métaux à la houille, la fabrication
de la tôle et du fer blanc. Napoléon I«' le tint en très haute
estime : en 1809 il lui confia le poste difficile de préfet des
Deux-Nèthes, k Anvers, au moment de l'invasion par les
Anglais des !les de Beveland et de Walcheren. Placé entre
des influences contraires dans un grave procès d*octroi, il
fut amené à donner sa démission, et, au mois de mai i8i5,
fut élu représentant par le collège électoral de Belfort. La
part active qu'il prit à l'opposition de l'époque lui attira de
nombreuses persécutions, notamment k l'occasion des cons-
pirations du Haut-Rhin. En 1829, peu de temps avant l'avè-
nement du gouvernement de Juillet, il ne resta étranger k
aucune des revendications des classes laborieuses : il deman-
dait l'abolition des taxes indirectes sur le sel, sur les bois-
sons, et la réduction du droit sur les tabacs.
Élu député k Strasbourg le 2 octobre 4831, il demeura
fidèle k son rôle constant d'opposition, rêvant en matière
d'impôt, une taxe unique proportionnée au revenu de cha-
cun. Ce socialiste de bon aloi et de grand cœur, ce précur-
seur énergique de nos pâles réformateurs modernes qu'effraye
l'impôt sur le revenu, fut l'ami et le protecteur de ses nom-
breux ouvriers qui lui devaient leurs moyens d'existence
dans la vallée de Massevaux, et mourut k Paris le i««'août 4842.
Peu d'amis suivirent son cercueil. Le peuple qu'il avait tou-
jours aimé et défendu l'avait oublié. Triste retour des choses
humaines. L'histoire doit s'incliner devant cette grande
mémoire, devant ce républicain de l'avant-veille dont le nom
mérite d'être reste légendaire.
Dans son Voyage dans les Vosges, écrit en allemand par
(Ihrétien-Maurice Engelhardt, et publié en 1821 k Strasbourg
par ïreuttel et WQrtz, il est souvent question des étahlisse-
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3i6 REVUE d' ALSACE
menis métallurgiques semés dans la vallée de Massevaux le
long de la Doller, par M. d'Argenson.
J*en traduis quelques lignes :
« Un peu avant d'arriver en ville on rencontre la fonderie
de fer de M. d'Argenson ; ensuite, k rentrée de la petite loca-
lité, les blanchisseries de la manufacture de coton de M. Kœ-
chlin où se trouvent des parcs anglais et où la nature roman-
tique du pays, le cours d'eau qui le traverse et un rocher
isolé de forme singulière ont rempli, en grande partie, le rôle
de dessinateur de jardins. De Weegscheid où se trouve la
fabrique de fer blanc de M. d'Argenson qui fournit d'excel-
lents produits et se perfectionne de jour en jour, un chemin
se dirige le long du torrent vers le village de Dolleren qui
porte son nom. Ce chemin carrossable conduit a l'entrée d'une
vallée latérale où se trouve Oberbruck et où sont installés
les martinets, les dépôts ainsi que la factorerie de toutes les
usines. Les eaux motrices arrivent à Oberbruck par deux
vallées supérieures; le canal du sud a été formé à son
origine par l'endiguement de deux étangs, nommés Neu-
weyer et sert de réservoir pour les besoins éventuels ; l'autre
est une dérivation du Sternsée. Il existe encore dans la
vallée de Massevaux une usine de cuivre qui, entre autres
produits, livre au commerce d'excellents cylindres ».
Un nouveau concours régional d'agriculture avait eu lieu
kColmar dans le cours de l'été 1867. De nombreux concur-
rents venus de tous les départements voisins donnèrent une
grande animation a ces assises de la production alimentaire
II y avait alors k Paris des entrepreneurs qui se chargeaient
de fournir et de mettre en place le matériel nécessaire. La
ville de Colmar a payé, de ce chef, une somme de !6,176^50c.
k l'entrepreneur Dumont. La dépense totale s'est élevée k
26,604 fr., y compris les frais du concours des gymnastes.
L'Alsace avait compris depuis longtemps la nécessité d'orga-
niser des sociétés de gymnastique et d'entretenir une salu-
taire émulation entre elles au moyen de concours périodiques
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A TRWKRS LR PASSK 347
qui avaient lieu à Strasbourg, a Colmar et à Mulhouse. On
a fini par reconnaître partout la haute utilité pratique de ces
exercices corporels destines a assouplir la jeunessse et k la
préparer aux endurances de la guerre.
Les maraîchers de Colmar, qui constituaient une très
importante corporation, avaient organisé au Marché couvert
une superbe exposition de légumes, de fruits et de fleurs,
savoureuse attraction pour les amateurs de botanique, de
pomologle et d'œnologie. 11 y avait là des choux ef des navets
monstres, des potirons et des concombres phénoménaux, des
pommes et des poires monumentales, des ceps garnis de
grappes prodigieuses, rappelant les raisins de Chanaah, et au
milieu de tous ces verts, de tous ces violets, de tous ces jau-
nes intenses, le rouge flamboiement des tomates et les mosaï-
ques rutilantes des roses et des dahlias, en un mot une
vraie orgie de couleurs.
La halle couverte de Colmar était complètement achevée
en 4867. Il ne restait plus qu'à décorer la fontaine monumen-
tale que l'architecte avait placée dans le pan coupé
établi à Tun des angles. Ici encore le talent du sculpteur
Rartholdi trouva l'occasion de s'affirmer : il voulut symboli-
ser la destination de cet édifice, que fréquentent les vigne-
rons et les maraîchers, par une statue en bronze représentant
un jeune vigneron assis, la tète rejetée en arrière et buvant
à même d'un pclil tonnelet qu'il tient des deux mains au-
dessus de sa bouche. Cette particularité empruntée aux habi-
tudes des ouvriers maraîchers de Colmar qui, en se rendant
dans les champs, emportent un petit tonnekt de piquette,
donnait un caractère tout à fait typique à la statue que com-
plète, d'ailleurs, un autre détail non moins typique, la pré-
sence d'un petit roquet C«S'/)i7r), compagnon obligé de tous
les ouvriers agricoles et gardien vigilant de leurs habits. Un
système de tuyaux ménagé dans l'intérieur de la statue amène
l'eau dans le tonnelet d'où le jet de liquide va tomber dans la
bouche du vigneron (qui en général a horreur de l'eau et ne
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8i8 REVUE !>' ALSACE
la trouve bonne que pour l'arrosage de ses légumes) et redes-
cendait par un autre tuyau dans le bassin de la fontaine.
Sans vouloir critiquer la composition de M. Bartholdi, qui a un
caractère tout à fait artistique, on peut se demander sHl n'y
a pas un tout petit peu d'exagération a condamner un
homme de bronze îi boire éternellement un jet d'eau vive.
C'est l'inverse du supplice de Tantale. En hiver la statue
se couvre de stalactites de glace et parfois, en été, le filet d'eau
dévie et se déverse sur le torse du jeune vigneron. Quoiqu'il en
soit, la statue exposée au salon de Paris de 4868, fut acquise
par le ministère des Beaux-arts, alors entre les mains du comte
de Nieuwerkerque, et donnée a la ville de Colmar. Elle acquit
ainsi sans bourse délier, cette œuvre décorative qui vint très à
propos s'installer dans la niche réservée au-dessus du bassm-
de la fontaine.
Au mois de septembre 4808, un second voyage en Suisse
m'offrit l'occasion de visiter la partie orientale de ce pays sur
les bords du lac de Constance. Je réglai mon itinéraire de façon
à traverser de nouveau le lac de Lucerne, voir Notre-Dame-des-
Ermites, traverser le lac de Zurich et pousser par Wintertbur
et Frauenfeld jusqu'à Komanshorn sur le lac de Constance.
Laissant le Righi à gauche, nous allons débarquer a Bru nnen
où nous dînons au milieu d'un groupe d'anglais taciturnes,
llgés dans la raideur de leur cant britannique. A Einsiedeln
j'allai visiter la fameuse imprimerie-librairie Benziger qui
répand dans le mond3 entier son imagerie religieuse et ses
livres de piété, et qui a établi des comptoirs jusqu'en
Amérique.
L'église où se trouvait la Vierge miraculeuse et le fameux
lustre offert par le comte de Chambord, est remplie d'ex-voto
et de toute une ferblanterie de mauvais goût attestant
l'incroyable persistance de la superstition humaine. C'est dans
cette église que le réformateur Zwingli qui, en 4516, était
curé d'Einsiedeln, fit entendre ses véhémentes critiques con-
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A TRAVBBS LB PASSÉ 349
tre le clergé d'alors et la superstition des pèlerins qui lui
apportaient leurs oftrandes.
M'embarquerh Riehlersehwyl, traverser le lac de Zurich,
visiter sonimairement la ville dont les boucheries, d'une
propreté flamande, ressemblent h un palais de marbre, fut
Taffaire de peu de temps. J'admire la gare, bijou d'architec-
ture élégante et pars pour Romanshorn, où j'arrive avant la
nuit. Le train s'était arrêté quelques minutes k Frauenfeld et
h Winterthur (canton de ïhurgovie), deux grosses bourgades
peu intéressantes. La ligne de Zurich k Romanshorn se
continue, au delà du lac, de Friederichshafen k UInr.. 11 me
semble, sans pouvoir l'affirmer, avoir vu charger le wagon-
poste de notre train sur un ponton a vapeur et à rails, qui
l'a transporté sur la rive opposée.
Le lendemain, par une de ces journées automnales dont
l'extrême limpidité permet de découvrir tous les accidents de
rhorizon, je montai sur une hauteur dominant le lac et pus
contempler cette grande surface d'un blanc laiteux et jaunA-
tre, encadrée au midi par la chafne du Dissentis, k l'est par
les montagnes du Vorarlberg autrichien et la jolie ville de
Bregenz, celle patrie des maçons et des Dampfnudlen (4), au
nord par la ville de Constance et les montagnes de la Souabe.
Ne pouvant dessiner tout cet immense panorama, je voulus
du moins en rapporter une tranche et j'allai sonnera la grille
tl'une jolie villa pour travailler k l'abri du soleil. Le proprié-
laire me reçut fort gracieusement et m'installa dans son
salon d'où l'on voyait tout le port, et dans le lointain les
montagnes dentelées du Dissentis dans le canton d'Ap-
penzell.
A Zurich, l'hoiel de l'Épée où je logeais donne sur le lac et
la vue dont on jouit est superbe. De nombreux et beaux édi-
fice sont modernisé l'aspectde cette ville qui est, avecBAle, une
des métropoles de la Suisse allemande. Le Polytechnikumou
Kcole polytechnique de Zurich est son foyer scientifique,
(l'est le pays luthérien ou plutôt zwingllen formant, au point
({) Nouilles à la vapeur, régal préféré des maçons tyroliens ;
autant dire que ces aimables et lourdes pâtes sont le macaroni
des enfants du Tyrol.
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3â0 BBVl'B d'aLSACE
de vue des mœurs et de la civilisation, un contraste marqué
avec les cantons catholiques de Lucerne, de Schwytz, dX'ri,
de Fribourg, du Valais, qui ont été si profondément troublés
en 1845 par la guerre religieuse du Sunderbund. Un mort et
un blessé, tel fut le bilan de celte insurrection fratricide con-.
tre laquelle le Conseil fédéral leva une armée de 40,000
hommes !!! Le contraste est encore plus accentué dans la
Suisse romande qui représente rinfluence française par la
langue et les mœurs et dont Genève, la Rome calviniste, est
avec Lausanne le centre dirigeant. On voit par la que ce petit
pays de Suisse, situé au centre et au point culminant de
TEurope, enserré comme un fort dans ses puissantes défenses
naturelles, présente des contrastes de rares, de religions est
de civilisations qui semblent réfractaires a son unité politi-
que. El cependant cette unité, cimentée et maintenue depuis
des siècles par la fédération républicaine des vingt deux
cantons est aussi solide que celle des puissants états qui l'en-
tourent et qui, a un moment donné, pourraient mettre sa
neutralité en danger.
XLIl
Les Comtes de Ribeaupierre rois des Ribauds. — Le
trésor de Ribeauvillé. — Grand hanap historique. — Biblio-
thèque des comtes. — Origine de la Guillotine — Béatrice
Cenci. — Fourches patibulaires. — Dernière pendaison à
Altkirch.
Pendant Tliiver i86S-i8(>9, nous allâmes nous installer
pour quelques jours à Zellenberg où la température était
exceptionnellement douce. Ce petit congé me permit d'aller
dessiner k Thùtel-de-ville de Ribeauvillé les beaux vases en
argent ciselé olferls à la ville, pendant la première moitié du
XV1I« siècle, par les comtes de Rappolstein ou Ribeaupierre,
qui possédaient, à titre de fief, la seigneurie de Ribeauvillé
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A TBAVKn& LK PASSÉ 321
et demeuraient dans les trois forteresses féodales qui domi-
nent la cité. Ils avaient, dans l'intérieur de celle-ci, un autre
grand chÀteau occupé aujourd'hui par le pensionnat des
sœurs de la doctrine chrétienne. Ces vases ou hanaps desti-
nés aux grandes solennités épulaircs, sont au nombre de
sept. Je les ai gravés sommairement par le procédé Comte
pour ma notice historique publiée en 4872 dans la Reçue
d* Alsace. Mes dessins ont été reproduits également dans
V Art en Alsace-Lorraine, de René Ménard (Paris 1874), et
dans VArt ornemental, (Octobre 1883).
Cette famille de dynastes dont l'origine remonte au dou-
zième siècle, s'était toujours signalée par son goût pour les
arts et pour les lettres. Elle possédait une importante biblio-
thèque d'imprimés et manuscrits dont a hérité en 1792 la
bibliothèque de la ville de Colmar. Plusieurs grands tableaux
historiques figurent également parmi les épaves qui ont enri-
chi les collections anciennes du musée. La perle du trésor
de Ribeaupierrc était une grande coupe en vermeil ornée de
pierres précieuses et de bas-reliefs représentant les travaux
des mineurs dans les mines d'argent de Sainte-Marie-aux-
Mines, dont les comtes de Ribeaupierre étaient propriétaires;
puis c'étaient des scènes de l'histoire romaine, le dévouement
de Mutins Scevola, la mort de Virginie, le combat des Iloraces
et des Curiaces, et l'expulsion, des Tarquins. Six cartou-
ches représentent les travaux d'Hercule. L'artiste, auteur de
ce beau travail, et qui a oublié modestement de signer son
œuvre, était sans contredit un apôtre du progrès qui, tout en
travaillant pour les despotes féodaux, a eu le courage de
faire parlera son œuvre le langage de l'humanité souffrante
avide de s'affranchir.
N'oublions pas de mentionner ici que le représentant Gré-
goire a signalé le vase de Hibeauvillé à la Convention natio-
nale comme ayant été sauvé de la destruction pendant les scè-
nes de vandalisme qui ont marqué la période révolutionnaire.
Cette coupe merveilleuse, dans la composition de laquelle il
est entré vingt-deux livres d'argent provenant des gisements
de Sainte-Marie-aux-Mines, a été exécutée, suppose-t-on, en
1530 et était placée comme un surtout décoratif sur la table
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322 REVUE d'alsace
d'honneur des banquets offerts par les sires do Hibeaupierre
k la noblesse du pays et aux princes étrangers.
Elle avait près d'un mètre de hauteur. Gargantua seul ou
le mousquetaire Porthos auraient pu la porter k leurs lèvres
et la vider. Voilk pourquoi on y puisait au moyen d'un gobe-
let k dé que chacun des convives, k tour de rôle, était tenu
de secouer pour savoir, d'après le nombre de points amenés,
quelle quantité de purée septembrale il pouvait boire. Le
terroir de Ribeauvillé était célèbre par son cru d\^ vin blanc
du Zahnacker. Ce nectar, encore fort apprécié aujourd'hui, a
dû servir bien des fois k remplir la fameuse coupe et toutes
les autres qui ont fait l'objet de ma notice historique. Ajou-
tons, pour compléter ce petit résumé, que ce bocal héroïque
et légendaire a été conservé longtemps k la bibliothèque de
Colmar où il avait été déposé en 4793 par les commissaires du
district Marquaire et Casimir Karpff.
Le dernier des Rappolstein, ce prince Maximilien, qui avait
été colonel du régiment d'Alsace, au service de la France et
que Napoléon I«f fît monter sur le trône de Bavière, revendi-
qua la propriété de la coupe qui lui fut très gracieusement
rendue par le Gouvernement français comme héritage de
famille.
Depuis 4869 j'étais obsédé de l'idée de me procurer un
jour la photographie de ce bocal célèbre, vrai monument
d'art, d'origine alsacienne et d'en exécuter un grand dessin
k la plume pour le reproduire par la gravure ; mais le dou-
loureux calvaire de 4870, l'exode et ses tristesses et puib
d'autres grandes préoccupations m'ont fait, pendant vingt six
ans, non pas oublier, mais ajourner la réalisation de ce rêve
d'artiste. Patience et longueur de temps mènent k tout :
La Fontaine a toujours raison.
Or, dans ces derniers temps, le goût public s'est porté avec
enthousiasme vers ces exhibitions des vieilles richesses artisti-
ques, historiques et ethnographiques qui, durant des siècles,
sont restées enfouies, presque introuvables, conservant la
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À TRAVEnS LE PASSÉ 323
patine conlemporaine des époques qui les ont vu naître, et
comme l'empreinte de la poussière d'autrefois et Témanation
de la vie ambiante.
Ëpaves brillantes de mondes évanouis qui ont joué leur rùle
sinistre dans les tragédies de l'histoire, qui ont assisté aux
égorgements monstrueux, aux incroyables hécatombes de la
guerre de Trente ans en Alsace, h toutes les grandes invasions
dont ce riche et malheureux pays a été Tobjel, sans trêve ni
merci ; ces monuments qui ont entendu gémir toutes les dou-
leurs humaines, mais n'ont assisté que rarement à de grands
et généreux spectacles, ressuscitent comme une leçon d'his-
toire dans les muséei et les expositions rétrospectives.
Comme le soleil qui éclaire, impassible, les calamités terres-
tre, ils brillent aujourd'hui d'un nouvel éclat, racontant les
épreuves qu'ils ont traversées.
Une exposition de ce genre a eu lieu en 1893 a Strasbourg,
rappelant combien l'ancienne Alsace était richement dotée
d'objets d'arts, dans cette ville même où disparurenl, empor-
tés en un jour néfaste, les plus précieux chefs d'œuvre.
La cour de Bavière avait bien voulu se dessaisir momenta-
nément, en faveur de cette exposition, du grand hanap en
vermeil dont il est question plus haut. C'est la qu'il a été photo-
graphié par M. J. Manias qui en a tiré des épreuves en hélio-
gravure. Grâce à l'entremise obligeante et dévouée d'un ami
deColmar, j'ai pu me procurer en juillet 1896 deux de ces
épreuves. N'ayant que 0™30 de hauteur elles permettent
difficilement de juger des détails extrêmement compliqués
de l'ornementation. Mon dessin qui est terminé, ayant le
double de cette dimension, il est facile d'en déchiffrer tous
les détails.
Maintenant se pose la question de savoir quel est l'auteur
de ce bocal, ou plutôt de ce poëme héroïque. Est-il l'œuvre
d'un orfèvre alsacien, de Strasbourg ou de Colmar ? Ou bien,
tout en admettant que l'exécution matérielle est alsacienne,
ne faut-il pas rechercher le nom de l'artiste qui en a dessiné
le modèle, parmi les peintres, graveurs et dessinateurs qui se
sont rendus célèbres des deux côtés du Rhin pendant le sei-
zième siècle? Hans llolbein, le jeune, Virgile Solis, Sebald
Beham, Wenceslas lamitzer, ce dernier surtout qui a dessiné
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324 nEvuE d'alsace
plusieurs vases superbes dont Tun, par sa forme générale et
ses détails, se rapproche étonnanament de ceux de noire
bocal (4) : même exubérance de détails et de moulures,
de mascarons et de rinceaux, de volutes et d'enroulements,
de cartouches a tètes de boucs et de satyres.
Virgile Solis et Hans Holbein qui ont dessiné une quantité
considérable de modèles pour les orfèvres et armuriers, tout .
en donnant dans Texcès d'ornementation, procédaient d'après
un sentiment plusi épuré que celui de Ininiizer et où se
sentent les induences italienne et française. Mais ù quoi bon
raisonner? On ne peut que cheminer en compagnie de dame
Incertitude, tant qu'on n'aura pas trouvé dans un inventaire
contemporain le nom de l'artisle. Les conjectures, vague
tissu d'erreurs, ne peuvent que tourner ici autour de la ,
lettre P, gravée en relief dans un petit cartouche de la base.
Ce qui est incontestable, c'est que ce bocal d'apparat,
qu'on n'exhibait qu'aux jours de grand gala, figurait en 1543
au repas de noces de George de Ribeaupierre et d'Elisabeth
de HelfTenstein; qu'en 1527 Guillaume de Ribeaupierre s'était
associé pour l'exploitation des mines d'argent du val de
Lièpvre à l'archiduc Ferdinand d'Autriche, après avoir été
investi par l'empereur Charles-Quint du droit de les exploiter;
qu'en 1530 un gisement assez important d'argent pur y fut
découvert et qu'on préleva sur le produit une quantité de vingt
deux livres pour la confection du bocal qui resta dans la famille
afin de perpétuer le souvenir de cette heureuse découverte.
On a même extrait des pépites d'argent massif dont chacune
pesait trois quintaux.
Le pasteur Billing a écrit en allemand une description
minutieusement correcte mais un peu froide de cette œuvre
d'art pour dérouler aux yeux du lecteur, sans le secours du
dessin, un ensemble aussi splendide que compliqué. Patience;
le moment viendra où on lira le dessin même aussi facile-
ment qu'on lit dans l'Iliade la description du bouclier
d'Achille, si magna licet componere parvis. Cependant
(I) Voir la planche 239 de VAibnm de In Jienaissnnre publiée
en 1877 par réditeur (i. llirlh, de Munioli.
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A TRAVERS LE PASSÉ 325
i*artiste qui l'a créé n'avait point le talent expédilif de
Vulcain qui, en une seule nuit, improvisa u coups de marteau
et de burin, toutes les scènes de la création ; et il est k sup-
poser que notre orfèvre inconnu a mis des années à ciseler les
fantastiques végétations de son œuvre.
Par un privilège séculaire, les seigneurs de Ribeaupierre
étaient les rois des ménétriers d'Alsace. On célébrait chaque
année, à leur cour, la fête du FfifTertag, (Jour des musi-
ciens), fête k l'occasion de laquelle tous les ménétriers de la
Haute-Alsace tenaient leur séance de justice sous la prési-
dence de leur roi. La grande coupe devait nécessairement
être placée sur la table du banquet offert k cette association
joyeuse, dans une salle du château seigneurial, afin de don-
ner aux convives la satisfaction et l'honneur d'y boire un
coup et même deux, ce à quoi les gosiers de musiciens n'ont
pas rhabilude de bouder. Cette fête du Pfiffertag continue k
t^e célébrer chaque année, le 8 septembre, sous les plantu-
reux ombrages da Herrengart en (Jardin des seigneurs) dont
les belles charmilles remontent a la période prospère des
dynastes de Rappolstein.
En somme, ces rois de la beuvene et de la haute liesse,
doivent peut-être plus de gloire k leur titre de Rois des Ri-
bauds, qui s'est incrusté dans le souvenir populaire, qu'aux
coups d'estoc et de taille qu'ils ont donnés dans leur carrière
politique de barons féodaux et quelque peu pillards. Le chro-
niqueur Woog, qui n'aimait pas les détrousseurs de grands
chemins, les appelait couramment Rnubvolk (voleurs) xît
leurs chAteaux Raubnester (nids de voleurs). Tel était le
château de la Molkenbourg que les Rappolstein possédaient k
(iuémar.
Parmi les volumes manuscrits de la bibliothèque des
Ribeaupierre, il en est deux particulièrement curieux et que
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326 REVUE d'alsagb
j'ai feuilletés avec le plus vif intérêt. L'un est une histoire de
la balistique renfermant de nombreux dessins k la plume,
avec la description des engins primitifs de Tartillerie. M.
Lorédan Larchey, le savant bibliothécaire de l'Arsenal, est
venu k Colmar y puiser des documents précieux pour son
Histoire de rArlillerie ancienne qu'il avait publiée d'abord,
autant que je me le rappelle, sous la forme d'un petit volume
autographié avec des planches dessinées par lui-même.
L'autre volume est un imprimé, avec gravures sur bois,
coloriées à la main, réuni à d'autres brochures formant
ensemble un assez gros recueil relié en parchemin. Il est
intitulé : « Das Symbolum der heiligen Aposteln, darin
der Grand unsers christHchen Glaubens gelegt ist, aus-
gelegt durch D. Mart, Luth, Mit schœnen, lieblichen Figu-
ren. 1548 ». (Le Symbole des saints Apôtres ou le fondement
de notre foi chrétienne, expliqué par le Docteur Martin
Luther. Accompagné de belles et gracieuses images, 1548).
Ces belles et aimables images, au nombre de douze, sont
des gravures sur bois représentant chacune, le plus gracieu-
sement possible, le supplice d'un apôtre. Celle qui reproduit
le supplice de Saint Mathieu, est particulièrement remar-
quable en ce sens que le patient est décollé au moyen d'une
machine absolument identique S notre guillotine moderne.
En effet, elle se compose de deux poutres montantes, enfon-
cées dans le sol, réunies en haut par par une simple traverse,
au dessous de laquelle est le couperet jouant dans les rainu-
res et attaché au déclic par une corde que tient le bourreau,
tandis que l'un des aides maintient le patient agenouillé et
que l'autre lui tient la tète en dehot^ de la lunette.
Ces aides ont les manches k crevés de l'époque de François l^^,
et donnent par Ik même, une date certaine k la gravure.
Des soldats k pied et k cheval entourent l'échafaud. On voit
qu'il ne manque k la machine que la plate-forme et la
bascule.
La bibliothèque de Colmar possède encore d'autres anciens
volumes reproduisant des machines analogues, entre autres
une impression strasbourgeoise de 1508 et une bàloise de
1553 intitulée « B, Brandt, Vollk, BegrifT-Basel MDLIII y>
et qui représente une exécution par la guillotine.
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A TRAVEBS LE PASSÉ 327
Le volume cilé plus haut est accompagné de celte note :
« D'après le Figaro, il existe dans le Maiiuel de Vamateur
d'estampes, une gravure d'Aldegrever datée de 1553 et
représentant une guillotine. On voit en effet, le fils de (nom
en blanc) agenouillé devant une machine, reproduction
exacte de celle décrite dans la consultation du chirurgien
Louis. La tète du patient est maintenue enserrée sous le
tranchant convexe d'un couperet glissant dans des rai-
nures (1). »
Cette machine k décollation, nommée manaja en italien,
est aussi gravée dans l'ouvrage d'Achille Bocchi, intitulé
Symbolic, Quœstion. (1555).
Dans son Dictionnaire des sciences, Bouillet nous apprend
que, dès 1507, on exécutait & Gènes au moyen de la manaja
et que ce même instrument trancha la tète de la belle et
célèbre Béatrice Genci. Le 11 septembre 159D, Béatrice, sa
sœur Lucrezia et l'un de leurs frères, Giacomo, convaincus
de parricide sur Francesco Cenci, leur père, qui les avait
déshonorés par ses crimes et ses mœurs inavouables, furent
exécutés publiquement à Rome. Cette exécution, faite avec
une espèce de guillotine, très imparfaite, donna lieu k des
accidents et k des mouvements populaires. La belle romaine,
se débattant sous la main du bourreau, eut la gorge hachée
avant de recevoir le coup fatal: Elle fut inhumée dans l'église
de San-Pietroin Montorio auprès du maître-autel que décorait
alors la Transfiguration de Raphaël. La tombe de cette
belle blonde aux cheveux d'or s'abritant sous le rayonnement
d'un des plus grands chefs-d'œuvre de l'art ! Quel souvenir
évoque cette petite dissertation sur les origines de la guillo-
tine I... L'histoire tragique de la belle et infortunée romaine
est restée vivace dans les souvenirs populaires. Paul Delaro-
che, le peintre ordinaire des princes décapités, a été séduit
par cet émouvant souvenir et en a fait le sujet d'un de ses
tableaux : La Cenci menée au supplice.
[i) Je dois ces curieux renseignements à une communication
toute gracieuse de M. André Waltz, bibliothécaire de la ville de
Cohnar, qui a fait à mon intention des calques très fidèles de
ces vieilles gravures.
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328 HEVUE d'alsaci::
Nil novi êub sole. On est habitué à attribuer au docteur
Guillotin, de Saintes, membre delà Constituante, le peu en-
viable honneur d'avoir inventé, dans un but humanitaire,
rinstrument de mort rapide qui porte son nom, alors que
cet engin était connu depuis près de trois siècles. Le docteur
a simplement fait revivre un ancien système de décollation
tombé en désuétude. Ces machines, dont on nous montre
rimage dans les vieux livres allemands et italiens, ont réelle-
ment fonctionné k Tépoque de la Renaissance Toujours est-il
que depuis lors, la décollation par le glaive a prévalu en
Allemagne, en Italie et en Suisse, et que la pendaison est
restée le supplice légal en Itussie, en Autriche, en Angleterre
et en Turquie, de même qu'elle Tétait en France avant la
Révolution.
Ce bon docteur Guillotin n'avait pas besoin de celte célé-
brité macabre pour aller à la postérité. Après avoir terminé
sa carrière politique, il reprit ses fonctions de médecin, et c'est
lui qui fonda la célèbre association médicale qui existe
encore à Paris feous le nom û' Académie de Médecine, Conve-
nons que la légende k laquelle s'attache le nom de ce méde-
cin philantrope est de celles qui ont la vie dure. Elle ne sera
jamais démolie quoique puissent faire ceux qui ont en mains
les preuves palpables de la vérité.
La réapplication de la guillotine en France a eu, du reste,
ce résultat auquel l'homme civilisé ne peut qu'applaudir,
c'est de débarrasser certains grands pays de l'aspect hideux
et sauvage des potences et fourches patibulaires placées h
l'entrée des villes petites et grandes, où elles ont laissé leurs
noms sinistres aux terrains consacrés aux exécutions et que
les gravures de Callot ont fixées dans leur tragique élo-
quence. A AUkirch, la colline du gibet, qui fait partie du
petit bois de Saint-Morand, s'appelle aujourd'hui encore Gai-
genboden (terre de la potence).
La dernière pendaison, k AUkirch, eut lieu en 1782. A cette
époque reculée la législation seigneuriale était cruelle et
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A TRAVERS LE PASSÉ 339
impitoyable pour le vol. Un malheureux paysan de Cars-
pach, qui avait volé une cravate en soie h la foire d'Alt-
kirch, fut condamné pour ce minuscule délit, h être pendu.
Ma grand*mère Ursule Ilanser, qui m'a raconté ce fait, avait
alors quinze ans et fut désignée par le curé pour aller quèler,
dans la foule des assistants, de quoi faire dire des messes
pour le repos de Tàme du patient. Je ne sais si cette mal-
chanceuse vic'ime d*une justice monstrueuse, qui avait
échangé sa cravate de soie contre une cravate de chanvre, en
sut beaucoup de gré au curé. Mais c'était Tusnge.
XLIII
Chemin de fer de Colmar au Rhin. — h% Bildstein et le
Seelbourg. — Mines d'argent de Sainte-larie. — Christo-
phoms. — Paphinisnaîda. — Charles Gérard. ^ Erwin. —
Herrade de Landsperg et le Hortus deliciarum.
Un décret du 24 avril 1869 avait concédé à la ville de Col-
mar le chemin de fer de Colmar au Rhin dont j'ai amplement
parlé plus haut. La préparation ^e ce projet avait été l'objet
de nos préoccupations depuis plusieurs années et m'avait
causé, à moi personnellement, un surcroît de travail énorme.
Une loi du 1 mai suivant autorisait la ville à emprunter une
somme de i, 700,000 francs, remboursable en trente annui-
tés, pour le paiement de son contingent fixé au même
chiffre de 1,700,000 fr.
L'État s'engagea à fournir une subvention de 960,000 »
et la part contributive du département était de 200,000 »
Total. . 2,860,000 »
Telle était la situation des choses lorsque le comité du
chemin de fer de Fribourg au Rhin demanda k conférer avec
le comité de Colmar pour déterminer le point exact où la
ligne devait franchir le Rhin et s'entendre sur le système de
construction du pont h établir. Celte conférence eut lieu a
Vieui-Brisach le 29 décembre 1869 ep présence desingénieurs
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330 REVUE d' ALSACE
des deux lignes. Chose digne de remarque, les deux parties
s'engagèrent k employer tous leurs efforts pour que les tra-
vaux des deux lignes fussent commencés au mois de mai
4870 et achevés au 1 juin i87i, de façon qu'k cette date l'ex-
ploitation des deux sections pût s'ouvrir à la fois. La réunion
fut cordiale : des toasts ronflants, dans les deux
langues, firent appel h la concorde : les commissaires de
Colmar, maire en tète, rapportèrent la meilleure impres-
sion de cette entrevue internationale. Tous ces beaux
projets se noyèrent, quelques mois après, dans la sombre
catastrophe de 1870, et les travaux, repris après Tannexion,
donnèrent lieu k la création d'une ligne stratégique alle-
mande.
Dans le courant de Tété de 1869, jallai visiter la partie de
la montagne qui s'étend entre Riquewihr et Sainte-Marie-aux-
Mines. Un dimanche matin, accompagné de notre vieux et
fidèle vigneron, je m'engageai dans le petit vallon où s'élè-
vent au milieu des sapins, les ruines du donjon de Reichens-
tein. démantelé pendant la Guerre de Trente Ans, pour gra-
vir ensuite les escarpements qui mènent aux sommets arides
du Seelbourg. La, entouré d'un fouillis d'arbres, se cache un
immense rocher aux formes bizarres que surmontent les rui-
nes du château de Bildstein. Antérieur k la période gothique,
ce chÂteau a un bel appareil de pierres de taille k bossages,
et son doujon carré domine d'un côté la vallée de Riquewihr
et dç l'autre celle de Ribeauvillé.
Niché Ik haut comme une aire de vautours, ce château n'a
pas d'histoire. Cependant on sait qu'au moyen âge il servait
de prison pour les malfaiteurs et avait conservé cette destina-
tion dans les seigneuries de Riquewihr et de Horbourg, jus-
qu'en 1635, époque où il fut pris et démantelé par un corps
d'Impériaux. Ses oubliettes, devenues légendaires, inspiraient
une telle terreur aux habitants de Riquewihr que lors de la
transaction de 1489, avec Henri VI, comte de Wurtemberg et
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A TRAVERS LE PASSE 331
de Montbéliard, il fut stipulé expressément qu'aucun bour-
geois de la ville ne pourrait plus être enfermé dans la pro-
fonde tour du Bildstein. Cette charte, véritable mea cuipa
ou acte de contrition du nouveau seigneur, se trouveauxarchi-
ves de Montbéliard. Ce hobereau promet de ne faire empri-
sonner ses vassaux que dans la tour blanche de lliquewihr,
ce qui est on ne peut plus gracieux, de ne plus leur adminis-
rer la schlague, ce qui est plus gracieux encore, de ne plus
les injurier ni les calomnier, ce qui est le comble de la
gracieuseté (I). Munis de ce bon billet kLar.hiUre, les braves
habitants de lliquewihr n'avaient plus le droit de se plain-
dre, ayant la séduisante perspective d'être bouclés dans la
tour blanche et de rêver aux inappréciables bienfaits de la
charte de 1489.
Toute celte crête de la montagne est hérissée d'amas de
rochers qui lui donnent un caractère sauvage. A deux pas de
la vieille forteresse, dans un site boisé mais aride, se cachent
les huttes misérables du petit hameau de Neudorf (village
neuf), où demeurent quelques pauvres familles de bûcherons
et de sabotiers séparées du monde sur ces hauteurs incultes
où le sol avare ne leur offre que des pommes de terre.
Voici Aubure (Altwihr) village k population mixte catholi-
que et protestante, qui de son altitude de 1400 mètres, domine
la vallée de Ribeauvillé et est aujourd'hui encore le village le
le plus élevé de la chaîne des anciennes Vosges. C'est la que
se réfugièrent quelques uns de ces farouches anabaptistes du
seizième siècle, que le duc de Wurtemberg chassa de llique-
wihr et qui se transformèrent à la longue en paisibles proles-
tants ou catholiques (2).
Quelques coups de collier encore, par des sentiers peu
frayés, et nous arrivons au sommet de la côte de Sainte-Marie
d'où nos regards plongent sur celte ville moitié alsacienne
et moitié lorraine. Séparée en deux parties par le petit cours
d'eau de la Lièpvre, la partie alsacienne parle le patois du
pays, tandis que diins la partie lorraine on parle exclusive-
(1) Musée historiffue et pittoresque d'Alsace, Louis Lcvrault.
(2) Ibid.
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332 REVUE d'alsace
ment le français. L'exploitation des minés d'argent des envi-
rons, depuis longtemps abandonnée, avait été, il y deux siè-
cles, une source de richesse pour cette localité dont les habi-
tants sont très industrieux. Au seizième siècle ces mines,
exploitées par les comtes de Ribeaupierre, étaient extraordi-
nairenient productives : de 1528 à 1550 on n'y recueillit pas
moins de 7000 Mark d'argent par an. Pendant les années
1530 h 1539 on en a extrait des pépites d'argent natif dont
chacune pesait trois quintaux. Cet argent était si blanc et si
• fin qu'il put être travaillé, sans emploi du feu, par les orfè-
vres et les monnayeurs.
Les fabriques de cotonnades de Sainte-Marie-aux-Mines
sont très avantageusement connues comme produit spécial
de l'industrie alsacienne. En entrant en ville j'allai serrer la
j / ^ main h mon cousin H... qui s'était créé une position, comme
^ représentant de commerce, dans ce centre manufacturier
. . j^ qu'habitait line famille B... à laquelle il était apparenté,
famille de bons vivants et d'aimables causeurs, qui a fourni
au clergé alsacien deux ou trois abbés, véritables abbés de
cour, n'engendrant à aucun point de vue la mélancolie. L'abbé
Adolphe B... que j'ai connu vicaire à Colmar, résumait en
son aimable personne, toutes les qualités brillantes mais
légèrement superficielles d'une race douée des séductions de
l'esprit et du bon ton.
Pauvre Edouard ! un an après, ce beau jeune homme plein
d'intelligence et d'avenir, mourait h la fleur de l'âge, atteint
de la fièvre typhoïde k Villefranche (Rhône) où il comman-
dait une compagnie de la Légion alsacienne. Colmar et Mul-
house avaient fourni un fort contingent de volontaires pour
les luttes suprêmes. M. Julien Sée, de Colmar, prononça les
dernières paroles d'adieu sur la tombe du lieutenant II. . .
et subit quinze jours d'arrêt pour avoir pris la parole sans
lautorisation du commandant. C'était la discipline inflexi-
ble appliquée a ce noble sentiment de la confraternité sous
les armes.
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A TRAVERS LE PASSÉ 333
M. George Stoffel, ancien employé aux. archives de la pré-
fecture du iïaul-Rhin et ancien percepteur d*AItkirch, avait
succédé à M. Thomas dans les fonctions de bibliothécaire de
la ville. Savant modeste et sérieux, n'ayant jamais feit
étalage de ses connaissances archéologiques, il a su, par ses
recherches patientes, élucider bien des questions obscures,
surtout dans le domaine bien intéressant des cours colongères
du moyen Age. Il laisse après lui une œuvre a la composition
de laquelle il a consacré une grande partie de son existence,
le Dictionnaire des communes du Ifaut-Rhin, dans lequel
il a concentré le résultat de ses consciencieuses recherches sur
les origines historiques des villes et communes rurales du
pays, avec des indications précieuses sur d'anciens villages
disparus.
StofTel, un des anciens et estimés collaborateurs de la
Revue d* Alsace, avait un flair extraordinaire pour rétablir
le vrai sens de certaines interprétations fantastiques données
par des écrivains de valeur mis en présence du texte obscur
des vieilles chartes. En voici un exemple assez original. M.
L. Levrault, également collaborateur de la Revue, dans un
article publié en i852 sur la vallée de la Brusche, avait
relevé dans une charte carlovingienne ce mot étrange de
Paphinisnaîda, qui dans ce grimoire où le latin coudoyait
le tudesque, semblait sonner comme une évocation du
inonde grec. Il s'agissait d'une vallée arrosée par la cascade
de Ni Jeck etdo.it un canton portait celte appellation origi-
nale. En traduisant le mot par Naïade de Paphos, M. Le-
vrault émit l'opinion que ce lieu avait été habité jadis par
une colonie gallo-romaine. « Paphinisnaîda » devait être,
disait-il, une villa gallo-romaine, et à en juger d'après le
dérivé évident du verbe grec nau et du substantif latin nais,
une villa près d'une source ou d'une cascade, peut-être
Nideck ? Ce nom si harmonieux et qu'on est si étonné de trou-
ver au milieu des appellations barbares des chartes carlovin-
giennes, serait ainsi le nom antique de la belle cascade de
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334 HEVUB D*ALSACE
Niileck, et probablement d*une villa ainsi appelée par
la fantaisie d'un grand seigneur gallo-romain amaleur des
riantes fictions de la Grèce.
Et nunc erudimini. Stoffcl appliqua a cette élucubration
poétique la doucbe froide de son impeccable érudition, en
apprenant a M. Levrault que ce beau nom grec de Paphi-
nisnaîda signifiait tout simplement en patois germanique,
Pfa/fenschnaite, c'est-h-dire, défrichement de moines.
C'était une concession de terres h cultiver faite par Charle-
magne et Louis le Débonnaire a TÉvèché de Strasbourg qui
les concéda moyennant redevances à une colonie de religieux.
C'est sous le pseudonyme de Christophorus (Stofîel dimi-
nutif alsacien de Christophe) que Stofîel écrivait dans la
Revue d'Alsace ses intéressantes communications histori-
ques et philologiques. Quand j'écrivis ma notice historique
sur le comté de Ferrette, j'eus plusieurs fois recours k ses
savantes explications de vieux textes et je suis heureux de
lui donner ce témoignage reconnaissant dans mes souvenirs.
CA suivre) Charles Goutzwillkr.
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HISTOIRE D'UNE VILLE DILSAGE
ET DE
SES ENVIRONS
PAR
G. DURR^WELL
DEUXIÈME PARTIE
(Suite) (i)
LES ENVIRONS DE GUEBWILLER
DE CERNAT A RODFFAGH A TRAVERS LA PLAINE D'ALSACE
« C'est un pays de plaine el de montagne,
« Une terre, où les blonds épis
« En été couvrent la campagne ;
« Où l'étranger voit, tout surpris,
« Les grands houblons, en longues lignes,
« Pousser joyeux au pied des vignes
(( Qui couvrent les vieux coteaux gris !...
« C'est la vieille el loyale Alsace ».
(Dis-moi quel est ton pays — Chant Alsacien).
Nous nous sommes entretenus, dans un précédent récit,
de Guebwiller et de son canton : j'ai essayé de retracer leur
histoire ; de rappeler leurs légendes ; et de peindre, d'un
(1) Voy. pp. 102 et suiv. du trimestre JanvierFévrier-Mars et
pp. 379-388 du trimestre Juillet-Aoùt-Septembre 189(5.
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336 REVUE d'alsace
pinceau, hélas! bien malhabile, les sites charmants qui les
décorent. Pour compléter le cadre au milieu duquel notre
ville se trouve placée, il nous reste k parcourir ensemble les
villages de la plaine qui Tenvironnent, depuis Cernay\>us- •
qu'à Rouiïach, en passant par Ensisheim, Souitz et Isen-
heim. Je prie mes lecteurs de me suivre dans cette nouvelle
promenade avec la même bonne volonté et autant de bien-
veillance.
Tout entier au dépit et aux regrets d'avoir été obligé de
clore si rapidement les précédentes pages, je n'ai pu trouver
de meilleur moyen de prolonger avec mes compatriotes une
causerie qui m'est si chère.
CERNAY ET UFFHOLTZ
WATTWILLER ET HERRENFLUH
Cernay. — Sa posilion. — Quelques cvénemenis de son histoire
au moyen-ftge et sous la révolulion. — L'ochsenfeld et le
« Champ du Mensonge » UfThollz : deux souvenirs qui s'y rap-
portent. — Watlwillcr : son histoire. — Ses bains. — Le châ-
teau du Hcrrenfluh : ce que l'on y découvrit en l'an de grâce
18(59. —
Au point où la vallée de Thann débouche dans la vaste
plaine inculte de l'Ocbsenfeld, à une dizaine de kilomètres
de Guebwiller, s'élève la petite ville industrielle de Cernay,
bâtie sur la Thur, le long de la grande route de Strasbourg h
Lyon. La plus ancienne mention qui s'en rencontre se trouve
dans un docuntent de l'abbaye de Lucelle daté de 4447 ; et
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HISTOIRE dYnE ville d' ALSACE ET D8 SES ENVIRONS 337
elle figure, pour la première fois, sous le lilre de ville, dans
une charte de 1271, par laquelle le comte Ulric I®' faisait
oblaiion de son comté de Ferretlc à Henri de Neufchâtel,
évèque de Bàle. En 1324, Cernay passa, avec ce comté, entre
les mains de la maison d'Autriche, par le mariage de la der-
nière héritière des comtes de Ferretle avec le fils de Temije-
reur Albert II : les archiducs déjà possesseurs du landgraviat
de Haute-Alsace, ne Taliénèrent jamais. L'événement local le
plus important h mentionner se rattache à la Guerre de
Trente Ans. Assiégée par les bandes Suédoises qui avaient
envahi l'Alsace, la ville tomba en leur pouvoir le 2 mars
1634, et paya fort cher sa résistance. La seigneurie de
Cernay, qui était, sous la période allemande, une Vogtey,
fut transformée, après les traités de Westphalie, en une pré-
vôté, que le roi Louis XIII avait, dès 1642, donnée en fief au
maréchal de camp français de Schauenbeck. Elle passa
ensuite, par mariage, aux Reinfieb ; puis successivement aux
delà Touche, aux Gohr et auxClebsaUel (1). Avant la révo-
lution» le magistrat qui administrait la ville se composait
d'un bourgmestre et de six conseillers, au nombre desquels
était compris le maire du village voisin de Steinbach (2).
Les années révolutionnaires n'ont pas marqué d'une façon
particulière dans l'histoire de Cernay. Placée sur la route de
Saint-Amarin h Guebwiller, la petite ville fut menacée, eii
1789, par les paysans des vallées voisines, se dirigeant sur
(1) La prévoté de Cernay se composait de la ville même et des
deux villages de Steinbach et de Birlingen. 11 ne reste plus aujour-
d'hui, comme vestiges de celle dernière localité, que quelques
ruines qui marquent remplacement de l'ancien prieuré qui s*y
trouvait. Cent huit villages, indiqués par les titres et par la
tradition, ont ainsi été dêlruils dans la province d'Alsace.
(2) Kn 1789, le magistrat de la ville de Cernay était ainsi
composé : Bourgmestre : MM. Mambré.
Conseillers : Annspach.
Jeeker.
Witz.
Jhler.
Frey.
Séa.
(ipcffîcr : Witz.
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338 JIEVUB û'aLsacb ■
GuebwHIer, après avoir pillé, k Sairit-Amarin, la maison du
receveur du chapitre de Murbach. C'est, en effet, aux envi-
rons de G ernay, et au moment même ou les bandes insur-
gées, cachées dans les vignobles, se disposaient k se jeter sur
la ville, que le général Yietinghoff leur infligea une sanglante
défaite (1).
En 1793, k la suite des réquisitions extraordinaires de
grains et de fourrages opérées dans la Haute-Alsace, et de
l'effroyable agiotage sur les assignats, Cernny eut k souffrir,
comme Guebwiller et les autres villes environnantes, de la
pénurie des subsistances et se trouva dans une profonde dé-
tresse. La loi du 4 mai, qui ordonna que les marchés seraient
approvisionnés par les communes pourvues de grains, et
dont l'exécution eut des suites si regrettables dans ledistrict de
Colmar et particulièrement a Guebwiller, sagement appliquée
dans le district de Belfort dont Cernay faisait partie, mit
momentanément fin a cet état de choses (2).
Aujourd'hui Cernay est devenue une paisible ville de cul-
ture et d'industrie : k ce dernier point de vue, elle tient vail-
lamment sa place dans ce magnifique groupe manufacturier
dont Mulhouse est la capitale, et qui comprend, avec Gueb-
willer et sa vallée, les centres de Thànn, Cernay, Wesserling,
Dornach et Isenheim. Je ne cite ici que les plus importants
d'entre eux.
Les vignobles qui s'étagent, k proximité de la ville, sur les
dernières pentes des Vosges, produisent un petit vin très
passable que les amateurs sont loin de dédaigner.
Au sud de Cernay s*étend la vaste plaine de l'Ochsenfeld
dont la partie centrale est encore inculte : mais le travail de
l'homme triomphe progressivement de ce sol ingrat ; et une
ferme modèle qui y a été créée, est en pleine voie de prospé-
rité (3).
(i« Voir première partie, Chap. VII.
(2) Voir première partie, Chap. X.
(3) Dès Tan 11 de la République, la muiiicipalilc de Cornar
avait partagé eutre ses habitants, à raison de 3U ares par tèle, la
plus grande partie de rOchsenfçId.
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HISTOIRE d'une VILLE d'aLSACE ET DE SES ENVIRONS 339
On remarque, au milieu de rOcbsenfeld, enlre les villages
de Schweighausen et de Wittelsheim, les restes d'une voie
romaine que l'on considère généralement comme un tronçon
de la grande voie de Mandura (Mandeure) h Mons-firisacus
(Vieux-Brisach), et qui est connue dans le pays sous le nom
de « Rœmerweg ». Ces dénominations de Rœmerweg, Heiden
et Heer-weg (chemin des Romains, des païens, des armées),
qui servent encore à désigner un grand nombre de chemins
du pays, nous rappellent que notre Alsace a été» à toutes les
époques de Thistoire, le grand passage des envahisseurs. Un
autre souvenir historique se rattache encore à rOchsenfeld.
D'après Schœpflin, c'est cette vaste plaine qui aurait été, en
effet, le théâtre de l'acte de trahison des (ils de Louis le
Débonnaire, survenue en 833, et qui amena le démembrement
du grand empire de Chariemagne. Le nom de Ltîgner, que
tout un canton du pays porte encore aujourd'hui, et qui est
la traduction grecque littérale de l'expression « Champ du
mensonge », qui servit a désigner le lieu témoin de cette
défection, vient donner quelque vraisemblance a celte
opinion (i).
Le grand village d'UffhoItz, situé au pied des collines voi-
sines, k un kilomètre à peine de Cernay, dont il semble n'être
qu'un faubourg, faisait autrefois partie du baillage de Watt-
willer et dépendait ainsi de la principauté de Murbach.
C'est en 1232 qu'il parait avoir été détaché du comté de
Fcrrette, et cédé par le comte Ulric II au prince abbé de Mur-
bach. Ce nom d'Uffhollz évoque en ma mémoire deux souve-
nirs de nature bien différente. L'un se rapporte k un homme
de bien, disparu depuis de longues années et que je n'ai plus
connu moi-même, mais dont la réputation de bonté et de bien-
faisance est restée légendaire dans le pays; et que toute ma
famille désignait respectueusement sous le nom d'oncle-
curé. L'autre impression, ineffaçable de gamin gourmand, a
pour oijet les modestes mais délicieuses partioo de plaisir
(1) On n'est d'ailleurs pas dVcord sur la véritable position du
« Champ du mensonge ». — (irandidier le place à Sigolsheim,
Schiller au Rolhleuble, près de Colmar, et LaguiHe à Rouf-
fach.
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340 RBVUB d'alsace
dont Uffhollz était un des buts préférer On naît gourmet
dans notre Alsace ; et un plat bien préparé» une spécialité de
haut goût suffisent k attirer affluence de monde : c'est ce qui
fit jadis la vogue et la fortune de la grande hôtellerie
d*Uffholtz, qui avait su élever la vulgaire carpe frite à la
hauteur d'un poème.
Péché sous les yeux même du consommateur, dans les
grands réservoirs remplis d'eau vive, le poisson tout frétil-
lant, était aussitôt confié aux bons soins de la mère Land-
wehrlin. A partir de ce moment, il disparaissait dans la
mystérieuse offîciiie fermée k tous les regards profanes, pour
ne reparaître qu'en beignets croustillants et dorés, idéalisé
selon les préceptes de la fameuse et inimitable recette. Et quels
goûters ! Et quels appétits, sous les tonnelles du jardin, k
Tombre des grandes charmilles; chacun se dépéchait de pren-
dre sa bonne part de friture, et les fourchettes allant et
venant comme la navette d'un tisserand. La nuit venue, on
s'en retournait gaiement, au clair de lune, avec une bonne
journée de plus dans l'existence. Hélas ! que tout cela est
déjà loin t
En continuant k suivre la ligne des collines, on ne tarde
pas k arriver k Wattwiller, Tune des principales stations
balnéaires de notre région. Très heureusement situé au pied
des Vosges, sur un monticule légèrement élevé, le village de
Wattwiller était jadis une petite place forte entourée de
murs et de fossés. Son histoire, au moyen-Âge, a même été
marquée par quelques événements tragiques. Enl376, subite-
ment attaquée par une troupe d'Anglais, la forteresse fut
livrée au pillage : plus de cent de ses habitants payèrent leur
résistance de leur vie ; et beaucoup d'autres furent entraînés
comme prisonniers. Un siècle plus tard, en i468, la place de
Wattwiller, qui avait reçu entre temps la visite des Arma-
gnacs, fut prise et dévastée par les Suisses, qui la livrèrent
aux flammes et forcèrent ses habitants k contracter une
alliance avec eux. Les Autrichiens, qui la réoccupè-
rent peu de temps après, la pillèrent k leur tour pour la
punir d'avoir ouvert ses portes aux Suisses, et s'emparèrent
des principaux bourgeois. Les malheureux, détenus pendant
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HISTOIRE d'une VILLE d'aLSACB ET DE SES ENVIBONS 341
un certain temps ii Ensisheim n'obtinrent leur liberté qu'au
prix d'une forte rançon. C'est près de Wattwiller que les
paysans du Sundgau, révoltés en i525, furent battus par les
troupes du prince-abbé de Murbach. Mais Tévènement le plus
important qui s'y soit déroulé, est la grande victoire que les
Suédois y remportèrent sur les Impériaux pendant la Guerre
de Trente Ans, dans la journée du 2 mars 1634. Plus de mille
cinq cents autrichiens restèrent sur place, et cinq cents furent
faits prisonniers. Parmi ces derniers se trouvaient le comte
Salm, gouverneur de Saverne, le marquis de Bassompierre,
commandant des troupes lorraines et le colonel Merci.
Comme nous l'avons déjà vu, Wattwiller formait avec
Uffholtz et les châteaux de Herrenfluh, de Hirtzenstein et de
Weggenberg, un des baillages de la principauté de Murbach.
Comme Cernay, la petite ville de Wattwiller fut menacée,
dans les derniers jours de Juillet 1789, par les bandes d'insur-
gés des vallées de Saint-Amarin et de Masevaux, soulevées
contre le chapitre de Guebwiller ; et son château ne dût son
salut qu'à l'arrivée du général Vietinghoff. L'année suivante,
dans le courant du mois de Juin, une véritable émeute éclata
k Wattwiller pour empocher la perception des droits dûs à la
régie des fermes du roi. Des bandes armées de lusils, de
pistolets et de haches s'attroupèrent, et la garde nationale,
convoquée et accourue sur les lieux pour les disperser, se
joignit à rémeule. Le mouvement, suscité et dirigé par la
la municipalité elle-même, faillit avoir des suites funestes
pour le sergent seigneurial et le procureuT* fiscal qui furent
malmenés et emprisonnés. Encore un dernier souvenir de la
révolution : un habitant de Wattwiller, Jacques Weibel, porté
sur la liste des émigrés comme ayant fait partie de la légion
de Mirabeau, condamné à mort par le tribunal criminel du
Ifaut-Rhin, jugeant révolutionnairement, le 16 prairial an
III (5 juin 4794), fut exécuté le jour même de sa condam-
nation.
Aujourd'hui, tous ces événements ne sont plus pour
Wattwiller que de lointains souvenirs, et la petite ville
exploite paisiblement ses eaux minérales qui attirent cha-
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342 nEVUB d'alsacb
que année dans le pays un a*$sez grand nombre de
baigneurs (1).
L'église paroissiale est un monument assez remarquable
de style ogival, dont la construction remonte à l'année
i481. On y voit quelques pierres sépulcrales de l'ancienne
famille des Wattwiller. Il existait autrefois k Wattwiller un
couvent qui prit en 1336 la règle de Saint I>ominique.
Entre Wattwiller et Uffholtz, au sommet d'une montagne
as^ez élevée, se trouvent les ruines du château de Herren-
fluh, construit par Jean de Saint-Amarin, surnommé Nord-
wind, qui en prit, en 1312, Tinvestiture de Tabbé de Murhach.
Aucun souvenir historique ne s'y rattache; toutefois la sinis-
tre découverte de Tune des victimes de Tassassin Tropmann,
faite dans ses environs en 1869, a donné à son nom une célé-
brité passagère.
Il
SOULTZ
Silualion de SouHz. — Ses origines et son histoire au moyen-
âge. — Querelles des bourgeois de Soultz avec les Waldner et les
Schaueiibourg. — Baillage de Soultz. — Des qnelc|ues familles
nobles originaires de la ville. — Monuments : 1 Église et l'Hôtel
de ville. -— Pej-sonnages célèbres: François Méglin. — Les généraux
Walther et Wehrlé. -— Élymologie du nom. — La conquête de
Soultz par les Juifs.
Lorsqu'on sort de Guebwiller du côté de la plaine, la
route, après avoir longé d'une part, les vignobles du Gros-
berg, et suivi, a main gauche, la ligne du chemin de fer et
(4) L'analyse des eaux de Wattwiller, faite par le professeiu*
Henri, de Paris, a été publiée par le Journal de Chimie médicale
(avril 4851). En voici le résultat pour 4000 grammes :
bicarbonate de chaux et magnésie . . . 0.470\
Sulfate de chaux anhvdre et sulfate de soude 0.440 1
Chlorure de magnésie et de sodium . . 0.430/
Silice et alumine 0.405)4000 grammes.
Oxyde de fer (indices d'arséniate de fer . 0.045\
Eau pure 997.740]
Principe minéralisateur 4.410/
Ces eaux salines-ferrugineuses sont surtout employées contre les
maladies de la peau. Le limon ocracé qu'elles déposent peut être
employé avec succès, par application externe, contre les affections
scroluleuses.
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HISTOIRE d'iNE ville d' ALSACE ET DE SES ENVIRONS 343
I^s prairies qui la bordent, conduit rapidement le promeneur
aux portes de la ville de Soultz, notre plus pror^he voisine.
Ce voisinage n*a pas toujours été, il est vrai, une cause
d'accord et d'harmonie : le souvenir des luttes que
les champions de douze k quinze ans, des deux cités
rivales, se livraient dans les prairies qui les séparent, est
encore présent à la mémoire de tous, aussi bien que les sur-
noms fort disgracieux dont on se gratifiait de part et d'autre.
Aujourd'hui la paix est conclue ; la concorde règne, et cest
en ami que nous nous présentons : c'est assez dire que nous
serons de la plus absolue impartialité.
La situation de Soultz, quoique moins pittoresque que celle
de Guebwiller, ne laisse pas cependant que d'être fort agréa-
ble. Appuyée aux dernières pentes du Grosberg dont les
coteaux, tout tapissés'de vigne, produisent un petit vin blanc
très passable, entourée de beaux jardins fruitiers et de
grasses prairies, la petite ville a d'ailleui^ par elle même,
avec ses anciennes murailles et la flèche élégante de son
église, un cachet tout particulier d'originalité. Il est regretta-
ble que les deux portes qui la limitaient, du côté de Gueb-
willer et dans la direction de Bollwiller, et qui montraient sur
leurs piliers aux passants intrigués, les quatre corbeaux qui
forment le blason de la cité, aient été détruites dans ces der-
nières années.
La commune de Soultz est fort ancienne ; elle a joué dans
l'histoire d'Alsace du moyen-âge un rôle assez important
dont nous allons essayer de détacher les principaux épisodes.
On n'est pas absolument d'accord sur la véritable origine de
la ville : les uns, s'appuyant sur les découvertes de ruines et
d'antiquités romaines faites, il y a une trentaine d'années,
au sommet de la colline voisine de Schimmelva in, voudraient
la faire remonter à une époque l'eculée ; mais nous croyons
que c'est aller un peu loin, et qu'il est au moins hasardeux
de baser une opinion sérieuse sur d'aussi faibles indices.
Cherchons donc plutôt les preuves écrites de cette origine.
Le plus important des documents qui s'y rapportent, est la
chronique de l'abbaye d'Ëbermunster dont la fondation
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344 REVUE d'alsace
paraît remontera Tannée 667 environ (i). Vers cette époque,
le duc d'Alsace Athic aurait offert, entre autres biens, au
nouveau monastère, « la cour Seigneuriale et l'Eglise de
SouUZy les dimeSy les menses, les champs, les vignes, lesi
prés, les familles qui en dépendaient ; les cours d'eau^ les
moulins et les bois; et généralement tout le ban depuis le
sommet du Ballon et le ruisseau de Di^eitenbrunn jusqu'à
la forêt de Munebruch ».
C'est dans cette mention qu'il faut chercher le véritable
point de départ de Thistoire de Soultz; des pièces authenti-
ques, qui datent près de la même époque,viennent d'ailleurs
lui prêter l'appui de leur caractère. C'est d'abord un diplôme
du roi d'Austrasie CaNoman, donné a Brumalh le 6 mai 770,
et dans lequel ce prince confirme à labbaye d'Ebermunsler,
dont il reconnaît officiellement l'existence, ses privilèges et
et ses possessions, y compris Soults et ses appartenances.
Quarante ans plus tard, un autre diplôme, signé par l'empe-
reur Charlemagne le i2 août 810, à Verden en Saxe, cite
encore le village de Soultz, Enfin le 4«' mai 818, Louis le
Débonnaire, par une charte datée du palais de Kircheim,
confirme encore à l'abbaye la possession de la cour seigneu-^
riale de Soultz avec toutes ses dépendances, mais en
donnant k l'énumération de ces dernières une étendue beau-
coup plus restreinte que celle de la donation primitive.
C'est en comparant entre eux les termes dont se servent
ces divers documents que l'on peut arriver k expliquer,
croyons-nous, la contradiction qui paraît exister entre la pre-
mière donation du duc Athic faite l'abbaye d'Ebermunster,
et l'acte, par lequel le roi Dagobert 11 octroya vers la même
époque, vers 670, k l'évéque de Strasbourg Saint-Arbogast,
la possession de tout le mundat supérieur, qui comprenait
(1) L'abbaye d'Ebermunster, (apri monasierium), une des plus
célèbres de l'Alsace, était située aux environs de Benfeld, dans
le village qui porte encore ce nom. Elle fut fondée, croit-on,
par le duc d'Alsace Athic, en 667 : elle fut donnée aux évéques
de Strasbourg par l'empereur Arnoul ; plus tard Tempcreur Sigis-
mond eu confia l'advocatie aux baillis d'Alsace.
La chronique de l'abbaye, commencée en 1163 a été terminée
en 1235.
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HISTOIRE D*UNK VILLE d' ALSACE BT DE SES ENVIRONS 345
Soultz et ses dépendances. Il est plus que probable que les
droits illimités conférés k Tabbaye par le duc Athic, ont été
réduits par Dagobert à la simple possession de la cour sei-
gneuriale de Soultz et que c'est cette seule possession que
les chartes ultérieures ont eu pour but de confirmer; tous
les autres droits passant et demeurant aux princes-évéques
de Strasbourg. Outre la cour seigneuriale, Ebermunster pos-
sédait encore a Soultz une petite chapelle ou cellule dédiée k
Saint-Pierre et qui parait avoir été consacrée par Saint-Fir-
min, le fondateur de Murbach.
A partir de ce moment, nous trouvons le nom de Soull:^
mentionné dans plusieurs autres documents, chartes impé-
riales ou bulles du Saint-Siège, dont le dernier, une bulle du
pape Honorius III, du 13 mai 1224, garantit encore k la
même abbaye d'Ebermunster la propriété de la chapelle de
Soultz avec ses alleux et d jpendances. C'est d'ailleurs, vers
cette époque qu'Ebermunster,. appauvrie et déchue» com-
mence k perdre ses vastes possessions, et se voit notamment
obligée de se défaire de son alleu de Soultz au prix de cent
marcs d'argent.
On ne sait pas, également, d'une façon bien précise, l'épo-
que k laquelle Soultz prit le rang de ville et s'entoura d'une
enceinte fortifiée. La chronique de Berler, écrivain de Rouf-
fach, prétend qu'elle ne fut élevée que lors de l'invasion des
bandes anglaises en Alsace, vers 1365, au mommeftt où la des-
truction du village voisin d'Alschweiler força les habitants
de cette commune k venir chercher un refuge près de Soultz,
sous les murs du château de Bucheneck. Mais cette assertion,
dont Schœpflin suspecte k bon droit le caractère de véracité,
est formellement contredite par un acte authentique daté de
Tannée 1254, et qui donne déjk k Soultz le titre de ville forti-
fiée. Par cet acte en effet, Guillaume, franc homme deSoultz>
miles dictas de Sultze, donne en oblation k l'évoque de
Strasbourg, sa forteresse de Bucheneck, située dans la ville
Soultz, munitionem in dicto oppido Sultze^ En 1281, le
petit château de Soultz aurait, d'après les annales de Col-
mar,, beaucoup souffert du débordement des torrents. Enfin,
un acte daté du 31 mai 1303, par lequel le prévôt et le conseil
de Soultz concèdent k la chapelle des religieux du Lieu-
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346 RsruB d'alsagb
Croissant, érigée en cet endroit en I2S3, la partie du rempart
qui lui était contigue, établit d'une façon indéoiabie l'exis-
tence antérieure de Tenceinte de la ville, dont la constructtOQ
doit remonter à la môme époque que celle des murailles de
Guebwiller.
Souitz était d'ailleurs, dès cette période du moyen-âge, le
chef-lieu d'un baillage qui dépendait du mundat de Rouf-
fach, et comprenait, avec le territoire même de la ville, les
villages de Wuenheim et de Rimbach-Zell. Cette dernière
commune en a été détachée en 47(50, pour entrer, avec
Hartmannswiller, dans le domaine des Waldner de Freunds-
tein. La vilile était alors gouvernée par un magistrat com-
posé d'un bailli et d'un prévôt nommé par le prince-évéque
de Strasbourg, et de huit conseillers électifs.
Les bourgeois de la commune de Soultz ne paraissent pas
avoir toujours vécu en bonne intelligence avec les familles
nobles du voisinage. Les annales locales du XY* siècle sont
notamment pleines de l'histoire des luttes incessantes que la
ville eut h soutenir contre les nobles de Waldner, qui avaient
acquis, en 1260, des religieux du Lieu-Croissant, la magnifi-
que domaine d'OUwiller. Une décision arbitrale du 17 février
1448 qui oblige le conseil de Soultz à faire des excuses publi-
ques au chevalier Jehan de Waldner, et h liver aux arbitres
les gens de la ville qui l'avaient insulté» semble même indi-
quer que les premiers torts n'étaient pas toujours du côté du
seigneur. Quelques années plus tard, nous voyons ces
querelles dégénérer en une véritable guerre.
Un trésor découvert dans une terre appartenant au cheva-
lier Hermann de Waldner ayant été revendiqué en vain par
l'évoque de Strasbourg, Robert le Palatin, Seigneur suzerain
de Soultz, les bourgeois de la commune envahirent et pillè-
rent les villages de Berrwiller et de Bertschwiller, qui dépen-
daient du domaine des Waldner, et vinrent mettre le siège
devant le château voisin de Weckenthal. En même temps,
les soldats de Waldner, après avoir échoué dans une attaque
tentée contre le château d'isenbourg, chef-lieu du mundat
supérieur, usaient de représailles aux dépens des villages
épiscopaux de Gundolsheim, de Wuenheim et d'Hartmanns-
willer. Le traité de paix, qui mit fin à ces dissensions, fut
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HISTOIRE D*UNE VILLK d'aLSAGE BT DE SES ENVIHONS 347
signé à Colmar en 4490. Une de ses clauses mérite d'élre
rappelée : elle stipulait qu'on décrocherait immédiatenfient
du gibet de SouUz, trois hommes d'armes des Waldner qui
avaient été pendus injustement, qu'ils seraient enterrés
honorablement, et que Tévèque paierait aux deux frères des
victimes une somme de huit cents florins à titre d'indem-
nité (1).
L'accord ne régnait pas davantage entre les turbulents
bourgeois et la famille noble de Schauenbourg, établie dans
le château de JunghoUz. Ces querelles eurent pour origine
un procès qui dura près de quinze années, (et l'on se plaint
des lenteurs de la justice actuelle!) que la commune de Soultz
eut à soutenir contre Versich Bock de Schauenbourg qui
prétendait que son domaine de JunghoUz formait un ban
particulier. Sa demande ayant été rejetée, son successeur
René de Schauenbourg, après avoir entamé un nouveau
débat judiciaire, qui n'aboutit pas, eut recours à un argument
plus décisif sinon plus légal, et fit, un beau jour, enlever de
de force et incarcérer un bourgeois de Soultz qui se prome-
nait paisiblement du côté de JunghoUz. Ceci se passait
en i493. La commune, outrée de ce procédé peu délicat,
réclama à grands cris, n'obtint pas satisfaction, et répondit
enfin k cet acte de violence arbitraire par une mesure
analogue.
Elle fit guetter le seigneur de Schauenbourg, parvint h
l'enlever, et le fit transporter comme prisonnier au manoir
d'Isenbourg. La régence autrichienne, dont le siège était alors
établi à Ensisheim et comptait Schauenbourg parmi ses vas-
seaux, s'émut de cette disparition, protesta à son tour, et se
décida a mettre sur pied ses hommes d'armes. La petite
armée marcha aussitôt contre la ville de Soultz et le château
de Bucheneck qui ne tardèrent pas k tomber en son pouvoir;
puis elle alla mettre le siège devant Rouffach et Isenbourg.
Un traité conclu k Fribourg en 1498 entre l'empereur Maximi-
lien et l'évéque de Strasbourg, termina officiellement cette
(4) Scbwarlz. — Mémoire pour prouver que la famille de
Waldner a le droit de perler le tilre de baron.
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348 REVUE d'alsage
guerre intestine, mais ce n'est que quelques années plus tard,
vers 1505, que ces fâcheux rapports de voisinage paraissent
avoir pris définitivement fm.
En 4525, les habitants de Soultz prirent, comme leurs
voisins de Guebwiller, fait et cause pour les paysans soulevés
contre leurs seigneurs, et accueillirent, dans la journée du 6
mai, les bandes de rustauds qui se présentèrent devant leurs
murs. Après la répression de la révolte, Tévêque de Stras-
bourg exigea de ses feudataires de Soultz, en réparation de
cette conduite, la prestation d'un nouveau serment de
fidélité, et la remise en état de tout ce qui avait été endom-
magé pendant les troubles.
On peut juger, d'après ces quelques épisodes, de l'humeur
belliqueuse qui a animé durant le moyen-âge, les bourgeois
de la bonne ville de Soultz. Sous la période révolutionnaire,
au contraire, la petite cité a été beaucoup moins agitée que
Guebwiller; et les événements locaux y sont moins bruyants
et moins désordonnés.
Soultz a été le berceau ou la résidence de plusieurs familles
nobles de la Haute-Alsace. Nous trouvons d'abord, dans ses
annales, les noms de plusieurs seigneurs et chevaliers de la
famille de Soults ou de Trubelberg, qui paraît avoir été
mêlée très intimement à tous les événements de la ville. Dès
1184, un chevalier Henri de Soultz figure dans un acte de
vente dressé par les chanoines de Sainte-Ursanne au profit
de l'abbaye d'Alspach. Puis ce sont Bernard de Soultz, Guil-
laume, dont nous avons eu l'occasion de parler plus haut,
Conrad et Erchambault de Soullz-Trubelberg, tous établis
dans le petit château mentionné par la chronique de Colmar,
et qui est, très probablement, le môme que le manoir de
Bucheneck. Nous avons vu également comment les Schauen-
bourg et les Waldner sont activement intervenus dans les
épisodes qui ont agité la ville dans la seconde moitié du
quinzième siècle ; les descendants de celte dernière famille
ont mèine conservé un vaste domaine dans l'intérieur de
la ville. De nos jours, d'ailleurs, Soultz est resté un véritable
petit nid de noblesse, et l'on pouvait y compter, il y a quel-
ques années h. peine, quelques familles titrées.
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HISTOIRE d'une VILLE d'aLSAGB ET DE SES ENVIRONS 349
La vieille ville est moins riche en monuments que Gueb-
willer. Une commanderie de chevaliers de Saint-Jean de
Malte, de laquelle dépendaient celles de Mulhouse et de Col-
mar, était installée autrefois dans ses muis près de la
porte de Guebwiller ; mais il n'en reste plus aujourd'hui
aucune trace, k l'exception toutefois d'une dalle funéraire très
remarquable, dont le fac-simile k été .publié par le Musée
pittoresque et historique de l'Alsace. Un couvent de capucins
s'est élevé en 4639 hors de la ville, h gauche de la roule
de Guebwiller : il a été transformé depuis en un bel hôpilal.
L'église paroissiale, dont l'architecture simple et harmo-
nieuse est fort remarquable, a été construite dans la seconde
moitié du XIII« siècle, à l'exception des deux chapelles laté-
rales et de l'étage supérieur du clocher qui datent d'une
époque postérieure. Ce clocher, formé d'une tour octogone,
surmontée d'une flèche élancée, est d'une conception très
heureuse (i). Quand nous aurons encore cité l'hôtel de ville
avec son perix)n à colonnades et à terrasse, et quelques
vieilles maisons flanquées de tourelles, nous aurons terminé
la visite très restreinte des monuments de la ville.
Soultz a vu naître, en revanche, plusieurs personnages
dont elle a raison de sa glorifler.
C'estd'abord, par rang de date, le docteur François Méglin,
médecin distingué, né en 1736 et mort en 1827. Il a laissé
divers ouvrages remarquables, notamment un traité sur la
névralgie faciale ; une dissertation sur l'usage des bains
dans le tétanos ; et des notices sur V histoire de Soultz y et
sur les eaux minérales de SouUzmatt.
Elle est également la patrie de deux généraux du premier
Empire qui débutèrent l'un et l'autre dans la carrière mili-
taire comme simples soldats, et gagnèrent successivement
leurs grades sur les champ» de bataille de l'Europe où nos
armées victorieuses se sont à jamais illustrées
L'un d'eux, Henri Walther, né en 1761, est mort en 1813,
(J) Citons parmi les curés de Soultz dont les noms ont élé con-
servés. Hermann, comte de Thierslcin ; Henri de Hoheostein ;
Rodolphe d'Oberkirch et Jean d'Andelo.
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350 REVUE d'alsacb
général de division, comte de l'Empire, et grand-officier de
la légion d'honneur.
L'autre, Jean Wehrlé, né en i763, général de brigade,
baron de l'Empire et commandeur de la légion d'honneur,
a été tué k l'ennemi sur le champ de bataille d'Albuféra (1).
Les noms de ces deux vaillants enfants de l'Alsace sont
gravés, l'un et l'autre, sur l'arc de Triomphe de l'Étoile.
L'étymologie du nom de la ville est facile a trouver: il
suffit, pour celb, de la rapprocher des noms que portent diflé*
rentes stations balnéaires de l'Alsace: Soultzmait, Soultzbach
et Soultz-les-Bains. Il indique évidement la présence, en cet
endroit, d'anciennes eaux minérales, et Ton trouve, d'ail-
leurs, sur le territoire de la commune, des sources salées
contenant des éléments minéraux dont l'analyse n'a pas
déterminé la nature et qu'il serait, peut-être, utile de recher-
cher. II existait autrefois, dans la ville même, une maison de
bains, que Tévéque Guillaume de Ilohenstein a concédée, en
i537, àtitre d'emphythéose, k un bourgeois de Strasbourg.
«Aujourd'hui Soultz est une petite ville assez insignifiante,
régulièrement bâtie; et qui n'a de remarquable, avec son
église, que la grande place dont ce monument occupe un des
angles du fond. Elle est devenue un des centres israëlites les
plus importants du Haut-Rhin ; et ce fait peut paraftre assez
singulier lorsqu'on se rappelle les vexations de toutes espèces
auxquels les Juifs y furent exposés sous la domination des
évéques de Strasbourg. Un fait entre mille suffira pour mon-
trer jusqu'à quel point extrême cette intolérance était pous-
sée. Vers 1340, sous l'évéque Berthold de Bucheneck, tous
les juifs, qui étaient restés dans la ville, furent chassés ou
exterminés, el,depuisce jour jusqu'à la révolution, il n'en fut
plus leçu dans ses murs. Les anciens exilés ont conscieuse-
ment rattrapé depuis le temps perdu et ont fait de Soultz
un de leurs principaux centres d'action.
(1) Lagune d'Espagne située au su I de Valence, près delà Médi-
terranée,* cl sur les bords de laquelle Suchet battit le général
anglais Blncko qui capitula dans Valence le U janvier 4812.
Cette victoire valut à Suchet le titre de duc d'Albuféra.
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HISTOIBB O'OMB VILLE d'ALSACB ET DE SES ENVIRONS 351
III
JUNGHOLTZ, THIERENBACil
ET SAINTE-ANNE
JuDghollz. — L'ancien château de Schauenbourg el la nécropole
juive. — Le pèlerinage de Thierenbach : histoire de sa fonda-
lion. — Ce qu'on y voit aujourd'hui : le « Salon » de Thieren-
bach. — Etymologie du nom du Prieuré. — Sainte-Anne et son
ermitage : Fos du cœur de Sainte Ursule.
JunghoUz était, naguère encore, divisé en deux sections
séparées parle ruisseau du Ilimbaëchlé, et dépendant Tune
de la commune de Soultz, l'autre de Rimbach et du caoton
de Guebwiller. Depuis quelques années le pelit pays a été
groupé en une commune distincte qui est comprise mainte-
nant dans le canton de Soultz. Le village est fort agréable-
ment situé k l'entrée du vallon de Rimbach, au pied du Ver-
sant méridional du Grosberg : de beaux vignobles parmi les-
quels se trouve le précieux Binlzburg^r, dont nous avons
déjà eu occasion de parler, couvrent les coteaux voisins. Du
côté de la plaine, s'étendent de belles prairies traversées
par le ruisseau et au milieu desquelles serpente la petite
route qui va rejoindre, à l'angle d'une grande tuilerie, le
chemin de Soultz a Wuenheim. Le point le plus remarquable
de Jungholtz est l'aride colline formée de grès vosgien sur
laquelle s'élevait autrefois le château de Schauenbourg. Il ne
rest3 plus aujourd'hui des bâtiments primitifs, que la base
de quelques remparts utilisés comme murs de soutènement ;
et, sur les njines du vieux manoir, se sont élevées de modestes
habitations toutes délabrées, dont les habitants, quelque peu
nomades, paraissent avoir une certaine analogie de race avec
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352 REVTE d' ALSACE
les zigeiner. Un puits 1res profond, taillé dans le roc,
s'ouvre au sommet du plateau. Les anciens fossés ont été
convertis en un cimetière à l'usage de tous les Israélites de
toute la contrée. La nécropole fait le tour de la colline; et
ses nombreuses tombes nues, sans fleurs ni ombre, revêtues
d'inscriptions hébraïques et uniformément tournées vers
Torient, ajoutent encore k la tristesse et a la désolation des
lieux.
A deux kilomètres de Jungholtz, dans la direction de
Wattwiller, et de l'autre côté de la colline se trouve le prieuré
de Thierenbach, célèbre pèlerinage bien connu dans tout le
Haut-Rhin. Le site qu'il occupe au milieu de vertes prairies,
et sur la lisière des grandes forets de pins qui s'étagent sur
les montagnes voisines jusqu'au Freundstein, vaut, d'ailleurs
h lui seul, rhonneur d*une visite profane.
L'église de Tierenbach et le couvent de religieux des deux
sexes, chargé de desservir le sanctuaire, ont été fondés, vers
1430, par un prieur-vicaire des environs nommé Udalric, qui
mit aussitôt le nouveau monastère sous la puissante protec-
tion de l'abbé Pierre le Vénérable, alors général de l'ordre de
Cluny.
C'est d'ailleurs la commune de Souitz qui paraît avoir le
plus contribué à l'installation du prieuré. Une pièce authen-
tique datée du l«f mai 1135 en fait foi ; par cet acte, en effet,
tous les habitants de Souitz, riches et pauvres, nobles et
roturiers, avec l'assentiment de l'évèque-suzerain Gebhard et
du landgrave Wernher de Habsbourg, concédaient à l'église
de Thierenbach une partie de leur communal, comprenant
environ cent quarante arpents de prés, de champs et de
et de forêts. Trois années plus tard, en 1138, le curé de
Souitz, Diethelm, faisait vœu, au nom de ses paroissiens, de
s'y rendre avec eux en procession chaque année, afin d'attirer
les bénédictions du ciel sur leurs champs et sur leurs vignes;
et, en 1145, l'abbé Pierre le Vénérable récmpensait tous ces
services, en rendant les habitants de la généreuse commune
participants des prières de l'ordre de Clunij.
La procession, ainsi organisée vers le milieu du XH« siècle,
existe encore aujourd'hui. Tous les ans, en effet , a la môme
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HISTOIRE D*UXE VILLE o' ALSACE ET DE SES ENVIRONS 353
époque, on voit s'acheminer vers le pèlerinage, h travers les
sentiers de la campagne, de longues files de paysans des
villages environnants. L'un d'eux, ou plutôt l'une d'elles, car
les femmes sont naturellement en majorité dans ces pieuses
odyssées, tient la tète de la colonne et récite à haute voix, les
plaintives litanies du chapelet, les autres font les répons
en chœur; et Ton s'en va ainsi cheminant a travers champs,
en répétant sur tout les tons : « bift fur uns, bitf fur uns ».
Ce qui faisait dire plaisamment à un ami de mon père, joyeux
Vosgien peu au courant des subtilités de notre patois
d'Alsace, et dont ces mots avaient frappé l'oreille: « A qui en
ont-ils donc avec leur bi^le féroce ».
La messe solennelle dite et entendue, la procession ter-
minée, on s'installe sur l'herbe h proximité de la fontaine '
dont les eaux font des miracles analogues a ceux de Saint-
Gangolf, et l'on déballe les provisions d'un déjeuner cham-
pêtre. Le lendemain, la prairie est prosaïquement émaillée,
en guise de pâquerettes, de vilains papiers graisseux. Pour
nous, plus positifs, allons directement k la maison forestière,
bî\tie sur la lizière même de la forêt ; asseyons-nous devant
les tables rustiques dressées sous les grands arbres, et fai-
sons-nous servir entre autres produits, un miel et un beurre
dont je recommande l'exquise qualité aux gourmands
amateurs.
L'église mérite, toutefois, d'attirer tout particulièrement
notre attention. Les constructions primitives ont depuis
longtemps disparu pour faire place k des bâtiments plus
récents, terminés en 1724; mais c'est surtout l'intérieur du
Sanctuaire qui nous arrêtera. La statue de la madone mira-
culeuse, virffo dolorosa, qui fait l'objet du culle des pèle-
rins, est placée sur l'autel latéral de droite; et les oripauxde
tous genres et de fort mauvais goût qui la surchargent
empêchent d'en apprécier le travail. Mais [Ggreataltracdon
du lieu est incontestablement formé par les innonu.ables
ex-voto qui tapissent, du haut en bas, les murs de l'église.
Cq sont, en majeure partie, de petits tableaux grossièrement
peints a l'huile et représentant invariablement la scène sui-
vante : le lit du malade pour la guérison duquel Vex-voto a
été déposé dans le Saint lieu, tient le fond de la toile; le
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351 REVUE d' ALSACE
pniient y est couché dans les alliludes les plus diverses et. les
plus originales, et un jet de sang, vigoureusement tracé, sort
ordinairement de sa bouche pour indiquer la gravité du cas .
Des deux côtés se tiennent agenouillés les membres de la
famille, dont les portraits sont généralement peu flattés ; une
petite croix noire, placée à la télé du sujet, désigne ceux d'en-
tre eux qui ont antérieurement passé de vie h trépas. Une
vierge dans sa gloire domine le tout. C'est là le motif
le plus généralement traité; mais il y en a d'autres par
centaines représentant tous les accidents possibles et ima-
ginables.
Certains croyants ont préféré les images de bois a la pein-
ture, et ont suspendu aux murs, des bras, des mains, des
jambes ou des pieds, grossièrement taillés, suivant les
cas de guérison h obtenir. C'est grotesque, diront les scep-
tiques, d'accord, mais il y a, dans la foi qui a dicté ces vœux,
tant de naïveté et tant de candeur, que le plus incrédule s'en
trouve désarmé. La chaire, en bois uni, sans sculptures, est
soutenue par une colossale figure polichrome représentant
Samson brandissant, au dessus de la télé des Philistins
imaginaires, sa terrible m(\choire d'àne.
Ne quittons pas Thierenbach sans parler de l'élymologie
du nom que porte le prieuré. En voici une que nous don-
nons pour ce qu'elle vaut, mais qui a, tout au moins le mérite
de l'originalité.
Des enfants, armés d'un ri\teau, étaient allés pécher des
grenouilles dans un ruisseau voisin de l'endroit où Tégliso
devait s'élever plus tard. Tout d'un coup l'instrument heurte
contre un objet de forte dimension (jue leurs forces réunies
ne peuvent parvenir k tirer de l'eau. .Aussitôt les gamins
d'appeler à l'aide, en criant : « Er ist ein Thier im Bach !
Er Ut ein Thier im Bach !f » — « 11 y a une béte dans la
rivière ». Les voisins, accourus, repêchèrent alors la statue
miraculeuse de la Vierge des Douleurs qui fait, depuis des
siècles, l'admiration des pieux pèlerins.
Entre Thierenbach et llimbach-Zell, sur la colline s'élève
dans un lieu solitaire, la petite chapelle de Sainte-Anne, h
laquelle le grand pèlerinage voisin fait une funeste concur-
rence, mais qui réunit, néanmoins, le jour de la fête de sa
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HISTOIRE d'uNB VILLR d'aLSACK KT DE SES ENVIRONS 355
vénérable patronne, un nombreux peuple de fidèles. Le petit
sanctuaire était jadis desservi par un ermite qui y montrait,
entre autres reliques précieuses, l'os authentique du cœur de
Sainte Ursule; ce qui ferait croire que la pauvre béate a dû
succomber à une bien cruelle affection organique de cet
organe. Quanta vous dire comment et pourquoi cet inesti-
mabh ossification d'une Sainte a été transportée dans une
chapelle dédiée k une rivale, je n'en ai cure. Mystère et
discrétion.
WUENHEIM ET LE FREUNDSTEIN
OLLWILLER, HARTMANSWILLER
BERRWILLER ET LE WECKEXTHAL
Wuenheim. — Le château de Freundstein et quelques épisodes
de son histoire. — L'ancienne forteresse d'Ollwiller : ses querelles
avec Souitz. — Ollwiller moderne : son industrie. — Harmanswil-
1er, son enceinte et son château. — Son établissement de bains. —
Une opinion sur l'Oclisenfeld. — Souvenir k un vieux hrave. —
Berrwiller ou Berollzweiler : son histoire. — Le château et la
ferme de Weckenthal. — Bertschwiller.
.'\ deux kilomètres de Souitz, sur la route qui mène k
Wattwiller, se trouve le petit village de Wuenheim, qi.i fai-
sait autrefois partie du baillage de Souitz, et dont toute
rhistoire se résume dans les épisodes qui ont marqué au
XV« siècle, les luttes que la commune voisine eut k soutenir
contre les seigneurs de Waldner. Il y existait, vers la même
époque, une maison d'anachorètes de l'ordre de Saint-Fran-
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356 REVUE d' ALSACE
çois, qui a été transformée depuis en une confortable habita-
tion bourgeoise.
Derrière Wuenheim, sur un des sommets les plus escarpés
et les plus abruptes des Vosges, se dressent les ruines de
Tancien manoir de Freundslein qui fut le berceau de la noble
famille de Waldner, et lui servit de jésidence pendant de
longues années. Freundstein à élé, au cours du moyen-Age,
le théâtre de plusieurs faits d'armes. En 1441. les Mulhou-
siens vinrent l'assiéger, pour délivrer de:i:v i)Ouchers de
Battenheim que le seigneur de Waldner avait fait enlever, et
qu'il y retenait prisonniers. Vers la fin du même siècle, en
4490, les gens de Soultz, en lutle avec ses propriétaires, se
présentèrent devant le chûleau et le dévastèrent. Enlin, les
paysans révoltés s'en emparèrent en 1525, et c'est à la suite
de cet événement qu'il fut abandonné.
Il est dans nos Vosges, si pittoresques, peu de sites plus
beaux et plus grandioses que celui qu'occupe le vieux Castel.
Perché comme un nid d'aigles sur un rocher presque inaces-
sible, il domine la plaine et la plupart des montagnes envi-
ronnantes, et est dominé lui même par la croupe arrondie
du Ballon, qui ne se présente nulle autre part sous un plus
majestueux aspect. Un précipice à pi'; le sépare du petit vil-
lage de Goldbach, assis à ses pieds au fond d'un vallon qui
débouche, du côté de Willer,dans le val de Saint-Amarin. Au
milieu des pâturages qui couronnent le plateau s'élève une
belle métairie, et de grands bois de sapins encadrent le
paysage. Aussi l'excursion du Freundstein est-elle, pour toutes
ces raisons, l'une des plus agréables que l'oi pui.^^se iaire
dans nos montagnes.
Parmi les possessions que l'abbaye de Lieu-Croissant
avait reçues en 1249, de Tévèque de Strasbourg, Henri de
Stahleck, se trouvait un vaste domaine situé au midi de
Soultz, in bnnno municipii SuUza, entre Wuenheim et
Hartmanswiller, (jui fut vendu en 1260, pour la somme de
1300 livres, au franc-homme Conrad de Waldner de Cueb-
willer, stipulant en son propre nom et pour ses trois frères
Ifennann, Gunther et Eberhardt. Les actiuéreurs en firent
d'abord oblation, Tannée suivante, îi Tévéque Walther de
(iéroldseck, puis, en 12(U), le convertirent en un château fort.
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HISTOIRE d'uXE VILLE D*ALSACB ET DE SES ENVIRONS 357
crcsl lii que s'élève, en elTel, la forteresse d'Ollwiller, avec
laquelle la commune de SouUz devait avoir si souvent maille
h partir. Le vieux manoir féodal, placé au pied môme des
montagnes, sur une colline d'où il découvrait, comme du
haut d'un immense amphithéâtre, toute la plaine du llaut-
llhin, était presque inexpugnable, et les habitants de Soultz,
lors de leurs incursions dans les terres des Waldner, eurent
toujours soin d'en éviter les abords. Il resta tel quel jus-
qu'en 1752, époque h laquelle le comte Dagobert de Waldner
le remplaça par un magnifique chAteau moderne.
Aujourd'hui Ollwiller est compris tout h la fois dans la
commune de Wuenheim, et dans la banlieue du village
d'ilartmanswiller. Une grande tuilerie, dirigée pendant de
longues années par un de nos industriels les plus intelligents
et les plus instruits, est installée dans les prairies qui s'éten-
dent aux environs. On y fabrique notamment des tuyaux de
conduite pour gaz ou aqueducs, dont la réputation est répan-
due dans le monde entier ; les grandes cités des États-Unis
ont fait h Ollwiller des commandes d'une importance consi-
dérable.
Un arrêté du 14 mai i84î) avait également installé sur le
territoire d'Ollwiller l'école d'agriculture du Ilaut-Rhin. Aux
environs du domaine, sur les coteaux qui bordent la route,
s'étageut des vignobles dont les produits ont une saveur et
un bouquet tout particuliers.
Le joli village d'Hartmannsvviller est situé tout près de la.
II a d'abord dépendu, comme Wuenheim, du baillage de
Soultz, et a, par conséquent, subi comme lui le contre-coup
des luttes de la commune chef-lieu avec les turbulents sei-
gneurs d'Ollwiller. En 1700, Ilartmannswiller fut acquis, en
même temps que Rimbach-Zell, par les Waldner de Freund-
stein, qui donnèrent en échangea l'évèque de Strasbourg, le
village de Schweinheim prés de Saverne, et s'installèrent
dans le chAteau construit h. proximité du petit bourg. Hart-
manswiller était d'ailleurs entouré d'une enceinte fortifiée
percée de trois portes et défendu par un chùteau flanqué de
trois tours. Les vestiges de deux de ces tours et les murailles
existent encore aujourd'hui. L'église du village a été cons-
truite en 1495.
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358 REVUE d'alsack
Il s'y trouvait également, avant la révolution, un établisse-
ment de bains alimenté par la source qui coule aujourd'hui
dans la belle fontaine élevée sur la place du village. Ses eaux,
très limpides et très agréables h boire, doivent avoir quelque
analogie avec celles de Wattwiller.
On a découvert, il y a quelques années, aux environs
d'Hartmanswiller, dans la direction de la plaine de Cernay,
de nombreuses armes gallo-romaines ; et ces curieuses trou-
vailles semblent venir appuyer d'un grand poids l'opinion
qui désigne rOchsenfeld comme l'emplacement probable de
la lutte suprême livrée, cinquante-huit ans avant notre ère,
par Arioviste k l'envahisseur romain. Elles n'excluent pas
complètement d'ailleurs l'opinion contraire, qui prétend que
la bataille eut lieu sur l'aulre versant des Vosges, près de
Lure, à l'entrée des vallées de Ronchamp et de Bussang. On
peut admettre, en eiïet, que l'armée gauloise, mise en déroute
après le sanglant échec qui venait de lui élre infligé, se jeta,
dans sa fuite, vers le col de Bussang, et se précipita vers le
Uhin par Cernay et les plaines de l'Ochsenfeld, en abandon-
nant ses armes dans celte retraite précipitée.
Plus avant dans la plaine, entre Bollvviller et Jungholtz, se
trouve un tertre isolé de forme conique, aujourd'hui couvert
de vignes, que des fouilles pratiquées il y a quelque temps
ont révélé être un tumulus.
Aujourd'hui Ilartmannswiller est un paisible village que
sa situation au pied de la montagne, un peu h l'écart des
grandes voies de communication, rend tout particulièrement
tranquille. On y remarque de magnifiques pépinières dépen-
dant du grand établissement horticole de Bollwiller. Il y
emploie une nombreuse équipe d'ouvriers qui était dirigée,
avant mon départ d'Alsace, par un vieux brave homme ré-
pondant au doux prénom de Biaise (BlasiJ, type d'honnêteté
et d'attachement auquel je donne ici un affectueux souvenir.
En continuant a suivre la côte, dans la direction de Watt-
(1) Consulter sur cette question un très intéressant mémoire
publié à Belfort en 1873, par M. Cestrc, conducteur des Ponts cl
Chaussées à Nancy. — Du champ de bataille de César et
d' Arioviste.
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HISTOmE d'une ville D* ALSACE ET DE SES ENVIRONS 359
willer, on ne tarde pas à rencontrer le village de Berrwiller,
situé, comme son voisin, au pied des contreforts avancés des
Vosges. Comme son voisin également, mais dans un camp
différent, il a pris une part indirecte aux événements qui ont
divisé les bourgeois de la commune de Soullz et les Seigneurs
de Waldner, et a reçu, k plusieurs reprises, les visites mtéres-
séeset désagréables des bandes armées de la ville.
Berrwiller, dont le nom primitif était BeroUzweiler, a
d'abord constitué un fief de l'abbaye de Murbach : puis les
princes-abbés en ont investi les nobles de Bollwiller, et après
eux la famille de Waldner, qui Ta occupé depuis lors jusqu'à
la révolution.
Non loin de Berrwiller, du côté de la plaine, se trouvait
autrefois le cht\teau de Weckenthal qui appartenait égale-
ment à la famille de Waldner, et dépendait, à titre d'oblation,
de l'évéché de Bàle. Le comte Anastase de Waldner le fit res-
taurer a grands frais en 1522 ; mais il fut incendié et complè-
tement détruit, en 1652, parle chevalier René de Rosen, et
ne fut plus reconstruit. Une belle ferme appartenant h la
famille d'Anthès le remplace aujourd'hui.
Le hameau de Berlschwiller dépend également de Berrwil-
ler et forme avec ce village une riche commune de grande
culture.
(A suivre.) G. Duhrwell.
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NOTES & DOCUMENTS
POLU SERVIR A
L'HISTOIRE DE LA PRESSE
EN ALSACE-LORRAINE
Suite
VI
Le Glaneur D'ALTKincH
Lors de la création des nouvelles divisions Icrritoriales
de la France, ii la fin du siècle dernier, la petite
ville d'Altkirch, alors chef-lieu d'une seigneurie dépendant
du comté de Ferrette, fut érigée en un chef-lieu d'ar-
rondissement comprenant sept cantons avec siège de la
Sous-Préfecture et du Tribunal. Il n'existait alors aucun
organe de publicité pour satisfaire au vœu de la loi exigeant
l'insertion dans les journaux des actes administratifs et judi-
ciaires.
Les archives locales n'ont conservé aucun exemplaire de
la feuille d'annonces qui a dû être créée pendant le premier
quart de ce siècle pour répondre a ces prescriptions. Cepen-
dant nous savons que cette feuille, qui dans l'origine s'appe-
lait le Glaneur, a été fondée en 1807, sous l'administration de
M. Sommervogel, premier sous-préfet d'Altkirch, alors que
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HISTOIRE DE LA PnBSSK 301
31. Bruat, le père de l'amiral de ce nom, était président du
Tribunal (1).
Il parait que le premier imprimeur de ce journal fut un M.
Hoffmann, oncle de M. Charles-Michel Hoffmann, imprimeur
à Colmar jusque dans ces derniers temps, et qui fonda une
petite imprimerie k Allkirch. Vers 4815, il eut pour succes-
seur M. Joseph Gœtschy, fils du maire de Porrentruy. M. le
chevalier Joliat, originaire de cette ville, le môme qui fut
plus tard, a Paris, le directeur général de la compagnie d'as-
surances le Phénix, était alors sous-préfet d'Altkirch et
avait encouragé M. (jcetschy dans son entr3prise. Plus tard
celui-ci remplaça le titre du journal par celui d' A f fiches,
annonces et avis divers d*Altki7*ch, Journal judiciaire et
administratif de l arrondissement, Écho des nouvelles
agricoles, industrielles et commerciales.
A part les insertions légales, quelques avis de ventes de
coupes et la mercuriale des marchés, ce journal était dans le
principe très sobre de nouvelles. Vers 1832, M. Joseph (iœts-
chy céda son exploitation à son frère Nicolas, qui avait été
imprimeur à Paris. Celui-ci continua la publication du jour-
nal sous le môme titre, qui fut conservé jusqu'en 1859, épo-
que de la translation du tribunal à Mulhouse. M. Henri
Gœtschy, son fils, en agrandit alors le format et lui donna le
titre de Publicateur d'Alsace, impliquant un changement
radical dans la rédaction. Peu après, le matériel de l'impri-
merie fut acquis par M. Jules Bœhrer, libraire et imprimeur
lithographe qui modifia encore la forme et la rédaction
du journal qu'il appelsi Journal d* Al t/circh. H y donna une
large place à la discussion des intérêts généraux et locaux.
Des feuilletons consacrés à la reproduction de quelques docu-
(1) D'après les indications fournies à la Revue d'Alsace par M.
le bibliothéraire-archiviste Charles Nerlinger, ce Glaneur hebdo-
madaiî'e avait le sous-titre de Journal littéraire, agricole et
scientifique. A partir du 2 janvier 1830 le sous-titre devint :
Journal d'annonces judiciaires, commercial, agricole e* littéraire
(1829-1830).
En 1828 et 1829 rimprimerie Oœischy publia le Sonntagsges-
chenk fur das blûhende Alter, purLeupcl. (Élrennes du diman-
che pour la jeunesse).
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362 REVUE d'alsace
menis historiques el notamment h des emprunts faits à la
Jtevue d*Alsace,J)éyiï,h partir de 1846, la modeste feuille
d'annonces, avait prélude a cette modifleation de forme, en
insérant des articles variés et entre autres ceux relatifs à la
construction du chemin de fer de Mulhouse a Paris, alors en
projet, et qui tendait h faire adopter le tracé par Altkirch, de
préférence à celui qui devait longer les Vosges, entre Lutter-
bach et Belfort.
Charles Goutzwilleh.
VU
Au Glaneur d'Alfliirck de 1807, dont il vient d'être ques-
tion, va succéder en 1836, ti Colmar,
Le Glaneur du IIaut-Rhix,
journal hebdomadaire, édité, dans les deux langues, par M"»«
Veuve Jean-Henri Decker, « imprimeur de la Préfecture ». La
famille Decker se composait alors de deux fils, Henri et Ca-
mille, et deux filles, Charlotte et Virginie, tous les quatre
célibataires et formant, avec la mère, une des anciennes et
honorables familles du chef-lieu du Ilaut-Rhin. Camille, le
cadet des quatre, s'occupait de Timprimerie et Charlotte,
Taînée des filles, avait gardé, par tradition et comme lot de
prédilection, les soins annuels du vieux Messager-Boiteux,
calendrier auquel tout le monde était en quelquesorteabonné
et qui jouissait en outre d'une grande clientèle dans le dépar-
tement et les régions voisines.
L'imprimeur, Camille, était censé avoir terminé son ap-
prentissage après un Tour-de-France par Nancy h l'aller et
par Bâle au retour au bout de quelques mois d'absence.
On était d'ailleurs « Imprimeur de la Préfecture » de père
en fils, et cela suffisait comme garantie de savoir et d'aptitu-
de. La Maison, il est vrai, avait fait ses preuves avant que
la direction en fût échue à Camille. Celui-ci pouvait donc la
voir marcher sans être obligé de mettre la main a la pâte.
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HISTOIRE DE LA PUESSE 363
D*un iiilre cote il y avait k rimprimerie deux ou trois typo-
graphes qui s*y succédaient aussi de père en fils et qui suffi-
saient souvent aux exigences des travaux et du iiialéricl ; de
sorte qu*en se faisant remplacer aux écritures par un nau-
fragé du métier, Camille menait la vie d'un patron de bonne
et agréable composition.
r/est de ce délicieux petit centre qu'est sorti le modeste
Glaneur dont il faut maintenant dire un mot, voire môme
révéler le mystère de sa naissance, esquisser les diverses
phases de son existence, dire les causes et les consécjuences
de son interruption, de son réveil, de son testament et enfin
de sa mort.
Dans les dix premières années qui suivirent la Révolution
de 1830, il y avait à Colmar un groupe remarquable de jeu-
nes hommes, mécontents de la « meilleure des Républiques »
présentée par le général Lafayette et acclamée par le Pays.
La vie locale a gardé le souvenir des principaux et cela nous
dispense de les nommer. Mais il en est deux qui appartiennent
à cette notice : le premier était Docteur en médecine et par
dessus le marché artiste, dans le vrai sens du mot, ainsi que
littérateur critique éclairé et fort érudit ; le second était
l'afné des trois fils d'un pasteur décédé prématurément. Son
instruction et son éducation ne furent pas dirigées vers la
théologie, mais vers le négoce et Tindustrie. Le premier s'ap-
pelait Alexandre Richart et le second Chrétien-Frédéric
Meyer. L'imprimeur, Camille Decker, qui était un peu de
leurs camarades, fut avisé de leur résolution de fonder un
journal dont il serait le propriétaire, l'éditeur, l'administra-
teur et qu'ils soutiendraient de la parole et de leui's plumes
très discrètement. Ceci se passait au mois d'août 4836 et
vers la fin de ce mois, l'on fut fort étonné, en ville, de rece-
voir le prospectus annonçant le journal qui paraîtrait tous
les jeudis, k dater du !«' septembre. Ce prospectus nous ren-
seigne exactement sur la situation de Colmar, comparée a
celle des autres villes du département. « Le Glaneur — dit-
il — répond à un besoin qui depuis longtemps se fait sentir
« dans l'arrondissement de Colmar. En effet, chacun des
« deux autres arrondissements composant, avec le nôtre, le
« département du Ilaut-Rhin, est doté d'une publication pé-
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364 REVUE d'alsace
« riodiqiie qui fait part à ses hahitans de nouvelles, soit
« d'intérêt local, soit d'intérêt général qu'il leur importe de
« connaître. Belfort a son journal hebdomadaire. Mulhouse
« puhWe //Industriel Alsacien. La ville de Colmar seule,
« centre de l'Administration supérieure, ne possède, jusqu'à
« ce jour, qu'une simple /"cMiY/e (Vannoncos et d'affiches.
« Nous osons espérer » — On devine le reste et pour
terminer l'auteur, ou mieux, les auteurs ajoutent qu'en
dehors de la politique, le journal tiendra ses lecteurs au cou-
rant des actes de l'administration qui seront de nature k inté-
resser le public, ainsi qu'un mélange d'articles relatifs aux
sciences, a la littérature, a l'histoire a l'archéologie et a la
géographie physique de l'Alsace dont le journal avait \\ coeur
de propager la connaissance.
YaÇ^ premier numéro parut en effet le jeudi l^^'' septembre
4836 et le rfer/ïî>r numéro, le io janvier 187i, abstraction
faite de quelques convulsions posthumes dont il sera question
ci-après. Le Glaneur a donc vécu trente-quatre ans et quatre
mois, imprimé sur deux colonnes, le français d'abord et la
traduction allemande en regard.
Au début, son format est de trente-trois centimètres en
hauteur et de vingt en largeur. A partir du 47 décembre
4837, le format est agrandi : il mesure quarante-quatre cen-
timètre en hauteur et vingt-sept en largeur. C'est à peu de
chose près la dimension qu'il conserva jusqu'à sa lin.
A partir du 43 novembre 4836, le journal commença à pa-
raître le dimanche au lieu du jeudi. C'est aussi à cette pu-
bUcité qu'il demeura fidèle, excepté dans une circonstance
où, pendant vingt jours, il se lit, de sa propre autorité, quo-
tidien pour défendre, contre de singuliers opposants, un in-
térêt capital pour la localité et qui, eu égard à la situation,
n'est plus qu'un souvenir.
Une dernière particularité achèvera le signalement matériel
de cette feuille. A la fin des quatre premières années le jour-
nal était assuré non seulement de couvrir ses frais, y compris
les vingt-cinq pour cent de bénélice régulier de l'imprimeur
mais encore d'assurer une indemnité annuelle de six cents
francs pour la rédaction et de trois cents francs pour le tra-
ducteur.
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HISTOIRE DE LÀ PRESSE 365
Au début, ses ressources consistaient dans le prix de
rahonnement qui était de six francs par an pour Golmar, de
sept francs cinquante pour le département et dans le prix des
annonces à quinze centimes la ligne. A partir du mois de
janvier 1838, en raison de l'agrandissement du format, ces
prix restent les mêmes excepté l'abonnement pour le dépar-
tement qui est de huit francs cinquante au lieu de sept francs
cinquante.
Ajoutons que, pendant les dix premières années au moins
de son existence, le tirage se faisait au moyen de la primitive
presse, (jui exigeait ^intervention de quatre bras vigoureux
pour faire en un jour la besogne que Ton fait aujourd'hui en
une heure.
Et cependant le Glaneur n*était pas un journal rétrograde,
ni voué îi l'immobilité ; car, dès 1838, il supprime la traduc-
tion allemande du titre et la remplace en sous-titre, par :
littérature, sciences, industrie, agriculture et annonces com-
merciales. Avec le concours gracieux de ses premiers inspi-
rateurs, de quelques plumes nouvelles et aussi d'une bonne
paire de ciseaux, le journal continue sa marche, non sans
être l'objet de railleries de la part de gens de loi et de lettrés
(le la localité ; mais, au mois de juillet 184i, plusieurs de ses
amis se découvrent pour faire face aux rieurs et dès ce mo-
ment la petite feuille hebdomadaire a pour directeur et
rédacteur en chef Chrétien-Frédéric Meyer, qui tourne le dos
aux affaires commerciales pour se laisser entraîner dans le
mouvement politicjue d'alors, dont il finira, comme tant
d'autres, par élre victime. Le Glaneur n'étant pas un journal
politique, il l'abandonne pour fonder, avec le concours de
quehjues électeurs censitaires, le Courrier du Haut-Rhin en
vue des élections du 10 juillet 1842, dont l'hebdomadaire,
n'avait pas le droit de s'occuper. C.-F. Meyer fut donc le
;^/r//?e>r rédacteur en chef du Glaneur,
Un professeur du collège municipal, M Maimbourg, fut le
second et conserva ce poste jusqu'au l^"" janvier 1847. Pour
régler le compte de cette période de cinq années, le proprié-
taire du Glaneur ne manque pas de déclarer que « si. tout
compte fait, ses lecteurs devaient ne pas en avoir retiré la
satisfaction qu'ils en attendaient, ce n'était pas de sa faute. »
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360 REVUE d'alsàce
En d'autres ternies : M. Camille Decker n'était pas content
de son rédacteur en chef et celui-ci ne Tétait pas non plus de
son patron ; cela se lit aisément entre les lignes d'une note
insérée dans le premier numéro de 4847. La vraie cause de
cette réciproque mauvaise humeur n'avait d'ailleurs rien
de grave : la prose du professeur était devenue ennuyeuse,
prétendait l'imprimeur, tandis que le professeur prétendait
le contraire. Au fond, le premier versait au Fouriérisme qui
commençait à être de mode dans un public de choix, auquel
il venait d'être recommandé a Colmar par Victor Considé-
rant dans la « grande salle » de l'hôtel des Deux-Clefs, qui
n'était pas ouverte aux premiers venus. En voilà plus qu'il
n'en faut pour expliquer le divorce Maimbourg-Decker.
A ce second rédacteur en chef snccèâe, pendant l'année
1847, une série d'initiales parmi lesquelles nous remarquons
celles de chefs de division et d'un archiviste de la préfecture.
Mais l'heure fatale a sonné et le Glaneur n'est plus en quête
d'un rédacteur en chef.Ses colonnes se remplissent des bruils
de la rue et l'exubérante littérature patriotique, résultat
naturel des grandes émotions sociales. C'était pur bénéfice
pour la bourse du journal qui n'avait plus de rédacteur h
indemniser ni, si je ne me trompe, de traducteur h payer ; et
cela dura jusqu'en 1851, époque h laquelle nous voyons
apparaître Phil. Schmidt, archUecte, qui sera le troisième
rédacteur en chef ùe, notre bien modeste organe périodique
du chef-lieu du Haut-Rhin. M. Schmidt occupa ce poste jus-
qu'au mois de mars 1855.
A celui-ci succédèrent, par intervalles plus ou moins longs,
trois plumes appartenant à l'enseignement primaire. Ce sont
celles de MM. J. G. Kitz, L. Baur et G. Kern.
M. Kitz, quatrième rédacteur en chef, remplace M. Sch niidt,
à dater de Mars jusqu'en octobre 1855.
M. L. Baur, cinquième rédacteur en chef, est chargé de
ce service jusqu'en mai 1858.
A partir du 23 mai 1858, M. George Kern entre en ligne
comme sixième rédacteur en chef et y demeure jusqu'au 2
mars 1860. Son départ est la cause fortuite de la publication
quotidienne pendant huit jours, d'une feuille charmante, le
Moniteur du concours régional, dont M. Charles Goutzwil-
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HISTOIRK DE LA PRBSSR 367
1er a ébauché l'hislorique improvisation dans ses mémoires :
A travers le passé.
Après M. Kern on voit réapparaître M. J. G. Kitz comme
septième rédacteur en chef, poste qu'il avait déjà occupé
pendant quelques mois en 1855, et qu'il occupera jusqu'au 2
mars 1862.
Le huitième et dernier polygraphe en chef du dit journal
est son propriétaire même, M. Camille Decker, doublé d'un
client de l'imprimerie qui a donné son concours à la condi-
tion que l'imprimeur livrerait docilement sa signature et son
nom partout où la loi l'exigeait. Cet engagement moral, com-
mencé le 2 mars 1862, a pris fin le 21 juin 1868.
Un fait qui parut alors fort étrange, mais qui, au fond,
n'est pas absolument contraire au tempérament du petit
négoce, vint suspendre pour quelque temps la publication
de la petite feuille. Elle venait de se concilier une influence
réelle au sujet d'une enquête officielle relative à la percée des
Vosges au fond de la vallée de Munster, par le plateau des
chèvres pour aboutir sur l'autre versant, aux sources de la
Meurthe. L'enquête était close et, de quotidien qu'il s'était
imprimé durant la dite enquête, le journal avait à[la fin repris,
avec empressement, son ancienne périodicité. Mais la dernière
campagne électorale était ouverte et le candidat de l'arron-
dissement remit, h diverses reprises, k M. Camille Decker,
lettre et manuscrits — en ce moment sous nos yeux — qui
qui avaient pour but de recommencer le combat et d'entraî-
ner le petit Glaneur dans la mêlée politique. La résistance
forn.elle du vrai rédacteur détermina le candidat h acheter, h
un beau prix, la feuille de choux de M. Decker et îi la rem-
placer par :
L'Alsagb
paraissanl trois fois par semaine et rédigée par deux plumes
en titre et d'autres, avec M. Decker comme imprimeur.
Il va de soi que l'opération ne fut pas agréable à tous
ceux qu'elle pouvait intéresser moralement. Celui dont C.
Decker était le porte-voix fut de ce nombre et cette circons-
tance fut la cause principale de la résurrection du :
Glaneur Alsacien
même type que le précédent, avec cette différence qu'il fut
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368 REVUE D* ALSACE
imprimé à Guebwiller, puis distribué a profusion à Colmar
et aux environs. De bruyants battements de mains saluèrent
ce revenant et dès le premier jour, le nombre de ses abonnés
doubla le cbifîre de ceux de la veille. Endormi le 21 juin
1868 par une pluie de douze mille francs, réveillé le 27 sep-
tembre suivant, le sommeil avait ainsi duré treize semaines.
Il n*y avait donc rien de changé dans les habitudes d'un
grand nombre de bons esprits désireux d'avoir tous les di-
manches le moyen de consulter la petite feuille purement
locale.
De Colmar h Guebwiller, où était Timpriinerie, la distance
n'est pas grande, mais cette imprimerie aurait mieux répondu
aux convenances du journal si elle eut été établie à Colmar.
Pressenti sur cette question, l'imprimeur ne repoussa pas
ridée, mais il fallait l'autorisation ministérielle pour opérer
le transfert. Elle fut demandée et refusée, malgré l'assenti-
ment et la recommandation du maire de Guebwiller, M.Henri
Schlumbergcr. A l'imprimerie on avait renoncé à ce projet et
il la préfecture tout dormait dans la case étiquetée « saiu
suite » ; mais, alors que l'on n'y pensait plus, la demande fut
exhumée et transmise au ministère, avec une apostille favo-
rable, le jour môme oii une discussion animée dans le cabi-
net du préfet, le propriétaire du Glaneur rajeuni eut
démontré à ce fonctionnaire, M. Ponsaud, que les intérêts
d'un tiers-parti, dont on ne tenait pas compte, étaient à tort
sacrifiés au monopole des deux imprimeries existantes.
L'imprimeur en fut informé le jour môme et, quinze jours
après, le transfert était officiellement autorisé. Peu de temps
après, d'autres avis étaient donnés, d'autres négociations
étaient entamées pour acquérir les bâtiments de l'ancienne
école de Pfeffel et y installer l'imprimerie J.-B. Jung de
Guebwiller, dans un quartier bien habité et exempt des
bruits de la rue. L'opération avait cependant duré une année
car ce n'est que le 15 août 1869 que sortit de la nouvelle im-
primerie de Colmar le Glaneuf* alsacien qui était jusqu'alors
imprimé à Guebwiller. Sept mois plus tard, en mars 1870,
le journal VA/sace qui avait remplacé le (Uaneur chez
Camille Decker, prenait congé de celui-ci et ses rédacteurs
rentraient dans les rangs d'où on les avait fait sortir, ('e
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HISTOIRE DE LA PRESSE 3f>9
journal d'ocasion n'avait en effet plus aucune raison d'être,
car l'élection était Cunsomméc, le fils avait remplacé le père,
le gouvernement avait plébiscité et l'on sentait de toute part
que l'atmosphère politique allait aboutir h la criminelle et
lamentable solution que l'on sait. Ledit journal V Alsace,
avait donc vécu vingt mois, c'est-à-dire de juillet 4868 a la
lin de mars 1870.
En restait-il autant à vivre h la satisfaction du Glaneur
alsacien ? Hélas non ! car les morts vont vite quand la danse
macabre a commencé ! On était consterné à Colmar le 16
juillet au matin, si mes souvenirs sont exacts, lorsqu'on fut
informé de la déclaration de guerre et nulle part — nous en
demeurons convaincu — la consternation ne fut plus accen-
tuée qu'au secrétariat de la mairie où se trouvait celui qui
écrit ces lignes et où arriva pâle, et éraotionné, le plus jeune
des deux adjoints au nouveau maire de Colmar.
« Hé bien la voilà déclarée I s'écria-t-il. On verra bien! »
et cela est dit sur un ton résolu en s'adressant au tiers qui
Tavait précédé. Puis jugeant, avec raison, que son enthou-
siasme n'était point partagé, il ajouta : « Pensez-vous qu'il
« n'y a que les Républicains pour savoir défendre l'honneur
« de la France? » La riposte éclata alors en ces termes: « Je
« pense, monsieur, que c'est une politique stupide, celle qui
« lance deux peuples l'un contre l'autre », et quelques autres
mots sans portée mirent fin au choc et h l'entrevue. C'est sous
cette impression que le rédacteur du Glaneu?* se retira pour
écrire ce qui suit et qur'il intitule :
Testament du Glaneur
(17 juillet 1870)
« C'en.est fait ! la parole est la Heine du monde, la force
« brutale représentée par le canon rayé, la mitrailleuse et le
« chassepot. Le dialogue va commencer entre la France et la
« Prusse, et il est des âmes assez candides pour assurer qu'il
« ne sera pas long et que les interlocuteurs voisins ne seront
« pas entraînés à dire leur mot. Puissent-elles ne pas se
tt tromper et puisse ne pas ôlre loin de nous le moment où
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370 REVUE d'alsage
« cette autre Reine exilée, la Raison humaine, rentrera en
« possession de ses droits. .
« Le Glaneur était composé lorsque cette triste nouvelle
« de la déclaration de guerre a été connue en ville. Que tout
« ce que nous y laissons pour le remplir soit considéré
« comme non avenu, car encore une fois, tout intérêt autre
« que celui du bulletin militaire est anéanti.
« Hier on proclamait k Rome Tinfaillibilité, aujourd'hui
« on y ouvre les portes du temple de Janus (1). C'est la
« morale des siècles et des doctrines fabriquées parles Domi-
« nateurs des peuples. — J. Liblin ».
Cette oraison funèbre du Glaneur fut suivie de deux con-
vulsions pour ainsi dire posthumes. Au mois d'octobre, après
la capitulation de Strasbourg et quelques coups de feu en
passant pour occuper Schlestadt, on arriva à Colmar pour
investir la place et le Fort-Mortier de Neuf-Brisach. On vou-
lut, au débotté, séquestrer la personne du rédacteur, mais
une dame honorable, Madame Th. Scheurer, y veillait, et
grâce à elle il esquiva la main-mi.se et arriva a Belfort, pour
y rester jusqu'au jour où il croisa, au village de Sévenans
pour gagner la Suisse, la première colonne de l'armée alle-
mande arrivée k Tinvestissement de la ville et du fort de
la Miotte.
Revenu k Colmar le 45 novembre, sur avis favorable de
son intimeU, Gustave- Adolphe Hirn, la publication du jour-
nal, interrompue depuis le 23 octobre, fut reprise le 20
novembre et continuée jusqu'au 15 janvier 4871, époque k
laquelle le Rédacteur fut saisi et escorté jusqu'à Strasbourg,
k la prison de la rue du Fil où il se trouva en présence d'un
compagnon d'infortune. M. Casron, Directeur des contribu-
tions directes du département du Haut-Rhin, qui l'avait
précédé dans cet antichambre de la criminalité politique,
circonstance que la femme de l'ancien gardien ne manquait
pas de souligner en montrant au nouveau venu la place et la
(1) Le prote ne connaissait sans doute pas cette divinité ; mais
celle de Saint-James lui était familière, et rimprimc bravement
pour égayer le tableau.
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HfSTOIRB DE LA PRESSE 371
chaise sur laquelle Louis-Bonaparte s'était assis avant d'arri-
ver au Mont-Saint-Michel.
La Première partie de la notice due au Glaneur pourrait,
devrait même se borner à ce qui précède ; mais, eu égard à
la séquestration de son rédacteur et à celle de son compagnon
d'infortune nommé plus haut, il convient de dire les causes
et les suites de ces coups de force isolés contre les personnes.
M. Casron se trouvait dans la situation d'un chef de service
inébranlable dans l'accomplissement du devoir envers la
Patrie. Il fut arrêté le 14 décembre 1870 pour avoir refusé de
remettre son service à l'envahisseur qui, après avoir fait
garder la direction et le directeur pendant un certain temps
par des factionnaires, avait inutilement proposé au captif de
continuer son service pour le compte de l'Allemagne et au
traitement de 10,000 thalers par an. La thèse du devoir
accompli par le chef d'un important service français fut
vigoureusement soutenue devant le conseil de guerre alle-
mand et celui-ci, se plaçant au dessus de la thèse « vain-
queurs et vaincus », comprit qu'il ne devait pas condamner
sur la rive gauche le fait qu'il aurait honoré sur la rive droite
du Rhin. M. Casron fut donc acquitté de ce chef et il allait
prendre le chemin d'un pays neutre, lorsqu'il fut de nouveau
saisi et réintégré dans sa prison sous l'accusation d'avoir,
avant sa première arrestation, détourné ou détruit les docu-
ments pouvant servir à percevoir les impôts des années
1870-1871.
L'accusation reposait sur un fait sérieux et précis. Mais si
les documents utiles k la perception de l'impôt avaient en effet
disparu, rien ne prouvait que ce ne fut point par le fait des
agents allemands qui, dès la première arrestation du chef de
service français, avaient transporté les papiers et le matériel
de la direction dans un bâtiment de l'État français et dans
lequel un régiment allemand était caserne. Or, une
attestation du maire de Colmar vint affirmer que durant
les jours froids de décembre et janvier 1870-71, ladite
garnison avait constamment abusé des papiers publics
pour se chauffer. Cette attestation tira l'épine menaçante
que le chef de service français avait dans le pied et quel-
ques jours après il était remis en liberté avec un pas-
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372 REVUE d' ALSACE
seport lui interdisant le séjour en Alsace-Lorraine, son pays
natal. Revenu en France après le traité de paix, le service du
département de la Loire lui fut attribué avec Saint-Étienne
pour résidence, mais dont l'atmosphère enfumée était peu favo-
rable à la santé ébranlée du prisonnier de guerre. Il ne tarda*^
pas à être appelé a la direction de Seine-et-Marne jusqu'à
l'heure de la retraite, k Melun, où il s'est créé un confortable
chez-soi et où, à l'âge de quatre-vingt-six, ans il n'a rien
oublié et garde un souvenir affectionné pour le chef-lieu du
Haut-Rhin.
L'esquisse historique de la Première partie du Glaneur de
Colmar sera terminée lorsque nous aurons ajouté que son
dernier propriétaire et rédacteur en chef fut condamné, par le
conseil de guerre allemand, k deux années de forteresse et
transféré k la citadelle d'Ober-Wesel, pour avoir publié,
— avec sa traduction allemande et k un grand nombre
d'exemplaires qui se répandirent dans toute TAlsace-Lorraine,
le Palatinat et le pays de Bade — une lettre du pasteur Del-
mas de La Rochelle, implorant la paix dans des termes et sur
un ton correspondant, il est vrai, k l'émotion générale du
moment. Dans son réquisitoire au conseil de guerre, le minis-
tère public ne manqua pas d'insister fortement sur cette cir-
constance, que le supplément du journal avait été la cause
de cent quatre cas de répression contre de nombreux adhé-
rents k la lettre du pasteur, parmi lesquels beaucoup de
bourgmestres du Palatinat.
Dans la citadelle d'Ober-Wésel, le Glaneur fut en assez
nombreuse société de Français et d'Allemands, condamnés
par les conseil de guerre de Tinvasiçn. Au nombre des
premiers se trouvaient M. Commaux, commandant d'artil-
lerie et dernier défenseur de la place de Verdun ; M.
Tordeux, commandant d'État-major et blessé d'Inkermann ;
les sous-lieutenants Bernelle et Chamand des Grenadiers
de la Garde-Impériale, et le lieutenant Marai du 6« lanciers.
Non moins nombreux étaient les condamnés Allemands.
C'étaient : le Hauptmann, Majer de Gœttingue ; les lieu-
tenants Weinhagen du régiment de Wetsphalie n® 13 ;
von IJertzberg de Berlin ; Hechelmann de Munster ; George
Pavel de Silésie et le sous-officier Thomaie de Dusseldorf.
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HISTOIRE DE LA PRESSE 373
L'occasion se présentera de parler assez longuement des
deux groupes de prisonniers de guerre dont nous devons
aujourd'hui nous borner h la simple nomenclature pour
clore \SL première parie de la notice due k un bien modeste
journal du Haut-Rhin.
Dans la deuxième partie, on essayera de dire la part qu'il
prit, pendant les dernières années de son existence, aux
choses et aux intérêts de la vie locale.
Quelques notes conservées dans un coin, beaucoup de
souvenirs réfugiés dans divers compartiments de la mémoire
et rinépuisable obligeance du bibliothécaire de la ville de
Colmar, M. A. Waltz, nous ont permis de tracer ce croquis
d'un infime périodique du chef-lieu et nous aideront lien racon-
ter la seconde partie, sans autre préoccupation que d'écrire
une ligne de l'histoire contemporaine de la Ilaute-Alsace.
J. LiBMN.
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SIEGE ET PRISE DE FAUCOGNEY
PAR LES
FRANÇAIS EN 1674
Le P. Charles-Eugène Schmidl, capucin alsacien
PROLOGUE
Le siège de la petite ville de Faucogney est célèbre dans les
annales de la Franche-Comté. C'est là qu'eut lieu efîectivement,
en 1674, la dernière résistance k la conquête française. Elle fut
si vive et si héroïque que le souvenir s'en est conservé tout
entier jusqu'à ce jour dans toute la contrée.
Que Besançon, forteresse de premier ordre, capitale de la
province, se soit alors vigoureusement défendu, cela se com-
prend, mais qu'une bicoque, perdue dans les montagnes des
Vosges, comme l'est Faucogney, ait opposé aux Français,
une résistance opiniâtre, désespérée, alors que cette place
n'avaitaucun espoird'ètre secourue à temps, cela se comprend
moins. La lutte était d'autant plus inégale que les assiégants
étaient munis d'une bonne artillerie, tandis que les assiégés
ne pouvaient compter que sur leurs mousquets.
Partout où Ton voit une place, petite ou grande, s'illustrer
par une belle et vigoureuse défense, on peut être certain
qu'il y avait là une de ces natures d'élite, qui savent exciter
la valeur et l'enthousiasme des défenseurs et les transfor-
mer en quelque sorte en héros. C'est exactement ce qui se
produisit alors à Faucogney, mais l'àme de la défense ne fut
pas, comme on pourrait le supposer, le gouverneur de la
place, ni même les valeureux capitaines francs-comtois qui.
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SIÀGB ET PRISE DE FAUGOGNBT 375
après avoir lutté en rase campagne contre les envahisseurs,
étaient venus, en désespoir de cause, se renfermer dans Fau-
cogney, pour en prolonger la défense.
L'àme de la résistance était, chose assez curieuse, un capu-
cin alsacien, le P. Charles-Eugène Schmidt. Ce n'était pas
toutefois un précurseur des moines espagnols des guerres de
Tempire, un fanatique 8*armant d'un crucifix pour conduire
des enthousiastes au combat. C'était mieux, c'était un homme
du métier, un ancien lieutenant-colonel qui, dégoûté du monde,
avait brisé son épée et échangé son brillant uniforme contre
la robe de bure des capucins.
Mais le vieil homme avait bientôt reparu et l'humeur
batailleuse du vieux guerrier ne demandait qu'à se faire
jour. Poussé, dans cette mémorable campagne de 1674, pen-
dant laquelle Louis XIV s'empara de la Franche-Comté, ce
roi n'eut-il pas de plus bouillant ni de plus actif adversaire
que lui. Le capucin Schmidt fut pour lui et pour toute
l'armée française, un ennemi acharné et implacable. Cette
figure si originale est entrée peut-être un peu trop dans l'om-
bre jusqu'à ce jour; elle est trop curieuse pour que nous ne
nous y arrêtions pas un instant pour en dessiner les princi-
paux traits.
Charles-Engène Schmidt était un alsacien du comté de
Ferrette. Né dans une famille aisée et catholique on lui fit
donner une bonne éducation. Il fit ses études à Colmar et à
Strasbourg, et ses parents le poussaient à entrer dans les
ordres. Il avait, du reste, un oncle chanoine qui, désirant plus
tard lui céder son bénéfice, l'encourageait dans cette voie.
Mais sur la fin de ses études, ses goûts, plus mondains que
religieux, lui valurent quelques aventures à la suite desquel-
les il jeta le froc aux oiiies, et endossa la casaque militaire,
en entrant au service de l'Autriche dont relevait alors le
comté de Ferrette. Par ses talents et sa bouillant'» valeur il
se signala bientôt entre tous, et surtout contre les lurcs; il y
gagna bien vite ses épaulettes. A la bataille de Saint-Gothard,
en i664, il contribua puissamment au succès de la journée
par la bonne direction qu'il imprima aux batteries d'artillerie
dont il avait le commandement.
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376 REVUE d'alsagb
Mais le lieutenant-colonel Schmidt avait eu un lort considé-
rable, celui d'être né plébéien et, malgré tous ses efforts, il ne
pouvait le faire oublier. Il finit par le comprendre ; alors,
dégoûté du service de l'Empire et voyant la Hollande menacée
par la France, faisant appel h des défenseurs, il quitta le
service de TAutriche et passa k celui de la République. Il y fut
parfaitement accueilli et on lui donna le commandement d'un
régiment de cavalerie, avec mission de défendre, contre l'ar-
mée française, le passage du Rhin.
On connait cette opération ; dès que ses cavaliers virent les
Français entrer dans le fleuve, qu'ils ne croyaient pas guéa-
ble, leur crainte devint si puissante que lorsque le colonel
Schmidt ordonna la charge, en se précipitant lui-même sur
l'ennemi, il ne fut suivi que par quelques hommes ; le reste
avait pris la fuite. C'est h ce moment que le prince de Condé
eut un bras cassé par une balle et l'on attribua cette blessure
à notre capucin.
Mais au lieu de le récompenser de sa bravoure, on lui
imputa k faute la fuite de ses soldats. Du reste, le danger de
la République était passé, on lui retira en conséquence son
commandement. C'est alors que rebuté, découragé, il jeta au
loin sa cuirasse et revêtit la robe de bure des capucins. Mais
ce qui était resté de plus vivace en lui, c'était sa haine contre
tout ce qui portait le nom de Français, haine dont il allait
bientôt nous donner des preuves.
A l'époque de Tinvasion française en Franche-Comté, nous
trouvons le P. Schmidt au couvent de Vesoul, en mars 1674.
Sa compétence dans les opérations militaires était tellement
connue que les magistrats de cette ville le convoquèrent au
conseil de guerre tenu k l'approche des Français. La position
de la place était excessivement critique, il n'y avait pas de
troupes régulières et les murailles étaient en si mauvais état,
qu'au moment même où un trompette venait sommer la
ville, un pan de mur s'écroula « par pure caducité » en
ouvrant une brèche de vingt toises.
Le P. Schmidt se montra le plus ardent promoteur du
parti de la défense h outrance. Lorsqu'on lui objecta la mal-
encontreuse brèche, qui préparait un passage tout fait aux
assiéganls, il répondit que l'attaque n'aurait pas lieu de ce
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SIÂGE BT PRISE DB PACGOGNBT 377
côté, protégé qu'il était par une prairie marécageuse. Il
ajouta que, du reste, pour donner le change aux ennemis,
on pourrait facilement dissimuler cette ouverture au moyen
de toiles ou de peintures représentant la muraille. Tout sin-
gulier que ce système peut paraître, il rallia la majorité, il fut
donc décidé qu'on se défendrait.
Mais lorsque les membres du conseil ne furent plus sous
riniluence des paroles véhémentes du P. Schmidt, ils se pri-
rent à réfléchir* Alors un sieur Labbé, chefdu parti de la sou-
mission, gendre d'un conseiller au Parlement «et beau diseur»,
démontra si bien l'inutilité de la défense que la capitulation
fut signée le soir môme (4 mars). Notre capucin, voyant que
ses conseils étaient inutiles pour la défense du bailliage
d'Amont et ne voulant pas tomber aux mains des Français,
se hâta de quitter Vesoul. Il dirigea ses pas sur Besançon qui
était alors fort menacé, où il prévoyait qu'on aurait besoin
de ses services et il y fut bien accueilli par la municipalité.
Les Bisontins voyant venir la tempête, prenaient h ce
moment toutes les mesures pour se garantir et pour rendre
leur défense aussi longue que possible et cette fois leur devise
Deo et Cœsari fidèles perpetuo n'allait pas être un vain
mot. Dans cette occasion, le courage et surtout l'expérience
de l'ancien colonel d'artillerie allait leur être d'un puissant
secours, car, malgré leur bon vouloir et leur bravoure incon-
testable, les miliciens chargés du service des canons de la
place étaient loin de réunir les connaissances spéciales que
demande la bonne direction des pièces de siège. Les vigne-
rons de Baltrans ou d'Arènes s'entendaient mieux à se servir
de la serpette que de l'écouvillon.
Le P. Charles-Eugène, qui avait reconnu dès le premier
jour le côté faibl«î des Bisontins, s'appliqua à le corriger du
mieux qu'il lui fut possible. Son habileté dans le grana arl de
la guerre et la bonne direction qu'il sut imprimer à la défense
en eut bientôt fait le plus terrible ennemi des assiégeants. Il
laissa volontiers l'archevêque et les chanoines monter la
garde devant l'hôtel de ville et prit pour lui la partie la plus
difficile, mais la plus glorieuse, qui était la direction de l'ar-
tillerie et du génie, et c'est à lui que reviennent les honneurs
principaux de la défense.
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378 REVUE d'alsagb
Le P. Schmidt prit pour son premier lieutenant un autre
capucin, le P. Gillet, qui était aussi un ancien artilleur et en
peu de jours, la pratique aidant, ils apprirent à leurs mili-
ciens les éléments les plus indispensables du métier. C'est le
P. Gillet qui tira sur le groupe où se trouvait Louis XIV, le
coup de canon fameux qui l'éclaboussa et lui montra le
danger qu'il courait sur la butte de Ghaudanne. C'est lui
encore qui dirigeait le feu des batteries élevées par le P.
Scbmidt, qui firent tant de mal aux Français pendant le
siège.
Se voyant dans l'impossibilité de répondre avec succès aux
batteries de Ghaudanne et de Brégilie que foudroyaient la cita-
delle, le P. Schmidt en établit d'autres sur le versant de la
montagne qui coulèrent k fond la flotille de bateaux destinée
h traverser le Doubs. Par ce moyen il fit échouer la première
attaque de Vauban.
Lorsque sous l'efTort des boulets français, la muraille d'en-
ceinte qui bordait le Doubs se fut écroulée, les assiégeants,
qui se croyaient déjh maîtres de la ville, furent vivement sur-
pris d'apercevoir une seconde enceinte en terre, élevée
derrière celle qu'ils venaient d'abattre. C'était le P. Charles-
Eugène qui avait fait élever cet ouvrage en deux jours et le
plan en était tellement bien conçu que Vauban le mit a profit
lorsqu'il fut chargé de fortifier à nouveau la ville devenue
française.
Néanmoins, malgré la valeur et l'habileté des assiégés, le
siège avançait rapidement et l'on prévoyait déjà que si l'on
n'était secouru promptement, on ne pourrait résister bien
longtemps k la supériorité des assaillants. Tandis que deux
capucins parvenaient k sortir de la place pour aller presser
le gouverneur de la province, un noble espagnol du nom de
dom Gonzalès d'Alveyda, de venir au secours de la ville
assiégée, ce qu'il se garda bien de faire, le P. Schmidt
préparait une cruelle surprise aux Français pour le moment
de l'assaut définitif.
Au moment où il vit que la brèche était praticable et que
l'attaque était imminente, il fit charger k mitraille deux
pièces d'artillerie qu'il plaça de manière k battre de front les
colonnes se portant k l'assaut. Celles-ci, mitraillées presque k
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SIÀGE BT PRISE DE FAUGOGNKT 379
bout portant, furent obligées de s'arrêter, puis de battre en
retraite en perdant beaucoup de monde. Ce ne fut qu'au bout
de deux heures, et après avoir perdu un millier d'hommes,
que Touvrage attaqué put être enlevé. Cette manœuvre, due
au P. Schmidt, lui ut grand honneur et passe encore aux
yeux des stratégistes pour un des faits les plus remarquables
qui se fussent produits jusqu'alors dans l'art des sièges.
Après Tenlèvement de la demi-lune d'Arènes, la résistance
n'était plus possible ; il fallut alors songer à capituler,
c'est ce qui eut lieu le 15 mai i674. Louis XIV aurait bien
voulu en excepter le P. Schmidt, comme n'appartenant pas
k la province, mais l'archevêque, qui était parmi les négo-
ciateurs, avait eu le soin de faire insérer dans la capitulation
un article spécial relatif au clergé. Cet article portait en subs-
tance, que « l'archevêque et le reste du clergé, jouiraient de
leurs immunités et privilèges, sans pouvoir y être troublés
sous quelque prét3xte que ce puisse être ».
Toutefois notre capucin n'avait pas capitulé, lui ; il s'es-
quiva bientôt de Besançon où il n'avait plus rien à faire et
alla ailleurs chercher des ennemis au grand monarque. Il se
dirigea sur Luxeuil, mais il reconnut bientôt que la résis-
tance n'était pas possible d'une manière sérieuse. C'est alors
qu'il se rendit h Faucogney, petite ville éloignée du centre des
opérations françaises et dont jusqu'alors on ne semblait pas
avoir prévu la résistance. Mais les généraux français avaient
compté sans l'humeur belliqueuse des populations de la vallée
du fireuchin et surtout sans le P. Schmidt. Il fut donc bien
reçu dans cette place dont il exalta par ses discours virulenls,
la fibre patriotique. C'est lii, dans un milieu façonné de sa
main, que nous allons le retrouver.
LE SIEGE DE FAUCOGNEY
Au moment où commence notre récit, l'année 1674 appa-
raît h l'horizon qui se trouve singulièrement rembruni et qui
annonce une année terrible pour la Franche-Comté. L'Espa-
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380 RBVUB d'alsagb
gne vient de s*allier à rAngleterre, h TAllemagne, k la Hol-
lande et vient de déclarer la guerre k la France.
Or, le roi de France, qui convoitait noire province, qu'il
avait déjk conquise en 4658, s'appelait alors Louis XIV ;
c'était le grand Uoi. 11 avait pour ministre de la guerre Lou vois,
pour généraux, Turenne et (]ondé, etVauban pour ingénieur.
A la tète de l'Espagne se trouvait alors un enfant de cinq
ans, chétif£t malingre, Charles II, qui ne put jamais deve-
nir homme et mourut sans postérité. Ses généraux étaient
Vaudemont et Charles d'Esté et le gouverneur de la Franche-
Comté était un gentilhomme castillan, Dom Francisco Gon-
zalès d'Alveyda, distingué surtout par sa rapacité et son ava-
rice. Il ne saura, pendant tous ces jours de malheur, que se
réfugier dans la forteresse de Joux, puis s'enfub en Suisse,
pour y mettre en sûreté son coffre-fort.
Une lutte engagée dans de semblables conditions ne pou-
vait être douteuse. Du reste les exigences et les maladresses
de la cour d'Espagne, jointes îi ses défiances et k ses inexpli-
cables rigueurs, avaient révolté la noblesse qui s'était tournée
du côté de la France. Paris attirait tous les regards, excitait tou-
tes les convoitises; ce n'était pas en vain que Louis XIV portait
un soleil dans ses armes Pour les Walteville, les Bauffre-
mont, les Listenois, les Marmier, c'était le soleil levant, c'était
lui qu'il fallait saluer et la haute bourgeoisie n'était pas éloi-
gnée d'adopter cet avis. Seul, le peuple conservait son énergie
et nous verrons des paysans héroïques qui, avant de mourir,
boiront encore k la santé du roi d'Espagne, leur souverain
légitime, bien qu'il les eut abandonnés.
Dans les derniers jours de janvier, le due de Navailles
recevait l'ordre d'envahir la Franche-Comté. En consé-
quence, il franchit la Saône k Pontarlier, puis l'Ognon près
de Pesmes, qu'il assiégea et qui se rendit au cinquième coup
de canon. Il se porta ensuite sur Marnay, qui ne résista pas
davantage. Navailles concentra alois ses troupes pour s'em-
parer de Gray dont les fortifications avaient été en grande
partie détruites en 1668 par les Français, et n'avaient pas
été réparées depuis; c'était k tel point que « de tous côtés on
pouvait y pénétrer k cheval ». Cette place tint cependant
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SIÈGE ET PfilSB DE FAUC06NBT 381
encorecinq jours (23-28 février) et obtint une capitulation
honorable.
Après la prise de Gray, Navailles divisa son corps d'armée
en deux parties dont Tune alla, sous les ordres du comte
d*Appreraont, assiéger les villes du bailliage d'Aval, tandis
que Tautre, commandée par M. de la Feuillée et le marquis de
Listenois, marcha sur Vesoul dont nous connaissons la capi-
tulation. Du reste, la place était si peu défendable, que le
gouverneur Alveyda en avait fait sortir le peu de troupes
régulières qui s'y trouvaient et les avait dirigées sur
Besançon.
Tout rintérèt de la campagne se reportait sur cette place
forte, naguère encore ville impériale, mais alors capitale de
la Franche-Comté, dont le Roi en personne avait tenu h faire
le siège. Il y vint avec son cousin le prince de Condé et son
meilleur ingénieur Vauban, et cette ville fut si vive-
ment attaquée qu'elle ne put tenir que vingt jours (25
avril-i5 mai). La citadelle où s'était réfugié le gouverneur,
prince de Vaudemont, ne put résister que sept jours de plus,
les français y entrèrent le 22 mai 1674.
Dôle, attaqué le 26 mai, tint jusqu'au 16 juin. Alors, Louis
XIV, voyant que la conquête du reste de la province n'était
plus qu'une question de temps, partit pour Versailles. Leduc
de la Feuillade, chargé du commandement en chef, alla for-
mer le siège d'Arbois, qui capitula le 10 juin. Salins, dont
les fortifications avaient été mises en état, se défendit vigou-
reusement pendant dix-sept jours, et les assiégeants laissè-
rent un millier de morts au pied de ses murailles.
Baume et Pontarlier avaient été occupés sans coup férir,
mais Ornans, protégé par la forteresee de Sainte-Anne,
n'avait ouvert ses portes que lorsque Vauban eut élevé k la
hauteur de ses murailles une plate-forme pour y mettre en
batterie son arlillerie.
Le château de Joux, situé au milieu des montagnes du
Jura, près de Pontarlier, était muni de tout ce qu'il fallait
pour faire une belle défense et l'on y comptait d'autant plus
que le gouverneur de la province, pour le roi d'Espagne, s'y
était réfugié. Mais ce fut précisément la cause de sa perte,
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382 REVUE d'alsacb
car dom Francisco Gonzalos d'Alveyda ne s'occupait qu« de
la caisse militaire. Aussi, dès qu'il eut avis de l'arrivée des
Français, il prit bravement la fuite et gagna la Suisse qui
était a deux pas. Ce que voyant la garnison, elle ne voulut
pas être plus vaillante que son chef et elle se rendit à la pre-
mière sommation.
Pour en finir avec la Franche-Comté, il ne restait aux
Français qu'à prendre Luxeuil, Lure et Faucogney. Cette
tâche échut au maréchal de camp, marquis de Resnel, auquel
on donna les régiments de Champagne et de Navarre, avec
une partie de la maison du Roi. Il partit d3 Besançon avec
deux pièces de canon, l'une de 16 et l'autre de 24 ; il passa
par Vesoul oii il compléta son infanterie, et se dirigea sur
Luxeuil. Cette place était incapable de résister k une attaque
et l'inspecteur des fortifications, le baron de Saint-Mauzis-
Chàtenois disait dans son rapport : « Nous plaignons le mal-
heur des sieurs bourgeois de Luxeuil, de ne pouvoir faire
grande résistance et nous déclarons que l'intention de sa
Majesté n'est point qu'ils s'exposent au delk de leurs
forces ».
Dans ces conditions, Luxeuil ne pouvait faire que de se
rendre et c'est ce qu'il fit aussitôt investi. De Luxeuil, les
Français se portèrent sur Lure où se trouvaient cinq compa-
gnies d'infanterie, un major et dix-huit cavaliers du régi-
ment de Massiette, alors au service de la province. Cette
petite garnison ne voulut pas rendre la place sans l'avoir
préalablement défendue. En conséquence, elle s'apprêta k bien
recevoir les assaillants.
Ceux-ci débouchèrent devant la place le 1 juillet et l'inves-
tirent immédiatement. Dès que les défenseurs se furent rendu
compte des forces qu'ils avaient devant eux, ils eurent bien
vite reconnu qu'ils ne pouvaient défendre la ville tout entière
et qu'ils devaient se borner k la garde de l'abbaye qui,
entourée d'un marais, permettrait de tenir sans trop de
désavantage.
Les Français mirent immédiatement leurs deux pièces en
batterie pour battre en brèche la muraille. L'attaque dura
six heures pendant lesquelles on tira soixante volées qui fini-
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SIÈGB ET PBISB DE FAUC06NET 383
rent par trouer les murs de Tabbaye, tout étonnés de voir le
tumulte des camps succéder au silence des cloîtres. La brècbe
étant ouverte et les assiégés n'ayant aucun espoir d'être
secourus, demandèrent k capituler. On leur fit de bonnes
conditions; la garnison fut désarmée, les soldats comtois
eurent la liberté de rentrer dans leurs foyers, mais les étranr
gers demeurèrent prisonniers de guerre.
La seule ville où ne flottait pas encore le drapeau français
était Faucogney. Cette place, située dans une petite plaine
au bord du Breuchin, k l'entrée des Vosges, avait toujours
possédé une population belliqueuse dont elle donna un si
frappant exemple en 1474, k la bataille de Chagey, lors du
siège d'IIéricourt par les Suisses. Le matin de ralTaire, le
contingent de la terre de Faucogney était au complet de 800
bommes et le soir, 80 seulement répondaient k Tappel, les
autres gisaient sur le théâtre de la lutte.
Les habitants de Faucogney étaient bien résolus de ne pas
mentir k leur vieille renommée ; aussi dès qu'ils avaient eu
connaissance de l'entrée des Français en Franche-Comté, le
mayeur ou maire, Pierre-Baptiste Ilenrion, complètement
dévoué aux intérêts de l'Espagne, avait convoqué ses admi-
nistrés afin de connaître leur opinion et il avait été décidé que
l'on se défendrait « jusqu'k la la perte de ses biens et même
de la vie ».
C'est la connaissance de cette décision par le P. Schmidt,
qui lui avait fait tourner ses pas vers Faucogney où se trou-
vait un couvent de son ordre. Il fut reçu avec enthousiasme
dans cette ville qui partageait ses sentiments ; il en profita
pour exciter les esprits k la résistance. Lorsqu'on apprit que
le fort de Saint-André de Salins s'était rendu, (17 juin) un
second conseil de défense eut lieu. On y convoqua, outre les
habitants de Faucogney, les défenseurs de la place et il fut
délibéré « que bien que l'ennemi fut en marche avec du
canon, on se défendrait « comme de bons et braves Bour-
guignons ».
Le château ou forteresse de Faucogney était construit sur
un rocher qui attenait k la ville qu'il dominait vers l'est. Il
avait alors pour commandant un gentilhomme italien, dom
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384 REVUE d' ALSACE
Francesco Ravira, sergent-major réformé (1), qui avait passé
au service de la Franche-Comté. A celte petite garnison
étaient venus se joindre les débris des dernières colonnes de
partisans francs-comtois, commandés par le capitaine Maçon
d'Esboz, les lieutenants de la Chaux et de la Yernotte et le
bailli Clerc, de Luxeuil.
Après le conseil, le commandant Ravira fit remarquer au
mayeur Henrion « que les soldats de la garnison dudit châ-
teau ne seraient pas bien encouragés k combattre s'il n'y
avait pas de vin pour les animer le jour prochain d'une atta-
que. Celui-ci en fit acheter immédiatement et en (i* conduire
au château autant qu'il en fallait pour l'usage des soldats,
afin qu'ils pussent boire pendant le siège k la santé du roi
d'Espagne ».
Comme dans cette môme assemblée, le P. Schmidt avait
annoncé que la place serait promptement secourue, on dépé-
cha à Strasbourg, par devers le duc de Lorraine, qui y était
a la tète d'un corps d'armée, avec le dessein de défendre la
Franche-Comté, pour le prévenir de Turgence qu'il y avait
h secourir Faucogney. On comptait encore sur le concours
d'une compagnie de cent Suisses du capitaine Magellé, de
Saint-Gall ; l'espoir était dans tous les cœurs.
Bientôt on apprit que les Français marchaient sur
Luxeuil; alors le mayeur convoqua une dernière fois le
magistrat, les notables, la population et les défenseurs du
château et il les mit au courant de la situation. U fit remar-
quer « que l'on allait être assiégé au premier jour et qu'il
y avait liejj de réfléchir mûrement à la conduite à tenir
dans Cette grave circonstance et il demanda à chacun de
dire son opinion.
Le commandant Ravira prit alors la parole et commença
par remercier le mayeur de la « bonne poudre liquide dont
il avait pourvu le château » et il dit, que quand a lui, ayant
(1) Le sergent-major était alors le second officier du régiment;
ses fonclîons tenaient de celles du lieutenant-colonel et des adju-
dants-majors actuels.
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SIÈGE BT PRISE DB FAUGOGNBY 385
suffisamment de munitions de guerre et de provisions de
bouche, il était bien décidé à tenir jusqu'à la dernière extré-
mité et qu'il ne se rendrait pas, quand bien même les enne-
mis se seraient emparés de la ville. Devant cette déclaration,
rassemblée opina unanimement qu'on en ferait de même.
Le P. Charies-Eugène, dans un discours virulent, demanda
a être chargé de la défense de la ville, ce qui lui fut immé-
diatement accordé (1). En conséquence, les deux fossés
furent remplis d'eau, les brèches de Tantique muraille furent
réparées, les palissades renouvelées. 11 fit construire des
banquettes pour mettre h, couvert les défenseurs ; il fit faire
d'énormes amas de fascmes dont une partie fut mise en
réserve pour la réparation des brèches cl l'autre servit à faire
des blindages pour protéger les poites de la ville, afin de
n'être pas aperçu des assiégeants.
Animés par les exhortations de notre capucin, tous les
habitants de Faucogney s*y employèrent « à qui mieux
mieux, non seulement les honrtmes et les gqrçons, mais
encore les femmes et les filles de toute condition et même
jusqu'aux enfants, et cela, avec un zèle qu'on ne saurait
assez louer. Chacun aussi fourbissait ses armes et ceux qui
n'en avaient pas emmanchaient leurs faux en guise de halle-
barde. Des sermons avaient lieu tout le jour à l'église de
Saint-Georges et on se préparait, dit le P. Sohmidt, «. au
combat en se munissant des Saints-Sacrements de Pénitence
et de l'Eucharistie. Enfin, personne ne paraissait consterné,
au contraire) le contententement rayonnait sur tous les
fronts ».
Après la capitulation de Luxeuil, on s'attendait k voir les
Français prendre la route de Faucogney, mais nous avons
vu qu'ils se dirigèrent d'abord sur Lure et ce n'est que le 3
juillet, selon la version comtoise, ou le 4, selon le rapport du
(i ) 11 est l'auteur d'une des deux relations exisl antes encore J j siège
de Faucogney bien quequelques personnes l'attribuent au mayeur
HenrioQ. Elle est signée, du reste, du nom de « Père Précis », ce
qui ne laisse aucun doute à cet égard. L'autre est le rapport du
marquis de Kesnel, nous les avons toutes les deux sous les yeux.
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386 REVUE d' ALSACE
général français, entre neuf et dix heures du matin, que
l'avant-garde ennemie, venant de Lure, débouclia dans la
plaine du Breuchin et parut devant le faubourg du Magny,
qui se trouvait entre la rivière et la ville.
Ce faubourg ne faisait pas partie de Tenceinte fortifiée et
n'était couvert que par le fossé extérieur, large de deux
mèlreset revêtu d'une forte palissade. Voulant, dès le début,
enlever cet obstacle, cette avant-garde fut accueillie par un
feu de mousquetterie excessivement meurtrier. Le capitaine
de Plaquier, qui dirigeait cette attaque, y fnl lue avec bon
nombre des siens; les assaillants durent battre en retraite
avec précipitation.
(A suivre) N. Poly.
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LA VIE A STRASBOURG
AU
commencement du XVII® siècle
CHAPITRE SEIZIÈME
De Tarchitecte (Suite)
De quoy sera la maçonnerie ?
Les murailles seront de briques, hors-mis le fondement,
qui doit estre de pierre dure. Pour le fenestrage, je le veux
de pierre de taille et le tout cimenté et enduit ou crespi de
mortier fait de chaux et de gravier, et non de sablon. Je feray
aussi garnir les fenestres et soupiraux des caves, de bons et
forts barreaux de fer. A coslé de la porte de la rue y aura
aussi une jalousie, ou petite fenestre treillissée à la mode
d'Italie, afin qu'on puisse voir à travers le treillis, sans estre
veu, qui c'est qui sonne ou heurte a la porte, car j'y feray
mettre non seulement un gros anneau de fer, mais aussi y
attacher un marteau pour frapper, et une clochette pour
sonner. Je feray paver la court de quarreaux, et non de
cailloux, comme sont les rues. Quant h la charpenterie et
menuiserie : On planchera la salle d'ais de chesne, et non de
sapin, que le plancher en dure plus longtemps.
(I) Voy. pp. 78-i03, du trimestre de Janvier-Février-Mars, 1897 ;
pp. 243-28i, du trimestre Avril-Mai-Juin 1897.
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388 REVUR d' ALSACE
De quoy seront les poutres, soliveaux et chevrons ?
De chesne aussi, ou de fau (i) : je ne prendruy point de
sapin que pour le lambris. Les parois des chambres seront
faites de bauge (2) qu'i'on fait de terre forte ou d'argille,
meslée avec de la paille découpée, et s'appelle aussi bauche,
torchis et tortis. '
A propos dites moy tout d'un train comment on fait le
mortier.
L'aide k maçon (3) a un augeau (4), dans l^qnel il met la
chaux vive, verse de Teau dessus, qui renflamme, mais Teau
bouillant ainsi dessus et élevant une fumée, fait peu h
peu résoudre les pierres de chaux en poudre, sur quoy il
jette encore du sable et du gravier qu'il mesle très bien et les
destrempe ensemble avec d*autre eau encore. Puis le porte k
cuvellées (5) au maçon sur l'eschaiTaud ou hourd, qui prend
ce mortier avec une truelle, en garnit bien les entre deux des
pierres, qu'il arrange droict avec une esquierre, une règle et
un niveau.
De quoy avez vous envie de faire couvrir le toict?
Non pas de risdales, (comme on dit qu'un riche fanfaron
vouloit faire un jour k Hanau), mais de tuiles, si je ne puis
recouvrer d'ardoises. Je garniray les lucarnes de fil de fer
entrelassé et fait en guise de cage de peur que les pigeons et
moineaux ne viennent manger le blé, qui en ceste année
mille six-cens-trente-six se vend seize florins, ou huit escus
le réseau, sextier, ou la charge d'un homme. Pour faire
mourir les rats et souris, ou les prendre, je mettray sur le
terrier de la mort aux rats, et tendray des ratières et souri-
cières. Sur les deux coins du faiste je feray dress'îr des
pannonceaux ou gyrouëttes, pour voir quel vent il fait.
Mettez aussi ordre que votre pignon soit suiïisaminent
(1) Buchenholz,
(2) Mœrtel.
(.*{) Mœrtelknecht oder /faridlanger.
(4) Mœi'telkasten.
(5) Kubelweiss.
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LA VIE A STRASBOURG 389
espez (i) : afin que, si de malheur le feu se meitoii au logis
de voslre voisin, Fembrazement ne vinst au vostre, et vous
mist au blanc (2) en peu d'heures
Aussi feray-je; car je ne scache homme qui craigne plus le
feu que moy: c'est pourquoy j'ay acheté une douzaine de
seaux de cuir bouilli.
Savez-vous bien que vous avez oublié la principale pièce
de.toutrédifice?
Que pourroit-ce eslre? Je ne puis m'imaginer que j'ai omis
la moindre chose du monde.
Si est-ce que vous n'avez pas encore dit, où vous vouliez
loger la chancelerie, la chambre basse, la chambre dorée, la
chambre des contes, l'aisance, le lieu secret ou en un mot le
privé ?
Vous avez raison, il m'estoit* échappé de la mémoire :
mais il n'y a pas été oublié au plan. Le voilà en ce bout de
gallerie, avec le pissoir.
N'y aura-t-il point de magazin ?
Nenny, parce que ce n'est pas une rue fort hantée, mais
arrière du marché.
CHAPITRE DIX-SEPTIEME
Du Tailleur
Qui est-ce qui vous habille, Monsieur ?
C'est le maistre I. C. W. qui demeure auprès du Collège (3)
au bout de la rue des Orfèvres.
Travaille il bien ?
Des mieux de ceste ville, on le tient pour le plus habile
tailleur de sa tribu, de laquelle il est aussi maistre cette
année.
A-il force chalands ?
(i) Pour épais.
(2) An den Bettelsiab bringt*n.
(3) Le gymnase iy*otestant fondé par Jean Slurm.
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390 RBVUE d' ALSACE
Ouy, et mesme les plus riches et relevez des bourgeois,
quasi tous les panadous (I) de l'Université, et a aussi la cha-
landise des capitaines, lieutenans, colonnels et autres offi-
ciers, et gens de commandement, qui passent par icy.
Ce habit que i'ay vestu est de sa besogne.
Il est fort bien fait. II vous joint, comme s'il avoit esté
ietté en mQule. Ne vous est-il pas trop estroict?
Ouy quelque peu vers le bas : voila pourquoy je vay dé-
braillé à la Françoise, après que i'ay bien disné, autrement
point.
Je me veux aussi servir de luy.
Si vous voulez, ie Tenvoyeray quérir, c'est tout près d1cy ;
ma servante n'a qu'a tomber deux fois et en culbuter une,
pour estre en son logis.
Obligez-moy, donc de tant.
Petronelle, va dire h maistre Jean Gaspar Loup nostre
voisin qu'il viene icy, parce qu'il y a un honneste homme,
qui luy vei|t faire gaigner de l'argent.
Comment es-tu desja revenue?
Ouy, il viendra incontinent, si tost qu'il aura achevé de
tailler de la besogne k ses valets qui chôment en attendant.
Le voilk desja devant la porte.
Fay le entrer, dis-luy qu'il entre.
Entrez Maistre, nos chiens sont liez.
Dieu vous gard. Messieurs. Que vous plait-il me com-
mander ?
Mon maistre, Monsieur que voicy ayant entendu que je me
voulois faire r'habiller de pied en cap, et que pour ce sujet
je cherchois un maistre k l'élite et non un maçon ou gaste-
besogne, il m'a adressé, k vous, comme k un très habile tail-
leur: sur quoy je vous ay envoyé quérir pour entendre de
vous si vous aurez le loisir ceste semaine de despécher mon fait.
Monsieur, pour ne point mentir, et ne vous pas entretenir
de vaine espérance par promesses non tenables, j'ay tant de
besogne, et si pressée pour dimanche, qu'il m'est impossible
de satisfaire k votre désir : mais si vous pouvez patienter
jusques à celle qui vient, je vous serviray tout k votre con-
tentement.
{{\ Stutser,
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LA VIE A STRASBOURG 39i
Quelle besogne avez-vous donc ?
Des habits de nopces, et de deuil, qui ne se peuvent mettre
en arrière, cela va devant toute autre chose. Toutesfois s'il y
a du danger au retardement, j'y scay un bon expédient.
Et quel ?
C'est que je couperay vostre habit, et le feray coudre et
achever h uû autre bon goulu de tailleur (i), qui n'a rien à
faire, et vous le despeschera en un tour de main (2), ou vire-
main. L'artifice ne gist pas tant en la cousture, qu'en la
coupe, c'est Ik ou gist le lièvre.
Je vous donneray bien l'espace de quinze jours, il n'y a
rien qui me presse, faites a vostre loisir.
Que voulez-vous donc faire faire?
Je feray comme les oiseaux qui muent vers l'hyver, et se
remplument : je me veux faire faire de toutes sortes d'habits à
la mode, et envoyer mes vieux, faits k l'antique, chez le Fri-
pier pour en faire du Quibus, de la cliquaille, ou de ce qui se
couche tout plat (3).
Dites-moy un peu comment ils sont faits.
Premièrement la carrure du pourpoint (4), qu'on porte à
ceste heure/ort large y est fort eslroicte : les hauts de manches
larges aves une pistagne (6) : les manches comme celles des
Cordeliers, dans lesquelles il y a une pochette à mettre le mou-
choir, la bourse ou autre chose : les basques (6) petites et en
grand nombre : il y a une brayette aux chausses, qui couvre
la fente (7), au lieu qu'on la ferme maintenant avec des bou-
lons : et sont les chausses (8) si courtes, qu'il les faut lier
au-dessus du genou, et maintenant on les porte partie à la
matelotte, tombant sur le gras de la jambe, partie à la
Suabe, montans jusqu'au milieu du dos, pour suppléer au
défaut du pourpoint, qui n'est quasi autre chose que de
(1) Fin guter Schlucker.
(2)" In einem huy.
(3) Zum Altgewœnder, Geld drauss su lœsen, schicken.
(4) Der raum so an den Wœmsern, zurchen beeden Achseln.
(5) Mit einem Ztvyfach,
(6) Die Schœss,
(7) Fin latz den Schlits zu bedecken,
(8) Die Hosen,
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392 REVUE d' ALSACE
monstrueuses basques pendantes h un collet, et k une paire
de manches. Si les rubans qui y sont cousus sous les aissel-
les, et sous le bord du rabat lait en peignoir, esloient lanières
ou aiguillettes de cuir, il n'y auroit rien au Monde de mieux
ressemblant à un habit de Paysan Suabe.
Deduisez-moy maintenant de poinct en poinct ce que vous
voulez faire faire, de quoy et comment vous le désirez avoir.
Outre chausses et pourpoint; je veux avoir une camisole
de taiTelas doublée de fustaine, piquée avec du coton(l); une
roupille à l'Espagnole (2) : un buffle, ou collet de cerf (3),
des calsons; un faux-fourreau (4), une houppelande ou robe
de voyage (5), des bas de fine sarge, des gamaches, brode-
quins (6), des mitaines (7) et un bouquingam (8). Je veux
que les paremens de l'habit soient de satin orangé et les bou-
tons, brides, et la ganse d'or : la doublure des chausses et du
pourpoint de fustaine à grain d'orge, et les poches de peau
de mouton.
Diles-moy ce qu'il vous faut de plus pour les fournitures ?
11 me faut de la soye h coudre et h piquer, du ruban, de
petites agraphes pour la camisole, de la coste de baleine et
un peloton de fil gris. Voyez le reste des estoffes au chapitre
du marchand Drapier, et les couleurs en celuy du Teinc-
lurier.
Que demandez-vous pour la façon de tout ce que j'ai dit ?
Je ne le saurois dire avant que la besogne soit fait. Soit
devant ou après, je ne demanderois pas plus que de raison.
Si j'escorchols mes chalands, ils ne reviendroient plus k moy.
Au contraire vousjvoyezqueMonsieur mon voisin non seulement
(1) Fin taffiits Fatterhemd das mit Barchat und Baumwollen
gefàttert und gestept,
(2) Ein spantsch Easack,
fi) Ein Hirschengoller.
(A) Ein Ubersug,
(b) Einen Reit oder Heisrock.
(^) Ein Broseckin,
(1) Bawren Handschuh,
(S) Ein Nebelkapp oder ala mode Kapp.
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LA VIR A STRASBOUBG 393
n'a pas envie de me quitter, pour en chercher un autre, mais
mesme m'adresse ses bons amis.
Pour confesser la vérité sans flatterie, ie n'ay iusques icy
eu ducun sujet de m'en plaindre, ni pour la façon des habits,
ni pour le larcin ordinaire, qu'on appelle faire faire la
bourée, et celon le language Allemand, ietter en Enfer,
ou aux souris.
Car ayant coupé un habit, il fait un paquet des retail-
leures, qu'il renvoyé avec Thabit k qui elles appartienent,
principalement si c'est un habitant du lieu, pour le rapiécer,
quand il est usé et percé entre les iambes, aux genoux ou
aux coudes.
0 l'homme de bien de tailleur, il ira en Paradis droict
comme une faucille.
Ne vous gaussez pas beaucoup. Monsieur. Je croy qu'il y
a la haut pour le moins aussi grand'presse de tailleurs, que
de gens d'armes, car on ne dit pas pour néant ce proverbe.
La preud'hommie n'est guère en ceux qui suyvent la guerre.
Item.
Qui la piété au cœur loge il faut que du camp il déloge.
Hé bien. Monsieur, n'estes- vous pas payé en mesme mon-
noye ? Ne vous frottez pas à luy, il sçait bien rabrouer ceux
qui rattaquent.
Pardonnez-moy, si j'ay parlé un peu trop librement en
voslrc endroit, une parole de gausserie en attire une autre.
Il n'importe, mon maistre.
Qui dit d'autruy ce qu'il ne doit.
OU de soy ce qu'il ne voudroit.
Mais retournons k nos moutons, ce n'est pas \k où gist le
lièvre.
Vous avez raison. Monsieur. Dites-moy seulement si vous
voulez des bouts de buste au pourpoint ou de la coste de
baleine.
Ce qui vous semble le meilleur : je me fie non seulement h
vostre capacité, mais aussi à votre loyauté et preud'hommie :
tant allez lever tout ce qu'il vous faut chez un marchand
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394 REVUE d'alsacb
nommé N. demearant devant la Monnoye (i) et le Palais (2),
et !uy dites que je vous y ay envoyé, k telles enseignes que
je luy commanday hier de faire mes parties dans huict jours,
et de melesapportef po«r recevoir Targent de tout ce que je
luy dois.
Bien Monsieur. Je m'y en vais de ce pas. A Dieu. Demain
ou après je viendray prendre la mesure de vostre habit.
A Dieu, mon maislre.
Le maistre rentrant en sa boutique, un des valets luy
demande :
Maistre qu'apportez-vous de si pesant dessous vostre
manteau ?
Ce sont des estoffes pour un habit, qu'il faudra faire la
semaine qui vient. Despeschons viste ce que nous avons k
à faire celle-cy, afin qu'il ne nous faille pas veiller si tard
Samedi prochain.
Apprentif, mets chauffer le quarteau (3) pour rabbalre les
coustures de ce manteau, puis qu'elles ne sont pas rentraites
après je les mettray sur tes espaules pour l'arondir.
Jean Farine remplie ces bas par dedans afin qu'on les
puisse r'allargir et couvre la couslure par dehors d'un poinct
croisé ou d'un surject.
J'y ay desjk fait un arrière poinct.
n/L'Hôlel de la monnaie se trouvait jadis entre les grandes
et les petites arcades à hauteur du débouché de la Grande Rue.
Il fut rebâti à neuf en iK08. On y frappa des monnaies jusqu'en
i738, date de la démolition. Les ateliers furent transférés dans la
rue des Fribourgeois, puis dans l'ancienne Intendance près de la
place Si-Thomas. Malgré l'article 5 de la capitulaMon de 1681, le
gouvernement enleva à Strasbourg le droit de battre une monnaie
particulière, mais la rangea parmi les villes en possession d'un
atelier monétaire. Gomme marque, elle reçut le BB.
(^) Le Palais ou Hôlel-de-Ville, la Pfalts s'élevait à l'angle de
la Place Gutenberg actuelle ^ancienne place S<-Martin> entre la
Grande-Rue et la Rue des Hallebardes. Élevé en 1321 il fut démoli
en 1785. L'Hôtel de Ville fut transféré alors dans l'hôtel du Com-
merce actuel, puis plus tard, dans le bâtiment actuel de la rue
Brûlée, ancien Hôtel de Hesse-Darmstadt.
(3) Dos Bûgeleisen,
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LV VIE A STRASBOUHG 395
Foin de la beste, et de celuy qui me Ta vendue ; tu ne
seras jamais qu'un savetier, pour gaster et bourrelier la,
besogne. Descouds moy cela, autrement je prendray une
aulne et te la rompray sur le dos. — S'ensuyvent quelques
termes non encore mentionnez cy-dessus.
Quel est l'équipage d'un tailleur? Quels sont ses outils?
Ce sont des ciseaux, une mesure de lisière de salin ou de
parchemin, un aiguillier ou cophinet fourni de toutes sortes
d'aiguilles, grosses, moyennes, déliées ou fines pour faufiler,
brocher, assembler, rentraire, piquer, arrière poincter, surjec-
ter, un dé, pour pousser le cul de Taiguille sans s'; piquer. Un
tortis de bougie, pour bougier le canevas, et estofîes, qui s'effi-
lent volontiers, une boulette de cire, pour cirer le fil, un poin-
çon pour percer les œillets, un canivet, ou petit ciseau avec le
maillet pour faire les boutonnières, un tire bouton, une règle.
Attacher des boutons, enfiler une aiguille, une aiguille en-
roûillée, tortue, esculée, espoinctée, chamarrer en quilles ou
en chevrons, un passepoil, une nerveure, des canons, des
chaussons, la chaînette.
CHAPITRE DIX-HUITIÈME
De l'Astrologue
Quelles gens sont-ce que l'on appelle Astrologues?
Ce sont des hommes, qui estudient au grand livre du Ciel,
et qui appellent Planettes ces sept luminaires, la Lune, Mer-
cure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne. Et nommens
Zodiaque la rangée circulaire de ces douze signes, le Bellier, le
Taureau, les Gémeaux, l'Escrevice, le Lion, la Vierge, la Ba-
lance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, l'Aquaire, et
les Poissons, lesquels ceigent le ciel de biais en guise d'es-
charpe.
Ces mesmes gens partagent toute l'année en douze mois
attribuans un mois à chasque signe, durant que le Soleil
demeure en iceluy. Car en commençant par l'Aquaire, ils
content ainsi les mois, lanvier, Février, Mars, Avril, May,
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396 REVUE d' ALSACE
luin, Iitillet, Aoust, Septembre, Octobre, Novembre, Déceni-
bre. ils pai*tagent aussi les mois en semaines et les semaines
en jours et nuicts, qui aussi sont divisez en heures, demi-
heures, quarts d'heures : en matin, midi et soir, et minuict.
Les noms des jours sont. Dimanche, Lundi, Mardi, Mercredi,
leudi, Vendredi, Samedi. Ils font aussi les Almanacs ou
Calendriers et dressent les horoscopes.
Qu'est-ce qu'un almanac ?
C'est un livre auquel est marqué le cours de la Lune, le
croissant et le déclin, la pleine-lune, le premier et dernier
quartier.
Pourquoy les appelle-on aussi Calendriers ?
Parce que les Lalins appellaient Calendes chasque premier
jour des mois, lequel est marqué en ces livrets.
A quoy plus servent ces Menteurs? car je les ay ouy appel-
ler ainsi îi un Colporteur, qui en portait à vendre par la ville,
cripnt, Almanacs nouveaux, voilk les menteurs.
On y peut voir quand il fait fort bon, ou moyenement
se faire saigner, se baigner, es estuves, se faire ventouser,
prendre médecine par potion, pilules, électuaire, codignat,
ou poudre : comme aussi sevrer les enfants.
Quels signes y a-t il pour cela ?
Une double croix et une simple pour la saignée, une ven-
touse pour le bain et la scarification, une double tasse pour
la potion, un cercle rond k large bord pour les pilules, une
estoile k cinq rayons pour Télectuaire et la marmelade : un
cercle esquartelé d'une croix pour la médecine en commun et
une tuterolle pour le sevrement (i).
Il y a aussi un œil pour monstrer qu'il fait bon médeciner
les yeux : des ciseaux, pour la tonsure. Une main qui tend
le pouce et doit indice, pour dire qu'il fait bon se rogner les
ongles.
Quand le temps est propre k couper le bois de charpente,
il y a une hache i une feuille de treffle commande de semer
et planter.
Il y a aussi les prédictions du temps : une teste qui souffle,
prédit grand vent ; une cruche renversée est signe de pluye ;
[i] Ein Mœmmkœnnlein Zum entwehnen.
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LA VIB A STRASBOURG 397
un chapeau penchant de costé veut dire qu'il fera chaud ; un
traict empenné menace de tonnerre et foudre; quelques
traicts tirez en quarré représentent de la neige ; et un gant,
le froid ou la gelée.
Ce n'est pas sans cause qu'on les appelle Menteurs, car
i'ay souvent remarqué que quand ils écrivent qu'il doit pleu-
voir, il fait beau temps, le ciel est serein, le soleil luit
Au contraire quand ils disent qu'il fera soleil, le temps se
couvre, et pleut, ou pleuvine, ou bien fait brouillas.
S'ih asseurent qu'il fera froid, et gèlera à pierre fendre, il
vous faut croire qu'il fera une grande chaleur d'esté, qu'il
esclairera et tonnera, et que s'il y a de la glace, il dégèlera,
fera verglas, et que la neige se fondra s'il a neigé aupa-
ravant.
S'ils prédisent quelque orage ou tempête, ou tourbillon de
vent, attendez une tranquillité ou beau calme, et toujours le
rebours.
Il faut donc par les grandes lavaces entendre une séche-
resse : et par Taggréable rosée, frimas : par une pluye
chaude une grelle ou grésil froid.
Cela s'entend : mais il n'y a règle si générale qui n'ay quel-
que exception : car ie cognois un bon amy, qui addresse
assez bien.
Ces almanachs n'ont-ils plus d'autre usage, que ce que
vousavez-dit?
Ouy-dà. Car le mois, semaine, heure et mesme la minute
y est marquée, en laquelle il doit arriver une Eclipse de
Soleil ou de Lune. Outre cela on y void que tous les quatre
ans, le mois de Février a vingt neuf jours, parce que chaque
année ayant trois cens soixante cinq jours et six heures,
quatre fois six !ïcures font un jour entier, qui est ajouté aux
vingt huit de Février de la quatrième année, qui s'appelle
An de bissexte.
Les Festes y sont aussi escrites en lettres rouges, comme
Noël, les Innocens, la Circoncision, les Roys (qui jamais ne
furent Uoys) la Conversion Sainct Paul, la Chandeleur, le
Mardi Gras ou carnaval, les Cendres, les Quatre tempis,
l'Annonciation, les RameauxouPtisque fleurie, et en la semaine
Saincte, et le Jeudi Absolu et le Grand Vendredi ou Vendredi
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398 REVUE d' ALSACE
Sainct, Pasques, l'Ascension, la Pentecoste, la Trinité, la
feste Dieu, la Sainct Jean, et es jours caniculaires, la Saincl-
Laurent et TAssomption nostre Dame, la Sainct-Barthélemi,
la nativité nostre Dame, la Sainct Michel pour laquelle on
met en France la Sainct Remy, qui est deux jours après, la
Toussaincts, la Sainct Martin, TAdvent, la Conception
nostre Dame.
Une main rouge signifie un grand-jour de prières : mais
trois de suite montrent le jour du serment que les Straabour-
geois prestent h leur Magistrat et que les femmes font la
bonne vie (1). Au bout du Calendrier y a aussi un petit prog-
nostique touchant les qualitez des quatre saisons de Tannée,
qui sont le Printemps, PEsté, l'Automne et rily ver, dont on
peut conjecturer si elle sera fertile ou stérile.
Quest-ce qu'on appelle Elément?
Le Feu, l'Air, la Terre, l'Eau.
Pourquoy nommez-vous TEau toute la dernière, veu que
les Philosophe disent que la Terre esl dessous TEau?
[ij Les élections annuelles terminées conformément aux règle-
ments dans les tribus et à l'hôtel de ville, [alors la Pfaltz sur la
place Gutenberg actuelle] le nouveau magistrat se réunissait sur
un amphithé&tre construit devant la cathédrale, chacune des tri-
bus se réunissait en ordre sur la place et l'on donnait lecture à
haute voix de la grande charte de Strasbourg, le Schwœrbrief,
Les magistrats de la République prêtaient serment d'abord, puis
venaient tous les fonctionnaires et enfin le peuple, tète nue lui
aussi et la main levée vers le ciel jurait à son tour. [Schœpflin-
Ravenez V. 133]. — Après cette cérémonie magistrat et bourgeois
se réunissaient dans leurs tribus respectives autour d'un banquet.
Au XVlle siècle le Schwœrtag avait lieu le premier jeudi après le
nouvel an. Les femmes, de leur côté, se réunissaient également et
célébraient ce jour par un banquet dont le menu variait suivant
la condition sociale. Les petits pAtés étaient un plat tradition-
nel qui ne manquait sur aucune table, comme le prouve ce
dicton :
/>er Mœnner Schwœrta Schweisa
Giebt de Wiwer Pastetle heiss.
Piton en rapporte un autre encore qui s'appliquait à ce jour.
Der Mœnner Schwœrta
Der Wiiver Zechta,
[Gérard Ane. Alsace à table p. i65-166J et Piton Strasbg. ill. I
p. 162 et suiv.
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LA VIE A STRASBOURG 399
l'aime mieux croire aux paroles du Créateur des Elémens,
qui est la vérité mesme, et qui sait mieux que les hommes
menteurs, où il les a logez : car il a esté escrit du doigt de
Dieu sur des tables de pierre, au second commandement que
les Eaux sont dessous la Terre et le Prophète Royal dit que
Dieu a fondé la Terre sur les Eaux : or est-il que ce seroit
une chose absurde de mettre le fondement dessus le basti-
ment. Ces messieurs appellent globe céleste, et globe terres-
tre, ces rondes et immenses masses faites en boules. Plu-
sieurs esloiles ensemble font un astre, ou signe. La moitié
du Ciel, laquelle nous voyons, est notre Hémisphère, l'autre
moitié couvre nos antipodes : le bord de nostre Hémisphère
qui semble toucher les eaux ou la terre, s'appelle notre Hori-
zon, et poinct, (ou centre d'iceluy) qui pend à plomb, ou per-
pendiculairement sur nostre teste, et nostre Zenith, mot
corrompu de l'Arabe semith sommet de la teste : celuy des
Antipodes s'appelle Nadir, par ce qu'il est opposé h nostre
Zenith, du mot hébreux Nalir regardant vis à vis.
CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
Du Cocher
Que faites-vous 1&, maistre N. ? Y a-t-il quelque chose de
rompu à vostre coche ?
Nenny.
Pourquoy en dén^ontez-vous donc les roues ?
Pour graisser Taissieu, qui est tout sec d'un voyage fait à Pa-
ris, où le vieux (1) oingt m'est failli entre Nancy etceste ville (2).
[4] Karchsalb.
[2] La première roule postale fut établie par Maximilien I [4443-
4519]. Elle allait de Vienne à Bruxelles et passait à Rhcinhausen
près de Spire où un service particuîîer se faisait avec Strasbourg.
Au XVlIe siècle cette ville était en comunication régulière avec
Bâle, Hcidelberg, Francfort, Nancy et Paris. Outre les chaises
de poste on avait la ressource de louer chevaux et voitures pour
voyager et par Wickram nous savons qu*il existait un RoUwagen
entre Golmar et Strasbourg, très abordable comme prix. Ailleurs
on rappelait Roller, [Hanauer Etudes écon. 1. 576].
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400 BBVUB d'alsace
N'y relournerez-vous pas bien lost?
Si feray, si je trouve de la voicture après que je seray
retourné de Spire, où je dois mener quelques Seigneurs, qui
ont aujourd'huy fait marché avec moy.
Quand est-ce que vous reviendrez ?
Je fais estât de retourner icy dans six ou sept jours, pour
le plus tard, si Dieu nous garde de mauvaise rencontre.
Hé bien, veuez parler k nous après vostre retour, nous
sommes une compagnie en pension chez M. le docteur N. qui
désirons tous d'aller en France : nous ferons marché avec
vous, si vous nous vouler Iraicterà la raison.
Bien Monsieur je ne manqueray pas de vous aller trouver,
si tost que je seray de retour.
Dieu vous gard*3Ir.
Et vous aussi, nion maistre : soyez le bien-revenu. Com-
ment s'est porté vostre voyage ?
Assez bien. Dieu soit loué : mais non sans grande appré-
hension de rencontrer des bandoliers et voleurs.
Penzez-vous qu'il face moins dangereux, ou plus seur entre
icy et Paris ?
Je ne say bonnement. Mais ù mon ad vis un passe-port du
général N. et un autre de Monsieur TAmbassadeur N. ne
nous nuiroit pas.
Nous y adviserons. Entrons en mon poile, j'envoyeray qué-
rir mes camarades, commensaux et patriotes, qui veulent
estre mes compagnons de voyage afin de voir si nous nous
pourrons accorder.
Ne vous ennuyez pas, mon maistre, et prenez en gré le mai-
gre entretin de mon jeune frère, que j'envoyeray vers vous.
Erneste, entre dans nostre poile entretenir le cocher, qu'il
n3 s'entretiene soy-mesme k mes despens. Et prends plus soi-
gneuse garde à ses mains qu'à ses pieds.
0 que vous estes soupçonneux : pensez-vous qu'un homme
qui a a faire avec tant d'honnestes gens, ose jouer de la
harpe et se décrier partout ?
Que sait-on? l'occasion fait larron, dit le François, et porte
ouverte tente le Sainct, dit l'Espagnol. Je ne me suis jamais
mal trouvé de méfTiance, mais souvent de fiance.
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LA VIS A STRASBOURG 401
On void ordinairement au visage qui on est. Je le prends
pour un honneste homme à sa mine.
S'il est tel, qu'il sy tienne : pour moy je joue volontiers au
seur.
Nous voici tous, mon maistre. Que demandez-vous pour
homme d'icy à Paris?
Mon coche tient huit personnes, deux devant, deux derriè-
re, et deux h chasque portière. Or est-il que je ne puis faire
le voyage à moins de quatre vingts risdales (i) au dernier
mot, sans barguigner d'avantage. Si le coche est plein, ce ne
sont que dix risdales pour teste. Et si quelqu'un a une valise,
ou un bahut, (2) je prends trois risdales du cent (3).
Cela devrait bien passer par le marché.
Ouy bien, si le temps estoit encore, comme il y a quinze
ou seize ans : mais maintenant que tout est quatre fois plus
cher et qu'on court k chasque bout de cham^, risque d'estre
volé et destellé, il est impossible de demeurer à la taxe du
bon vieux temps, auquel j'ay esté traicté en seigneur à table
d'hosle pour six bats (4).
A cela ne tienne que le marché ne soit fail, touschez le,
vous aurez ce que vous demandez. Quand pourrez-vous par-
tir?
Quand il vous sera commode, je seray toujours prest.
Apprestez-vous donc pour après-demain, nous terons
aujourd'huy et demain nos petites affaires : empaqueterons
nos livres dans des tonneaux de sapin, pour les envoyer par
eau à Franckfort et de là au pays par charroy, trousserons
nostre linge en nos valizes, avec quelques livrets, comme livres
d'amis, itinéraires ou Guide de chemins, qu'on appelle aussi
Routiers, puis payerons nos debtes et ferons nos Adieux.
• d) Le Reichsthaler valait 5,80. Vov. Hanauer Etudes économ.
I p. 498.
(%) Fin felleisen oder reisstruhe,
(3) Centner,
(4) Le batzen a varié de i634 à i690 entre 0,22 à 0,25.
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402 REVUE d'alsace
C'est bien dit, Mr. Mes chevaux reposeront ce pen-
dant. A Dieu donc, messieurs, jusqu'au revoir. A propos,
c'est la coustume qu'on me donne des arrhes, quand on a
fait marché. Afin que je sois asseuré de la tenue du marché,
aussi bien que vous, que je ne vous quiteray point pour
gain, qui se puisse présenter.
Vous n'avez pas mauvaise raison : c'est autant nostre
profit que le vostre. Tenez voilà six ducats, qui font douze
risdales sur bon conte, pour asseurance que nous tiendrons
le marché.
Bien, Messieurs, je Tescriray sur mes tablettes. A Dieu,
encore une fois.
A Dieu, cocher : Ne faillez pas de venir icy après demain
de bon matin desjeuner avec nous.
Bien, Messieurs.
Bonjour, Messieurs; serez-vous bien tost prests à partir?
Ameneray-je icy mon coche?
Donnez-nous le loish' de desjeuner, et antidoter nos esto-
machs contre le mauvais air.
Très volontiers, Messieurs car la traicte est grande iusques
k la disnée, j'en vay faire autant au logis, et puis attelleray
mes chevaux, et viendray tout doucement icy.
Demeurez-icy avec nous, et nous aidez h manger un bon
polage, humer un couple d'œufs mollets, ronger une crosse
de jambon, et la carcasse d'un coq d'Inde (1).
Vous n'avez que faire d'aidant pour si peu de chose à
tant de gens.
Ne vous tourmentez point de ce solng : on est allé quérir
quatre douzaines de pastez h la mode, a un sol la pièce, et si
avons un bon gigot de mouton non encore entamé, qui res-
chautTe en la cuisine sur un rechaut entre deux grands plats.
Vous fistes sans doute hier grand'chère, que vous en avez
encore de si bons et gros morceaux de reste.
Assez bonne, nous vous souhaitasmes avec nous et pen-
sions que vous nous viendriez voir vers le soir, comme ont
de coustume les autres cochers.
(1) Dindon.
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LA VIE A STRASBOURG 403
Je ne vay pas volontiers en un logis, où je say que Ton
banquette de peur qu*on ne croye que j'y vienne pour escor-
nifler (1). J'aimerois autant estre appelé Chelme qu'Escorni-
fleur, si l'un valoit l'autre.
Asséez-vous là, et jouez de l'espèce à deux mains, man-
geant de Tune et beuvant de l'autre : quant à nous, nous des-
jeûnerons tout debout, ear nous serons assez longtemps assis
dans le coche. Çk Messieurs, k ces pastez, pendant qu'ils sont
chauds, c'est un pauvre manger quand ils sont froids et que
la graisse en est figée et la croûte coriace.
Il ne sont pas mauvais, mais j'aime toutesfois mieux de ce
lièvre froid.
Que cbascun cherche ses appétits, pour moy, je me tiens
aux œufs, viande aisée k digérer. Beuvez donc un coup chas-
cun, selon le proverbe allemand : sur un œuf un traict de
vin (2).
Aussi feray-je ; A vous, cocher, k la santé des partans.
Grand bien vous face, Monsieur. Je vous feray raison de
bon cœur.
Tenez, faites-moy raison tout d'un traict, et faites que
ceste santé aille k la ronde.
Bien Monsieur. Je voudrois que nous eussions desjk fait
car il est grand temps de partir. Messieurs, voilk mon coche,
que mon valet a amené devant la porte, disposez vous k y
monter.
Faites entrer vostre valet, qu'on luy donne un coup k
boire. Hk, le voilk desjk. Tiens, mon ami, voilk un .esperon
de vin (3) : quand tu auras mangé cela arroose-le de ceste
pinte de vin, tes chevaux n'iront que plus gaillardement, selon
le proverbe : Après bon vin, bon cheval.
Grand-merci, Monsieur, si je puis vous rendre quelque
service en nostre chemin, je le feray de bon cœur.
Çk, çk en coche. Messieurs. Il est temps de quitter ces
complimens de paroles et emplissemens de vin : la journée
se passe sans bouger d'une place.
(1) Schmarotzen.
(2) Auffein ey ein trunck.
(3) Ein bisslein sum trunck.
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404 REVUE d'alsage
Ne vous pressez pas tant, les chevaux sont frais et bien
reposez et le chemin beau et sec, nous pourrons tantost aller
un grand train.
Laissez-uioy seulement prendre congé de cet honneste
homme, que je quitte avec un extrême crève-cœur. Monsieur,
vous voyez comme je suis pressé tant par le cocher que par
le temps de monter en coche et qu'il m'est impossible de la
faire plus longue en vostre agréable compagnie que je laisse
avec un indicible regret. Voila pourquoy en prenant congé
de vous, je vous prieray très affectueusement de me conser-
ver le rang que crois ambitieusement posséder en vos bonnes
grâces et ne permettre que nostre éloignem«nt m'en puisse
déloger. Pour mon regard, vous vous pouvez asseurer, que
nulle absence ou distance des lieux n'aura jamais le pouvoir
de séparer vostre souvenir de mon cœur, ni amoindrir le désir
que j'y ai conceu de longue main, de vous servir utilement,
et vous témoigner par des effets ce que le défaut d'éloquence
m'empesche de suffisamment exprimer.
Monsieur, la faute d'éloquence dont vous vous plaignez,
estant desja beaucoup plus grande, en moy, y est redoublée
par le regret que j'ay de nostre séparation, qui me serrant le
cieur lie aussi ma langue de sorte, qu'elle ne vous peut dire
autre chose, si non que je supplie le Tout Puissant d'estre
vostre escorte, pour vous conduire seurement au por^
désiré. Et vous conjure de demeurer aussi constant ami de
vostre costé, que je le seray du mien ; de quoy vous me
donnerez des asseurances en vostre absence, toutes les fois
que vous daignerez monstrer par vos écrits, que vous avei
souvenance de moy, qui suis vostre affectionné serviteur et
amy sans fard.
Monsieur, je suis tout autant le vostre, puisque. je n'ose
dire plus.
Montons, messieurs. Quelle place vous plait-il prendre?
Mettez-vous derrière, vous deux autres messieurs. Je say
bien que vous ne sauriez endurer d'estre charriez k reculons.
De moy, il est bien vray, car il me faut incontinent vomir,
sauf correction.
Et moy, il me prend un tournoyement et douleur de teste,
qui m'accompagne tout le long du voyage.
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LA VIE A STRASBOURG 40o
Je ne suis pas (Dieu mercy) sujet k ces incommodilez,
voilà pourquoy je me mettray devant.
Monsieur, mettons-nous k ceste portière.
Estes-vous bien messieurs ?
Ouy, cocher, touchez vos chevaux.
Attendez encore un peu que j'accommode mon manteau et
ferme la portière. Hay allons h la garde de Dieu.
A Dieu, Messieurs. Dieu vous donne bon voyage et vous
garde de toute mauvaise rencontre.
Je le prie aussi qu'il vous vueille maintenir icy en bonne
santé et prospérité. Par quelle porte sortirons-nous ?
Par celle qu'on appelle Kronenburgerthor. Si cette maudite
guerre n'avoit ruiné tous les quatre coins et le milieu de
nostre pauvre patrie, nous aurions à ceste heure une compagnie
de trente ou quarante cavaliers habillez h l'avantage, avec un
trompette h la teste, qui nous donneroit la conduite jusqucs
au premier village.
Je ne me eoucierois guère du défaut de cette piatîe si seu-
lement il faisoit seur voyager comme du règne de l'empereur
Rudolphe.
Prions de bon cœur l'Empereur de tout l'univers, qu'il nous
face conduire par ses saincts anges et nous passerons sains
et saufs k travers tous dangers.
CHAPITRE VINGTIEME
Du Batelier (1)
Dieu vous gard', Monsieur. Ceste heureuse rencontre
accourcit mon chemin, car je vous allois chercher en vostre
logis.
Que me voulez-vous donc *?
(1) La corporation des bateliers était une des plus anciennes et
plus puissantes de Strasbourg. Ses membres habitaient tous la
Krutenau actuelle et le poôle de la tribu se trouvait sur le quai
des bateliers & l'enseigne de l'Ancre dont le nom est resté à la ruelle
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406 REVUE d' ALSACE
Je vous voulois demander s'il est vray que vous veuillez
aller au Pays-Bas.
Ouy, il est vray.
J'ay aussi le mesme désir et cherche compagnie.
Vous l'avez trouvée, si elle vous est agréable.
Monsieur elle me sera non seulement agréable, mais aussi
honorable ; mais comment avez-vous envie de faire voslre
voyage.
En bateau, parce qu'il y fait plus seur qu'en coche ou à
cheval. Et mesme on peut en un bon repos, passer le temps
k lire quelque bon livre, ou à jouer à un honneste jeu.
Avez-vous desj a fait marché avec un batelier?
Non pas encore, mais je m'y en vay de ce pas.
Je vous tiendray compagnie s'il vous plaist.
Allons donc par ceste rue, qui mené sur le pont Sainct-Es-
tiene, par où on va k la Prairie aux herbes (1), où demeurent
les bateliers. Voici son logis. Petit garçon où est ton père?
H est au poile (2).
Va luy dire qu'il y a quelqu'un devant la porte, qui luy
veut dire un mot.
Bien Monsieur. Mon père, il y a deux Messieurs Ik-dehors
qui demandent k parler k vous.
Dieu vous gard'Messieurs. Que me voulez-vous ?
Irez-vous bien tost k Francfort ?
Ouy, la semaine prochaine, s'il platt k Dieu.
M'y voulez- vous mener avec Monsieur que voicy?
Ouy dk. Messieurs, en payant ce que de raison.
voisine. Elle avait acquis d'importants privilèges et la navigation
sur le Rhin de Bàle à Neubourg lui appartenait. L'époque de splen-
deur fut le XV« siècle, grâce aux nombreuses foires de France et
d'Allemagne qui amenèrent un très grand mouvement de marchan-
dises. Le déclin fut rapide et au XV11« siècle, elle n'avait plus que
le droit de transport deux fois par an pendant six semaines au
au moment de la foire de Francfort. Les moyens de communication
par voie de terre devenaient de plus en plus pratiques et rapides.
(Pilon H 7-13. Engelhard. La tribu des bateliers de Strasbourg ds.
Rev. alsacienne 1887).
(i) La Krutenau.
(2) Le poêle de la tribu.
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LA VIB A STRASBOURG 407
Cela s*entend mon maistre : nous ne demandons pas que
vous nous serviez gratis ou pour néant. Que voulez-vous
pour une personne?
Trois risdales. *
C'est beaucoup.
Ce n*est pas trop ce n'est que Tordinaire.
Nous vous les donnerons donc. Quel jour partirez-vous ?
afin que nous nous puissions tenir prests.
Je ne say encore bonnement. La marchandise, que je doy
mener est encore en la douane.
Venez-moy trouver Dimanche au Loup (1) sur le quay, vous
m'y trouverez vers le soir, et je vous en sauray rendre meil-
leure raison qu'a ceste heure : si j'ay chargé Lundi, je parti-
ray Mardi de grand matin à l'ouverture de la Palissade (2).
CHAPITRE VINGT-UNIEME
Du Brasseur de bière
Voilk un temps tout a souhait pour les vendeurs de bière :
car la chaleur est si grande que le vin eschauffe et altère
plus qu'il ne rafraischit ou estanche la soif. C'est pourquoy
j'irois volontiers en un cabaret k bière en mettre une pinte
sous mes cheveux, n'estoit qu'il y a toujours des gens qui y
pétunent, ou prenent du tabac, ou petun, la fumée duquel
je ne puis souffrir.
Si vous voulez venir en mon logis vous reposer sous un
charriot, cabinet ou berseau de treille de nostre jardinet de
derrière, où il y a une belle table quarrée d'ardoise, nous
serons Ik a l'ombre et h la frescheur, et boirons h gogo de la
bière de Mars, que mon hoste encava il y a quinze jours. Si
elle est un peu trop amôre pour vous, k cause qu'il y a beau-
coup de houblon, pour ne s'enaigrir si tost, l'en envoyeray
(4) Auberge de la Krutenau déjà menlionnée en 1446 et 1466.
(2) LeRechen aux Ponts-Couverts actuels.
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i08 REVUE d'a.LSAGB
quérir un pot de douce à la Cloche (1), à l'Ours (2), au
Soleil (3), au Coq blanc (4), k la Guirlande de roses (5), a
TAustruche (6), au Gréant (7), à la Cigognetle (8), à la Bre-
bis (9), ou au Ramage d*oispaux (10). Je la feray aussi raiïré-
chir dans un raffreschissoir ou cuveau plein d'eau de nostre
puits, qui est froide comme glace en esté et chaude, ou plus-
tost tiède en hyver.
Je vous prends au mot. Tay ouy parler de Texcellence de
voslre bière, qui pique un peu sur la langue, comme celle de
Brunswick, et a une petite amertunc qui n'est pas
désagréable.
Servante, va nous tirer une cruche de bière et nous apporte
le verre d'une chopine. — Pourquoy es-tu demeurée si long
temps en la cave? S'il y avoit la-bas un fourneau, une chau-
dière, du braz, du houblon, du bois et de l'eau, je dirois que
tu l'a maintenant brassée.
(1) D'après Ch. Schinidt, Strassbg. Gassen und Hœusemamen
im Mittelalter, 2e éd. il y avait une brasserie de la Cloche dans
la Grande rue en i5S7, précédemment à V Enclume. 11 est probable
que Martin parle de celle-là et non de celle existant rue des Sœurs
qui ne prit son nom qu'en 1832. (F. Heiber Etudes gambrinales
p. 81).
(2) Il est probablement question de VOura blanc place Kléber
qui HbM déjà une auberge en 1494 [Schmidt 147j. Il y avait une
auberge à VOurs d'or dans la Grand'Rue en 1.580. En 1427 et 14ÔU
on trouve mention d'une auberge à VOurs rouge au Vicux-Marcbé-
aux-Poissons. Un Ours noir se trouve Grande Rue, mais il n'est
pas cité par Schmidt.
(3) Dans la Grande Rue de la Grange, n'est pas mentionné par
Schmidt.
(4) Au faubourg de Pierres; le texte allemand porte beym.
Weissenhaus.
(?S) N'est pas mentionné dans les listes publiées par Reiber.
(G) Place de la Grande Boucherie, est déjà menUonué en 13(i3-
i393. Stûbel der Schiffer zu den Stimss, am Salzhof nebcn dem
Lœwenstein 1427, 1478. (Schmidt 151. Reiber 81).
(7) Rue de la Kru(enau.
(%) Place du Eroglie. Disparu.
(^) Place Dauphiue. Disparu.
(i'^) Quai des Baleliers. Parait déjà comme brasserie en 15S7.
('Schmidt 175, Reiber 82;.
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LA VUK A STa.VSBÛURG 409
Monsieur, ce qui se fait bien, se fait assez visteraent. Voyant
que VOU5 aviez un honneste homme avec vous, je n'ay pas
voulu tirer de ia bassière (1) mais ay percé une tonne pleine.
Va, tu es une gallante fille, je t'acheteray un ruban de
cheveux ou lacet de soye pour ta foire (2). Donne-moy &
boire, je me pasme, comme un poisson hors de Teau.
Tendez donc le verre.
Verse de haut, que la bière face beaucoup d'escurae ; j'y
enfonce volontiers le nez jusques aux yeux.
Vous n'estes donc pas de Tadvis de ce pendard, qui estant
desja sur i'eschelle, demanda un traict de bière, et ayant le
verre en la main, souffla toute l'escume dehors, disant qu'elle
luy engendrerait la gravelle, s'il la beuvoit.
S'il n'est vray, la bourde est belle.
Ce conte est aussi cousin-germain de cet autre, assavoir
qu'un tel pendard refusa de boire après le bourreau de peur
de prendre la vérole de luy.
Tout cela est snjet à caution, toutesfois il vaut mieux le
croire que d'y aller voir.
CHAPITRE VLNGT-DEUXIÈME
De la Lavandiàre
Nous n'avons plus de linge blanc, il est temps que nous
fassions la lessive. Puisque le temps est changé, et qu'il y a
apparence, que nous aurons quatre ou cinq jours de beau
temps, je serois d'advis, que nous accouplassions (3), aujour-
(\) Auê einem fast leeren fas,
(1) Eine Naarschnur oder einen Preissnettel zum Mess-
kramkanfen.
(^) Were ich der meynung wir solten heut unser schiaartz
geteuch zusammen nehen morgen einlegen, ûbermorgen aufi-
chûtten, und die bauch am freytag waschen, dieselben auffder
Bûne und Gang auff die seile die da auff'gespannet seind
auffhencken.
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4i0 REVUB d'aLSACB
d'huy nostre linge sale, rencuvelassîons demain, pour jcller
après demain la lessive, et la laver Vendredi, la pendre au
grenier, et en nostre galierie aux cordes, qui y sont tendues.
Yostre conseil n'est pas mauvais, car elle pourra bien
sécher le samedi et dimanche, si cette sécheresse et sérénité
continue. Je diray & mon serviteur qu'il lie ferme ses bas de
ses jarretières, afin qu'il dure (1), s'il veut que je croye que
j'ay en luy un constant amant.
Croyez-vous que cela y serve de quelque chose?
Nenny, mais c'est un commun proverbe en ce pays-cy ; s'il
vient k point, nous pourrons replier le linge sec lundi pro-
chain et le resserrer en sa place.
Mon mari, mettez la main à la bourse, et me donnez de
l'argent pour acheter des cendres et du savon de Venise : car
le savon noir (2) sent trop mauvais. Nostre cendrier (3) est
percé, il y faut mettre une pièce. Nous en aurions grand
besoin d'un neuf, cestuy-là esté autant rappiécé qu'un man-
teau de gueux.
Il s'en faut encore passer pour ce coup. Servante n'oublie
pas de mettre nos pots de chambre dessous la cuve k lessive
dans le eu veau (4), quand la lessive coulera (5), car il n'y a
rien qui nettoyé mieux. Avez- vous desja asseuréune buan-
dière (6) ou lavandière?
Ouy, et si luy ay enchargé de se pourvoir d'une femme ou
d'une forte fille, pour luy aider k tordre le linge et porter la
buée.
Commande-luy bien de se servir plus de ses mains en
savonnant et frottant, que son battoir en battant le linge,
car il en est beaucoup plustost usé.
Qu'est-ce que l'on donne k une lavandière pour sa journée?
[1] Coutume encore en usage aujourd'hui, mais ne s'applique
qu'aux enfants auxquels on le dit en leur faisant remonter les
bas mal tirés.
[2] Schmierseif.
[3J Aeschertuch.
[4] Unter die bauch butte in den Kûbel.
[5] Wann die laug durch lauffen oder seijchen wird.
[()] Bauchwœscherin.
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LA VIE A STRASfiOUBG 411
Quelques uns luy donnent huict sols (1), d'autres neuf ou
dix, avec une miche de pain.
Combien de fois leur donne-on k manger le jour ?
Elles font quatre repas. On leur donne du potage au matin
avec quelque autre chose et un gobelet ou deux de vin. Au
disner on leur donne tout leur saoul de chair, avec le potage,
quelques fois des pois uu lard ou des quartiers de pommes (2),
sans oublier le dessert de fromage et fruict. selon la sai-
son. Vers les trois ou quatre heures on leur apporte à gouster
à la rivière, en quoy elles emploient bien une heure ou trois
quarts d'heure. Le soir estant venu, et la buée ou lessive
lavée, celles qui ont la conscience large (3), comme la manche
d'un Cordelier, vont jusques en leur logis, pour y changer
d'habits, comme elles disent : mais à la vérité le principal
sujet et d'y porter leur larcin, c'est h savoir quelque che-
mise, une serviette (4), ou du moins un maillot d'enfant (5),
qu'elles jureront avoir esté emporté par l'eau. Outre cela des
morceaux et restes de savon, des quartiers de pain et des
restes de vin. Car il est à noter que telles harpyes apportent
quelque cruche ou pot k la rivière, dans lequel elles vuident
le vin des flascons et en demandent d'autres. Cela fait, elles
vont au logis de celuy, pour qui elles ont travaillé, où elles
trouvent la table bien couverte, sont traictées en commissai-
res, et boivent à crèvepeau, s'enyvrant de sorte qu'il les faut
remmener par dessous les bras au logis chancellantes (6) :
comme de fait j'en ay veu tomber dans le ruisseau (7) en
chemin.
[1 1 La valeur du son de Strasbourg a varié de 1634 à 1682 enlre
0rr33et0fr39.
[2| Aepfelschnitzen,
[3J So ein weites Gewissen haben dasê ein fuder hew durch-
fahren kœnnte.
[4] Ein tellertûchlein.
[5] Ein KindstcindeL
[6| Dorckenld.
[7] Jn die lâche.
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ii% RBVUB D'ALSiLGB
CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
De rarithméticien
D*où venez-vous avec vostre peau d'asne ?
De chez rarithméticien.
Apprenez-vous h conter en chiffres ?
Ouy, et aussi avec des jectons (1) ; mais parcequ'on se
peut aï8ém3nt mesconter, j'aime mieux m*accouslumer a
l'usage des marchands allemands, qui est asseuré et infailli-
ble avec chiffres.
Cela est vray : car encor que Ton faille, Terreur se descou-
vre aisément k la preuve : Comment est-ce que vostre maistre
fait les preuves ?
Il preuve Taddîtion par la soustraction, et cet espèce icy
par celle-lk : la multiplication par la divisision et au rebours.
Qu'est-ce qu'on appelle la règle de Trois (2) ou des Mar-
chands ?
C'est une disposition de trois nombres distincts, séparez
d'un petit intervalle, par laquelle on trouve, si un fouder de
vin couste vingt neuf risdales, combien en coustera le pot, la
pinte, la chopine, demi-chopine, ou un verre : et au rebours,
si un verre de vin couste deux liards, à combien reviendra
le fouder. Pareillement si une pièce de draps couste quatre
vingt dix neuf florins, combien en vaudra l'aulne, la demi-
aulne, le tiers, le quartier et ainsi des choses qui se vendent
au poids.
J'aurois grand besoin d'aller k Tescole avec vous, car je ne
say pas encore la valeur des nombres qui s'escrivent par
lettres, comme ceux-cy mdglxvi.
Je vous les donneray à entendre, si vous voulez m'escou-
ter, car j'y suis tantost maistre, mon maistre a desja peur
que je ne luy coupe l'herbe sous le pied, et luy desbauche
ses escoliers.
(i "I Rechenpfenn inge.
(i) Ifegul de tri.
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LA VIB A STRASBOURG 4t3
Je croy que voire ! Preschez donc je vous escoule.
M signifie mille, parceque c'est la première lettre du mot
et s'escrit aussi gk) ou oo , par une figure corrompue de Tanti-
que H des latins.: d ou i3 vaut cinq censt parce que c'est la
moitié de cio ou mille : c signifie cent, parce que c'en est la
première lettre : l vaut cinquante, parce que c'est la moitié
du vieux c, qui s'escrivoit ainsi [ : v vaut cinq, d'autant que
c'est un II ou îf renversé signifiant aussi cinq en grec parce
que c'est la première lettre de iibvte=: cinq. Cet v doublé et at-
taché par un bout représente X, etsignifie deux fois cinq on dix.
Un I ne vaut qu'un h cause que ce n'est qu'un simple traict.
Tellement que mdglxvi valent 1666 ou mille six cens soixante
six. Notez aussi qu'un plus petit nombre mis devant un plus
petit le diminue d'autant, ainsi que vous le pourrez voir en
ceste liste de nombres :
Un 1 I Deux 2 ii. Trois 3 m. Quatre 4 iv. Cinq 5 v. Six 6 vi.
Sept 7 VII. Huict 8 viii. Neuf 9 ix. Dix 40 x. Onze il xi. Douze
12 xii. Treize 13 xiii. Quatorze 14 xiv. Quinze 15 xv. Seize 16
XVI. Dix sept 17 vxii. Dix huict 18 xviii. Dix neuf 19 xix.
Vingt 20 XX. Vingt un 21 xxi. Vingt deux 22 xxri, etc. Trente
30 XXX. Quarante 40 xl. Cinquante 60 l. Soixante 60 lx.
Septante ou soixante et dix 70 lxx. Octante, huictante ou
quatre vingts 80 lxxx. Nouante ou quatre vingts et dix 90
xc. Cent 100 c. Cinq cens 500 d ou id. Mille 1000 m ou cio ou
00 . Cinq mille 5.000 iod. Dix mille 10.000 ccioo. Cinquante
mille 50.000 iddo. Cent mille 100.000 cccirKK). Cinq cens mille
500.000 iDOOO. Million 1 .000.000 ccgctodoo. Milliar 1 .000.000.000
CGCGCiDODOD. Marquez aussi en passant que quand il y a un
traict de travers sur un nombre, il le fait signifier des
milliers, ainsi ï, mille : v cinq mille : x dix mille etc.
S'ensuit la table de multiplication qu'on appelle une fois un.
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414 RKVUB d' ALSACE
CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
Du Barbier (1) et chirurgien
A las ! au meurtre (2), k l'aide, mes amis.
Qu'y a-il? Qu'est-ce, qu'est-ce ? Que vous faut-il? A qui en
avez- vous?
Prenez-le, prenez-le I ^
Il est trop bien enjambé pour Tattrapper. Que vous a-t-il
fait, ce fuyard ?
Il m'a fort blessé: menez moy vistement chez un chirur-
gien, pendant que je puis encore marcher : je ne say si j'en
eschapperay, je suis blessé k mort, la perle de mon sang me
fera tomber en défaillance, si on ne Testanche en diligence.
Nous voicy desjk devant la maison de maistre Philippes,
frappez k la porte.
Toc toc loc, holk dormez-vous desja tous Ik-dedans?
Qui est Ik ?
Amis, ouvrez vistement.
Qu'y a-t-il ? messieurs.
Approchez la chandelle, vons le verrez.
Hélas! Monsieur, qui est-ce qui vous ainsi accoustré ?
Vrayement vous estes mescognoissable en cet estât k vos
meilleurs amis.
Hastez-vous de me secourir, mon maistre : car les longs
discours ne sont pour l'heure de saison.
Monsieur, je suis tout prest : incontinent que vous m'aurez
dit où et par qui cela vous a esté fait, je mettray la main k la
besogne: car nous sommes obligez par serment d'en faire
rapport au Magistrat.
Bien donc, je vous raconteray tout en peu de paroles, sans
desguiser la vérité. Comme je m'en relournois au logis, après
avoir soupe en ville, j'ay rencontré un soldat, qui avoitJai
(i) Balbirer.
(%) Mordio
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LA VIE A STRASBOURG
41S
emplette de vin, et mesme de vin de lion (1). Iceluy criant
comme un veau de dixme (2), ça, ça, ça, je luy ay dit, à qui
en as-tu pays? Quête faul-il? Surquoy il a tiré Tespée fait
violettes (3) et respondu : Hé que t'en soucies-tu bec-jaune,
grimau, gratte papier, affamé, mangeur d'orge (4). Viençà
Tespez au poing, si tu en as une, et te mets en défense,
autrement je te meurtriray tout de coups de plat d'espée.
Moy qui suis un honneste estudiant, qui ay il y a trois ans
déposé les cornes et passé mon année de bec-jaunage (3), et
suis depuis environ deux ans hors de Testât d'innocence,
(comme on dit) me sentant si rudement attaqué en mon
honneur, j'ay tout incontinent, tiré Tespée, en intention de
chaslier la témérité de ce fat. Mais Iks I au premier assaut je
Tay trouvé charmé, et dur comme une enclume : car luy ayant
tiré une verde estocade droit aux boutons, mon épée s'est cour-
bée sur sa paillarde poictrine comme un arc, sans aucunement
entrer. Luy d'une prompte riposte m'a donné une telle estra-
massade sur la teste que je la pensois fendue en deux pièces.
Le sang sortant en abondance de la playe et me découlant sur
les yeux, m'a privé de la veuë et en mesme temps du moyen
de me défendre et ainsi ay esté contraint de crier h l'aide. Ce
qu'entendans ces messieurs-cy, qui n'estoieht qu'a vingt ou
trente pas de moy et me recognoissant k la voix, ils y sont
accourus, mais non pas si viste, qu'il ne m'ay encoie donné
un coup dans le bras qu'il a percé de part en part.
Le cognoissiez-vous bien ?
Non autrement que de veue. 11 fait souvent la garde à la
porte des Bouchers.
Vous eussiez mieux fait de vous taire, et le laisser crier.
Ne savez-vous pas qu'on dit en nostre langue allemande.
(4) Der sein geld an nasse wahr gelegt hatteund einen lœwen
wein gesoffen,
(2) Blerrte wie ein merUen Kalb.
(3) Hat er von ledcr gezogen, in die stein gehawen.
(A) Du pénal, Schulbiib, bâchant, blackscheisser, hungerlei-
der, gerstenfresser.
(5) Der ich schon vor drey Jahren deponirty mein pénal Jahr
aussgert atden hab.
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416 RisvuB d'alsace
qu'une charrée de foin doit céder et faire large k un homme
yvre (1). Il y a environ vingt ans que je suis en ceste ville,
durant lequel temps j'ay esté de nuict par les rues à toutes
heures, mesmes après minuict, mais je n'ay jamais rencon-
tré yvrogne, qui m'aye querellé, ni patrouille, qui m'aye fait
un masque de gant de maille. La raison est que j'ay laissé
passer ceux-là sans mot dire, et donné de bonnes paroles à
ôeux-cy. Belles paroles n'escorchent pas la langue : et plus
esteint une bonne parole qu'une chaudronnée d'eau. Mais
c'est assez sermonné pour ceste heure, à chose faite, conseil
est pris. Asseez-vous là dans ceste chaire, s'il vous plaist.
Garçon, apporte un peu d'eau tiède pour laver le sang du
visage et des cheveux, et du vin blanc pour nettoyer la
playe, et un rasoir (3) pour raser les cheveux d'alentour. 0
qu'elle est grande ! Donne moy la sonde (4), que je voye
combien elle est profonde. Fay de la charpie (5) d'un vieux
drapelet, le ratissant ou raclant (6) avec le trcnchant d'un
couteau pour en faire des tentes. Prends la boûette aux on-
guents,*(7) et avec une espalule estends l'onguent verd dessus
un drapeau pour un emplastre au premier appareil, et ap-
preste les bandelettes. Certes la playe est bien profonde : j'ay
peur que le test ne soit offensé. Si cela esloit, il vous faudrait
trépaner, pour en oster les esquilles : car autrement le cerveau
s'apostumerait, et vous causerait infailliblement la mort.
Voyons ce qui en est. Dieu soit loué, le dommage n'est pas si
grand que je pensais. Toutesfois pour estre plus asseuré, et
ne rien bazarder, il faubra faire appeller les maistres jurez,
si tost que le jour sera venu. Cependant j'y mellray cet
eitiplastré, avec une compresse dessus, de peur que rien ne
l'offense en dormant.
(1) Ein fuder hew solle einem vollen Mann weichen,
[2] Lawlicht Wasser,
[3] Scheermesser,
|4] SuchnadeL
[5] Carwey.
[6] Und schabes,
[7] Bindbûchse.
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LA VIE A STUASBOURG il"
DE LA SAIGXÉE
Bonjour, Monsieur, j'ay veu tant \\ la double croix de
mon Almanac, qu'aux bandelettes (1), qui pendent à vostre
fenestre, qu'il fait aujourd'huy bon se faire tirer du sang. C'est
pourquoy je suis entré céans pour me faire saigner, a cause
que la gratelle me tourmente de sorte, que je n'ay repos ni
jour ni nuici, la peau me démange si fort, qu'il m'est impos-
sible de me tenir que je ne me gratte, après quoy elle me
cuit comme feu : action qui n'est pas seulement fascheuse,
mais aussi très malséante en compagnie. Mon médecin
impute la cause de ceste démangeaison k la chaleur et séro-
sité de mon sang : pourtant suis-je d'advis de me faire ouvrir
la veine pour me raiîreschir le foye enflammé de boire des
vins forts.
Vous devriez donner congé au vin pour quelque temps, et
ne boire que de la ptisane.
De quoy la fait-on ?
D'eau de fontaine que l'on boult avec de l'orge, des raisins
de Corinthe, de la réglisse (2) et quelque peu de canelle.
Asséez-vous en ceste chaire.
Apporleunbacin,garçon,deuxpalettes(3),unebandeletteet
du cotton, comme aussi la pièce de drap rouge pour mettre
sur les chausses de Monsieur, qu'elles ne soient tachées.
A quel -bras voulez-vous que je vous saigne ?
Au droict, et prenez une lancette, car depuis que j'ay veu
UQ bras tout bleu et jaune, je ne me fie plus aux flammettes,
lesquelles percent quelques fois la veine de part en part,
quand le barbier a la main trop pesante, et frappe trop fort :
dont est parfois arrivé qu'il a fallu couper le bras k de pau-
vres personnes, pour sauver le reste.
Vous n'avez que faire de craindre pour cela de mon costé ;
je suis assuré de mon baston. ïoutesfois je vous serviray h
vostre gré. Tournez donc la veue ailleurs, et estendez 11» hras,
empoignant ferme le pouce avec les quatre doigts.
[i] Lassbinden,
[2] Sitssholts.
(3) Ztoey kœchletn.
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4i8 RBVCE b'alsace
Dieu vous bénie la saignée, Monsieur.
Grand merci, Messieurs,
Empoignez ce baston, tournez-le et pliez le bras. Toussez
aussi de fois à autre, afin que le sang coule mieux dehors.
Que vous semble de ce sang ?
i\ est bien corrompu, il est bruslé, il y a beaucoup de co-
lère et de phlegme. Vous avez le foye fort chaud.
La beuverie en est cause. Je détremperois mon vin d'eau
comme on fait en France, mais le vin de ce terroir ne la peut
porter : car pour fort qu'il soit, il sent les rinccures de pintes,
si tost qu*on y mesle un peu d'eau.
N'avez-vous pas encore mal au cœur ?
Nenny, je ne suis pas subject aux pasmoisons ou foiblesses
de cœur. Tirez m'en beaucoup, je suis fort sanguin et sans
gain.
Vous estes aussi sanglant, je ne say si aussi sanguinaire.
Menny : je laisse cette qualité aux damnables exécuteurs
du massacre de Paris, et aux bouchers de Lyon, qui n'eurent
point horreur d'esgorger des troupes, des femmes, enfans et
hommes prisonniers pour la religion, lesquels les bourreaux
ne voulurent attoucher.
Vostre sang se change, il est temps de bouscher le trou :
la trop grande saignée vous pourroit faire tomber en syn-
cope. Ëstendez le bras que la playe se referme. Serrez ferme
la bandelette sur le cotton et la nouez bien. Et vous, portez
vostre bras en escharpe toute ceste journée, et le choyez
bien, ne faisant rien de cette main avec force, de peur que
la veine ne se r'ouvre. Etaliez manger un bon potage, humer
un couple d'œufs mollets, puis faire une promenade, pour
deschasser le sommeil ; car le sommeil engendre un sang
mélancholique. Beuvez de bon vin mais modérément.
Laissez faire à George, c'est un homme d'âge. Tenez Mon-
sieur, voilà un teston d'Espagne pour vostre peine et si voilà
deux sols pour le vin du compagnon.
Grand mercy Monsieur. Revenez bienlost nous voir, nous
vous servirons encore mieux, s'il nous est possible. Prenez
en gré pour ce coup.
Soyez aussi content de moy, que moy de vous, tout
ira bien.
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LA VIE A STRASBOURG 419
Aide à Monsieur k reveslir son pourpoint, remettre son
rabat et se boutonner: car il ne se peut servir de la main
droicte. A ceste heure, mets-luy le manteau sur les espaules.
A Dieu, Monsieur.
A Dieu, Monsieur, Dieu vous face bien profiter voslre sai-
gnée et vous rende vostre entière santé.
Je le prie aussi qu'il vous maintienne en la vostre.
DE LA TONSURE
Voilk Monsieur despesché, mais pour moy, je suis venu
pour me faire faire le poil : car mes cheveux sont si longs,
qu'on me prendroit pour un Egyptien, si j'avois le visage ba-
sané comme eux.
Garson, aporte-moy mes ciseaux et un peigne, pour faire
les cheveux à cet honneste homme. Comment voulez vous
avoir les cheveux ?
Longs de trois doigts et égaux partout. Seulement gardez-
vous bien de me faire des eschelons.
N'en ayez peur : je ne suis pas apprentif en mon estât.
Voulez-vous pas que je vous laisse une moustache. ?
Nenny, je laisse ces queues de renards aux effeminez dame-
rets, qui ont leur vie gagnée, et employent la moitié de la
matinée à gauffrer leurs cheveux et friser leurs moustaches.
Il me suffît de tenir ma teste nette, sans crasse, poux et lendes,
Voulez-vons qu'on vous lave la teste avec de la lexive, et
une savonnette.
Nenny, parce que j'ay souvent ouy dire, qu'il faut souvent
laver ses mains, rarement ses pieds, jamais sa teste. J'ay un
peigne de fer à long manche que je chauffe modérément, et
m'en peigne pour dégraisser mes cheveux.
L'invention n'en est pas mauvaise.
Qae savez- vous de nouveau, mon maistre?
Je ne say rien pour ceste heure. Je n'ay misd*aujo::r.!'huy
le pied hors du logis.
Aussi n'est-il besoin, car on vous apporte les nouvelles en
vostre maison. Ne dit-on pas on proverbe que : Qvû veut
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420 RBVUB d'alsage
apprendre des nouvelles, doit aller chez un barbier, au four
bannal, à la rivière, k la boucherie.
Regardez dans ce miroir, si vos cheveux sont bien ainsi.
Ouy très bien. A la barbe h ceste heure. Faites-la k la
mode en poincte : et si rasez le poil des jouëes avec un rasoir,
et me relevez les moustaches avec un frisoir ; mais gardez-
vous bien de les brusler. Me voila bien : espoussetez un peu
mes habits, il sont tout pleins de cheveux. Frottez-moy aussi
un peu le col, et me soufflez dans le dos, je sens de menus
cheveux qui me picotent. Ostez-moy aussi Tordure des
oreilles avec un curoreille.
DE ^ARRACHEMENT DE DENS
Mon maistre, j*ay une dent qui me fait si grand mal il y a
bien huictjours, que je n'ay repos, ni relasche pour dormir
une demi heure. Je me suis servi d'infinie receptes, qne Mon-
sieur Chascun et Madame sa femme m*ont ordonnées pour
appaiser la douleur, mais elles ni*ont plus-tost rengregé le
mal. C/est pourquoy j'ay recours au dernier et asseuré
remède qui est de la faire arracher : mais je voudrois que
vous me promissiez de ne me point faire de mal.
Monsieur, pour des promesses, tant que vous en voudrez :
mais il faut chercher autre que moy pour les tenir. Car vous
savez bien qu'on dit d'un elTronté menteur, qu'il ment
comme un arracheur de dens, parceque pour attirer des cha-
lands, il promet l'impossible en plein marché. Puisque la
dent vous fait mal sans y toucher, vous pouvez bien penser
qu'elle vous fera encore plus mal, lorsque je Tempoigneray
avec le davier ou pélican, et que je l'arracheray k vive force
avec la racine : mais le meilleur est que la douleur ne durera
qu'un clin d'oeil, et vous serez tout k fait délivré de ceste
continuelle geine.
Vous avez raison, c'est une vraye torture : pourtant dit-on
que le mal des dens n'est pas une maladie, mais une rage.
Faites donc vostre mieux, et me dites comment il faut (jue je
me melle : je seray obéissant comme un bon enfant et patient
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LA VISA STRASBOURG 421
ainsi qu'une brebietle : cette bourrelerie m'a rendu doux et
souple, comme un gant de chevrotin.
Quelle dent est-ce qui vous fait mal 1
Une dent meulière de la maschoire droicte.
Asséez-vous donc à terre sur ce carreau et ouvrez la bouche
si grande que vous pourrez, comme pour y fourrer un pain
blanc d'un sol. Est-ce celle cy ?
Ouy, tirez hardiment. A Iks !
La voilà dehors.
Ah Dieu soit loué.
Tenez, rincez vostre bouche avec ceste eau fresche. Laissez
moy un peu voir ce qui manque a ceste dent. La racine est k
demi pourrie. Les defluxions froides tombans dessus causoient
cette douleur. Or pour prévenir un autre mal et desfourner
cette défluxion, je vous conseillerois de vous faire faire un
cautère au bras.
Comment le fait-on ?
On y applique une fort petite emplastre faite de cantharides
et de levain, laquelle fait élever une ampoulle ou vessie sur
la peau, laquelle estant ouverte, ladite defluxion sort par là,
et y prend son chemin ordinaire. Or de peur que le trou ne
se referme, on y met un pois, que l'on y change tous les jours.
ADDITION
il y a un charlatan (i), qui a ordinairement son estau au
bout du marché au blé, il a deux sortes de drogues, que j'ay
csprouvé estre très-bonnes.
Qu'est-ce donc ? On tient toutesfois ces gens pour trom-
peurs de monde et vendeurs de fumée.
La première est une petite bouêtte d'onguent blanc, avec
un petit cornet de poudre blanche, dont on met un peu sur
un trenchoir lequel on met en un lieu où il y a des souris.
Toutes celles qui en goustent meurent infailliblement, et les
autres s'enfuyent, comme je l'ay expérimenté au logis, oii je
suis à présent. Car il y a deux ans que les souris s'y prome-
[1] Marckschret/er, quacksalber oder storger.
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422 REVUE D*ALSÀCE
noicnl tout privôment de jour par la cuisine, le poile et la
chambre, et mesme sur la table, si lost qu'on tournoit le dos.
Ouand on estoil assis, on les sentoit passer et repasser entre
les jambes, et sauter par dessus les souliers. Mais depuis que
je leur ay fait présent dudit mets, elles se sont evanouyes.
— L'autre est un onguent verd, nommé Onguent de Suabe,
duquel j'ay fait Tespreuve en mon garçon, a qui j'ay guéri
un trou au front d'un coup de pierre, le lavant de vin, y
appliquant une emplastre de cet onguent, et graissant les
environs de blanc d'Espagne. Par ainsi j'ay espargné quatre
ou cinq risdales qu'un barbier m'eust demandez poursagué-
rison. Il a esté guéri en peu de temps, sans que le feu ni la
gangrène s'y soient mis, et si a rendu fort peu de pus. I/es-
care est desjk si sèche, qu'elle tombera aujourd'huy, sans
laisser, comme j'espère, aucune cicatrice.
Me pourriez- vous bien apprendre la raison pourquoy on
appelle Charlatan tous triacleurs, distillateurs, arracheurs de
dens, vendeurs de poudre de serpens, d'onguens et de baus-
me par les places des villes sur une table, un banc ou un
eschafTaut ?
Ouy dà, Monsieur. Ce mot Charlatan est k dire proprement
un homme qui par belles paroles vend une mauvaise mar-
chandise, un enjauleur, un babillard de droguiste, commeestoit
à Paris l'an 1023 un nomé Tabarin, et un Italien nommé
Mont d'Or, qui ayant fait dresser un eschafTaut en l'Isle du
Palais, amassoient la populace par leur musique de violons,
et farces qu'ils jouoient, après quoy ils se mettoient sur la
loiiangc de leurs drogues, et en disoient tant de bien, que le
sot et badaud peuple croyant qu'elles guérissoient de tous
maux et de plusieurs autres, il y a voit presse à qui jetteroit
le plustost son argent noué dans le coin d'un mouchoir,
ou dans un gant, sur l'eschalTaut, pour avoir une petite
bouëtte d'onguent enveloppé dans un billet imprimé, conte-
nant son usage et la façon de s'en servir. On m'a dit que ce
boullon devint en peu d'années si riche de l'argent des fols,
qu'il acheta une seigneurie près Paris, dont il n'a guère
longtemps jouy.
Pourquoy cela ?
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LK VtB A STRASBOUItG 423
Parce que ses voisins qui esloienl gentilshommes de bonne
et ancienne maison, ne pouvans endurer un Pantalon ou
embabouineur de badauds, un fol qui avec son chapeau
métamorphosé en mille sortes, en avait fait rire tant d'autres,
pour leur compagnon, le tuèrent un jour k la chasse, k ce
qu'on m'a dit. Son maistre Mont-d'or italien, ne luy a voit pas
bien appris le proverbe son pays : A cadaver va, chi (rop-
po sale, c'est k dire : Geluy, qui par trop haut monte de
tomber face son conte.
Pourquoy l'appeloit-on Tabarin ?
Parce qu'il avoit un mantelet, (qu'on appelle Tabarrino en
italien, de Tabarro, manteau) avec lequel et son fantastique
chapeau, il faisoit mille singeries. Il y en a eu un autre qui
s'est nommé Jean Potage et a joué aussi son jeu en ceste
ville sur la Place des Deschaussez.
Dites-moy, sans vous desplaire, d'où vient ce mot Charla-
tan, car j'ai entendu que vous estes bon etymologiste.
Si peu que rien, je voudrois bien estre plus habile k cher-
cher les origines des mots : si j'avois bonne connoissance de
la langue hébraïque, je me ferois fort d'y trouver les ely-
mologies de tous nos mots François, soit immédiatement soit
médiatement par la langue latine et grecque. Quant k char-
latan, qu'on dit aussi charlan, il vient de l'italien ciarlare,
babiller, lesquels l'ont pris et corrompu par renversement des
lettres de l'hébreu, racil, c'est k dire babil, rapport d'un ba-
billard ne pouvant célc ce qu'il oit, comme l'expose ce
célèbre Buxtorffius : ou bien de rocel, qui signifie un ven-
deur de happelourdes par son beau babil (1).
[i] L'étymologie italienne du mot que donne Martin est exacte.
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424 REVUE d'alsace
CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
Du Bec-jaune et pédant (1)
Dernièrement j'ouys lire une lettre qu'un jeune docteur en
médecine escrivoit h un sien ami, en laquelle il loûoit fort
la vie des escoliers, qu'il estoit contraint de quiter pour se
fourrer en ménage. A votre advis est elle si plaisante que
plusieurs la font?
Ouy, mais deux conditions estans posées, savoir est, que
la bourse soit bien garnie, etqueTonayepassé la maudite année
de bec-iaunage, car il n'y a rien plus misérable que la vie
d'un Bec-iaune es universilez, ou les excessifs privilèges ont
ouvert la porte à toutes friponneries et desbauches.
Qu'appellez-vous donc un Bec-jaune ? Est-ce une personne
k demi oiseau, que vous luy attribuez un bec et les allemands
des plumes en l'appelant Pennal ?
Nenny c'est un jeune homme, qui n'estant plus grimau.
mais ayant déposé les cornes a la mode d'Allemagne, va en
quelque Université ouyr les leçons publiques. On l'appelle
bec-jaune, parce que sortant de Tescole comme un jeune oi-
seau h bec iaune, il est niais, folastre, et plein de vaine arro-
gance et présomtion, prenant son vol fort haut, sans consi-
dérer la faiblesse de ses plumes, dont les tuyaux sont encore
mois et pleins de sang.
D'où vient ce nom de pénal, qu'on luy donne en allemand?
S'il ne vient de l'Hébreu Nœpœl, c'est a dire avorton, (par
transposition pfenœl) par ce qu'il s'imagine une doctrine par-
faite, par laquelle toutesfois n'est qu'un embryon presque
sans forme : je le croy avoir esté corrompu d'un autre mot
hébreu, qui est Nabel, c'est k dire faire le fol, estre fol et
vain, comme est ordinairement un jeune escolier, ayant le
cerveau vuide de sagesse et sciences, et plein de vaines imagi-
nations. Si vous en transposez les lettres vous en ferez Benal,
et par changement de B. en P. Pénal. Car quant aux raisons,
[IJ Pénal und Schulfuvhs.
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LA YIB A STRASBOURG 425
que quelques uns mettent en avant, pour prouver qu'il vient
de penna, elles sont légères]comme plumes.
Mais que vous semble de tant de mocquerie et tourment,
que Ton fait à ces jeunes gens ?
Rien de bon : car encorque du commencement on se soit
gaussé d'eux, pour leur faire concevoir une horreur de leur
impertinence et indiscrétion, selon la règle, vexatio dat
inlellectum, si est que l'excès qui est survenu est cause, que
le sage Magistrat de ceste Ville et Université en a osté l'uz
avec l'abus y ayant moins de danger de laisser quelque
temps faire le fou a un jeune lourdaut, que d'endurer qu'un
tas de garnemens, couverts du masque d'estandians, viennent
donner nuictamment l'assaut k son logis, enfoncer les portes
fracasser les vitres, jetter bas le fourneau de son poile, jetter
ses livres par la fenestre en la rue, luy donner des nazardes,
le contraindre à coups de pieds et d'esperons de se cacher
sous la table ou le banc, et avec tout celk, de donner k ces
enragez censeurs et prétendus réformateurs de mœurs, deux
ou trois jours durant à manger, et trinquer, bien qu'ils ne
cessent cependant de le mastiner et appeller par surnoms de
moquerie, crians a tous coups Huy Rabschnabel, trag auf,
schenckeitijdu spuhlwurm, schreckenbergêr fayrpap-han,
Zœllner Fœndist, Schwerdtengel, Butz das Liechty Ilerr
Johannes Domine feudi; toie gefœllt dir das Siudentenle-
ben Junger Herr Vrian, Liechtbutzer, Quando venisti, Do-
mine Nicodeme ? Herr Benedict, Neoviste^ domine Juvena-
lis ? et le contraignent de respondre, Ego sum quasi modo
genitus studiosus occasionalus, Lucas de penna.
Avez- vous veu ces abominables excès ? que vous en parlez
si naïvement ?
J'en ay veu une partie et appris l'autre de gens dignes
de foy qui en souvent esté spectateurs, mais non approba-
teurs.
Sur quoy fondent ces fripons une telle extorsion ?
Ils disent que tout jeune levron, venant du gjTon de sa
mère est fourni d'argent mignon, et qu'il doit sa bienvenue
ou son bec-jaunage, k laquelle ordonnance s'il ne s'accorae
volontairement, ces fripons se tournent a la susdite
vengeance.
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426 REVUE d' ALSACE
Mais celuy, qui de son plein gré fraye, et paye la morfe à
ces messieurs, est-il puis après exempt de cesle tyrannie
barbaresque ?
Ouy, moyenant qu'il charrie droict en leur compagnie,
n'aflecte point la première place k table, mange avec discré-
tion sans chercher les friands morceaux : car s'il arrive qu'un
bec-iaune retienne les roignons d'une longe (qu'ils appellent
le maire ou bourgmaistre) ou l'aile d'un chapon rosti, le cou-
vercle d'un pasté de fine paste, la langue d'une carpe ou qu'il
escorche un oison ou cochon rosti, on lui présente un grand
verre ou gobelet, et luy dit-on, Monsieur le Benest, un bon
morceau requiert un bon breuvage : surquoy toute la compa-
gnie boit le reste du jour et de la nuict a ses despens: ou bien
remettent la partie au lendemain, et le vont voir tous d'un
accord en son logis, lui font reproche de son indiscrétion et le
condamnent à payer la collation, qui se convertit en un ban-
quet d'un jour et d'une nuict, revenant souvent h cinquante
ou soixante risdales.
A quoy bon cest horrible degast et despense d'argent ?
A le faire sage (disent-ils), selon le proverbe, dommage fait
sage.
(A suivre) Charles Nerlinger.
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CHRONIQUE DU TRIMESTRE
Manuscrits de Grandidier à Garisrhue, tome l^^^* par Tabbé
Ingold. — Autel à deux volets de Baldung Grien de
Weyersheim, canton de Brumath, par le D^ Robert
Stiassny. — Souvenirs du vieux Belfort, par Henry
Bardy. — Frères d'Alsace par J. de Oaudran.
I
Le tome i«' des manuscrits de P. A. Grandidier, découverts
dans la bibliothèque de Carlsruhe, vient de paraître. Ce tome
est un in-8* de XIM50 pages, sorti des presses de F. Sutter
et C»« de Rixheim. Il est accompagné, en tête, du portrait de
Grandidier et de son ex libris h la dernière page. — Beaux
et frais caractères (n® 10) pour le texte inédit ; minuscules un
peu fatiguées pour les notes; tirage convenablement soigné
et beau papier donnant au volume des dimensions, en hau-
teur et largeur, égales k celles des Œuvres historiques iné-
dites qui parurent à Golmar en 1865-67 (six volumes).
Le tome des Nouvelle œuvres inédites que la Revue a le
plaisir de signaler, se trouve aux librairies H. Hûiîel, Place-
Neuve, k Colmar et A Picard et fils, 82 rue Bonaparte, a
Paris. Prix : 6 francs le Volume.
Quand parurent — il y a trente-six ans — les six tomes des
(Euvres historiques inédites de Grandidier, le Directeur de la
Revue d'Alsace écrivait, dans un avant-propos de ces tomes,
qu'il fallait réserver son jugement sur la valeur des manus-
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428 REVUE d'àlsage
crits dont il s'occupait, jusqu'à ce que la tâche fût a peu près
remplie. 11 n'y a pas lieu de faire aujourd hui la même
réserve h rencontre du lome 1®^ des « Nouvelles œuvres
inédites » que M. Tabbé Ingold vient de mettre au jour sous
les auspices de la Société industrielle de Mulhouse. On sait
généralement, parles publication précédentes, que les parties
encore inédiles de la succession littéraire de notre historien,
sont dignes des soins et des encouragements dont elles vien-
nent d'être l'objet.
Le tome i®' de ces nouvelles œuvres inédites renferme :
L'éloge de Grandidier écrit par Louis Spa^ih pour la Revue
e/'J /«ace de l'année 1850; Une série de notes et des dates
commençant en 1752 et finisant en 1787, toutes relatives k la
naissance, a la vie et à la mort de celui qui les a tracées et
que l'éditeur intitule autobiographie, laquelle est complétée
pardes indications du même genre pour lesdixdernièresannées
de l'historien ; la désignations des ouvrages et « articles »
parus du vivant de l'auteur, et la môme liste pour les œuvres
et articles publiés après sa mort ; ses manuscrits, sa corres-
pondance et les livres annotés par lui ; Une dixaine de notes
concernant des extraits, des réflexions, des jugements ou
appréciations personnelles qui sont qualifiés par l'éditeur :
Esprit de Grandidier ; des relations de voyage dans le
Duché de Bade, en Suisse et en Alsace ; une dissertation sur
les poésies d'Érchambaud, quarante deuxième évêque de Stras-
bourg, et qui « ne fit que badiner avec les Muses » ; et enûn,
une autre dissertation sur la nourriture, l'habitation et l'habil-
lement des anciens Alsaciens, voilà l'aperçu d'ensemble des
matériaux renfermés dans le début des Nouvelles œuvres
inédites de Grandidier que M. l'abbé Ingold a l'honneur d'offrir
à ses compatriotes.
Il y a certainement dans ce laconique exposé, de quoi
piquer la curiosité des amis de notre histoire de l'Alsace-Lor-
raine ; et cependant cela est loin d'être la partie la plus inté-
ressante du trésor de Carlsruhe qui arrive au jour dans ce
premier volume, car il y a, dans les manuscrits, des pages
achevées par Grandidier pour aller à l'imprimerie et faire
suite a l'une ou l'autre des œuvres principales dont l'édition
était commencée, pages qui attendaient, depuis la fin du
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CHRONIQUE TRIMESTRIELLE 4^
siècle dernier, l'heure de la délivrance. On se demande natu-
rellement pour quoi M. Ingold n'a pas commencé par ces
pages au lieu des particularités, d'ailleurs intéressantes, qui
alimentent le tome de début? D'autres diront que c'est com-
mencer par la fin et finir par le commencement. La remar-
que, pour ne pas dire la critique, paraîtra d'autant plus jus-
tifiée que ces bonnes pages sont, dans le classement de
Carlsruhe, reléguées aux derniers chapitres de la publication
commencée. Ainsi, les « documents » concernant l'acquisi-
tion par M. de Turckeim ; les Personalia ou correspon-
dances, panégyrique, discours etc ; les Géographica ;les
Codex ou pièces diplomatiques embrassant un millier d'an-
nées, de 666 à 1600 « ad finetn », arriveront à la lumière
avant les parties que nous croyons — peut-être à tort — être les
bonnes pages traitant de l'histoire générale de la province,
de sa Noblesse, de sa vie littéraire, de son histoire ecclésiasti-
que séculière et régulière et enfin de l'histoire de Strasbourg.
Si ces bonnes pages existent, comme nous le croyons, bien
que nous n'en n'ayons jamais aperçu un feuillet, il estprésu-
mable que les premières doivent combler les lacunes qui
existent, dans l'édition de 1865-67, pour le XIII^ siècle, c'est-
à-dire pour le temps correspondant aux épiscopats de Henri
de Veringen, Berlhold de Tec, Henri de Stalec et Gauthier de
Gcroldsec. On aurait donc aimé que ces bonnes pages parus-
sent, ne fût-ce qu'à ce titre, avant la mise en scène des par-
cularités dont il est question plus haut.
Nous ne garantissons pas que ce sentiment n'a pas été
aussi celui M. Ingold, alors que l'impression était déjà avan-
cée ; car il fait, dans son avant-propos, des efl'orts sensibles
pour présenter ce tome comme préface de ceux qui suivront
11 a peut-être raison. Quand, par la lunette d'approche,
l'objet que l'on vise apparaît trop rapproché, on retourne la
lunette pour voir de plus loin que la distance réelle ; cela
allonge de dix pages que l'on oublie ou que Ton supprime
sans inconvénient. — Et puisque, pour finir, nous sommes
sur le terrain de V avant-propos, nous devons rectifier une
erreur, qui s'y est glissée.
En signalant la copie de « quelques liasses des manuscrits
« de Grandidier, faite en 1832 par M. Métrot, curé de Saint-
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430 REVUE d'alsàce
« Pierre-le-Vieux de Strasbourg », M. Ingoid a la singulière...
distraction d'ajouter : « Ce sont les manuscrits qui ont fait
a Vobjet de V importante publication de M. Liblin » Celte
affirmation se prête à une double entente, mais la simple
vérité est préférable à Téquivoque.
Les manuscrits qui ont servi k ce dernier sont ceux que la
ville de Strasbourg a acquis, pour sa bibliothèque de Saint-
Thomas, d*abord k la succession de M. Reiner et ensuite chez
un libraire de Leipzic, ainsi que cela a été souvent écrit dans
cette Revue, sans avoir, jusqu'à ce jour, été contesté. L'exis-
tence de la copie, de Vamusette de M. Métrot, à peine connue
de quelques uns, ne fut divulguée par Thonorable chanoine
Ahlfeld, qu'après la publication des trois premiers tomes des
œuvres historiques inédites et la transcription, avancée déjà,
des autres manuscrits de la ville par la plume qui a l'honneur
et l'avantage de formuler cette affirmation,
Suum cuique t Laissons à chacun ce qui lui appartient,
sans rien ajouter du Apôtre au labeur véritablement loyal
et tolérant du jeune et malheureux théologien, qui faisait
honneur à TEglise de Strasbourg, au siècle dernier.
II
hdk Gazette des Beaux-Arts, qui nous arrive, renferme
une étude excellente concernant notre artiste alsacien Jean
Baldung, dit IlansGrien de Weyersheim, canton de Brumath,
arrondissement de Strasbourg. Celte étude est l'œuvre d'un
critique, M. Robert Stiassny, qui sait par cœur — et qui sait
bien — les artistes de la fin du XV« et du commencement
du XVïe siècles. Jean Baldung est surtout l'un de ceux qui
attirent particulièrement l'attention. La ^ert/c d'Alsace a déjà
entretenu ses lecteurs, en i896, p. 38 et suiv., de son magistral
album, reproduisant et commentant divers cartons de l'artiste
strasbourgeois. La nouvelle communication de M. Stiassny à
la Gazette nous semble accentuer encore le relief acquis à Bal-
dung et fixer définitivement le rang qui lui appartient dans
la vie artistique de son temps. On lit avec plaisir et entrain
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GHRONIQUB TRIMESTRIELLE 31
les treize pages que la Gazette consacre îi Tétude hardie, pro-
fonde et délicate que nous aimons signaler et nous ajoutons
que Ton se compiaH h analyser, avec M. Stiassny, la premiè-
re reproduction de Tautel à volets provenant de Téglise —
qui n'était point cathédrale, si nous ne nous trompons — de
Ilalle-sur-la-Saal où le martyre de Saint-Sébastien, sur le
fond et sur les volets, Saint-Christophe et un diacre lisant
son bréviaire, à l'intérieur et Sainte-Apollonie, puis Sainte-
Dorothée à Textérieur, ont été peints, en 1507, par notre
artiste rhénan, ami d'Albert Dur.
Peut-être y a-t-il dans cette étude quelques vues secondai-
res au sujet desquelles on peut ne point partager le senti-
ment de M. Stiassny ; mais il n'y a pas lieu d'articuler la
moindre note discordante dans cette excellente page de notre
histoire de Tart en Alsace-Lorraine.
111
La section des Hautes-Vosges du Club Alpin Français
vient de publier son Bulletin, no9, pour 1896, brochure d'une
certaine élégance, sortie en 1897 des presses de Devillers,
23 et 25 rue ïhiers k Belfort et se composant de cent trois
pages in -S*». Outre les relations habituelles des excursions
faites dans l'année, outre les programmes des excursions k
faire et les indications utiles que contiennent d'habitude ce
genre de publications, nous trouvons dans celui dont il s'agit
un Mémorial particulier que nous avons lu et que d'autres
liront avec le plus grand intérêt. Ces quelques pages sont
écrites par un Belfortain de race, M. Henri Bardy, notre
collaborateur, qui évoque avec émotion — on peut nous en
croire — les souvenirs de son Vieux Belfort. L'estompe qu'il
trace avec une douce souvenance du « joli lieu de sa nais-
sance » jusqu'en 1870, offre un grand contraste avec le Bel-
fort de nos jours, si profondément métamorphosé par les con-
séquences de l'année terrible. L'esprit du Clubiste éprouve
quelquefois une certaine lassitude à ne voir, sans reldche,
que dans le présent et l'avenir; il est bon que son bulletin lui
offre un instant de repos en regardant derrière soi pour juger
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432 RBVUB d'alsace
du chemin parcouru. C'est vraisemblablement cette pensée
qui a dicté à M. Bardy Téloge du Vieux Bef fort qu'il propose
a Messieurs les Clubistes comme station recommandable
pour un moment de repos.
Frédéric Kcrtz.
IV
Frères d* Alsace, — Essai sur les mœurs ^ V histoire et le
régime actuel, précédé de souvenirs du siège de Bel fort y
avec gravures hors texte. Montbéliard, imprimerie de P. Hof-
fmann, 1897. Tel est le titre d'un charmant volume que nous
venons de recevoir de M. J. Degaudran, professeur au Col-
lège de Gray. Les illustrations représentent les monuments
les plus pittoresques de TAlsace et ceux auxquels se ratta-
chent des souvenirs et rehaussent Télégance du livre. L'auteur
a mis à profit sa proximité de la frontière pour faire quelques
voyages dans le pays annexé. Il a bien vu, a su saisir la note
juste, et traduire impartialement ses impressions. Etranger k
TAlsace, il la connait comme un Alsacien ; son cœur a parta-
gé les mêmes douleurs, il s*est pénétré de la même affection
pour cette charmante et malheureuse province. Tous les alsa-
ciens liraient avec plaisir cet hommage rendu à leur patrie
par un champenois ; aussi n'avons nous qu'un regret, c'est
que l'ouvrage ne soit pas mis dans le commerce. Quelques
amis seuls en bénéficieront.
L'auteur désire surtout faire connaître l'Alsace à ses voisins
qui l'ignorent trop souvent.
Aug. Gassbr.
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L'ALSACE^
AU
commencement du XVIII® Siècle
d'après rx
MÉMOIRE INÉDIT DE L'INTENDANCE
AVANT.PROPOS
Les Intendants des Provinces restaient en relations cons-
tantes avec le gouvernement central et fournissaient souvent
au roi des rapports sur la situation de leurs provinces. Ceux
d'Alsace ne manquèrent pas à ce devoir et c'est ainsi que nous
possédons une série de documents précieux pour l'histoire de
notre pays au XVIF et au XVI1Ï« siècles.
Les mémoires ou rapports les plus connus sont, par ordre
chronologique: le mémoire de l'Intendant Colbert sur l'Alsace
en 1663, que M. Gh. Pfister a publié dans la /î^rwe rfM/-
sace 1895 p. 196 et 309 ; le rnémoire de M. de la (îrange, In-
tendant d'Alsace (1674-1698), dont il existe, dans plusieurs
bibliothèques, des copies manuscrites, et qui avait été de-
mandé comme aux autres Intendants des Provinces de France,
pour servir h l'instruction du Dauphin, l'élève de Fénelon; les
/offres écrites h la cour par Baiiyn d'Angcrvilliers ( 1716-1721),
publiés en 1878 parM. L.Spach, dans le Bulletin de la Société
pour la conservation des monuments historiques do l'Alsace;
un abrégé histov'iquc d'Alsace par un financier, M. Dupin, h
la date de 1726, et qui n'est que l'introduction d'un rapport
sur l'organisation financière de la province, malheureusement
perdu. Cette introduction a été publiée dans la Reçue d'Al-
sace T, 9. i858, p. 541; un mémoire hisforique sur le Conseil
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434 REVUE D^ALSACE
souverain d'Alsace ptir le Président de Corberon, vers i730,
et publié également dans \h Revue d' A sa ce T, 7. 1856, p. 268;
Afémoire de PelouXf scrétairc de Feydeau de Brou (1735),
publié par M. Aug. Krœber dans cette même Reçue T. 18,
1867, p. 302 et 337 et concernant tout spécialement l'industrie
qui avait déjà fait des progrès considérables.
Ces mémoires, rapports ou lettres, prouvaient que les In-
tendants entrant en fonction se mettaient inuTiédiatement au
courant des affaires de leurcirconscription et le ministre de qui
ils dépendaient se rendait ainsi compte de leurs capacités,
en leur demandant un rapport sur la situation générale de la
province. C/est ainsi que le grand Colbert fit faire par son frère
le mémoire cité plus haut et qui concerne la justice, la police,
la finance, l'administration des revenus du roi, l'état des for-
tifications des places, etc.
D'autres rapports sont restés inédits, et s'ils n'ont pas
l'importance de ceux que nous venons de citer, ils méritent
de ne pas passer inaperçus. Celui que nous publions aujour-
d'hui, viendrait chronologiquement après le mémoire de M.
de la (îrange ; il porte la date de 1701, et d'après une note
qu'on trouvera plus loin, c'est au mois de mars qu'il aurait
été écrit.
Ce rappoi't, sans nom d'auteur, a été fait par ou pour M.
Le Pelletier de la lloussaye. Celui-ci venait d'arriver en
Alsace, fin 1700, pour succéder h M. de la Fond; il garda son
poste jus(]u'en 1716, époque à laquelle il fut nommé contrô-
leur des finances, M. Baiiyn d'Angervilliers, dont le nom est
plus connu, lui succéda (1). Il est intéressant par les détails
qu'il donne sur les places fortes de l'Alsace, sur leurs états-
majors, les traitements affectés à chaque grade, sur la no-
blesse et les liefs d'Alsace, et tout particulièrement sur le
chapître de la cathédrale, dont M. de la lloussaye eut à s'occu-
per tout spécialement à propos de l'élection du prince de
Rohan nommé coadjuteur de l'évoque de Strasbourg. Nous y
trouvonç aussi le résumé des édits publiés depuis 1682 pour
réglementer les corvées imposées par les seigneurs à leurs
vassaux et pour empêcher les abus.
(i) Voir Revue nouvelle d'Alsace Lorraine, T. III page 4 et 73.
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l\\LS.VCE ait commencement du XVIIl** SIÈCLE 43â
L'Intendant M. de la lloussaye (Hait depuis trop peu de
temps en Alsace, pour bien connaître le pays, aussi son rap-
port présente-t-il de nombreuses lacunes ; il ne dit que quel-
ques mots du connnerce, et ne parle guère de Tindustrie.
11 est vrai qu'à la (in du XVII'- si(>cle, l'Alsace était dépeuplée
par la guerre de trente ans, (1018-1048), par les incursions
incessantes des Inq)f'Tiaux et les mouvements <!e troupes de
la guerre du l\alatinat qui sj termina en 1()97 par la paix de
Uyswîck.
Aprùs ce traité seulement, la situation de l'Alsace fut (Ixée et
les habitants purent se livrer aux occupations industrielles
qui ne peuvent prospérer qu'en temps de paix et avec une
situation stable.
11 faut ajouter que la Province était partagée (;n un grand
nombre de fiefs indépendants, dont les péages entravaient le
commerce et l'industrie. (]e n'est qu'à partir du moment où
le roi de France supprima les péages et inq)osa des lois uni-
ques pour tout le pays, que l'.Msace retrouva sa richesse et
devint une des plus belles provinces de France.
La partie géographique du mémoire est asscîz écourt''e,
et ne contient que quelques mots sur .sa situation.
Landau est conq)ris dans la basse Alsa(*e, l'ill et le Uhin
sont brit>vement décrits, les forets intéressent surtout l'auteur
à cause du connnerce du l)ois. ('ependant après la réunion
de l'Alsace à la France, différents auteurs se sont occupés de
la géographie de la contrée ; nous citerons, entre autres, le
premier en date, P. du Val, (jui publia, en 160:2, une descrip-
tion de l'Alsace française, reproduite dans la liorue d'Al-
sacc, ÏHWk p. 37, par notre ami (Ih. Norlinger. (]et auteur ne
fait pas figurer Landau dans l'Alsace, tandis ((ue le mémoire
dont nous nous occupons ici, revendique celte ville et ses
dépendances pour la Franc(;, en reconnaissant toutefois (jue
ces territoires étaient contestés. (1)
Après le X'* siècle, il s'était formé en Alsaci», comme dans
tout le reste de l'Empire, une infinité de petits souverains in-
dépendants les uns des autres, quant au gouvernement inté-
(i) Voir noie page 203, Revue d'Alsace, ^895.
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436 REVUE D*ALSACE
rieur, mais tous soumis h l'Empereur, chef du corps (ler-
manique.
11 y avait en Alsace deux espèces de ces petits états ; les
états d'Empire et les fiefs des gentilshommes, qui préten-
daient jouir à peu près des mêmes droits.
Parmi les États d'Empire ou immédiats on peut citer, les
évéchés de Strasbourg et de Spire, les abbayes de Murbach,
de Lure, d'Andlau, de Munster, la ville libre impériale de
Strasbourg, et hs dix autres villes impériales, les comles
Palatins de la Petite Pien*e et de llanau etc.
Les autres, dits médiats, appartenaient à des gentilshom-
mes qui prétendaient avoir joui autrefois de la même supé-
riorité territoriale que les vrais États de TEmpire.
En somme, TAlsace représentait en petit Tétat de TAllema-
gne il y a une cinquantaine d'années.
Les divers états étaient enchevêtrés les uns dans les
autres, chacun jouissait de coutumes spéciales, et de péages
qui rendaient tout progrès impossible. Mais après l'annexion
de l'Alsace k la France, et surtout après la capitulation de
Strasbourg, le gouvernement de la France chercha ù simpli-
fier tout cela et h donner l'unité à la province en supprimant
d'abord les péages. Il est vrai que cela ne se fit pas sans
opposition de la part des seigneurs et gentilshommes du
pays, soutenus par le parti d'Empire de l'autre côté du Rhin,
qui n'avait pas vu sans déplaisir l'annexion de l'Alsace ii la
France. Cette question de l'Alsace revint encore sur le tapis
pendant la guerre de la succession d'Espagne, mais les
traités d'Utrecht, de Rastatt et de Bade, vinrent mettre fin h
cet état des choses.
On remarquera encore que le rapport ne parle pas du tout
de la situation religieuse du pays ; il se contente de cons-
tater le nombre de luthériens et de calvinistes qui habitent
l'Alsace, et, h propos de l'Université, de dire que tous les
professeurs étaient luthériens, ce qui ne les empêchait pas
de conférer des gnades aux étudiants catholiques.
La situation religieuse était cependant assez tendue ; la
capitulation de Strasbourg qui accordait le libre exercice de
la religion n'avait pas et»» respectée. Louis XIV avait, en
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L'ALSACB au commencement du XVIII» SIÈCLE 437
1683, n^voqu(5 I*ddit de Nantes et promulgu(^ celte mesure en
Alsace, mais il n'y eut pas moyen de l'appliquer sans de cer-
taines restrictions. Pendant tout le XYllI® siècle cette lutte
sourde contre le protestantisme persista et il fallut la révolu-
tion de 1789 pour rétablir la liberté des cultes.
Le silence du rapport h ce sujet ne doit pas nous étonner,
la politique de l'administration fut toujours de ne pas recon-
naître l'existence légale de la religion lutbérienne, ou calvi-
niste, en empiétant toujours sur ses droits, et en favorisant
au contraire les catholiques aux dépens des protestants.
Le chapitre relatif aux mœurs des habitants est très court;
ce n'est pas en quelques mois que l'Intendant pouvait pré-
tendre les connaître ; et cependant, ces mœurs tellement
différentes de colles de France, devaient frapper et même
choquer les Français.
Chaque seigneurie ayant encore son administration, sa lé-
gislation et sa justice, l'intendant ne pouvait en faire une
étude approfondie ; il se contente de décrire ce qu'il a sous
les jeux c'est-à-dire, l'administration compliquée de la ville
de Strasbourg, avec ses différents conseils.
Il existe à la Bibliothèque Nationale deux exemplaires ma-
nuscrits du rapport dont nous nous occupons. L'uft, relié à
part coté: fr. 11473, est intitulé Mémoire sur l'Etat présent de
la Province d'Alsace fait et dressé en l'année 1701, paraît
être le plus ancien, et est le plus complet, sauf le feuillet 72
qui manque; l'autre, inséré dans le Tome IV des Mémoires de
France, côté F. H. 4,285. (]elui-ci porte par erreur sur le titre
la date de 1699, mais cette date est rectifiée dans le texte.
Les deux textes sont absolument semblables, sauf quelques
modifications dans l'orthographe des mots, et queltiues omis-
sions dues il l'inadvertance du copiste. fiCs deux manuscrits
reproduisent d'ailleurs les mômes erreurs, comte de Salin au
lieu de comte de Salm, la ville de Betfort au lieu de Belfort,
erreurs sans aucune imj)ortance. Une i)lus grosse erreur se
trouve dans le paragraphe — Ville de Strasbourg — , où le
premier manuscrit attribue 3,000 livres au gouverneur M. de
Chamilly, tandis que le second lui en donne 9,000, ce qui est
la vraie version.
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438 REVUE d'alsace
Nous avons cra pouvoir ajouter quelques notes soit pour
rendre le texte plus clair, soit pour expliquer les faits dont
parle Tauleur du mémoire, ou rectifier les erreurs qu'il a pu
commettre.
Le mémoire en question n'a pas passé inaperçu puisque
M. Rod. Reuss le cite p. 136, (1), du Mémorial de Ueisseis-
sen ; mais, tromp(^ sans doute par la date de 1699 qui se
trouve par erreur sur un des rapports, M. Reuss ci*oit
pouvoir l'attribuer à la plume de M. de la Cirange. Or, d'après
la date et les faits signal(''s par le rapport, et si nous rappro-
chons la mission spéciale dont avait été chargé le nouvel in-
tendant par la cour de Fraaice, des détails qu'il nous donne
sur le chapitre de Strasbourg, et l'administration del'évèché,
il est hors de doute que celui-ci a été fait pendant l'adminis-
tration de M. Félix Le Pelletier de la Houssaye, Intendant
d'Alsace depuis la fin de l'année 1700. En est-il lui-même
l'auteur, c'est peu probable ; mais il en est en tout cas l'au-
teur responsable. M. de la Houssaye n'était d'ailleurs pas un
nouveau venu dans la carrière : ancien conseiller au Chàtelet
et au Parlement, maftre des requêtes, il avait ('té nommé
intendant à Soissons en février 1694.11 y exerça ces fonctions
durant quatre années, pendant lesquelles il ne resta pas inactif.
Il eut entre autres, en 1697, h réprimer des émeutes qui
avaient éclaté h Noyon, la Fère, Marie et Chauny, provo-
quées par la chèreté du froment et l'accaparement des grains.
Blâmé pour n'avoir pas été assez sévère dans ses condamna-
tions prononcées contre les émentiers, il fut peut-être déplacé
pour cela, en 1698, et envoyé à Montauban d'avril 1698 à
décembre 1699. Revenu h Paris, il devait jouir d'un certain
crédit, car en automne 1700 il fut nommé intendant en
Alsace avec la mission secrète de faire nommer coadjuteur de
l'évoque de Strasbourg, Armand-Cîaston de Hohan, chanoine
capitulairc de la cathédrale.
Le 7 juillet 1700, M. de la Houssaye perdit sa femme,
Marie-Madeleine de la Houssaye, qui fut enterrée h la cathé-
drale (2). Après avoir réussi dans sa mission, M. de la Hous-
(1) D'après Legrcllc. Louis XIV et Strasbourg 4e édition p. 082 ni.
(2) Chronicjuc de Johann Joncr par Julien S?c 1873 page 67.
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l' ALSACE AU COMMENCEMENT DU XVni« SIÈCLE 439
saye resta intendant (i*Alsace jusqu'en 1716, comme nous
pouvons en juger d'après la correspondance publiée par M.
Boilisle, correspondances des contrôleurs généraux des
Finances.
M. de la Houssaye eut à s'occuper plus tard des différentes
questions exposées par le mémoire. Il connaissait les relî-
gionnaires puisqu'il avait déjà eu à sévir contre eux à Mon-
tauban, ce qui fut peut-être aussi une des causes de sa no-
mination.
La correspondance donne de lui des lettres concernant les
impôts et capitations (T. Il p. 162), la contrebande des mon-
naies réformées, (13 nov. 1701), les forets (16 fév. 1702), les
mines de Giromagny (29 déc. 1701) etc.
Dans une de ses lettres il consigne un fait qui est encore
vrai actuellement: c'est qu'en Alsace on ne fabrique pas, pour
le vin, de petits tonneaux; que ceux qu'on y rencontre ont
servi à importer des vins de France, et que pour le vin du
pays, on n'emploie que des foudres, souvent très grands, qui
sont considérés comme immeubles.
Nous citons cette petite note parce qu'elle prouve que l'in-
tendant avait un esprit d'observation juste, et qu'il prenait
ses fonctions au sérieux.
Docteur II. Weisgerber.
MÉMOIRE
SUR
L'ÉTAT PRÉSENT DE L'ALSAOE
Situation de V Alsace
La province d'Alsace est située entre l'Allemagne dont elle
est séparée par le Rliin, la Suisse qu'elle confine par les terres
du cinton et Evesché de Basle, la principauté de Montbé-
liard, la Franche-Comté, la Lorraine, la Sarre, le Duché des
deux ponts, le Palatinat et les terre de l'Evesché de Spire.
Elle a quarante cinq lieues communes de France de long,
depuis Ferrette proche Betfort (1), jusques à Landau sur
(1) Pour Belfort; cet orthographe est évidemment une faute
du copiste.
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440 REVUE d'alsace
douze lieues de traverse dans sa plus grande largeur, comme
depuis Iluningue jusques par de la Betfort, et depuis le fort
Louis du llhin jusques à Lichtemberg.
Sa d iris ion
On divise l'Alsace en haute et basse.
La haute sNHend depuis Schelestat jusques à son extrtf'miti'
oppost^'e vers Betfort et Ferrette du cùtè de la Suisse et du
Montlx^iiard.
La basse depuis la incme ville de Schelestat jusqu'à Landau
en passant par Weissembourg. Ce passage est icy reinarqur,
parce que c'est là ou les dominations commencent à cstrc
contestées jusqu'à Landau qui est éloigné de cinq lieues de
Weissembourg.
liC Bailliage et préfecture de (îuermesheim rendu par le
traité de paix de MM'Eiecteur Palatin est sur la droite, les terres
du Duché des deux ponts sont à la gauche.
La province se divise encore en trois bureaux de recette
sçavoir :
Colmar
Strasl)ourg
Landau.
Dans celuy de Colmar il y a treize Bailliages ou seigneuries
principales.
Dans celuy de Strasbourg seize.
J)ans celuy de Landau trente.
Ce qui fait en tout cinquante neuf Bailliages ou Seigneuries.
Fleure et Itirières
fiC Rhin cottoyc toute l'Alsace du côté de l'Allemagne de-
puis Iluningue jusqu'à Bonheim une lieue au dessous du fort
Louis.
De toutes les rivières qui sont dans l'intérieur de cette pro-
vince, il n'y a que l'ill qui soit navigable et elle ne porte
bateau que depuis Colmar jusqu'à la Wantzencau qui est un
village à deux lieues au-dessous de Strasbourg.
La navigation du Rhin est très dangereuse en descendant
à cause des arbres qu'il roule et qui s'arrestent dans son lit.
Elle est très difficile en remontant à cause de la rapidité de
ses eaux.
iAt fleuve forme des isles continuelles par l'inconstance de
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L*ALSAGE AU COMMENCEMENT DU XVII1« SIÈCLE 441
son cours, et depuis Huningue jusqu'au fort Louis, il y a peu
d'endroits ou l'on voye sa longueur (1) enti(>re d'une rive à
l'autre h cause des bois qui croissent dans ces isles 'qui favo-
risent en temps de guerre les passages que l'on veut tenter,
un corps de troupes pouvant s'avancer bien h couvert proche
du lieu ou on le veut f<iire aborder.
liC Rhin est plus fort en été qu'en hyver grossissant beau-
coup par la fonte des neiges des montagnes.
11 y a en Alsace deux canaux faits h main d'homme, l'un
sur la Bruche depuis Soultz près Molsheim jusques à Stras-
bourg. liC Roy l'a fait construire pour servir au transport des
matériaux nécessaires pour les fortiffications de cette place,
l'étendue de ce canal est de quatre lieues, sa largeur de
vingt quatre pieds, et sa profondeur de huit. L'autre canal
fait aux dépens de sa Majest" est tiré depuis Alsbcrscheviller
jusqu'il Landau. Il a été construit pour le transport des mate-
reaux nécessaires pour les fortilTi cations de cette place, il a
cinq quart de lieue de long, et est un peu moins large (|ue
l'autre.
Forets
Le Roy a deux forets en Alsace, celle de la hart dans la
haute qui contient environ trente mil arpens (2), et celle de
llagueneau (^llaguenau ) (3), dans la basse qui en contient en-
viron trente et un mil.
Les bois de la forest de la harf ne sont bons que pour le
chaufTage, le fond du terrain estant trop aride pour que les
arbres y puissent croistre d'une belle venue.
Ceux de la forest de llaguenau dans la partie qui avoisine
le Rhin sont trop gras pour estre d'un bon user en fait de
charpente et de menuiserie, ils se pourissent facilement. Les
chesnes du coté qui tire (qu'ils tirent) le plus vers la mon-
tagne sont fort bons et il y a de très beaux.
liCS Isles (llles) du Rhin produisent des ormes d'une grande
utilité pour les all'us (afus) et autres équipages de l'artillerie.
(1) Pour largeur ; Ce régime du Hhin quoique 1res bref, est
cependant bien décrit.
(2) L'arpent vaut environ 34 arcs.
(3) Les mois entre parenthèses sont la version du premier
manuscrit.
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442 RBVUE D*ALSACE
Les montagnes qui séparent l'Alsace de la Lorraine sont
couvertes d'une infinité d'arbres de chesnes (chesne) beaux
et excellents pour le service de la marine (compagnie) suivant
le raport qui a été fait par des gents habiles que Ton a en-
voyé les visiter h cette fin. U s'y trouve aussi quantité de
sapins qui portent jusqu'à six vingt pieds de hauteur, et qui
sont très propres pour en faire des mats. Ces différents bois
appartiennent aux communautés voisines, ou à des particu-
liers, c'est une ressource considérable en cas de besoin pour
les vaisseaux du Roy et lorsque l'on aura trouvé des facilités
pour les faire rendre dans les ports de Sa Majesté. Le plus
grand obstacle qui s'y rencontre vient des conventions diffi-
ciles à régler avec les seigneurs des péages établis en grand
nombre sur le Rhin (1).
Récolte ordinaire
La Récolte de Tannée dernière mil sept cens plustost bonne
que mauvaise a été évaluée en muids mesure de Paris sui'
(1) Et du défaut de roules. Comme on le verra plus loin, les
travaux publics n'existaient point, sauf pour l'entretien du canal
de la Bruchcet de celui de Landau, el l'entretien des digues ou Epuôs
du Rhin.
Celle question de l'exploitation des forêts continua de préoc-
cuper l'intendant «puisque nous trouvons une lettre de lui sur ce
sujet datée du 16 Février 1702 et qui répond au mémoire du conseil
du commerce sur les moyens de conserver et d'augmenter les
bois (Boilisle loc. cit.).
—Celte province est dans une espèce toute différente, les travaux
continuels des places fortifiées jettent de proche en proche dans
des consommations de bois souvent si inopinées qnh la réserve
des forêts d'Haguenau et de la Harte, auxquelles même on est
obligé de toucher dans certaines occasions, il ne peut être ici établi
aucune règle certaine sur l'entretien des bois. D'ailleurs, il y en a
une si grande quantité sur les montagnes qui séparent l'Alsace de
la Lorraine, qu'elle est regardée comme inépuisable. Il est vrai
riu'on pourrait se les procurer encore plus à la main par des ca-
naux et par de nouvelles distributions des eaux de quantité de
ruisseaux dont l'Alsace est arrosée. 11 y a eu sur cela des proposi-
tious de temps en temps, dont l'examen et rexéculion ont été re-
mis à des temps plus tranquilles.
(Noie sur les tonneaux qui est encore vraie). On ne connaît
que les pièces qui viennent de France. Le vin se met dans de
grands foudres qui sont considérés conmie des immeubles.
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l'ALSACB au COIIMENGBMKNT DU XVIll® SIÈCLE 443
vant les Etats que l'on a retira».
Sçavoir :
Froment, quatorze mil huit cens muids.
Espiotte, qui est une autre espèce de froment moindre que
le premier quinze mil quatre cens muids.
(Seigle, douze mil quatre cents muids).
(Mrteil, dix huit cent cinquante muids)
((.)rge, treize mil trois cent muids).
(Avoine, sept mil quatre cent muids (1).
Passages pour entrer en Alsace
Les principaux passages pour entrer du cùt(^ de la France
en Alsace, et pour y conduire des armfM3S et des voitures sont
celuy de la vallée de Saint-Amarin qui entre par Dussang, et
de là à Thanncs. Le val de Lièvre et de Ste-Marie-aux-
Mines qui aboutit à Schlestat.
La grande route de Paris à Strasbourg en passant par
Phalsbourgetdelà à Saverne, ce deux derniers passages sont
bons, et le dernier meilleur que Tautre.
11 y (en) a un quatrième qui passe à Ritche et àlnguillcret
Hagucnau (llagueneau).
Le dernier est celuy de la vallée des deux Fonts qui vient
par An vi lier et Landau.
Mines
11 y a des mines d'argent, de cuivre et de plomb dans cette
province, sçavoir à Giromany (2), a Sainte-Marie-aux-Mines,
à Steinbach proche Gernay et h. Munster, mais on ne travaille
qu'à celle de Giromany, quand le plomb n'y manque pas, et
qu'il y a assez d'eau pour faire tourner les machines qui épui-
sent celle qui est au fond des mines. L'on y peut tirer par
annés environ seize cens marcs d'argent, et vingt quatre
mil livres pesant de cuivre, mais la dépense pour avoir et
(1) Ne figurent pas au manuscrit (Mémoires des IntendanU).
(2) Voir le rapport de M. Picon d'Andrezei subdélégué à l'inten-
dance d'Alsace, au contrôleur général.
Lettre du 29 déc. 1701 de M. de la Houssaye, concluant à l'aban-
don des mines de Giromagny et au rétablissement d'une mine de
cuivre située dans la vallée de Munster et concédée au bourgmes-
tre de cette ville, Jeun-lJaptiste Baudinot.
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4 14 REVUE D* ALSACE
façonner ces mélaux égale presque le proffît, M. le Duc de
la Meilleraye à qui les mines appartiennent n'en peut tirer que
cinq à six mil livres de rente, tous frais fails.
Commerce
L'Alsace en général est une des plus fertiles et des plus
abondantes provinces du Royaume. Elle produit beaucoup de
grains comme il a déjà été remarqué, des foins, des vins, des
bois, des lins, des chanvres, du tabac, des légumes et des fruits.
Son principal commerce est celuy du tabac, l'on compte
qu'il s'en fabrique dans la ville de Strasbourg cinquante
mille quintaux par an.
La poudre à giboyer de la même ville est aussi en grande
réputation, ainsy que les graines d'oignon, de pavost dont
on fait de Thuille, d'anis, de choux, de raves, et de fenouil.
L'on faisait autrefois dans cette province un commerce
considérable d'eau-de-vie et de vinaigre que Ton transportait
en Allemagne et en Hollande, sous le nom d'eau-de-vie et de
vinaigre de Strasbourg, ce commerce est fort diminué. 11 y a
en quelques endroits de la province des manufactures de
cuir, il y en a dans Strasbourg une de couvertures de laine,
de tapisseries de Bergamme et de futaine.
On fabrique aussi dans la province une assez grande
quantité d'étoffes, moitié laine, moitié fil, nommées tire-
taines, pour l'usage des gens du pays.
Mœurs des habitants
Les habitans d'Alsace sont assez portés à la joye, ils n'ont
aucune ambition, ils sont forts adonnés au vin et c'est un de
leurs plus grands deffauts. Ils aspirent volontiers aux magis-
tratures des corps de ville, qui sont les seuls emplois ou ils
bornent leur fortune, mais ce n'est pas tant pour s'y enri-
chir, que pour se donner quelque rdief sur les autres, ils ne
demandent qu'à vivre avec douceur et sans embaras, ils ne
s'inquiètent point pour l'avancement de leurs enfants, les
garyons apprennent des mesliers, et les filles ne se marient
qu'a des personnes de môme profession, elles ont beaucoup de
liberté jusqu'à leur mariage, mais alors elles se renferment
dans leur domestique. La dot des enfants des plus riches
bourgeois n'est ordinairement que de quatre mil livres, un
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L*ALSACE AU COMMENCEMENT DU WIIl^ SIÈCLE 445
père riche de cinquante mil écus de bien suit cet usage et
jouit de ce qu'il a jusqu'à sa mort. A Tégard des artisans
ils travaillent toute la semaine pour aller le dimanche au
cabaret h la promenade et k la danse.
Les femmes ont un ou deux habits h l'allemande, dont on
ne voit point la fin, les modes ne changeant pas, et rien ne
peut leur i)roduire aucune augmentation de dépense. Les
nouveautés troublent ces peuples, et ils sont grands amateurs
de leurs anciens usages bons ou mauvais.
La noblesse s'habille li la françoise, et si elle n'étcil pas si
pauvre, elle aimerait assés à paroitre, ce qui empêche bien des
gentilshommes de devenir plus riches, est la délicatesse qu'ils
ont de se conserver en elat de faire entrer leurs enfans dans
les chapitres nobles ou l'on n'est receu qu'en produisant ses
preuves.
Dénombrement
On compte en Alsace distraction faite des lienx rendus en
conséquence du traité de paix de Riswick.
Cinquante six villes grandes ou petites.
Neuf cent onze bourgs, villages ou hameaux.
Quarante cinq mil neuf cent soixante dix neuf feux.
Deux cent trente cinq mil âmes (1) dont, cent cinquante
six mil cinq cent catholiques ; soixante six mil cinq cent
luthériens; huit mil sept cent calvinistes ou anabaptistes, et
trois mil trois cent juifs. Vingt deux mil chevaux et dix mil
cavales, d'une petite et mauvaise espèce; cinquante un mil
bœufs ou vasches.
Eresches
L'Alsace est pour le spirituel sous trois Eveschez savoir:
Celuy de Str.isbourg (2J.
Ccluy de Basic qui embrasse presque toute la haute Alsace.
Celuy de Spire du cùf' de Landau (3).
(I) Eu d697 l'intendant La Grange donne le chiffre 257003.
(t) L'évèque de Strasbourg élait alors Wilbelm Egon de Furs-.
tcmberg mort en 1704, 88* cvéqne. .
(3) Cependant l'évéché de l'archevêque de Besançon avait l'iné-
peclion de Belforf, de Délie, de Floriniont et des autre endroils
situés sur les confins de la Franchc-Couté, formant ensemble Soi-
xante paroisses. Kn outrç trois paroisses du bailliage de Daho étaient
subordonnées à l'évèque de Metz, ressortissant à l'archevêque de
Trêves. (Almanachs d'Alsace par OBEHLIN).
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44G REVUE D^ALSAdK
Eveaché de Strasbourg
li*evosch('' (le Strasbourg outre son revenu, lequel portt'^ à
sa juste valeur seroit près de trois cens mil livres, est encore
très considérable par deux grands baillages qui en dépendent
au de la du Rhin, ou l'Evèque est Prince de l'Empire, et jouit
de la même supériorité territoriale qu'ont les princes d'Alle-
magne les plus puissants dans leurs Estats sous la souverai-
neté de l'Empire dont ils sont membres.
Chapih'e de la cathédralle do Straabourg
Le chapitre de la cathédralle de Strasbourg est un des plus
nobles de l'Empire, il est composé de douze chanoines capitu-
laires et de douze domiciliaires.
Les capitulaires sont ceux qui ont entrée et voix délibéra-
tive au chapitre, le revenu de leurs canonicats peut estre
estimé à six mil livres année commune.
Les Domiciliaires n'entrent point au chapitre, et ce sont pro-
prement des places d'attente, pour parvenir par ancienneté
il celles des capitulaires, lors de leur vaccance, on leur a ac-
cordé le quart du revenu des canonicats, pourvueu qu'ils
fassent leur résidence annuelle limitée à trois mois de même
que celle des capitulaires.
Les uns et les autres sont obligés pour estre reçus de faire
preuve de seize quartiers de haute noblesse, huit quartiers
du côté du père, et les huit autres du côté de la mère ; cette
haute noblesse exclut les sinqjles gentilshommes. 11 faut une
extraction de princes ou comtes de l'Empire pour les Alle-
mands et de princes, ducs et pairs ou maréchaux de France
pour les Français.
Les douze chanoines capitulaires ont le droit d'élire leur
Evèque en cas de vacance ou de démission, lorsqu'ils le choi-
sissent entr'eux c'(»st ordinairement par simple élection ou il
ne faut pour la rendre valable qu'une voix au delà de la moi-
tié de celles des chanoines présents, lorsqu'ils nomment un
étranger, ce ne peut estre que par postulation et dans ce cas
il faut les deux tiers des voix pour la validité de l'acte.
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L* ALSACE AU (X)liMBNCEMENT DU XVIIl^ SIÈCLE 447
Les douze chanoines capitulaires sont Messieurs (i) Henry
Oswald, prince d'Auvergne, prevost du chapitre,
Phi lippes Eherhard, comte de Levestein, prince de Mur-
back, doyen,
Herniand Frédéric, comte de llohensollern,
Ernest Dominique, comte de Manderscheidt-Falkenstein,
Maximilien comte de Manderscheidt-Falkenstein,
(Iharles (iohcii, comte d'Apremont de Ueikeim (Ueikem),
(luillaume, comte de Salin,
François Gobert, comte d'Apremont de Hcnkeim (Reikem).
Jean-Ernest comte de Levestein,
Armand-Gaston de liohan, prince de Soubise(2),
Jean-Maurice-Gustave comte de Manderscheidt de Blanck-
neim,
Frédéric comte de Manderscheidt de Blanckneim.
Les douze domiciliaires sont Messieurs Hugues-François de
Konisgsegg (Konigsegg), Rotenfels,
(1) Les noms de celle liste ont élé légèrement estropiés par le
copiste, mais nous pouvons les rétablir d'après Grandidier, (His-
toire de l'Eglise de Strasbourg T. IV, p. 498).
Henri-Oswalde de la Tour d'Auvergne, grand prcvot.
ËrDCst-Dominiquc deMandcrscheidt-Falckenstein, grand custos,
Maximilicn-Philippe de Mandcrscheidt-Falckenstein, grand ca-
méricr.
Charles-Gobert comte d'Apremont et Heokheim,
riiiillaume comte de Salm,
Jean-Ernest comte de Lœvcnsteiu, grand érolàtre,
Jean-Maurice et Frédéric de Manderscheidt Blanckenheim.
Les autres noms sont exactement donnés.
(i) C'est lui qui succéda en 1701 à l'évèque. 11 avait été noninié
coadjutcur de Guillaume IV Egon de Furstemberg dans les circons-
tances suivantes : M. de la Houssaye, nommé à l'intendance d'Al-
sace, partait pour Strasbourg sur la fin de 1700. avec ordre de s'en-
tendre avec le marquis de Huxelles, maréchal de France et sei-
gneur de Rougemont, (devenu en 1713 gouverneur de la province).
Ces Messieurs devaient favoriser l'élection du prince Armand-
(iaston de Rohan, c'est ce qu'il exécutèrent en parlant à chaque
chanoine de la cathédrale de Strasbourg, et en leur déclarant que
le roi désirait vivement que leur choix pour le futur coadjutcur se
fixa sur le prince. L'élection eut lieu dans la salle des archives, &
l'unanimité et elle fut confirmée par le Pape en Avril 1701 (Gran-
didier loc. cil).
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448 REVUE D'ALSACk
Philippes-CIharles-Eriiest co;nte de Furstemberg Moskirch,
lA»opol(l-Jean comte de Truksès,
Fï/Hléric Constantin prince d'Auvergne,
Woliïgang Henry comte de Manderscheidt Falkenstein,
Emanuel-Théodore cardinal de Bouillon,
Félix-Louis de (]russol d'IIzès,
Rulnian comte de Salin,
Jean-Guillaume prince Landgrave de liesse Rheinfels,
Christian prince Landgrave de liesse Rheinfels,
José pli-Clément prince électoral de Bavière, électeur de
Cologne,
prince d'Holsace (4).
Les uns et les autres portent lorsqu'ils assistent aux offices
de la cathédralle sous le surplis un habit de velours cramoisi
doublé de fourrure et Taumusse sur les épaules.
Places fortifiées
Il y a actuellement en Alsace six places fortifiées, sçavoir :
Stasbourg et la citadelle,
Le fort Louis du Rhin,
Landau.
Schlestat.
Iluningue,
Betfort.
Trois forts sçavoir :
Le mortier vis a vis le vieux Brissac (Brisack).
Landskron entre Betfort et Iluningue.
Lichtcmberg entre Strasbourg et Landau du côté de la Sarre.
Les six places fournies de canons, de munitions d'arlillerie,
et de la mousqueterie qui leur est nécessaire.
La ville de neuf Brissack (Brisack) que l'on construit actu-
ellement d'une forlificalion régulière de huit tours baslion-
nées, les courtines flanquées de huit conlregardes, de huit
demilunes (demy lunes), avec un projet d'ouvrage cou-
ronné sera d'une bonne déffense quand les ouvrages seront
achevés.
({) Nous n'avons pu conlroler les noms des chanoines do-
miciliaires.
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l'ALSACE Al' COMMENCEMENT DU XMII® SIÈCLE 449
La maçonnerie du corps de la place est presque faite et
l'on travaille actuellement avec beaucoup de diligence pux
fondations des contregardes et des demy lunes.
Il y a des casernes pour le logement des troupes dans les
six places dont il vient d'estre parlé, celles de Strasbourg et
de Schlestat ont été faites aux dépens des babitans de ces
deux villes qui sont chargées de l'entretien de ces bastimens
(bâtiments), et de la fourniture des lits, la ville de Strasbourg
fournit de plus le bois pour le chauffage de la garnison, et le
bois et la chandelle pour les corps de garde, mais elle n'est
point chargée de ce qui regarde la citadelle, ou ses entretiens
et fournitures sont sur le compte de Sa Majesté.
Le Roy fournit le bois pour le chauffage des troupes pen-
dant cinq mois d*hiver, commenceant au premier novembre
et finissant au premier avril sur le pied d'une corde et demie
par compagnie depuis la réforme qui les a réduites k trente
cinq hommes, aux garnisons de Landau, le fort Louis, llu-
ningue, la citadelle de Strasbourg et le fort du mortier, à 1^
différence des troupes campées aux environs de Neuf-Brisack
auxquelles Sa Majesté a accordé en considération du travail
deux cordes par compagnie pendant six mois d'hiver, et une
corde et demie pendant les six mois d'été.
Les soldats des garnisons de Schlestat, de Betfort, Lands-
cron et de Lichtemberg s'en pourvoyent eux-mêmes dans les
bois les plus voisins, mais généralement dans toutes les pla-
ces (hors h Strasbourg pour la ville seulement, à Landau
et h Schlestat), le Roy fait la dépense du bois et de la chan-
delle des corps de garde.
Ces fournitures s'adjugent au rabais h l'expiration des mar-
chés. Ceux qui subsistent actuellement sont à raison sçavoir:
Citadelle de Strasbourg la corde de bois et le cent de fagots
à quatre livres quatre sols chacun, la livre de chandelle huit
sols six deniers.
Le Fort Louis du Rhin la corde de bois trois livres dix sols,
la livre de chandelle neuf sols six deniers.
Landau la corde de bois sept livres onze sols.
Iluningue la corde de bois six livres seize sols, le cent de
fagots six livres, la livre de chandelle sept sols quatre deniers.
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450 REVUE d'alsace
Belfort la corde de bois quatre livres neuf sols, la livre de
chandelle dix sols.
Le Fort du Mortier, la corde de bois cinq livres quinze sols,
la livre de chandelle huit sols.
Landskron (1) dix-huit livres par mois pour la fourniture
de chacun corps de garde par mois, à raison de deux cordes
de bois et neuf livres de chandelle pendant les six mois d'hi-
ver, et moitié pendant les six mois d'esté.
Lichtemberg la corde Je bois deux livres huit sols, la livre
de chandelle neuf sols, le pot d'huile trente sols.
Les camps de Neuf Brisac, la corde de bois cinq livres
quinze sols, la livre de chandelle huit sols six deniers.
Il y a des hôpitaux pour les soldats malades entretenus aux
dépens du Roy dans les villes de Srasbourg, Le Fort Louis,
Landau, Schlestat, Colmar, Betfort, lluningue et dans le fort
de Lichtemberg. L'hôpital de Colmar est pour les soldats des
camps du neuf Brisack, Ton traite dans l'hôpital de Sras-
bourg les soldats attaqués de la maladie vénérienne, privati-
vement aux autres hôpitaux, et le Roy a trouvé bon qu'il soit
payé quatorze livres dix sols monnoye d'Alsace au chirur-
gien major pour chaque soldat qu'il guérirait de ce mal dont
il se tient des estats exacts.
Le chirurgien major s'appelle le sieur du Comte (Du conte)
et est un des plus habiles hommes de sa province pour tout
ce qui regarde la chirurgie.
Les dernières adjudications de la fourniture de ces hôpi-
Uiux pour deux années finissantes au premier janvier 1703,
sont k raison sçavoir :
Strasbourg six sols neuf deniers pour chaque journée de
soldat malade, et quatre vingt dix livres d'apointements par
mois pour l'entretien des infirmiers, fraters. blanchissage, et
autres fournitures que la subsistance et les remèdes.
(1) Traité fail entre le Roi cl le Marquis de Badcn-Dourlach,
tourlianl le rhAteau de Landskron on Alsace le 28 Mars lt)63.
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L*ALSACE AU COMMENCEMENT DU XVIII« SIÈCLE 451
Le Fort Louis. . . . Se. 6d. 50 ]
Landau 5 il 90
Schlestat 4 0 50 ,
Colmar 5 10 90 ^apo^ntements.
Betfort ,4 9 50
Huningue 6 0 50
Lichlemberg . . . 6 6 10
Etats Majors
des places, leurs noms, leurs apointements et autres proffits :
Ville de Strasbourg
M. Le Marquis de Ghamilly gouverneur ii vingt mil livres
d-apoinlements du Roy et la ville lui paye annuellement neuf
mil livres (3,000)
M. De la Bastie, Lieutenant du Roy a quatre mil cinq cens
livres d*apointements, la ville lui paye trois mil livres.
M. de Buffevant major a trois mil livres d'appointements,
la ville lui paye deux mil livres, sa moitié dans le proffit des
herbes des glacis et chemins couverts, dont les deux aydes
majors ont l'autre moitié peut se monter à sept cens cinquante
livres par an.
Messieurs de Bourbon et de Vaudin aydes majors ont douze
cens livres chacun d'appointemens, la ville leur paye à cha-
cun mil livres, il peut leur revenir de leur moitié de Therbe
des glacis et chemins couverts sept cens cinquante livres
qu'ils partagent également.
Les sieurs Dufour et de Belleuille capitaines des portes ont
mil quatre vingt livres d'apointements, la ville leur paye k
chacun six cens livres.
Réduit de la Porte des Pierres de Strasbourg
M. de Bellespine commandant a dix huit cens livres d*a-
pointemens et la cantine de ce réduit peut luy valoir cent
cinquante livres.
Réduit de la Porte blanche de Strasbourg
M. Coulon commandant h, dix huit cens livres d'apointe-
mens, et la cantine de ce réduit peut luy valoir cent cin-
quante livres,
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452 REVUE d'alsage
Il nV a aucun autre proffit pour les officiers de l'Etatmajor,
ce que la ville leur paye est en conséquence d*un règlement
approuvé par Sa Majesté, eu considération de ce que le ma-
gistrat jouit de la cantine et du produit des remparts et des
fossés de la ville, qui appartient dans les autres places aux
Gouverneurs et Lieutenants du Roy.
Citadelle de Strasbourg (1)
M. de SifTredy connmandant a quatre mil cinq cens livres
d'apointements, sa moitié dans la cantine affermée douze cens
livres, dans la vente du sel évaluée h trois cens livres, dans
rétablissement de la boulangerie évaluée k deux cens livres,
dans rétablissement de la boucherie évaluée a cent livres.
M. deBergeretLieutenantduRoy atroismil livres d'appoin-
tements, son quart des proffîts énoncés dans le précédent ar-
ticle peut monter à quatre cens cinquante livres.
M. de Figeac major a dix huit cens (livres d'appointements).
Il touche les deux tiers du quart restant des proffîts cy-dessus,
ce qui va environ a trois cens livres.
M. Paillot ayde major a mil quatre vingt livres d'cppoin-
tements, et cent cinquante livres du restant des proffîts cy
dessus.
Le sieur de la Fregere de Coursonne capitaine des portes a
neuf cens livres d'appointements et nul autre proffît.
L'herbe des remparts peut produire seize charriots de foin
de la valeur de cent sols chacun, Ils se partagent enlre Mes-
sieurs de Siffredy commandant et de Bergeret Lieutenant de
Hoy.
L'herbe des glacis et chemins couverts peut produire vingt
deux charriots de foin au môme prix de cinq livres chacun
ils se partagent entre Messieurs de Figeac major et Paillot
ayde major.
Fort Louis du Ithiii
M. de la Vaisse Gouverneur a sept mil livres d'appointe-
ments, sa moitié dans la cantine affermée présentement qua-
torze cens livres et dans un bacq (que l'Etat major a fait
mettre sur le Rhin depuis la démolition du pont) affermé six
cens livres, est en tout de mil livres.
(1) Construite en 1082 sous la direction de Vauban.
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l'alsace au commknckment or \viii« sièclk 453
M. de St-Georges Lieutenant de Roy a d'appointements
trois mil livres, sa part dans les proflits ry-dessus est de cinq
cens livres.
M. Paqueion major a dix huit cens livres d'appointements,
sa part dans lesprofïitscy-dessus est de trois cens trente trois
livres.
M. de la Roque ayde major a d'appointements neuf cens
livres, sa moitié des dits proflits cy-dessus est de cent soi-
xante sept livres.
Outre celalesdits sieurs Paqueion major (et de la Roque ayde
major) jouissaient du pot major réduit à une chopine par ordre
de M. De la Grange, laquelle chopine par mesure de vin pro-
duisait deux sols, ce qui faisait par chaque année deux a
trois cens livres, selon que la garnison était plus ou moins
forte.
Le major avait les deux tiers de ce proffit, et l'ayde major
l'antre tiers, maïs ils n'en jouiront plus a l'avenir en consé-
quence des nouveaux ordres envoyés pour la supression des
droits du pot major.
L'herhe des remparts et fossés apartenant aux Gouverneurs
et Lieutenant de Roy ne leur vaut pas plus de trente livres
par an et celle des glacis ne vaut pas plus de soixante livres
au major et ayde major, le terrain étant de gravier.
Le sieur do. Saint-Martin capitaine des portes à sept cens
livres d'appointements.
Landau
M. de Melac Gouverneur a quinze mil livres d'appointe-
ments,la ville luy paye douze cens livres pour son ustoncile(i),
sa moitié dans la cantine afl*nrmée deux mil quatre cens livres
et de douze cens livres. La ville luy fournit le hois de son
chauffage lorsqu'il est dans son gouvernement, ce qui ne peut
estre évalué précisément, la consommation pouvant eslre
plus ou moins grande, la corde de bois se vend présentement
sept livres dix sols ou environ.
\
(\) L'uslancile, ou mieux l'ustensile était le droit qu'avaient les
troupes d'être logées et entretenues par l'habitant.
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4o4 REVUE d'à LS ACE
M. Daoust Lieutenant de Roy a trois rail livres d'appoin-
tements, la ville luy paye six cens livres d'uotancile, son
quart dans la cantine est de six cens livres.
M. de Roquefeuille major a deux mil quatre cens livi'es
d'appointements, la ville lui paye quatre cens livres d'us-
tancile, sa part de la cantine est de quatre cens livres, ses
deux tiers de Therbe des glacis lui vallent deux cens livres.
Il retiroit environ trois cens cinquante livres du pot major
ce qui est supprimé.
M. de Villeman ayde major a mil quatre vingt livres d'ap-
pointements, la ville luy paye deux cens livres, sa part de la
cantine est deux cens livres, sa part du droit de pot major
estoit de cent quatre vingt livres.
Le sieur de la Rousselière capitaine des portes a neuf cens
livres d'appointements, la ville lui paye cent livres d'une part
pour ustancile, deux cens quatre vingt livres d'autre pour
deux portiers qu'il s'est obligé d'entretenir.
Chasteau de Lichtemherg
M. de la Jonchère commandant a deux mil cinq cens livres
d'appointements.
M. de Vole (Voile) major a douze cens livres d'appoin-
tements.
M. de Clarclery ayde major a neuf cens livres d'appoin-
tements.
Cet Etat major ne retire aucun prolTit de la place, l'herbe
des remparts et glacis n'est à compter pour rien, ne valant
pas quarante livres par an.
Schlestat
M. de Prescbacq gouverneur onze mil deux(cens)cinquante
livres d'appointements. La ville luy paye six cens livres d'us-
tancile et luy fournit quarante chariots de foin valant environ
quatre cens livres, cent cordes de bois pour son chauflage
qui peuvent estre évaluées îi deux cens livres, sa moitié dans
la cantine va k cent cinquante livres, la pesche des fossez de
la place peut valoir deux h trois cens livres.
M. de Barege Lieutenant de Roy a trois mil livres d'appoin-
tements, la ville luy paye quatre cens livres d'ustancile, et
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l' ALSACE AU COMMKNCEHENT DU XVm« SIÈCLE 455
luy fournit douze chariots de foin dont il paye la façon de
trois livres dix sols pour chacun, sa part de la quantine est de
soixante quinze livres.
M. Caries major a dix huit cens livres d'appointements, la
ville luy fournit six charriots de foin dont il paye la façon,
l'herbe des glacis dont il a les deux tiers, luy vaut près de
mil livres, le droit de pot major suprimc lui valait aussi pour
las deux tiers, quatre cens cinquante livres.
M de Beauregard ayde major a neuf cens livres d'appoin-
tements, la ville luy paye deux cens livres d'ustanciles et luy
fournit six charriots de foin dont il paye la façon, son tiers
de rherbe des glacis luy vaut environ cinq cens livres, bon
tiers du droit de pot major suprimc étoit de deux cens vingt
cinq livres.
Le sieur Giraud capitaine des portes a sept cens livres
d'appointements, la ville luy paye cent soixante dix livres
d'ustancile et lui fournit trois chariots de foin dont il paye
la façon .
Betfort
M. de Morton gouverneur a onze mil deux cens cinquante
livres d'appointements, la ville luy paye six cens livres d'us-
tancile, sa moitié de la cantine affermée mil livres est de cinq
cens livres.
M. de la Sablière Lieutenant de Roy a deux mil quatre
cens livres d'appointements, lui paye quatre cents livres
d'ustancile, son quart de la cantine est de deux cens cin-
quante livres.
M. de Fernanville majora dix huit cens livres d'appointe-
ments, la ville lui paye deux cens livres d'ustancile, sa part
de la cantine est de cent vingt cinq livres, sa moitié dans
rherbe des glacis affermée quarante cinq livres, est de vingt
deux livres dix sols, le droit de pot major suprimé luy valait
cent cinquante livres.
M. de Valmont ayde majora neuf cens livres d\i^»pointe-
menis, la ville luy paye cent livres, sa part de la cantine est
de soixante deux livres dix sols, sa part des glacis est de
onze livres cinq sols, sa part du droit de pot major suprimé
étoit de soixante quinze livres.
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436 REVUE D^ALSACE
M. (le Pibalier ayde major du château a neuf cens livres
d'appointements, il ne touche rien de la ville, sa part de la
cantine est de soixante deux livres dix sols, sa part des glacis
est de (onze livres cinqsols, sa partdu droit de) pot major su-
primé étoit de soixante quinze livres.
Iluningue
M. le Marquis de Puysieulx gouverneur a quinze mil livres
d'appointements.
M. de Senerie, Lieutenant de Roy a deux mil quatre cens
livres d'appointements.
La ville ne leur paye aucune ustancile, et il n'y a point de
cantine.
M. de Bombelles major, a dix huit cens livres d'appointe-
ments, ses deux tiers du produit de Therbe des glacis peu-
vent aller a soixante livres.
M. de Montouer (Monloûcr) ayde major a neuf cens livres
d'appointements, son tiers du produit de l'herbe des glacis
peut aller a trente livres.
Le sieur de Glinchamp capitaine des portes, a neuf cens livres
d'appointements.
Neuf Brisnck
M. de Laubanie gouverneur a quinze mil livres d'appoin-
tements-
Le Roy n'a point encore nommé de Lieutenant de Sa Ma-
jesté dans cette place.
M. de Manas majora trois mil livres d'appointements.
L'Etat Major n'a aucun autre profTit.
Fort du Mortier
M. Darcy commandant a deux mil quatre cens livres d'ap-
pointements.
M. Thorame major a douze cens livres d'appointements.
M. Félix ayde major a neuf cens livres d'appointements.
Le major et l'ayde major ont fait labourer un vieux glacis
du fort des cadets démoly qui est k compter pour rien a cause
des innondations, cehiy de la place ne vaut pas mieux, le
terrain étant aride et fort petit.
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i/aLSACE AC commencement du XVIII* SIÈCLE 457
Souveraineté du Roy
Avant le traité de Westphalie signé a Munster le 24 octo-
bre mil six cens quarante huit, l'on reconnoissoit en Alsace
trois sortes de puissances :
Celle qui émanoit de la simple seigneurie, à peu près telle
que Font en France les seigneurs de paroisses.
Celle du supériorité territoriale qui approchoit beaucoup
plus de la souveraineté que de la dépendance.
Celle du suprême Domaine qui est la véritable souverai-
neté.
Le droit de simple seigneurie étoit exercé par les seigneurs
des (iefs qui relevoient d'autres princes ou seigneurs parti-
culiers.
La supériorité territoriale appartenoit a tous les Seigneurs
dont les terres relevaient immédiatement de l'Empire, et hors
le droit de faire battre monnoye dont même quelques uns
étoient en possession, ils jouissoient de tous les droits réga-
liens avec la môme indépendance que les Princes d'Allemagne
les plus puissants.
La ville de Strasbourg comme République, et les dix villes
impériales scituées en Alsace sçavoir, Ilaguenau, Colmar,
Schlestat, Weissenbourg, Landau, Obernheim, Rosheim,
Munster, Keysersberg et Turckeim jouissoient de la môme
supériorité territoriale, et quelques unes étaient même on
possession de faire battre monnoye.
Le Suprême Domaine étoit la véritable souveraineté appar-
tenante il tout l'empire donc chaque membre participe et qui
ne réside en la personne de l'Empereur qu'en tant qu'il est le
Chef, mais sans qu'ils s'en puisse servir du consentement et
pour ainsy dire conjointement avec les Princes et Etals de
l'Empire dans les affaires de conséquence, de sorte que ceux
qui ont la supériorité territoriale étant appelles aux Dièles,
ou par eux mêmes, s'ils s'ont Régents, ou par des députés
de leur ordre s'ils ne le sont pas, suivant les règlements en
forme de constitution qui ont été faits à ce sujet. Ils ont
l'avantage outre la supériorité territorialle qu'ils exercent
chez eux, de partager jusques à un certain point l'autorité
souveraine du Suprême Domaine dans tout l'Empire.
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458 REVUE D' ALSACE
Telle étoit la scituation de l'Alsace lorsque par le traité île
Wetsphalie elle parut estre cédée entièrement au Roy.
Les dispositions des paragraphes Tèriio Imperafor et
teneatiirRex chrisiianissimus ont eu des interprétations dif-
férentes, cependant il a toujours passé au moins pour cons-
tant que tout ce qui appartenoit en propre a la maison d'Au-
triche en Alsace ayant été par elle cédé a Sa Majesté avec
toute supériorité territoriale et avec souveraineté par Tinter-
vention de l'Empire, le Roy devoit en jouir sans aucune
difficulté.
La principale contestation fut par rapport à la préfecture
d'Haguenau qui appartenoit aussi k la maison d'Autriche
et aux dix villes impériales qui en dépendent.
L'on prétendit de la part de la France que la préfecture
dllaguenau ayant été cédée au Roy en toute souveraineté,
ces dix villes qui en dépendoient dévoient être soumires a Sa
Majesté de la môme manière. L'on soutint au contraire du
coté de l'Empire que le droit de cette préfecture n'étoit qu'un
droit d'advocatie et de protection honorahle et utile jusqu'à
un certain point en vertu duquel les habilans des dix villes
impériales presloient à la vérité le serment au grand Bailly,
mais que ce serment étoit réciproque el que le grand Bailly
leur juroit pareillement de les maintenir dans leurs privilè-
ges, or au nombre de ces privilèges, celuy de jouir de la su-
périorité territoriale et des droits régaliens sous la souverai-
neté immédiate de l'Empire étoit regardé comme le plus
considérable.
Quant aux autres Etats de l'Alsace qui n'étoieot point du
Domaine de la maison d'Autriche, la difficulté fut encore bien
plus grande, et quoy qu'il parut par la disposition du para-
graphe Tertio imperator qu'ils eussent été cédés à la France
avec toute souveraineté, cependant on y trouvoit une contra-
diction si apparente dans la disposition du paragraphe Te-
nentur lîex christianissimus, qu'elle passoit en Allemagne
pour une rétrac(tajtion formelle qui maintenoit ces Etats dans
leur possession de supériorité territoriale sous la souverai-
neté de l'Empire.
Les choses étoient dans cette ambiguïté dont chacun se
prévaloit le plus qu'il pouvoit à son avantage lorsqu'en l'an-
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l'alsacb au commencement du xviii« siècle 4^9
née 1680 par deux aresls du Conseil supérieur d'Alsace séant
alors h Brisack, le premier du 22 mars et le second du 9«
aoust de la dite animée. Le Roy à la requeste et diligence de
son procureur général a fait ordonner la réunion h sa cou-
ronne de tous les lieux exceptés par le paragraphe Teneatur
Bex christ ianissimus y du traité de Munster. Cette réunion a
produit TExtinclion de la supériorité territoriale dans les lieux
qui y ont été compris, etqui forment cegue Ton appelle pré-
sentement en Alsace, le pays de nouvelle domination ou de-
puis Sa Majesté n a point été troublée, au contraire la guerre
survenue en 1688 ayant été heureusement terminée par le
traité de Riswick, Tarticle 4 de ce traité lève pour l'avenir toutes
difficultés, car comme il y est dit que Ton rendra en particu-
lier k l'Empereur et h l'Empire, k ses Etats et membres tous
les lieux et droits scitués hors l'Alsace qui ont esté occupés
parle Roy nonobstant les décrets, arrests et déclarai ions qui
demeureront cassés à cet égard, il est une conséquence toute
évidente que ces arrests n'ont point receu d'atteinte pour les
Etats, lieux et droits scituez dans l'Alsace, lesquels sont sous
entendus délaissés et abandonnés k Sa Majesté pour en jouir
suivant le dernier estât de possesion (1).
A la vérité les bornes de l'Alsace du costé du Pilalinat
n'ont pas encore été bien précisément décrites ny limitées,
elles ne sont sujettes à aucune cont2slation csmme il a
déjà été remarqué jusques a la Rivière de Loutre (2j qui
passe k Weissembourg, mais le Roy a grand intérest de
maintenir sa souveraineté jusque k la rivière Quesche qui
passe k Landau, et qui vient se rendre dans le Rhink Guers-
mesheim.
(k Huivr/j Docteur H. Weisoerbkr.
(1) Comparer avec le mémoire de Colbert.
(2) Pour Lauter. Ces lerriloirefl contestés furent reconnus
Français en 1714 par le traité de Rastadt, ils le restèrent jus-
qu'en 1815.
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RELATION
DE LA
PRÉSENTATION A LOUIS XIV
DE LA
MÉDAILLE FRAPPÉE par ORDRE de la VILLE de STRASBOURG
après rachèvement de la rit ad elle
en i687
Dès 1686 le Magistrat de la ville libre royale de Strasbourg
avait décidé, sur la proposition du prêteur Obrecht, de com-
mémorerrachôvement prochain de laCitadelle, commencée par
Vauban dès le lendemain de la capitulation de 1681, par la
frappe d'une médaille (1). C'était faire sa cour au roi, dont
Tun des faibles était de vouloir conserver le souvenir de tous
les événements de son règne par une série de créations artis-
tiques de ce genre, pour lesquelles la nouvelle Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres fournissait les devises. Cette
médaille, exécutée à Paris, par Bernard (2), est bien connue
des numismates et des amateurs. Elle montre h Tavcrs le buste
(1) Voyez les procès-verbaux du Conseil des Treize, 18
février 1687.
(2) Etait-ce le graveur et peinlre Samuel Bernard, mort peu
après le 21 Juia 1687, h Paris, le père du fameux financier de ce
nom ? Je ne saurais l'affirmer.
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PRÉSENTATION A LOUIS XIV d'uNB MÉDAILLE 461
bien connu du monarque, revêtu de la cuirasse; au revers,
Louis XIV, assis sur son trône, en costume romain, tend
une couronne crénelée à la ville de Strasbourg, agenouillée h
ses pieds. A terre gisent un bouclier, un casque et une épéo.
Derrière le roi se tient une Victoire, qui lui pose sur la tcte
une couronne de lauriers. La médaille porte pour devise
Urbis (ranquillitnte adserta. et h l'exergue, Argentorat.
Ahat. Meirop (i). Ce n'est pas de cette pièce alsalique elle-
même que je veux parler ici; j'ai retrouvé parmi mes papiers
quelques unes des lettres échangées a cette occasion enlre le
Magistrat de Strasbourg et son représentant \ Paris, et que
mon excellent ami, feu M. Brucker, archiviste de la ville,
avait bien voulu copier pour moi, il y a bientôt vingt ans.
Je penss qu'on ne lira point sans quelque intérêt la relation
que cet agent fit parvenir h ses commettants sur l'audience
accordée par le roi, le i«^ avril 1687, afin qu'il pût présenter
les hommages respectueux et rofl"rande de la ville libre k
Sa Majesté Très Chrétienne. En le suivant d'abord à la Cour,
puis dans ses pérégrinations officieuses comme distributeur
des médailles strasbourgeoises, on peut jejer un coup d*œil
rapide sur les grands seigneurs de Versailles, sur les influ-
ences puissantes de l'administration supérieure, sur « les
bureaux » aussi, comme on disait alors déjà, et leur dictature
latente. N'est-ce pas un détail bien caractéristique (jue Cor-
reùr juge plus nécessaire de distribuer cinq de ces médailles
dans un même bureau que d'en offrir une seule \\ Monsieur ?
Et n'est-il pas intéressant de constater que le valet de cham-
bre de Louvois, lui aussi, affichait du goût pour la numisma-
tique ?
Pour bien comprendre d'ailleurs l'attitude bienveillante de
(1) Voyez Berstetl, Mûnsgeschichte des Elsasses, page 85 et
Arthur Engel, Monnaies alsaciennes au Cabinet do France dans la
Revue d'Alsace, 1874, page 312. Les exemplaires en enivre, & lace
unique, tels qu'il en existe ini exemplaire dans la belle collection
de médailles alsatiques de mon cousin et ami, M. Maurice ilimly,
à Strasbourg, doivent être des imitations d'origine postérieure,
puisque nous voyons le Magistrat défendre la frappe des pièces en
cuivre.
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^
462 REVUE d'alsace
Louvois h regard de Tagent strasbourgeois, altitude qui con-
traste si fort avec sa brusquerie, je dirais volontiers sa bru-
talité ordinaire, il faut savoir que Gorreur (ou Le Correur)
était lui-même un ancien « commis » du tout-puissant minis-
tre, et que celui-ci tâchait naturellement de bien mettre en
Cour le nouvel agent de Strasbourg, qu'il avait certainement
désigné lui-môme ou fait désigner au choix du préteur royal
et des Conseils. Désigné pour ces fonctions en août i685,
alors que le vieux « résident » de la République à Paris, Jean
Beck, en fonctions depuis 1644, était mort ou avait été mis à
la retraite, Correur fournit également une carrière diploma-
tique (si tant est que ce mot soit encore de mise après i68i)
assez longue, car les procès-verbaux du Conseil des Treize
nous le montrent encore en activité de service vers la fin
de l'année i710.
RoD. Reuss.
Lettre du S^ Correur (1), agent de la ville de Strasbourg
à Paris, au Magistrat de cette ville,
Paris, ce 2« avril i687.
Messieurs
J'ai reçu la lettre du 23. du mois dernier que vous m'avés
fait l'honneur de m'écrire ; j'ai été bien aise de la ratification
que vous m'avés donnée pour l'exécution de vos ordres au
sujet de la médaille du Roy ; je les ai suivi régulièrement et,
je crois, à votre satisfaction . Comme j'ai présenté cette médaille
k Sa Majesté hier au matin avec autant d'agrément qu'on en
pouvoit attendre, vous voulés bien, Messieurs, que je vous
fasse une petite relation de ce qui s'y est passé.
Comme vous m'avés ordonné par les lettres que vous
m'aviés fait l'honneur de m'écrire, de présenter la médaille
au Roy, au plutôt, j'ai tellement pressé M. Petit qui trainoit
(!) On trouve le nom dans les pièces odicielles sous la forme de
Correur, Le Correur, Le Couvreur, etc.
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PRÉSENTATION A LOUIS XIV d'CNE MÉDAILLE 463
les choses en longueur (1), que vendredy dernier une partie
des médailles fut achevée, particulièrement celles d'or. Je ne
manquais pas, le lendemain, d'en aller rendre compte k Mgr
de Louvois, qui me recommanda de me trouver le lundi
ensuivant à Versailles où il me présenteroit au Roy. Je n'y
manquai pas, mais mondit Seigneur n'ayant pas la commo-
dité cette journée, la partie fut remise au lende-
main ; je me trouvai a la sortie du cabinet comme il alloit au
conseil ; il me dit de le suivre et d'attendre ses ordres dans
l'antichambre du Roy, où je fus près de deux heures. Mondit
Seigneur sortit ensuite, et m'ayant fait signe de la teste, il
rentra ; plusieurs personnes de la première qualité
le suivirent et la porte fut fermée ; un quart d'heure
après elle fut ouverte, et un huissier du cabinet appelant
hautement : « L'agent de la ville de Strasbourg », je m'avan-
çai, et je fus surpris de voir que le Itoy m'attendoit dans les
formes. Mgr de Louvois éloit k son côté, et les principaux de
la cour faisaient deux haies ; j'allai droit k Sa Majesté avec
beaucoup de respect et de soumission et après lui avoir fait le
compliment de votre part, Messieurs, suivant le model que
vous m'en aviés donné (2), je lui présentai la médaille qu'il prit
d'une manière très gaie, et en la recevant il me dit ces mesmes
paroles : « Je la reçois avec plaisir, et vous pouvés assurer
Messieurs de Strasbourg, que je leur donnerai dans toutes les
rencontres des marques de mon affection (3) ». Je remerciai
Sa Majesté par une profonde inclinalion ; j'allai ensuite dans
l'apartement de Mgr le Dauphin, qui venoit d'arriver de la
chasse. On me fit entrer lorsque j'eus dis pourquoy je venois;
(1) Le graveur de la médaille s'appelait Bernard; M. Petit était
le contrôleur de la Monnaie, « le maître du balancier », comme
on disait alors.
(2) Hcisseissen dans son Mémorial (p, 133) mentionne ce « com-
pliment »que le Magistrat avait fait rédiger à Strasbourg, peut-être
afin que le Correur ne fut pas trop dévotieux en son nom.
(3) Messieurs de Strasbourg ne durent pas être très charmés
quand ils reçurent les prochaines « marques de l'afTection » royale.
C'est en effet quatre jours plus tard, le 5 avril 1687, que Louis XIV
signa la lettre de cachet qui introduisait Valiematire dans le
sm^igistrat (Keisseissen, Mémorial, p. 134).
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464 REVUE d' ALSACE
je lui fis un petit compliment. Lorsque je lui présentai la
médaille, il me répondit qu'il vous remerciait. Je fus après
chez Mgr de Louvois et, comme il rentroit, je le remerciai de
la bonté qu'il avoit eu de vouloir que la médaille eût été
présentée au Roy dans toute la cérémonie, et que je ne man-
querai pas de vous rendre compte, Messieurs, de la manière
dont la chose s'étoit passée. Je lui présentai en môme tems
une médaille d'or et deux d'argent; j'allai ensuite k l'aparte-
ment de M. de Barbezieux (i), u qui, après un compliment de
votre part, je présentai une médaille d'argent. J'en donnai
aussi une k M. de Junquières, qui est celui qui le conduit
dans les affaires, et puis j'en fis une distribution dans les bu-
reaux. Je commençai par M. Dufresnoy, qui est le premier
commis, et puis j'allai suivant l'ordre ; il en a fallu cinq dans
le seul bureau du secrétariat. Je ne pus en refuser au premier
valet de chambre de M>^'. de Louvois, qui m'en demanda une.
Faites-moi, s'il vous plaft, la grâce de croire que dans celle
distribution j'ai fait ce que j'ai cru être k l'avantage de la
ville de Strasbourg. J'ai aussi présenté une médaille
d'or k Mgr. le Contrôleur - général (2) qui me témoi-
gna d'avoir beaucoup de ressentiment de l'honnêteté que je
lui faisois de votre part ; il me dit qu'il vous en remercieroil.
M. l'intendant Pelcticr (3), k qui j'en ai aussi présenté une
d'or, me dit que vous lui faisiés beaucoup d'honneur, et
qu'il làcheroit de vous en faire paroitre sa reconnoissance.
J'en ai distribué aussi dans les bureaux de ces Messieurs ;
tous les commis m'ont prié de vous en faire leurs très humbles
remerciements. Je n'ai pas présenté encore celle pour Mgr.
le Chancelier (4), parce qu'il est un peu incommodé ; j'espère
(1) Louis-Françols-Marie Le Tellicr, marquis de Barbezieux, se-
cond fils de Louvois et son successeur au niinislère de la guerre
en 1091. Il était né en juin 1668 ; c'était donc un jeune homme de
dix-huit ans auquel l'agent de Strasbourg se croyait obligé défaire
offîciellemont sa cour.
(2) C'était, depuis 1683, M. Claude Le Peietier.
(3) 11 est sans doute question du frère du précédent, Michel Le
Peietier de Souzy, intendant des finances de 1683 à 1701.
(4) Louis BoucLerat, chancelier et garde des sceaux de 1665 à
1691).
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PRÉSENTATION V LOUIS XIV d'uNE Mi^OAILLË 46o
le pouvoir faire, k ce qu'on m'a promis, samedi prochain.
J'en ai présenté une d'argent au R. P. de la Chaise (1) et k M.
Pélisson (2), qui m'ont chargé tous deux de vous bien remer-
cier et de voustémoignerqu'iis vouséloient infiniment obligée.
M. l'archevêque de Reims (3) ne sera de retour de la cam-
pagne que la semaine prochaine, comme aussi M. l'Evèque
de Meaux (4). Je ne manquerai pas de suivre les ordres que
vous me donnés k leurs égards ; j'ai encore quelques dislri-
butions k faire k la Cour, dont je ne manquerai pas de vous
rendie compte, et ensuite je ne manquerai pas de vous en-
voyer le nombre de médailles, que vous m'ordonnes de vous
envoyer et même davantage si je puis, avec unsd'or, etquani
même je devrois faire faire encore une augmentation d'une
douzaine d'argent, je crois qne vous ne le trouvères pas mau-
vais, parcequ'il ne faut pas faire de jalousies, et pour peu de
chose on contente les gens. J'ai suivi les ordres de Mgr. de
Louvois k l'égard d'une médaille pour Mgr. (5), mais comme
il nem'arienditpourMonsieur(6jjeneluienai point présenté;
cela aussi n'étoit point nécessaire. Ainsi il n'y a eu que sept
médailles d'or; celle du Roy, qui pesoitplus de deux onces de
plus que les autres, étoit extrêmement belle ; les autres ne
laissent pas d'être aussi très belles, comme vous le verres, s'il
vous plaft, quand j'aurai l'honneur de vous l'envoyer avec
celles d'argent, qui sont aussi fort belles. M. Petit, le mailre
du balancier qui fail, comme sçait fort bien M. Obrecht (7),
les choses comme il lui plait, a fait les médailles un peu plus
pesantes que je ne lui avois dit, disant qu'on ne peut pas être
si juste, mais cela n'excède pas de beaucoup, et sans un grand
soin que j'ai fait prend re. le carré de la figure d u Roy aurait cassé
(l) Le confesseur du Hoi.
(f) PauIPelissm de l'Académie française, historiographe du Roi,
directeur du bureau de conversion pour les réformés, après sa
propre abjuration de la foi protestante.
(3) Charles- Maurice Le Tellier, frère de L')Uvois.
(4) Jacques Bénigne Bjssuet.
(5) Monseigneur, tout court, c'est le Dauphin, fils de Louis XIV.
((>) Monsieur, c'est Philippe d'Orléans, frère du Roy.
(7) Le prêteur royal de U ville de Strasbourg.
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466 HEVUE D*ALSACE
11 est vrai que le graveur auroil été obligé d'en faire un autre,
mais il eut fallu Taltendre longtemps. VoiHi, ^Messieurs, les
choses comme elles se sont passées. J'espère que vous en
serez contents, et que cette médaille que vous avez fait faire
fort h propos, et qui a été si bien reçue de tous ceux à qui je
Tai présentée, ne pourra être que très avantageuse pour la
ville de Strasbourg. Je prie Dieu de tout mon coeur que j'en
puisse bientôt voir des marques. J*ai reçu la lettre de crédit
que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer sur M Tourlv^n
pour me rembourser des avances qus j'ai faites à l'égard de
la médaille (1) ; je vous suis obligé de votre ponctualité ; sur
les simples ordres qu'il vous plaira me donner, je ferai
toujours tous les frais nécessaires pour tout ce que vous vou-
drés bien m'ordonner, puisque je suis et je serai toujours
avec baaueoup de respect et de passion, Messieurs, votre très
humble etc. Signé ConuKirn.
P. S. — J'oubliais de me donner l'honneur de vous écrire
pour sçavoir si vous von lés que je fasse fraper quelques mé-
dailles de cuivre.
Strasbourg ce 9 avril 1687.
Monsieur,
Nous avons reçu votre lettre du 2 de ce mois par laquelle
nous avons appris avec beaucoup de satisfaction l'heureux
succès avec lequel vous avés exécuté la commission que
nous vous avions donnée poui" présenter la médaille au Roy;
nous vous sommes très sensiblement obligés de tous les soins
que vous avés pris en celte affaire, et nous tâcherons à la
première occasion qui se présentera de vous donner des mar-
ques réelles de notre reconnoissance.
Vous jugés très bien qu'il ne faut pas s'exposer à aucune
jalousie en épargnant une dixaine de médailles qu'on pourroit
emploier avantageusement pour la ville, en les offrant h des
(l) D'après Ica procès-verbaux des Treize (S novembre 16S7) les
frais s'élevèrent à 1,G23 livres.
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PRÉSENTATION A LOIIS XIV d'uNE MÉDAILLE 4G7
personnes qui nous peuvent par là vouloir du bien : ainsi
nous vous prions d'augmenter le nombre des cents que nous
avons commandé autrefois, encore de dix ou de douze, selon
que vous le Irouverés a propos, comme aussi de faire frapper
encore une d'or, outre celle que vous avés déjà et de nous les
envoyer toutes deux ensembles ici. Nous n'avons rien a dire
sur la distribution que vous avés faite et que vous ferés encore
si ce n'est que nous vous recommandons particulièrement
M. Petil qui a la direction du balancier et M. Frémin, avocat
au Conseil, qui est son allié, comme aussi Mad, Le Cor-
reur et Mademoiselles (sic) vos filles, et si nous vous prions
d'en garder une pour vous, ce n'est que pour vous laisser un
gage de notre bonne volonté, que nous vous donnerons au
plutôt a connoîlre plus efficacement ; du reste nous ne dési-
rons pas que vous en fassiés frapper de cuivre, à moins que
Mgr. de Louvois ne vous l'ordonne expressément. En atten-
dant de vos nouvelles sur les soixante médailles d'argent et
les deux d'orque vous nous enverrés ici, nous sommes, etc.,
Les Préteur, Consul et Magistrat de la
ville de Strasbourg.
Paris ce 3 may 1687.
Messieurs,
Depuis la dernière lettre que vous m'avés fait l'honneur de
m'écrire j'ai présenté une médaille d'or à Mgr. le Chancelier,
et je lui ai fait le compliment que je lui devois fiiire de votre
part; il a reçu la médaille et le compliment avec la plus
grande honnêteté du monde, et il m'a chargé de vous écrire
qu'il vous éloit bien obligé et qu'il nous reiidroit toujours ser-
vice de bon cœur, quand il en auroit l'occasion. J'ai distri-
bué régulièrement des médailles d'argent, suivant ce qu'il
vous a plus m'ordonner, et j'en ai donné à ceux que j'ai cru
pouvoir vous être utiles en quelque chose. Je vous ai beau-
coup d^'obligation de la bonté que vous avés de vouloir bien
me permettre de retirer une médaille et d'en donner aussi a
ma femme et à mes tilles ; nous les garderons comme un mo-
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4G8 REVUE D^LSAGU
nuinent éternel de la bienveillance que vous nous témoignés
et nous tâcherons toujours d'en avoir toute la reconnoissance
qu'on peut avoir, et moi particulièrement, je ferai tout mon
possible pour exécuter ponctuellement tout ce que vous m'or-
donnerés et que rien ne se fasse au préjudice de vos intérêts
auxquels je m'attacherai avec beaucoup de zèle.
J'ai mis au carosse de Strasbourg, qui partira lundi pro-
chain, une boëte cordée et cachetée à TadressedeM. Obrechl;
elle doit arriver h Strasbourg le 15 de ce mois. Il y a dedans
deux médailles d'or et soixante cinq d'argent ; elles sont belles
et bien frappées et qui ont bien été reçues à la cour ; elles
seront assurémenttrès utiles pour l'intérêt de la ville de Stras-
bourg. Le Roy et Messieurs les Ministres en ont témoigné
une véritable satisfaction et je suis persuadé que Sa Majesté
et ces Messieurs s'en resouviendront dans l'occasion. En at-
tendant toujours de vos commandemens, je suis, etc. Signé :
CORREIR.
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A TRAVERS LE PASSÉ
SOUVENIRS D'ALSACE
PORTRAITS, PAYSAGES
(Suite (i;
Parmi les hommes qui ont creusé un large sillon dans le
champ des études alsatiques, parmi les chercheurs modernes
qui ont fait d'heureuses trouvailles et publié des livres qui
resteront comme un témoignage de leur haute culture inteU
lectuelle, nous devons une mention d'honneur îi Charles Gé-
rard, avocat à la cour d'appel deColmar, ancien sous-commis*
saire du gouvernement à Altkirch et a Saverne et ancien
représentant du peuple en 4848. Originaire de Longwy où il
est né le 24 janvier 1813, il habita longtemps Ste-Marie-aux-
Mines, celte ville moitié lorraine et moitié alsacienne ; il résu-
mait en lui le génie de deux races, et a donné de bonne
heure la mesure de ses brillantes qualités d'esprit et de ses
rares facultés d'assimilation. Il eut la force de renoncer au
prestige de ses positions officielles pour revenir a Colmar plai-
der le mur mitoyen, ce qui prouve qu'il n'était Tami ni du
galon ni du panache. Beau parleur, critique sagace et souvent
caustique, profond jurisconsulte, possédant des notions sur
toutes choses, explorateur consciencieux des arcanes histo-
riques, sachant défricher avec méthode les landes les plus
({) Voy. pp. 433-465 du Irimeslre Octobrc-Novembrc-Décembre
1895; pp. 24-50 du trimestre Janvier-Février-Mars, pp. 156-207 du
trimestre Avril-Mai-Juin, pp. 310-377 du trimestre Juillet- Août-
Septembre 1896, pp. 529-559 du trimestre Octobre-Novembre-
Décembre, pp. 104-128 du trimestre Jaavîer-Février-Mars et pp.
145-184 du trimestre Avril-Mai-Juin, p. 310-334 du trimestre
Juillet-Aoùt-Septembrç.
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470 REVUE D' ALSACE
abstruses du passé, il avait mis toute sa passion, toute son
ardeur de savant a se créer une bibliothèque exclusivement
alsatique. C'était un des plus fins limiers de celle chasse au
livre a une époque où les chercheurs, encore clairsemés, re-
venaient rarement bredouille. Bref, par acquisitions, par
échanges, par dons gracieux de ses amis, il eut bientôt accu-
mulé sur les rayons de son cabinet de travail les trésors les
plus authentiques, les incunables les plusrares de notre vieille
histoire provinciale.
C*est la dedans qu'il a puisé les matériaux mis en œuvre
dans ses diverses publications ; c'est la cette bibliothèque qui
représentait un vrai patrimoine de famille et qui, h un certain
moment, a attiré l'attention de l'Alsace. Collection amassée
d'abord par pur dilettantisme, elle est devenue plus tard,
sous l'empire de certaines circonstances, un capital mobilisa-
ble. De là sont sorties les intéressantes notices publiées par
la Revue d'Alsace, telles que la bataille de Turckheimel la
bataille d'Entsheim, gagnées par Turenne sur les Impéraux;
puis V Ancienne Alsace à table, livre remarquablement docu-
menté et écrit avec une verve gauloise entraînante où figure,
sous une forme étincelanle et savoureuse, la description des
menus historiques de nos pères, d'où se détachent des pages
dignes de Brillât-Savarin; ensuite V Essai d'une Faune his-
torique des mammifères sauvages de V Alsace description de
tous les fauv.es vivant en Alsace dans les temps anciens et
modernes ; enfin les Artistes de V Alsace pendant le moyen
(ige, œuvre d'une érudition débordante où il soutient cette
thèse, que d'aucuns disent paradoxale, qu'Erwin de Steinbach
le merveilleux architecte de la cathédrale de Strasbourg, était
d'origine fançaise et s'appelait en réalité Hervé de Pierre-
fonds ; qu'en exerçant son art en Allemagne il a vu, comme
bien des artistes du moyen Age, son nom se transformer en
celui âErwin von Steinbach,q\i\eiil la traduction littérale du
nom français. De même le peintre français Roger de la Pas-
ture, né k Tournai, au quinzième siècle n'est plus connu au-
jourd'hui que sous le nom flamand de Roger van der Wey-
den, parce qu'il a exercé son art à Bruges.
Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question qui four-
nirait matière a controverses sérieuses. Bornons-nous à men-
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A TBAVBRS LE PASSÉ 47i
lionner ce fait hors de conteste c'est que la grande façade de
la cathédrale de Strasbourg porte l'empreinte de l'architecture
de rile-de-France, de cet art prétendu gothique qui a été
imité dans toute l'Europe.
On dirait — c'est Gérard qui parle — qu'Erwin a voulu
laisser sur la cathédrale une signature qui permît k la posté-
rité de le reconnaître, le blason même de sa nationalité. Com-
ment interpréter autrement la présence sur le grand portail,
au cœur même de l'œuvre d'Erwin, des armoiries françaises
de Saint-Louis et de sa mère Blanche de Castille?
En effet, parmi les scènes sculptées sur le grand portail, on
voit la Résurrection du Christ dont le tombeau est garni de
fleurs de lis semblables de tous points h celles de France et
alternant avec les tours de Castille. Fait tout aussi digne de
remarque, sur le même portail figure la statue équestre de
Clovis, roi des Francs.
Ne serait-ce point la un commencement de preuve k l'appui
de l'opinion de Gérard? Je sais fort bien que le sculpteur
alsacien Friederich, qui avait la généreuse toquade de tra-
vailler gratis pour la postérité et pour la gloire, a sculpté une
statue d'Erwin dont il a fait cadeau au village de Steinbach
dans le duché de Bade, confirmant ainsi la légende d'après
laquelle Erwin serait né dans cette localité, ce qui, paraît-il,
n'est établi par aucun document probant. Ce monument, qui
a été inauguré le 30 août i84i, aurait-il la même valeur his-
torique que la statue du prétendu inventeur de la poudre
qui fait un si fulgurant effet k Fribourg, sur la jolie
petite place des Franciscains, et qui est l'œuvre du sculpteur
badoisAloïsKnitlel?
Pélrarque et d'autres nous apprennent, en effet, que la
poudre existait déjk en Italie en 1358, longtemps avant Ber-
thold Schwartz, dont la date de naissance n*est pas certaine.
Les Anglais aussi, dit-on, en ont fait usage en 1346 k la ba-
taille de Crécy. Enfin l'invention de la poudre k canon est
attribuée aussi au moine anglais Roger Bacon mort en 1294.
Friederich eût pu, tout aussi bien, offrir sa statue au vil-
lage alsacien de Steinbach, situé entre Cernay et Thann, et
le gratifier ainsi d'un grand homme tout aussi authentique
que celui du Steinbach badois. Il n*en faut pas davantage
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472 REVUE d'alsàge
pour accréditer peu à peu dans Tesprit des masses des
erreurs historiques flagrantes.
Erwin n'apparaît, semble-t-il,qu'une seule fois avec le nom
de Steinbach, et cela dans Tinscription qui, jusqu'au dix-
huitième siècle se trouvait sur le portail principal de la ca-
thrdrale. 11 est admis aujourd'hui par les archéologues que
cette inscription était apocryphe. Au congrès archéologique
qui eut lieu h. Strasbourg en 1859, M. de Schauenbourg se
prononça en faveur de la commune de Steinbach près de
Thann. M. Gérard, après avoir dit qu'une opinion ancienne et
presque universellement adoptée lui assigne pour patrie le
village de Steinbach, dans le margraviat de Bade, développe
son opinion personnelle qui place son lieu de naissance à
Pierrefonds, en France. Depuis lors le docteur Woltman de
Ikrlin, qui s'est beaucoup occupé de l'art en Alsace et a écrit
une biographie d'Erwin, avoue n'avoir aucun renseignement
sur le lieu d'origine et d'apprentissage du maftre ; « seule-
ment, dit-il, la façade de la cathédrale de Strasbourg, par l'a-
gencement de ses formes, prouve que son créateur a fait ses
études dans les loges maçonniques de France » (1 ). Cette opi-
nion d'un auteur allemand, très connu dans le monde de l'é-
rudition par des œuvres importantes, n'est pas à dédaigner
et nous fait comprendre que la conception hardie de Gérard
ne manque pas d'une base sérieuse.
Ce. brave Friederich, un peu naïf dans ses admirations ré-
trospectives, m'a donné les épreuves lithographiques des
deux statues offertes par lui au duché de Bade, celle d'Erwin
et celle d'un Christ assis, contemplant un crâne, placée au
cimetière de Lœrrach ou de Lahr, qui était le' lieu d'origine
de sa première femme.
Gérard, ce chercheur passionné avait, à un haut degré, le
.«sentiment inné de l'art. Il possédait d'instinct et au bout des
doigts, le vocabulaire sacro-saint de l'idéal, et il l'a prouvé en
(l) ÀUfjemeine deuUche Diogranhie, T. VI. p. 332.
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A TRAVERS LE PASSE 473
écrivant, dans son livre des Artistes alsaciens, la biographie
crilerrade de Landsperg,abbesse de Hohenbourg.Saluons et ad-
mirons. Nous sommes devant une œuvre unique au monde,
le Hortus deliciarum, le jardin des délices, résumant le
cycle des connaissances humaines au moyen âge, écrite et
illustrée de miniatures par une femme « la plus suave figure
du moyen âge religieux, le type le plus accompli des perfec-
tions de la femme monastique. Elle se présente à nous la tète
ceinte de la triple couronne de la science, de la poésie et de
Tart, et cette auguste couronne mériterait d'être envimnnéedu
nimbe de la sainteté ». Le voilà, crayonné en deux lignes par
Gérard, le portrait de cette magicienne des temps gothiques,
digne de devenir la Béatrix d'un Dante qui n'existait pas
encore.
Née vers ii23, sous le rî^gne de Frédéric Barberousse, l'em-
pereur légendaire, elle devint en 1167 abbesse du monastère
de llohenbourg, sur la montagne Sainte-Odile. (]onsultée par
les évèques et même par les papes, elle était considérée
comme une des lumières et l'honneur de son siècle. Elle pos-
sédait le grec et parlait le latin comme un docteur de l'Uni-
versité de Paris. Elle connaissait Aristote, Platon, C.icéron,
les écrits d'Ahélard et de tous les hommes célèbres de son
temps.
Le Hortus deticiarum était le livre destiné à l'éducation
religieuse et renfermait tout ce qu'lïerrade jugeait indispen-
sable Il l'éducation de la femme. C/était le cours complet et
illustré de miniatures des études suivies à llohenbourg. On ne
connaissait point de manuscrit à images du Xll^ siècle qui
présentât des peintures aussi grandes que celles du Hortus
deliciarum.
Qu'est devenu ce trésor entoun» du respect et de l'admira-
tion de sept siècles, resté intact et pur dans son vélin imma-
culé, plus âgé et honoré que nos grandes cathédrales de pierre,
qui avait trouvé son dernier abri dans la bibliothèque de
Strasbourg? Les bombes du siège de 1870, en incendiant ce
précieux dépùt historique, ont en un clin d'œil réduit en cen-
dres l'œuvre du merveilleux génie d'ilerrade : elle s'est éva-
nouie en funi'^e avec le musée archéologique et la galerie de
peinture, avec quatre cent mille manuscrits historiques et
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474 REVUE d'alsace •
livres incunables, avec les antiquiti'^s gallo-romaines réunies
par Schœpflin et les monuments de IVpoque mérovingienne,
laissant une traînée douloureuse de plus dans Thistoire des
cruautés humaines et un regret éternel aux amis du beau !...
Ceci c'est de Thistoire contemporaine, un fragment de chro-
nique navrante, une date néfaste, 14 août 1870.
Par un de ces hasards providentiels qui se rencontrent par-
fois dans l'enchaînement des choses humaines, la postérité
ne sera pas entièrement déshéritée de l'œuvre d'IIerrade.
Voici comment il lui est devenu possible de jouir d'une
partie au moins des planches de ce livre encyclopédique,dans
lequel Alexandre et (lésar portent l'accoutrement des cheva-
liers du XlRe siècle et Cléopâlre le costume des châtelaines
de l'époque. Quand le grand Opéra de Paris s'occupa de mon-
ter Robert le Diable, les artistes chargés de dessiner les cos-
tumes furent fort embarrassés de se procurer des modèles
archéologiques pouvant s'adapter à l'époque présumée où vi-
vait le prince normand. Or, vers 1842, la ville de Strasbourg
avait envoyé le précieux volume dnf/orfus deliciarumhune
exposition rétrospective de Paris. Les costumiers de l'Opéra
saisirent cette occasion de copier les planches les plus carac-
t'^Tistiques qui leur servirent h composer la mise en scène.
L'attention ayant ainsi été appelée sur ce chef-d'œuvre, un
des plus éuiinents amateurs de Paris et grand protecteur des
arts, le comte Auguste de Bastard, en prit un certain nombre
de calques sur papier de Chine, planches d'ensemble et figu-
res isolées, et fit reproduire par la lithographie en manière
noire, toute une sTie de ces planches qu'on peut voir au dé-
partement des Estampes de la Bibliothèque nationale. Elles
remplissent un grand atlas de cent vingt-deux feuillets (1839-
1842). Il y a \h dedans des figures mouvementées et expres-
sives, des compositions d'une puissante originalité, comme la
chute des mauvais anges, la grande courtisane de l'Apoca-
lypse, le combat des vertus et des vices, l'arbre de Jessé, ré-
vélant un art curieux au possible. La Gazette des Beaux-
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A TBAVERS LE PASSÉ 475
Arts, en publiant en 1873, un article de M. Ch. Cournault
sur le Mus^e de Nancy et les collections d'Alsace-Lorraine, a
reproduit la planche des Supplices de l'enfer. Elle est vrai-
ment typique cette planche h fond noir parsème de larmes,
où se tordent les damnc^s toilurds par les drmons. L'un des
compartiments est consacré au supplice des soldats (arma//
milites) et des Juifs (Judei), On voit dans deux grandes mar-
mites entourées de flammes, d'une part, un groupe de soldats
costumés comme ceux de Guillaume-le-Conquérant sur la ta-
pisserie de Bayeux; de l'autre, de malheureux sémites tout
nus, ayant comme signes distinctifs leurs bonnets jaunes poin-
tus. De grands diables armés de fourches, les retournent
dans cette rôtissoire de Satan. N'est-elle pas étrangement sug-
gestive cette scène, dessinée au. douzième siècle par des reli-
gieuses, dans le silence et le recueillement de leur cloître de
Ilohenbourg? Elle nous montre qu'à cette époque si reculée
les reîtres, ces ravageurs de provinces, partageaient avec les
enfants d'Israël, ces financiers cosmopolites, les rancunes po-
pulaires les plus ardentes, llerrade, la sainte femme, ne pou-
vait moins faire que de leur donner une place privilégiée
dans un coin épineux de son Jardin des délires.
Rappelons encore, pour l'édification complète de nos lec-
teurs, que cet incomparable trésor a attiré de tout temps l'at-
tention des savants, comme s'ils avaient eu le pressentiment
de sa disparition dans une catastrophe. On s'efl'orçait de re-
produire en fac simile quelques unes de ses planches les
plus caractéristiques, pour en conserver au moins un reflet
approximatif. Ainsi, en 1818, l'Alsacien Christian-Moritz
Engelhardt publia à la librairie Cotta, de Stuttgart, un in-8®
de deux cents paîjfiîs ave-. Album in-fol. de douze planches
coloriées à la main et intitulé : Iferrad von Lindsperg,
.-Ebtissin eu Hohenburg odar St-Odilien irn Elsass^ und
i/ir Werrk: Hortus deliciarum (I).
Peu de temps apr^s la guerre franco-allemande, la S)ciét'»
pour la conservation des monuments historiques d'Alsa«*e pu-
blia à Strasbourg, chez TrQbner, sous le titre /fortus delicia-
rum parl'abbesse llerrade de Fiandsperg, la reproduction hé-
(1) Bibliolhèquc ChautTour, àCoImar.
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I
476 REVUE d'alsacx
liographique d'une série de miniatures calqui^es sur l'original
avec texte explicatif par MM. les chanoinesStraubetG. Keller,
(deux fascicules in-fol.) (i). Les planches, parues en 1879,
sont exécutées d'après des calques appartenant à l'Œuvre
Notre-Dame, à la Bibliothèque municipale de Strasbourg, à
M. Straub et à M. le comte de Bastard.
J'avais toujours eu d'excellentes relations avec Charles
Gérard. Quelque temps avantsamortàNancy, où il s'était retiré
après la guerre, il m'envoya comme souvenir un ouvrage in-
fol. d'Albert Durer intitulé ; Etliche Underricht su Befesli-
gurifj der Stett, Schloss und Flecken (Instruction sur l'art de
fortifier les villes, châteaux et bourgs), réimprimé en 1708
chez Jérùme Formschneyder à Nuremberg, et orné de nom-
breux dessins gravés par le maître. C'est une épave, non
sans valeur, des recherches de l'éminent bibliophile et mon*
trant les faces multiples du génie de Durer k la fois peintre,
graveur et ingénieur militaire.
Berlin possède aujourd'hui la grande bibliothèque alsali-
que de Gérard. Mais après la vente de celle-ci, il était parvenu
à en composer une seconde, un peu moins importante mais
tout aussi intéressante qu'il a cédée, à beaux deniers, a la
ville de Mulhouse.
XLIV
Le retable de Luemschwiîler. — Fresques de Burnkirch. —
Charles Grad. — Gustave Lambert et le Pôle-Kord. —
Excursions extra-terrestres. — Un grand voyageur. —
L'Isthme de Panama. — Le coton en Algérie.
Dans un coin des dernières ramifications jurassiques, do-
minant la pittoresque vallée de l'Ul, aux environs d'Altkirch,
sur une éminence d'oii la vue s'étend sur la chaîne des
Vosges, se cache le petit village de Luemschwiller entouré
de vignes et de carrières. Schœpflin le cite, «ans son Alsatia
(1) Bibliothèque Ch'iufTour, & Colmar.
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A TRAVERS LE PASSÉ 477
illustraia, comme produisant du 6o/2t/7/i vinumrubrum, un
aimable petit vin rouge ayant une certaine parenté avec le
Suresnes ou TArgenteuil. Depuis peu la renommée, d'ailleurs
très discrète, de ce produit du cru se trouve éclipsée par une
belle œuvre d'art longtemps ignorée et subitement mise en
lumière. Le temps y a mis sa patine fumeuse ; n'empêche
qu'on y devine un artiste de tempérament, un de ces précur-
seurs comme en ont produit les Flandres, l'Allemagne et
l'Italie.
C'est un retable ù huit sujets, de la fin du XV® ou du com-
mencement du XVI« siècle, placé depuis l'époque de la Ré-
forme dans l'église de ce petit village. Les deux vantaux de
ce retable recouvrent un triptyque composé de trois figures
en bas-relief : au milieu la Vierge et l'enfant, a droite et h
gauche deux images de sainles, le tout très médiocrement
sculpté.
Donnons ici la parole à la légende qui s'est perpétuée de
père en fils chez les habitants. Aux temps troublés de la
Réforme, vers 1525, la ville de Bâle possédait un certain nom-
bre de couvents renfermant des trésors artistiques dont, k
juste titre, il étaient jaloux. Dans l'un d'eux vivait un frère
Lai, nommé HagenbachjOriginairedu village de Luemschwiller;
Le supérieur du couvent, voulant mettre à l'abri le beau
retable dont il est question ici, chargea Hagenbach d'aller le
cacher dans son endroit natal où il était parfaitement on
sûreté ; les archiducs d'Autriche, maîtres du pays de Ferrettc,
ayant par leurs règlements draconiens, su maintenir tout le
Sundgau dans le giron de l'église catholique.
Les moines bâlois, dispersés par la tourmente, ne songè-
rent point à revendiquer lefidéi-commis-et, le temps aidant, la
précieuse épa\\? fut recueillie dans l'église du village et expo-
posée a l'admiration naïve d'une population rurale incapable
d'en apprécier la valeur. Pendant des siècles elle échappa
aux recherches des amateurs d'objets d'art. Dans ces derniers
temps l'église de Luemschwiller a été reconstruite et le reta-
ble placé aumilieu de la nef. Henner l'a vu à sa nouvelle place.
Avec ce (Magnostic sûr, acquis dans l'étude des vieux maîtres,
il a reconnu dans ce monument l'œuvre d'un peintre de
grand mérite.
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478 REVUE d'alsace
Il serait, certes, téméraire de vouloir inscrire un nom
quelconque, sous cette composition. Autant elle sVloigne des
lignes austères et des formules hiératiques de Martin Schon-
gauer et de ses contemporains, autant elle semble se rappro-
cher de la facture de certains artistes flamands. Peut-être
pourrait-on trouver, dans ce faire mouvementé, une Gcrtaine
parenté avec le talent si personnel de Hans Holbein le vieux.
Mais, en l'absence de documents écrits, toute attribution con-
jecturale risque de faire fausse route, et c'est toujours Va
recueil contre lequel viennent buter les investigations criti-
ques poussées dans le domaine des peintres primitifs. Ti'op
souvent, hélas ! ils oubliaient de signer, même d'un simple
monogramme, leurs fières compositions.
Bornons-nous donc h décrire l'œuvre en quelques lignes
d'après les photographies prises sur place. Le triptyque a
1 mètre 17 c. m. de haut sur 1 m. 75 de large. 11 s'agit, on
le voit, de figures d'assez petites dimensions, puisque ce
modeste cadre renferme huit compartiments: l'Annonciation,
la Visitation, la Nativité, La Circoncision, l'Adoration des
Mages, la Présentation au Temple, La Fuite en Egypte, la
Mort de la Vierge.
On remarque l'originalité de composition de la Nativité,
oiî l'àne se met à braire pendant que le bœuf lèche les mains
de l'enfant Jésus. N'est-ce point là une note fantaisiste d'un
peintre en rupture avec la formule étroite de ses prédéces-
seurs ? Dans la mort de la Vierge, les attitudes des personnages
groupés autour du lit sont très osées et du caractère le plus
original. Un détail à relever encore : toutes les draperies sont
traitées avec cette exubérance de plis chiffonnés et cassés à
la manière de l'école de Bruges dont le type s'est transmis,
le long duHhin jusqu'à BcVle,aux diverses écoles allemandes.
(]e n'est pas là, certainement, une de ces œuvres maîtresses
devant lesquelles l'admiration se donne libre carrière ; mais
du moins ce monument nous ofîre-t-il un grand intérêt histo-
rique. Remontant à une époque très éloignée, il nous révèle
le tempérament d'un artiste novateur, affranchi des entraves
gothiques et plantant bravement sa palette indépendante sur
seuil du temple grandiose de la Renaissance. En somme ces
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A TlUVEHS LE PASSÉ 479
vieilles peintures sont dignes de tous nos respects, car elles
font partie du patrimoine artistique de TAlsace.
Dans le voisinage de Luemschwiller, au point précis où la
Largue se jette dans TIll, h, Illfurlh, près du gué ou Fu?*th de
la rivière, se trouve une antique église qui porte le nom de
Burnkirch, nom d*un hameau disparu et aussi d'une an-
cienne famille noble d'Altkirch. Dans le choeur de celle
petite église on voit des fresques à moitié effacées dont les
figures naïves rappellent les débuts de Tart en Alsace, au
commencement du XV« siècle. Elles sont antérieures à celles
du Beau Martin de Golmar et accusent une certaine parenté
avec Tart flamand d'où est sortie la technique de Gaspard
Isemann et de ses contemporains qui semble avoir rayonné
sur toute la rive gauche du Rhin.
A ce cycle historique de la peinture il faut rattacher les
nombreuses Danses macabi^cs que la première moitié du
XV« siècle a vu surgir dans toute l'Europe a la suite de la
terrible peste de 1439. Celle de Bàle, peinte sur le mur du
couvent des Dominicains, a été exécutée par Hans-Hug Kluber,
a l'époque où se tint le Concile de Bàle qui dura de 1431 à
1448. Elle n'a rien de commun avec les dessins si remarqua-
bles et si c('lèbres de la Danse des morts de Hans Holbein lo
jeune. Les moines Dominicains semblaient avoir la spécialité
d3 ces œuvres de morlification, de ces spectacles saisissants de
la mort s'attaquant à toutes les conditions humaines, four-
nissant un tlioine toujours émouvant à leurs prédications :
Vanitas vanifatum ! quelle mine inépuisable de donations
et d'œuvres pies avaient trouvée l?i les bons Pères pour enri-
chir les trésors de leurs cloîtres ! Soldats de la foi, gardiens
des dogmes catholiques de par l'investiture du Pape, le glaive
séculier était h lour.s orJriîs. L'3ur bienveilla:iC3 était re-
cherchée par les grands et par les humbles parc3 qu:î cha-
cun tremblait dpvant leur bras puissant. Être inhumé dans
leur église ou dans leur cloître était pour ceux-ci une fa-
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480 REVUE d' ALSACE
veur précieuse mais toujours coûteuse. C'est ce ([ui ex.plique
l'appareil de mort dont ils s'entourèrent.
A Strasbourg, dans ce fameux Temple neuf, devenu si tris-
tement célèbre, dans celte ancienne église des Dominicains
construite par eux en 1254 et dont ils restèrent en possession
jusqu'à la Réforme, ils firent peindre une danse des morts
sur tout le pourtour de la nef. Au moment de leur dispersion,
l'église convertie en magasin d'approvisionnement de guerre,
paraît être restée vide pendant longtemps. Est-ce à cette au-
ix)re des temps nouveaux que la danse des morts fut recou-
verte d'un badigeon ? Toujours est-il qu'aucun document des
archives n'est venu jeter un peu de lumière surcette question
de la création et de la suppression dj ces peintures murales.
Toutes les recherches imaginables faites dans las archives,
bibliothèques et manuscrits étaient demeurées stériles : ni
Specklé, ni les autres choniqueurs n'en ont fait mention.
r4ettc longue éclipse se prolongrîait indélinhnjnt loi^quc,
en 1824, au cours de quelques réparations, M. Auguste
Arnold, architecte de l'édifice, fit effectuer des grattages qui
amenèrent la découverte d'une partie de ces vieilles fresques.
En poursuivant l'opération avec soin on mit à nu une suite
complète de la danse des morts. Dans une notice allemande^
intitulée le Temple neuf à Strasbourg, et imprimée en 1825
chez J.-H. Heilz, le pasteur Fréd. -Guillaume Edel, a consacré
une longue description à cette découverte qui, alore, avait
produit une grande sensation. Sa notice est accompagnée de
planches lithographiques dessinées avec beaucoup de soin
par Auguste Arnold et imprimées chez M. F. Bœhm. à Stras-
bourg. Les groupes de personnages ont une belle allure ré-
vélmt une main habile : ils portent le costume du XV® siècle,
ce qui donne une date à l'œuvre anonyme. Sous ses formes
multiples, la mort n'est plus le hideux squelette au rictus ma-
cabre que nous voyons ailleurs. Couverte d'un linceul, s& sil-
houette est celle d'un homme d'une extrême maigreur ayant
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A TRAVERS LE PASSÉ 481
enveloppe charnue et toute l'aisance de ses mouvements. Il y
a loin de la aux formes hiératiques et raides de nos peintres
alsaciens et allemands du XV® siècle, ce qui, étant donné une
certaine élégance de dessin, permettrait de supposer que la
longue série de ces tableaux funèbres a été peinte par un ar-
tiste dominicain venant d'Italie ou des Flandres, nouveau
Fra Angelico qui savait draper les corps sans les envelopper
dans les plis cassés si chers à nos artistes du nord.
Le Temple neuf, complètement détruit avec sa fresque
macabre, par suite du bombardement de 1870, a été remplacé
par une église entièrement nouvelle, construite d'après les
plans de M. Salomon, architecte, et inaugurée le 4 octo-
bre 1877.
Au printemps de l'année 4868 je reçus la visite d'un jeune
homme d'une vingtaine d'années, portant lunettes, et ayant
l'air timide etgôné de sa personne comme un jeune écolier.
C'était Charles (irad de Turckheim, alors attaché comme
secrétaire particulier à M. Antoine Herzog, le grand indus-
triel du Logelbach. Ancien élève du Gymnase catholique de
Colmar, lesté du bagage littéraire et scientifique qu'il avait
pu conquérir dans cet établissement dirigé par des prêtres
fort instruits mais d'un libéralisme très mitigé, il travailla
avec acharnement k perfectionner lui même ses études à
peine ébauchées. Doué d'un remarquable esprit d'assimila-
tion et d'une dose non moins remarquable d'ambition, il eut
le bonheur de trouver dans les établissements industriels du
Logelbach un centre d'activité qui lui fournit les moyens
d'explorer et de cultiver le vaste champ d'études où l'appelait
sa grande activité intellectuelle. Nouveau Pic de la Mirandole,
il s'occupa de omni re scibili et quibusdam aliii . L se voua
spécialement à l'étude de la botanique, de la minéralogie, de
l'histoire, de la géologie, de la géographie, de la cosmogra-
phie, de la physique, de la chimie, de la géométrie, de l'al-
gèbre, de l'hydrographie, de l'hypsométrie, de l'orographie,
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48:2 REVUE D* ALSACE
de la météorologie, de raslronomie, de la sylviculture, de la
statistique, do la mécanique, de l'économie politique et des
questions agricoles, industrielles et sociales, y compris les
questions religieuses, qui furent de sa part, Tobjel de cons-
tantes et mystiques préoccupations.
D'autres auraient peut-être trouvé ce programme un peu
chargé, mais un esprit encyclopédique comme le sien ne re-
culait pas devant les tâches les plus écrasantes. Et ne croyez
■ point que j'exagère : il se trouvait à Taise dans ce monde de
l'érudition et de la pensée souveraine. Tils de ses œuvres,
sans rien devoir h l'éducation classique des grandes écoles,
il avait tout appris de lui-même par los livres et par les
voyages, appliquant à la lettre le proverbe : Fabrirondo fit
faber, 11 avait au plus haut degré l'esprit d'observation et
d'analyse avec le don séduisant de trouver la note émouvante
et de provoquer l'intérêt du lecteur par le charme de son
style. Son jardin scientifique offrait, on le voit, un riche en-
semble de plantes rares indigènes et exotiques, qu'il cultivait
toutes avec un égal entrain.
Comment se fait-il que le cerveau humain puisse coordon-
ner et mener de front l'étude de tant de matières différentes
qui hurlent de se trouver ensemble? Ce type d'une organisa-
tion extraordinaire devient, en effet, par sa grande rareté, un
intéressant sujet d'étude. On est tenté de se demander si l'é-
branlement physique qu'il a éprouvé à l'Age de huit ans en
tombant d'un arbre où il poursuivait un écureuil, et qui a
réagi à la fois sur son cerveau et sur son cœur, n'est pas pour
beaucoup dans le développement et la sensibilité excessifs des
lobes de son encéphale, dans son état nerveux toujours in-
quiet, toujours surexcité, dans cette soif ardente de tout voir,
de tout approfondir, d'effleurer toute la création, de surpren-
dre la nature dans ses plus intimes arcanes. Poussé sans
trêve ni merci par son démon intérieur dans des chemins
inaccessibles où d'autres auraient risqué de culbuter cent fois,
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A TRAVERS LE PASSÉ 483
allant du Sahara au Spitzberg, en passant par le Sinaî et le
Vésuve, plongeant dans le monde noir des houillères du
Lancashire et dans le blanc royaume des salines cristallisées
de Pologne — cette évocation des mille et une nuits —
pourvu par dame nature d'un estomac d'autruche et de jar-
rets d'acier, dînant d'un morceau de pain et d'une pomme
après des courses folles, ce sybarite à rebours a résolu le pro-
blème de promener dans le monde entier l'ennemi intime
rivé à son être, cette maladie de cœur qu'un innocent écureuil
avait plantée dans son organisme comme un ver dans un beau
fruit. Et ce ver rongeur, contre lequel il luttait désespéré-
ment. Ta conduit par tous les labyrinthes de la vie jusqu'au
point d'interrogation final, ce signe mystérieux et cabalisti-
que dont aucun savant n'a encore deviné l'énigme.
A en croire la légende, Pascal aussi aurait subi, dans sa
jeunesse un ébranlement qui aurait développé les étonnantes
facultés de son cerveau. Il voyait sans cesse un goulTre ou-
vert à ses côtés, éprouvant la pénible sensation d'un homme
qui va s'y précipiter, et sa courte existence fut cruellement
attristée par ce singulier état d'àme.
Pour se distraire de ses études abstruses, Grad s'occupait
aussi d'histoire locale,recueillant nos gracieuses légendes alsa-
ciennes dont il cherchait k expliquer le sens souvent énigmati-
que. Muni de sa boUe de botaniste et armé de son marteau
casse-pierres, il explorait tous les recoins de nos montagnes
vosgiennes, escaladait leurs sommets les plus abrupts, interro-/
geait le passé préhistorique de ces rochers témoins des périodes
antédiluviennes, allait s'asseoir au foyer des pâtres et des
marcaires des Hautes-Chaumes qui vivaient là haut séparés,
pour ainsi dire, du monde et lui racontaient les vi^'illes lé-
gendes ; puis il rentrait riche d'observations et de collections
qui servaient de canevas à d'intéressantes études. Ces étu-
des qu'il communiquait volontiers aux revues et aux jour-
naux scientifiques et littéraires, étaient pour lui un moyen de
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-48-4 REVUE D*ALSAGB
propagande d'autant plus précieux qu'il y gR.srnait la satisfac-
tion d'être nommé membre correspondant de certaines socié-
tés savantes. C'était la première étape sur le grand chemin
de la renommée .
Charles Grad était donc venu, en sa qualité de correspon-
dant de la société de géographie, m'infornier que le capitaine
de vaisseau Gustave Lambert désirait faire prochainement
une conférence h Golmar sur le projet hardi qu'il avait conçu
d'aller explorer le Pôle-Nord dans des conditions nouvelles
qui paraissaient devoir lui assurer le succès. Grad s'étant
chargé d'organiser la partie matérielle de cejtte conférence,
venait me prier de lui en faciliter les moyens en intéressant
le maire à cette œjvre nationale, ce que je m'empressai de
faire, étant moi-même très enthousiaste de tout ce qui pou-
vait étendre le domaine de la géographie.
Un comité alsacien, sous la présidence de M. Dollfus-Ausset,
de Mulhouse, le savant explorateur des glaciers, s'était formé
pour organiser les conférences et faire circuler les listes de
souscription. Le 15 avril 1868, Grad publia dans la Revue
d'Alsace une petite étude sur la question du Pôle dont la so-
lution préoccupait depuis longtemps les hardis navigateurs
anglais et américains. D'accord avec Lambert, il préconisait
la possibilité d'arriver au pôle par le Détroit de Behring que
cet explorateur, dans un premier voyage sur un vaisseau ba-
leinier avait visité déjà. Grad partageait avec lui la convic-
tion de l'existence d'une mer libre dans les régions glacées
du pôle. Déjà en 1866 il avait fait, à ce sujet, une communi-
cation k l'Académie des sciences. « J'ai montré, dit-il avec
une superbe assurance que, contrairement aux idées géné-
ralement admises et, en me fondant sur des observations posi-
tives, il n'y a pas de calotte de glace unie, continue, aux
pôles. Dans le nord et dans le sud, la mer se dégage chaque
année de son manteau de glace, comme dans nos climats les
arbres perdent leurs feuilles aux approches de l'hiver. Ce
fait est prouvé par la double navigation de Iloss dans l'Océan
austral, par les découvertes de Parry et de Kane dans les
mers arctiques.»
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A TRAVfiUS LB PASSÉ 485
Le navire le Boréal devait être installé dans des condi-
tions toutes spéciales, sous la direction du capitaine Lam-
bert et devait partir dans le courant de Tété 1870. Une somme
de 600,000 francs était demandée à une souscription nationale
pour assurer la réalisation du projet. La conférence eut lieu
dans la salle du théâtre où un nombreux auditoire applaudit
aux plans hardis exposés par le savant officier. Hélas ! la
guerre survint, le Boréal resta ancré dans le port et le capi-
taine Lambert se joignit aux vaillantes troupes de marine qui
contribuèrent à la défense de Paris. Cet homme énergique,
toujours le premier au feu, fut blessé k mort àBuzenval, dans
une des sorties meurtrières qui eurent lieu vers la fin du
siège et où périt aussi un artiste de grand avenir, Henri Re-
gnault. Ainsi s'écroula ce projet si intéressant qui, pendant
trois ans, a passionné l'opinion. Gustave Lambert avait, un
des premiers, émis l'idée de l'existence d'une mer libre de
glaces dans l'axe môme du pôle et comptait y arriver par le
détroit de Behring. Victime de son dévouement à la patrie, il
dut laisser là son rêve grandiose qui, depuis, a été repris
par d'autres et ne semble pas prêt k se réaliser.
Gustave Lambert avait écrit et fait distribuer une brochure
remarquablement documentée contenant tout l'historique des
tentatives faites depuis les temps anciens jusqu'à nos jours
par de hardis aventuriers pour résoudre le grand problème
géographique. Toutes les chances bonnes ou mauvaises des
divers itinéraires k suivre y étaient étudiées avec la compé-
tence d'un homme qui avait personnellement exploré les
régions boréales et s'était rendu compte des moyens k
employer pour arriver k cette mer libre qui, selon lui, devait
exister au sommet de la calotte polaire. Les phénomènes
météorologiques, la géodésie de ces parages, le magnétisme
terrestre, la formation des glaces et leur rupture, l'action du
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486 REVUE d'alsagb
gulf slream et des courants sous-marins, les marées, la vie
végétale et animale plus active qu'on n'est porté k le croire
clans ce monde h peu près inconnu, forment une suite de cha-
pitres qui en rendent la lecture très intéressante. Ce travail t'a
savant physicien et géographe est accompagné d'une carie
des régions polaires boréales, dressée d'après V.-A. Malte Brun.
Nordenskiold et Nansen, que Paris a fêtés depuis lors, ont
serré de très près la solution du mystère polaire. Nansen,
après des efforts surhumains, étant parvenu au-delk du 86*
degré de latitude, il ne restait plus à franchir qu'environ quatre
degrés pour assurer à la fin de notre siècle cette conquête
sur l'inconnu. Nature énergique comme pas une et savant
marin, ce jeune norwégien est décidé à reprendre la lutte en
profitant de l'expérience acquise dans son premier voyage
d'où il est revenu sain et sauf avec la satisfaction de n'avoir
perdu ni son navire ni aucun de ses dévoués compagnons.
Pour prévenir le retour des inondations qui avaient plu-
sieurs fois désolé l'Alsace, M. Antoine Herzog avait conçu le
projet d'établir de gi;^nds réservoirs d'eau dans les vallées
tributaires de l'Ill. Grad fut chargé d'étudier le projet et il
resta k la hauteur d'une tâche aussi considérable. Il voulut
visiter lui-même les ouvrages historiques exécutés dans la
plupart des pays de l'Europe. De Ik des séjours prolongés
en Angleterre, en Pologne, en Italie, en Espagne, en Orient,
dans le Nord de l'Afrique jusqu'k l'intérieur du Sahara et du
Soudan égyptien sur le Nil (1).
D'où la publication d'une série d'études : Essai surVhydro-
logie du bassin de l'Ill, Essai sur le climat de l'Alsace et
des Vosges, L'hypsométrie de la chatne des Vosges, Consi-
dérations sur la géologie et le régime des eaux du Sahara
algérien.
(1) Vie et Œuvres de Charles Grad, par M. l'abbé Celly.
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A TRAVERS LE PASSÉ 487
Déjà en 1850 un syndicat s'était formé entre les industriels
des vallées de Kaysersberg, d'Orbey et du Logelbach pour
l'endiguement du lac Blanc et du lac Noir, afin de permettre
de régler le débit de la Weiss et de la Fecht selon les besoins
des établissements industriels combinés avec ceux de l'agri-
culture de la région. Ce grand travail dont l'initiative a
été prise par les chefs des établissements llerzog et Lefébure
h Orbey fut confié à la haute direction de M. César-Au-
guste Jeanmougin, chef comptable de ces établissements,
qui avait été nommé directeur du syndicat. Il fut ter-
miné, paraît-il, en 1860 et rendit de grands services au
pays.
Charles Grad, ce buveur d'azur, cet assoiffé d'idéal, voué
à l'étude des sciences dans ce qu'elles ont de plus positif et
de plus matériel, offrait un singulier mélange de choses qui
n'ont point l'habitude de frayer ensemble. Ce penseur qui,
d'une envolée superbe, savait s'élancer dans l'infini, sonder
l'incommensurable et l'inconcevable des mondes stellaires,
dont notre système solaire n'est qu'un mince fragment, avait
foi dans la vertu merveilleuse de l'eau de Lourdes et allait
s'agenouiller dans la grotte où les pèlerins de tous pays vien-
nent naïvement chercher le remède a toutes les misères hu-
maines. Il y a dans certaines existences de ces contrastes
inexplicables au premier abord et dont il faudrait peut-être
rechercher les causes dans l'atavisme, cette formidable puis-
sance qui domine l'être tout entier et oblitère souvent la
clairvoyance de la raison. Un savant superstitieux est une
rareté comme le merle blanc.
La guerre de sécession en Amérique avait porté un coup
terrible à l'industrie cotonnière en Alsace. Les métiei's at//-
(ictingy habitués jusqu'alors à filer sans relâche les blancs
flocons de l'Alabama et de Mobile, allaient épuiser leur stock
et chômer au grand détriment des producteurs et des con-
sommateurs. C'était une grève générale à courte échéance. Il
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488 REVUE d'alsace
fallait aviser. La mai son Ant. Hertzog dont les filatures
consommaient d'énormes quantités de coton, avait conçu le
projet de créer des plantations (le ce précieux textile en Al-
gérie. 11 fallait trouver des terrains appropriés, pourvus de
cours d'eau susceptibles d*étre canalisés. Autant que je puis
me rappeler, Grad fut chargé d'aller explorer la province
d'Oran. Ses connaissances géologiques et agricoles le ren-
daient particulièromet apte h remplir une pareille mission.
Après un séjour de quelques mois dans la colonie africaine,
séjour qu'il mit à profit pour la parcourir et l'étudier en tous
sens et pour pousser jusqu'à Laghouat, à la frontière du
Sahara, il acquit pour la maison Hertzog une grande surface
de terrains incultes où les essais de plantation de coton don-
nèrent de bons résuttats. Avec les documents qu'il rapporta,
complétés par les importants travaux de M. Léon Lefébure,
M. A. Hertzog publia une longue notice où la question si in-
téressante de la culture du coton en Algérie était étudiée aux
points de vue théorique et pratique.
N'étant pas h môme d'apprécier la valeur de ce travail, je
n'insisterai point, et cela d'autant moins que le projet est
demeuré sans suite, le coton des Indes Anglaises étant venu
combler le déficit du coton des Etats-Unis.
Ch.Grad a publié, dans la Hevue d'Alsace, d'intéressantes
légendes alsaciennes et des récits de ses excursions dans les
Vosges. H savait donner une large part h l'élément pittoresque
de ces excusions, et la note sentimentale y dominait quand
il était question de promenades au clair de lune dans les rui-
nes du petit château de Hageneck près Wintzcnheim. Nature
mystique et enthousiaste, poussant jusqu'à l'exaltation ses
idées religieuses, il a concentré dans un article intitulé : Une
soirée au flageneck, son système de la vie future, cherchant
à explicjuer « quelle devait être celte vie éternelle des élus,
que Vœil de V homme n'a pas rue, dont son oreille n'a pas
entendu parler, que son cœur a tant de peine d compren-
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A TRAVERS LE PASSÉ 489
dre. » C'est toute une dissertation soutenue avec le baron Ma-
gnus et les daines de la famille, dont il n'est pas difficile de
reconnaître les types sous le voile tra nsparent des nonns d'em-
prunt. 11 entre en scène sous le nom de Karl et s'appuyant
sur un texte superbe de Saint- Augustin, il en tire des conclu-
sions qui provoquent l'étonnement de Magnus, homme posi-
tif, et pratique, peu sympathique au mysticisme dans lequel
il voyait avec peine plonger son jeune ami « le savant de la
maison » comme Karl avait la modestie de s'appeler lui-
même.
(A suivre) Charles Goutzwiller.
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HISTOIRE D'UNE VILLE D'ALSACE
ET DE
SES ENVIRONS
PAR
a. DURRW^ELL
DEUXIÈME PARTIE
(Suite) {{)
V
BOLLVILLER
Souvenirs d'enfance. — Ancienne origine de Bollwiller. — Les
seigneurs de Bollwiller. — Le château. — Étymologic du nom. —
Marque de la commune. — Bollwiller moderne: ses établissements
d'horticulture. — Notice sur les familles de Rosen, de Broglie et
d'Argenson^ anciens seigneurs de Bollwiller.
Entre tous les endroits qui avoisinent ma chère petite vilio
natale, c'est Bollwiller qui tient incontestablement la première
place dans mes souvenirs : C'est là que j'ai laissé mes plus
vives affections, affections de famille et d'amis, les unes et
les autres si précieuses et si bonnes, qui vous accompagnent
(1) Voy. pp. 335359 du trimestre Juillet-Aoùt-Septembre 1897.
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HISTOIRE d'une VILLE d'aLSACE ET DE SES ENVIRONS 491
et VOUS soutiennent partout dans la vie et que l'on n'oublie
jamais.
Bollwiller ! Je m'y vois encore tout enfant, dans la grande
maison familiale, entre un vieux brave médaillé de Sainte-
Hélène, qui était le père de mon père et la bonne et douce
femme qui lui servait de compagne. Demandez aux anciens
du pays s'ils se souviennent encore de lui « vieux maire »,
de ce type robuste et saine honnêteté,qui, après avoir vaillam-
ment gagné ses épaulettes sur les champs de bataille du
premier Empire, était revenu vivre et mourir au milieu des
siens, dans son cher coin d'Alsace ; pas un certainement ne
l'a oublié. Pour moi, je le vois toujours, droit comme un I,
taillé sur le patron dont on faisait jadis les grenadiers de la
vieille garde, usant son activité dévorante, à courir de sa vigne
àson'jardin, de sa forêt àsa rivière,toujours occupé et toujours
joyeux. Il y a cependant bien longtemps de cela. La maladie
qui semblait n'avoir aucune prise sur ce grand corps, l'a
abattu en quelques heures; et le solide vieillard, plus qu'oc-
togénaire, est parti subitement pour le grand voyage, en 4867,
assez tôt pour ne pas assister à la terrible catastrophe qui
aurait déchiré son cœur de patriote. La mère s'en est allée à
son tour, et celui qui aimait tant ses deux vieux, qui les
entourait d'une affection si touchante, ne leur a survécu que
de quelques années, et le vieux domaine paternel est entre
des mains étrangères. La mort n'a pas plus épargné mes
autres affections de Bollwiller : un autre homme de bien, qui
restera toujours pour moi l'exemple de l'honnêteté et de la
droiture, a aussi prématurément disparu. C'est au milieu de
la famille dont il était le chef aimé, dans cette grande mai-
son hospitalière alors si animée et si joyeuse, que se repor-
tent mes meilleurs souvenirs d'enfance et de jeunesse. Ils
m'ont suivi partout depuis mon départ d'Alsace et ne s'effa-
ceront jamais de mon cœur.
Que ceux qui me lisent me pardonnent cette longue digres-
sion : ils comprendront tous les sentiments qui l'ont dictée.
Voyons maintenant de près l'histoire de ce cher pays.
Bollwiller est un gros vilage de plaine situé a sept kilomè-
tres de Guebwiller et à quatre kilomètres de Soultz, sur la
route de Mulhouse, et sur la grande ligne de chemin de fer
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492 aEvuE o'alsace
de Strasbourg à Bàle : c'est de là que part l'embranchement
qui dessert notre vallée. Son origine très ancienne, remonte à
la période francique : la première mention qui en soit faite se
trouve, en effet, dans une charte de donation, datée de 728,
et où il est cité sous le nom de villa Baltowilr, De villa, il
est devenu village, puis petite ville, pour redescendre plus
tard au rang de simple village. G*est dans la période qui
s'étend entre le XIll® et le XIV^ siècle, que BoUwiller parait
avoir joui de sa plus grande prospérité. Toutes les chartes de
cette époque qui s'y rapportent, le qualifièrent en elïet
d'oppidum : le plus remarquable de ces documents est l'acte
par lequel les deux frères Pierre et Burcard de BoUwiller ont,
en 1295, offert en lief h l'église de Strasbourg leur ville de
Bollewilr (oppidmn Bollewilr).
BoUwiller était jadis le chef-lieu d'une seigneurie, apparte-
nant aux seigneurs de ce nom; le dernier d'entre eux étant
mort sans descendance mAlc, le domaine passa, en 1617,
entre les mains du comte Jean Ernest de Fiigger, par son
mariage avec Marguerite de BoUwiller, et resta dans cette
maison jusqu'en 1649, époque a laquelle Louis XIV le donna
au général Suédois Renaud de Rosen, lorsque celui-ci passa
au service de la France. Sa fille, Marie-Sophie, hérita de la
seigneurie de BoUwiller, et l'apporta en dot, en 1660, à son
parent le maréchal de France, Conrad de Rosen. Ce dernier,
pour assurer déflnitivemcnt ses droits sur BoUwiller et sur
Masevaux, qui avait été également soustrait aux Fûgger,
paya, en 1680, à cette famille, avec le consentement du roi,
une somme de 40.000 livres pour leurs fiefs et de 60.000
livres pour leurs allodiaux; il compléta plus tard cet acte de
réparation en ajoutant encore 13.000 livres auj premières
sommes versées. En 1729, la terre de BoUwiller, qui avait
été érigée en baronnie sous les empereurs, fut transformée en
Marquisat. La petite fille du maréchal ayant épousé le duc
Charles-Viclur de Broglie, transmit BoUwiller à cette famiUe;
puis, par second mariage, au comte Voyer d'Argenson, dont
les descendants ont encore des propriétés dans la commune.
La seigneurie de BoUwiller comprenait, avec le chef-lieu,
le village de Feldkirch, fief de la maison d'Autriche; celui
de Pulversheim, sous-fief des Ribaupierre qui le tenaient
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HISTOIRE D*UNE VILLE D* ALSACE ET DE SES ENVIRONS 493
eux-mêmes des comtes do Wurtemberg ; les deux tiers du
village allodial d'Ungersheim, acheté aux lleinach en i554 ;
Reguisheim, vendu aux Barons de BoUwiller par les Mœrs-
perg, en 1555 ; les deux villages du Sundgau de Heimsbrunn
et de Fiachsland provenant de la succession du comte de
Masevaux, en 4578 ; et enfin le domaine du Bollenberg qui
paraît avoir été, dès l'origine, un bien particulier de la fa-
mille de BoUwiller.
La petite ville que les Chartres du XIV« siècle désignent
sous le nom d'oppidum, occu^^aii certainement remplacement
sur lequel s'élève le château, actuellement transformé en ma-
nufacture. L'étang qui entoure le vieux manoir, et le pont-
levis qui y donne accès datent du milieu du XIII® siècle ; ce
large fossé a été creusé k cette époque par les habitants de
la ville de BoUwiller pour se mettre k Tabri des pillages et
des incendies. Le château a servi, pendant la Terreur, de
maison de détention.
L'étymologie probable du nom de BoUwiller nous est don-
née par Messieurs Aug. Stœbcr et de Ring (1); elle est évidem-
ment la même que celle de Bollenberg ou montagne de Bol-
/f/i, qui était, comme nous venons de le voir, une des dépen-
dances parlicuUères de la maison seigneuriale de BoUwiller.
La tradition désigne cette montagne comme un des lieux af-
fectés jadis au culte de Baal, Bélus ou Bélénus, nom sous
lequel Apollon était adoré dans nos contrées occidentales.
Quand le christianisme vint se substituer aux anciens usages
religieux, il dût conserver le Bollenberg comme lieu du culte,
en remplaçant toutefois le dieu païen par une divinité plus
moderne, Sainte Polonaou .\pollona, \\ laquelle la chapelle
qui domine le vallon d'Orschwihr est encore dédiée. Or, d'a-
près une légende, cette Sainte Polona serait précisément la
(llle du chef de la race des BoUen, devenus plus tard seigneurs
de BoUwiller.
La marque de la commune de BoUwiller consistait en trois
cercles.
(1) Bulletin de la société pour la conservation des monuments
de l'Alsace. Notice sur le Bollenberg. t. 111. p. 219-225; par M. de
Uing ; et Klsa^ssiches Samstagsblatt, 1850 p. 51
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494 REVUE d'alsagb
Bollwiller est aujourd'hui un grand village industriel et
agricole, auquel son importante station sur la ligne d'Alsace
donne beaucoup d'animation. Ses magnifiques établissements
d'horticulture et les vastes pépinières qui en dépendent, sont
tout particulièrement remarquables. Plus de deux cents ou-
vriers y sont journellement employés, et l'activité que déploie
tout ce pettt monde de braves gens fait plaisir à voir. Divisés
en équipes conduites par de vrais chefs, rompus au métier,
tous les ouvriers ont leur besogne de chaque jour régulière-
ment répartie et bien déterminée. Les uns, armés de pioches
ou de bêches, se rendent en files aux pépinières ; les autres
sont employés h la culture plus délicate des plantes de jardin
ou de serre, et chaque époque de Tannée apporte sa tâche
spéciale à ce sain travail de plein air. Ici, c'est l'atelier de
menuiserie ; plus loin, les magasins d'emballage ; voici efin
les bureaux placés sous la vigilante direction d'un vaillant
comptable enjuponné qui rendrait des points à Barème. Cha-
que année, en automne, arrive le grand travail de l'expédi-
tion : arbres et plantes, soigneusement enveloppés de mousse
et de paille, étiquetés et ficelés, prennent le chemin de la
gare pour être dirigés de Ik sur tous les pays environnants, i
d'où ils reviennent transformés en beaux écus laborieusement
gagnés. « 0 fortunatos nimitim t » disait le poète mantouan; i
ce qui était vrai alors l'est bien encore aujourd'hui ; et il n'est [
pas, à mon avis, de métier plus indépendant ni plus beau.
L'industrie proprement dite est également représentée h
Bollwiller par une importante manufacture installée dans
l'ancien château: métiers et broches ronflent et tournent dans
ses vastes salles et font revivre de leur activité toute moderne
le vieux manoir des nobles seigneurs de Bollen.
Les monuments sont clairsemés a Bollwiller. L'église, de
consttrucion relativement récente, a remplacé l'ancienne pa-
roisse de Feldkirch qui a desservi Bollwiller jusqu'en 4850.
Une belle synagogue a été élevée par la colonie juive dont le
village est un des centres les plus importants.
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Histoire d'une ville d*alsace et de ses environs 493
NOTICE SUR LES FAMILLES DE ROSEN
DE BROGLIE ET D'ARGENSON
La famille de Rosen est d'origine livonienne : il en est fait
mention dans des lettres du roi de Suède, Charles XFI et de
Pierre le Grand. Elle a fourni de nombreux hommes de
guerre. L'armée suédoise amena en Alsace, pendant la guerre
de Trente-Ans, trois frères de Rosen, Voldemar, Reinold et
Jean, fils d'Otton de Rosen, seigneur de Gros-Ropp.
Voldemar, vulgairement nommé « der toile Rosen », l'au-
dacieux, fut tué devant les murs de Thann en 1638.
Jean, surnommé (kder Krumme Bosen», le boiteux fut
nommé gouverneur de Thann en 1639, après la prise de cette
ville par le duc Bernard de Weimar, sur les troupes lorraines
qui la défendaient.
Reinold ou Renaud de Rosen est celui qui a fait souche en
Alsace, D'abord général de cavalerie dans l'armée suédoise,
il passa au service du duc de Weimar, puis, en 1649, à celui
de la France. C'est alors que Louis XIV le nomma lieutenant
général et lui fit don de la seigneurie de Bolwiller ; trois ans
après il fut nommé gouverneur de la province d'Alsace pen-
dant l'absence du comte d'Ilarcourt.
Renaud, marié à Strasbourg en 1637 avec Marguerite Epp.
eut deux filles, Marie-Sophie et Jeanne-Renée, qui épousè-
rent, la première, le maréchal Conrad de Rosen, seigneur de
Klein IIopp, auquel elle apporta en dot la seigneurie de Boll-
willer; la s^iîonde, Christophe de Rosen. Conrad de Rosen
se retira h Bollwiller ou il mourut en 1715, en laissant pour
fils aîné, ReinholJ-Charles, marquis de Bollwiller, qui devint
plus tard lieutenant-général du royaume et épousa une com-
tesse de Grammont. De ce mariage naquit Armand de Rosen
qui succéda à son père dans le titre de marquis et dans le
grade de lieutenant-général ; son alliance avec la famille de
Vaudrey-Saint-Remy lui donna la seigneurie de Rougemont
et la terre de Mont-sous-Vaudrey, en Franche-Comté. C'est la
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490 REVUE d'alsagb
fille d'Armand de Rosen, Sophie, qui épousa le prince Victor-
Claude de Broglie, député de la noblesse de Colmar aux
Etats Généraux de 89, qui refusa d'émigrer et périt sur l'é-
chafaud révolutionnaire le 10 juillet 1794. La princesse So-
phie, jetée dans la prison de Vesoul, s'en échappa et se re-
tira en Suisse. Elle rentra en France après la chute de
Robespierre et se maria en secondes noces avec le comte
Marie-René Voyer d'Argen^on, qui fut un des chef de l'oppo-
sition sous la Restauration et mourut en 1842. Le prince
Victor de Broglie, ministre de Louis-Philippe, père du duc de
Broglie actuel, était le fils de la princesse Sophie de llosen.
(A suivre.) G. Dukrwbll.
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LA VIE A STRASBOURG
AU
commencement du XVII® siècle
Satie ii)
Ouy, mais ils s'abusent et abusent de ce proverbe, car le
sage pore reçoit le dommage plustost que le fils indirect, et
mesme plusieurs jeunes hommes simples et craintifs ou peu
ri^solus en deviennent hebetez, elourdis et parfois hypochon-
driaques et ennemis des lettres, (''est ce qui a esmeu la Sei-
gneurie de ceste ville ii retrencher tant de pernicieux privi-
lèges, qui ouvrent la porte à tous vices, et îi retenir entre leurs
mains le camorre (2) des escoliers, afin d'imposer amendes
pécuniaires, les emprisonner, chastier, bannir et supplicier,
selon la qualité de leurs delicts et crimes. Parce qu'on oyoit
à tous coups parler de meurtres commis en d'autre académies
privilégiées, lesquels demeuroient impunis par la négligence,
pusillanimité en faveur des recteurs laissaus eschapper les
assassins. Ce qui cstoit cause que plusieurs pères et mères
faisoient difficulté de faire estudier leurs enfans, craignant,
qu'ils ne se ruinassent de corps et d'ame au milieu d'une
(i) Voy. pp. 78-103, du trimestre de Janvier-Février-Mars, 1897 ;
pp. 243-281 du trimestre Avril-Mai-Juin, 1897 ; pp. 387-426 du tri-
mestre Juillet-Août-Septembre, 1897.
(2) Sprungriemen.
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498 IIEVUK D ALSACE
elsouruie de tels ribleurs, qui font meslier de rôder toute la
nuict les rues, beugler comme taureaux furieux, aller en
garoûage, etc.
Voulez-vous donc dire que ceste Université-cy soit tout à
fait exempte de telle vermine?
Nenny-dk. Mais la bourgoisie estant si grande et puissante,
ils ne la peuvent pas maistriser, gourmandcr, et manier en
courbettes, comme ils font celles des villetles où ils surpas-
sent les bourgeois en nombre. Les rudes camorres et morai-
les qu'on met icy aux mauvais chevaux. L's engardent do
mordre et ruer, et les rendent souples comme gants de che-
vrolin et apprivoisent de sorte que de loups ils deviennent
douces brebieltes, ayant quitte^ leur rage. En considération
de ce, on y envoie les jeunes estudiansde tous costez, comme
au plus fleurissant lycée ou athénée d'Allemagne, fort asyle
et unique retraicte des Muses effarouchées par les foudres de
Mars. Il y a encore d'autres raisons de ceste affluence d'esco-
liers, sçavoir est, le voisinage de la France,la commodité d'ap-
prendre divers langages, et les exercices pour les estudians,
comme faire ou jouer de la pique, manier l'enseigne ou le
drapeau, monter îi cheval, iouêr du luth et de la mandore.
D'ailleurs l'aimant ou calamité des calamiteux et pauvres es-
ooliers est le bon moyen de gagner leur vie, et s'entrenier en
enseignant h lire et k escrire aux enfans des bourgeois.
Que leur donne-on par semaine?
Neuf ou dix sols et une repue franche.
Peuvent-ils bien vivre de ce petit gain ?
()uy,car chascun a cinq ou six tels escoliers, qui lui payent
environ un risdale ou deux florins par semaine, dont ils se
peuvent tellement quellement entretenir.
Comment est-il possible ?
Je vous le diray. Il y a force gens de mestier. qui prennent
trois ou quatre bats par semaine pour le couchage d'un tel
pauvre drolle. et le boQillon, qu'ils luy dressent sur sa soupe:
et de \h sont appeliez estudians de trois bats. Au reste ils
acheltent leur pain chez le boulenger, et vont quérir leur vin
en la Profonde cave, ou chez le tavernier au long bras, et
(I) A us Iftiren ein handirerck mnchen.
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LA VIE A STRASBOURG 499
chez Monsieur du Puits, ou de la Fontaine, lequel vin s'ap-
pellent vin d'Anbach, de Beinchemveyer, de Wasserheim,
Wetterweirij et Rheinischerwein. C'est un vin pur, non
soulphré, ne montant nullement à \n teste, ne brouillant point
le cerveau, et pourtant très propre pour les gens d'estude.
Pour quelle raison les appelle-on en allemand Kalmaûser ?
Il y en a qui disent qu'ils sont ainsi appelez a calamitaie
7nusarum,n\b\% ils se trompent. Je tiens que ce mot vient de
THébreu Kal, c'est-à-dire, vil, l(*ger, et muêar, discipline,
érudition : parce que ces gens n'ayans de quoy se fournir de
livres nécessaires, ni le loisir de les lire, quand bien on leur
en presteroit, estans occupez quasi toute la journée à ensei-
gner des enfans, et la nuict uianquans de chandelles pour
veiller, ils demeurent quasi tous tels qu'ils estoient en sor-
tant des classes, et n*ont autre chose qu'une importante et
fascheuse pédanterie, une légc^re et vile science, consistant
en un peu de latin : dont advient qu'estans devenus barbus
et philosophes seulement au menton, ils sontpourveus d'une
cure par pitié, non pour bien paistre les brebis, mais pour
estre nourris par icelles. Alors ils prennent la poste, c'est-à-
dire postulent ou apprennent par cœur un presche tiré d'une
postille, qu'ils récitent par après en l'église ainsi qu'une
leçon.
CHAPITRE VINGT-SIXIEME
Du Changeur
J'ay une lettre de change addressante à un marchand de
ceste ville nommé N... Est-il solvable? Est-ce une bonne
paye?
Il a bien de quoy payer, mais il ne paye pas volontiers
comme en court le bruit : car pour moy, je n'ay jamais eu à
faire à luy.
J'en ay aussi quelque soupçon : car j'ay esté trois ou qua-
tre fois en son logis sans avoir le moyen de parler à luy.
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50() HEVUË d'alsack
Je croy qu'il se foit celer. Sçait-il donc bien |)ouquoy vous
y venez ?
Ouy , car le serviteur de la boutique m*ayanl demandé la pre-
mière fois que c'estoit que jeluy voulois,je répondis que j 'a vois
une lettre de change, qui s'adressoit k luy. Depuis ce temps là il
est invisible en sa bontique. Si j'y vay à huit heures du ma-
tin, il est allé au presche ; si j'y retourne à midi, le pensant
trouver au lever de table, il disne en ville. C'est pourquoy je
m'y en vay de ce pas, quoy qu'il ne face encore guère clair,
afin qu'un ne puisse dire avec quelque rai.-joii qu'il soit sorti.
S'il est encore au licl.j'attendray qu'il soit levé, et habillé, et
y deussé-je perdre une couple d'heures pour en savoir le
court ou le long.
Toc toc toc.
Que demandez-vous si matin. Monsieur?
Je voudmis bien parler à vostre maistre, s'il estoit levé.
Il est bien levé, mais non pas encore habillé.
Je l'attendray en la boutique que le garçon commence à
ouvrir. Dites-luy qu'il face tout a son aise sans se haster.
Le voiscy qui descend desja.
Bon jour Monsieur.
Et k vous aussi. Quel bon vent vous p^jusse si matin en ces
quartiers ?
Monsieur, il y a quelques cinq ou six jours, que je vous
cherche tant le matin que le soir, sans vous pouvoir ren-
contrer pour la multitude des aflaires, qui vous font courir
ça et là. Voila pourquoy je suis venu si matin, de peur de
vous manquer.
Vous avez bien fait, car d'icy à une demie heure, vous ne
m'eussiez plus trouvé au logis : mais qu'y a-t-il ?
J'ai reçu une lettres de Nuremberg de Mr. N. .. en laquelle
estoit enclos cecy, qui s'adresse k vous. Je croy que ce sera
une lettre de change (1). Je suis venu voir, si vous la voulez
accepter et me délivrer l'argent.
Voyons ce qu'elle chante. Elle porte que je vous doy con-
ter deux cens risdales en espèces, mais je ne puis : ils sont
trop mal aisez à recouvrer à présent .
(i) Voir l'intéressant chapitre sur les Kanqucs dans Hanauer
l. p. 551 à 587.
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LA VIE A STRASBOURG 501
Comment doy-je donc faire? Renvoyeray-je ce change k
N. . . aux frais du sort?
Faites ce qu'il vous plaira, je ne suis pas obligé a certaines
espèces, Je liiy suis bien redevable d'autant, mais payable
en florins. Partant si vous voulez recevoir des ducats, des
florins d'or, des Philippes-dales, des ducatons, ou bien des
pièces de six sols, je vous feray vostre somme dans deux ou
trois jours.
Ce m'est tout un quel argent j'aye, moyenant que vous ne
me le donniez pas k plus haut prix que l'ordinaire et que je
le puisse mettre sans perte.
N'ayez peur de cela, et mesme je ne vous donneray rien,
qui ne soit de poids et de bon aloy.
Quand vous plaira-il de me donner quelque chose?
Mes créanciers m'estranglent et ne me laissent aucun
repos.
Quels créditeurs avez-vous donc, qui sont si affamez?
Mon hoste, mon tailleur et mon cordonnier.
Si vous voulez, je vous conteray trente ou quarante florins
en quarts d'escu, et demi-quarts d'escu.
J'en suis très content, ce sera pour m'acquitter de mes
menues debtes, qui font plus de bruit que non pas les grandes.
Tirez, trois quarts d'escu font un risdale.
Jl est vray, 0 qu'il y en a de petits î ils ont passé par les
mains des juifs incirconcis, ou baptisez, ils sont rognez.
Ceux qui sont petits, sont d'autant plus espais : toutesfois
s'il s'en trouve quelqu'un, que vous ne puissiez mettre, rap-
portez le-moy, je vous le feray bon, et vous en donneray un
autre. Voilk donc vingt risdales, qui font trente-deux florins.
H est vray, je l'escriray sur mes tablettes.
Et moy dans mon livre. Venez quérir le reste d'icy k trois
ou quatre jours, je le tiendray prest et vous m'en ferez une
quittance.
Bien Monsieur, vous me ferez plaisir et me donnerez sujet
de me louer de vous h mon marchand de N...
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502 RBVUE d' ALSACE
CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
Du charcutier et rostisseur (1}
Ou'esl-ce qu'on appelle charcutier k Paris?
C'est un vendeur de bouilli ou chair cuite, pourtant seroit-
il plus raisonnable d'escrire chaircuitier. Ceux qui vendent
la chaire rostie s'appellent rostisseur. Or par ce que le bouilli
et le rosli ne s'accordent pas mal ensemble, nous les marie-
rons ensemble en ce chapitre.
Qu'est-ce que nous roslirons aujourd hui? C'est une grande
feste. quaresme prenant, carneval, mardi gras.
11 n'y a si chétif savetir, revaudeur ou crocheteur (2) qui
ne vueille manger du rost, quoy qu'il couste.
Il nous faut rostir un gigot de mouton, un lièvre, un co-
chon de laict, un chapon, etc. Voyez le reste aux chapitres
du boucher et du coquetier. Pour larder plus aisément, il faut
refaire la chair en eau chaude ou sur le gril.
Apprestez les lardoires (4),je couperay des lardons (5). Puis
plumez ceste volaille, et ces oiseaux et les vuidez.
Où sont les marmitons?
Ils font le feu. L'un va quérir du bois et l'autre du char-
bon.
Il seroit beaucoup plus commode et de moindre despense
d'avoir des tourne-broches h ressorts ou à contre-poids,comme
on en a en Allemagne et mesme des fusils. Car quand on a
embroché le rost et monté le tourne-broche, on peut vaquer
k d'autres affaires. Ce pendant la viande se rostit également
partout, sans estre bruslée ou hazic d'un costé et demi-crue
de l'autre. Couchez au feu, il est temps, et mettez les léche-
(I) Garkoch.
(i) Schuhbletser, Strumpfflicker oder KrœUtrœger.
(3) Hammelschleyel oder ScheosketL
(4) Spicknadel.
(5) Spickfett.
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L\ VIE A STRASBOUnC 603
frites (l)dessous.Ne tirez rien delà broche, qu'il ne soit rendu
ou que je sois revenu, je m'en vay un peu en ville. Voyez au
chapitre de la cuisinière.
CHAPITRE VINGT-HUITFÈME
Du coquetier (2)
Qu'elle sorte d'homme nommez-vous coquetier?
C'est un homme, qui vient au marché avec des coqs, poul-
ies, poullets, coqs d'Inde, coqs de bruyère, chapons: et
mesme vend des oyes, jars, oisons, canards, canes, faisans,
perdrix, beccasses, pluviers, poulies de bois, poulies d'eau,
pigeons, pigeonneaux, pigeons ramiers, tourterelles, merles,
grives, estourneaux, cailles, alouettes et tels autres oiseaux,
qui appartiennent aux grasses cuisines et qui se vendent or-
dinairement en plume : partie vifs et apportez dans des vo-
lières, parties tuez avec des dragées ou pris aux filez et glu-
aux. Voyez les autres oiseaux au chapitre de l'Oiseleur.
CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME
De la femme au laict
Qui veut du laict?
Madame, voilà la femme au laict qui passe devant notre
maison.
Appelle-la et luy dis qu'elle entre et monte cy-haut il nous
faut du laict pour faire du papin, ou de la bouillie à l'enfant.
Bonjour, Madame, voulez- vous acheter du laict?
Guy, s'il est bon, et nouvellement traict et non escremé.
A Dieu ne plaise que je face ce tort aux pauvres enfançons:
il est d'aujourd'huy au matin et tout jaune de crème, comme
vous voyez.
(i) Bratpfannen.
(i) Hiihnervofjt,
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304 REVUE d' ALSACE
Combien vendez-vous la potée ?
Cinq creuizers en un mot, car je n'ay pas le loisir de long-
temps barguigner.
Ce seroit assez d'un bats.
Ouy si c'estoit un pot de jardinier, mais c'est un pot de
paysan qui est plus grand de beaucoup.
Hé bien voilk ce que vous demandez. Mais pour n'avoir pas
la peine de marchander tous les jours : voulez-vous faire
marché avec moy, combien je vous doy donner de la potée
tant en hyver qu'en esté ?
Ouy-dà Madame.
Oue vous en donneray-je donc?
Un schilling ou trois sols.
Ce seroit trop. Je vous en donneray deux sols et trois
liards (1).
Je ne sçaurois autrement. Vous y aurez encore plus grand
avantage que moy : car en hiver on la vend souvent quatre
sols et quatre sols et demi.
Vous aurez donc les trois sols. Apportez-moy une taille,
quand elle sera pleine de coches nous conterons ensemble,
la raclerons et je vous payeray.
C'est bien dit, je vous apporteray du laict de deux joure
en deux jours, comme j'ay coustume de faire à mes autres
chalandes. S'il se tourne, je le reprendray : mais donnez or-
dre que vostre servante tienne ses vaisseaux nets, et princi-
palement le pot au laict, et son poilon, l'escurant bien et n'y
laissant point de gratin.
CHAPITRE TRENTIÈME
Du pasticier
D'où venez-vous si matin avec les souliers poudreux ou
gris de poussière ?
Je viens de faire une promenade hors de la ville, pour pas-
ser mon mal de teste, que je gagnay hier au banquet d'adieu
deN...
(1) V. Hanauer El. écon. H à80-29r>.
LA VIE A STRASBOURG 505
Vous avez aussi sans doute gagné de Tappétit.
Vous Tavez deviné. J*aiderois volontiers un bon amy à es-
trangler une douzaine de pastez d'un sol, qu'on appelle A la
mode.
Venez donc avec moy, je vous meneray en bon lieu, où Ton
ne hache pas les mouches avec la chair chargé d*asrises (1).
II y a longtemps que je n*ay esté chez aucun pasticier,jc ne
sçay où il fait le meilleur. Par cy-devant celuy de la ruelle
des sorcières (2) avoit bien la vogue .
11 est bien vray : mais maistre Lucas de Montbelliard luy
desbausche fort ses chalands avec ses pastez a la
mode.
Comment sont-ils faits"?
Comme les autres, hormis qu'ils sont plus grands et de
plus flne paste. Allons-y, il demeure tout près d'icy devant la
Crue, auprès de la Douane, joignant la cave de la Gabelle (3).
Voicy la porte, entrons sans cérémoniefL
Soyez les bien-venus, Messieurs. Voulez-vous dcsjuner?
Ouy, avez-vous des pastez faits?
Ouy, en voil^ une douzaine sur la pœle prests à enfourner.
Montez là-haut au poile, on vous les portera incontinent
qu'ils seront cuits.
Comment î Ne les mettez-vous au four que quand on les
demande ?
Non Monsieur, car il les faut manger tous chauds. Si tost
qu'ils sont froids, c'en est f?iit : c'est un pauvre manger que
de pastez réchauffez.
Envoyez-nous donc quelques gasteaux feullettez, ou dario-
(i) Miic/cengeschmeiss.
(2) Celte rue n'est pas mentionnée dans Schmidt ni dans
Sej'both.
(3) Nœchat vorm Gî'an nit weit vont Kaufhauss neben dem
Zollkeller, Aujourd'hui rue de la Douane. La cave de la gabelle
était épiscopale ; on y enfermait le sel, surtout de Marsal en Lor-
raine. En face^ le magistrat fit construire en 1358 le bâtiment de
la Douane qui existe encore. A côté, \k ort se trouve aujourd'hui la
maison de la caisse d'épargne, on avait établi une grande grue
pour décharger les bateaux ; elle est déjà mentionnée en 1404.
(Schmidt /. c. 149).
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506 REVUE n'ALSACK
les, avec une pinte de vostre vin sauge (1\ pour attendre plus
patiemment.
Bien, Messieurs. Tenez, voilà de quoy donner de Texercice
aux maschoires. Ils sont tout bouillans. Gardez-vous devous
eschauder la langue, le palais et la gorge. Voulez-vous pas
aussi une couple de pains blancs (2)?
Nenny, crouste de paslé vaut bien pain. La pasticerie est
ma vie. Si j'avois les moyens, comme quelques uns ont, je
ne vivrois d'autre chose. Tantost je mangerois d'un pasté de
lièvre, tantost de truictes, tantost de pigeonneaux, tantost
d'un pasté de ménage fait d'une pièce de bœuf bien grasse,
lardée et picotée de doux et de canelle, tantost d'un pasté
haché, qui est une bonne viande pour les edentez, principa-
lement si la crouste est si fine, qu'elle se fond en la bouche.
Que voulez- vous d'avantage ? Je suis saoul de pastez, comme
de trois bouillies le jour (3).
Faites apporter des tartes en pommes, de prunes et raisins
de corinthe, des oublies, du massepin, des maquarons et du
biscuit.
J'aimerois mieux une eschaudé(4) pour faire trouver le
vin bon.
Et moy une tarte d'amandes.
Vous estes friand comme comme un chat.
CHAPlTaE TRENTE UNIÈME
Du mercier
Montrez-moy un peu la rue mercière (5), je vous prie. J'ay
quelque mercerie h acheter, comme une escharpe, des jarre-
(1) Spanisch brod oder Flœdlein mit einer halben mass
Salbey Wein,
(2) Weissbrodt oder Weckle.
(3) Ich bin der Pasleten mùde als vann ichs mit lœfflen
gessen hœtte.
(4) Flottei^kuche.n.
(5) La rue mercière qui existe aujourd'hui encore est mention"
née déjà en UOQ.Elle porta successivement les noms de: Interslalio-
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LA VIE A STRASBOURG 507
tières, des roses ou rubans de souliers et des aiguilleltes (i).
La voilà, Monsieur : mais pour trouver ce que vous deman-
dez, vous feriez mieux d'entrer en ceste boutique contre le
Palais joignant le Carquan (2). Ce mercier, qui a aussi vis-à-
vis de sa boutique, une grande boutique de draperie, est si
bien assorti et fourni de tout, que hormis les souliers et le
linge-blanc, il peut habiller un homme de pied en cap. Et
mesme il parle indifféremment François et Allemand, et par-
tant a la chalandise de la plus part des estrangers.
Je m'y en vay donc tout d roi et.
Dieu vous gard', Monsieur.
Vostre serviteur, Mr. que vous plait-il de bon ?
Je voudrois bien avoir un bon chapeau avec une bande de
marroquin (3) et une coeffe de taffetas.
Tenez voilà un bon feutre de laine d'Espagne : voilà aussi
un chapeau de poil de couin et un fin castor, avec un cordon
brod^ d'or et de perles.
Cette marchandise est trop chère pour moy: monstrez-moy
quelque chose de bon, mais à meilleur marché.
Hé bien, voicydes chapeaux de Paris, de Lyon et de Metz
de très belle forme et bien foulez, il ne faut pas craindre que
'a pluye les perce. En voilà aussi de Sainte-Marie et de ceste
ville de grosse laine avec des cordons de faux or et faux ar-
gent, pour les paysans et valets ou compagnons de mes-
tiers.
Dites-moy en un mot combien vous voulez vendre cestuy-là
à large bord. Ne le surfaites pas, car je ne barguigne pas vo-
lontiers longtemps, j'ay quasi aussi tost acheté que mar-
chandé.
tores, inler mercatores, sub mercatoribus, unter Kremern, unter
Koufflûlen, inter institores, Kramergasse. (Schmidt i0i-i03. Sey-
both Dar alte Strassbg 14i. Au siècle dernier elle s'appelle rue des
Bouquets ou Blumengasse et sous la Révolution rue du Mont-
Blanc et rue du 18 floréal (Seyboth Strasbg. historique p. 161.)
(\)Feldbtnde^Hosenbendel, Schuhrosen oder Bendel und Nés tel,
(2) 11 s'élevait près de TaDcienne Pfaltz en face de la rue des
Hallebardes actuelle.
(3) Mit einem SchweUsband von Cordowan,
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508 REVUE o'alsage
Bien donc, je vous le diray, car je suis aussi de vostre hu-
meur. Vous m'en donnerez deux risdales et demi.
Tenez en voilà deux risdales en deux pièces.
Vrayement c'est trop bon marché, j*y perdrois. Si je débi-
lois toute ma marchandise de la sorte, il me faudroitbientost
fermer ma boutique et aller au saffran (1).
Voilà le commun langage des marchands, ils perdent sur
chasque chose qu'ils vendent et toutes fois deviennent riches,
comme vous en donnez un notable exemple en vous-mesme.
Ne me laissez pas allez ailleurs. Argent contant porte méde-
cine.
Venez, venez, Monsieur. Je n'ay encore rien receu aujour-
d'huy,je ne veux pas refuser mes estrenes. Regardez s'il y a
encore quelque chose en ma boutique qui vous duise : je vous
en feray bon marché.
Aveignez-moy cest estuy, qui pend là-haut. Quelles pièces
y a-t-il dedans?
Tenez, le voilà, regardez-y. Voicy premièrement des ci-
seaux, puis un coutelet, qui se démonte, une fourchette, un
poinçon, un petit compas, un ganif canivetou trenche-plume,
un cure-dent, un curoreille, un perce-lettre, au manche du-
quel on peut faire graver un cachet : voilà aussi une petite
place pour une petite cuillier d'argent.
Combien le faites-vous 1
Deux florins, il les vaut, entre deux frères.
Uuy, si on vous croid. Je vous en donneray un florin.
Vous vous gaussez. Je voy bien que vous n'avez pas envie
de l'avoir. Nous ne sommes pas à Paris, où l'on ofl're d'une
chose la moitié de ce qu'elle vaut. Monstrez que vous avez
envie d'acheter, et en ofl^rez raisonnablement.
Je n'en ay pas grandement à faire : si je ne le puis avoir
pour deuxquarts d'escu, je n'en veux point.
Donnez-en vingt bats ou quarante sols.
Je n'en feray rien d'aujourd'huy, je ne sçay si je me r'a-
dviseray demain.
Mettez-y encore trois bats et demi.
(1) Banckrot spielen.
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LA VIE A STRASBOURG 509
Pour VOUS moDslier que je ne regarde pas h peu de chose,
je vous en donneray douze schillings ou dix huict bats, qui
font trente six sols.
Prenez-le, afin que le bon marché vous face revenir une
autre fois à inoy. Qui veut s'achalander, se doit contenter de
petit gain. Je fais a la Parisienne, là où les merciers aiment
mieux vendre en un jour cent pièces de mercerie, avec un gain
dé trois ou quatre sols sur pièce que d'en gagner cinq
ou six et n'en vendre pps le quart. Si vous avez à faire
de (luehjue autre chose, vous n'avez qu'à le dire, nous avons
tout ce que vous sauriez de'sirer. Il ne vous faut pas arrester
à ce qui pend en parade ; ce ne sont que vieux garde-bouti-
ques décolorez et mangez de la tigne. La belle et bonne mar-
chandise est empaquetée. Nous avons des bas d'estame (1)
de toutes couleurs, des bas d'Angleterre, de Paris. Bas d'hom-
mes, de femmes et d'enfans. Des bas de soye, de fleuret et
de colton. Des jarretières tissues et de taiïelas tant renforcé
que de Genève. Des gants de cerf, de chien, de chevrotin, des
gans lavez. Des miroirs, estuys à peigne, avec le peigne d'y-
voire, de bois de rosmnrin, de genevre, de buys, de corne,
la brosse, la brosselte, le relève-moustache. Nous avons aussi
des ramonnettes,vergeltes ou epoussettes pourespousseterou
nettoyer les habits. Il y a aussi dans ce panier des pendans
ou port'espées avec des ceintures pour les vieillards et gens
de longue robe : comme aussi des baudriers de cuir simple,
des brodez de soye, d'argent et d'or. Des escharpes simple-
ment orlées, et d'autres bordées de dentelles d'or avec des
papillotles.
J'aurois bon besoin d'acheter une calotte de marroquin. En
avez- vous ?
Ouy-dà Monsieur. En voilà une demi-douzaine, choisissez
et essayez celle qui vous sera le plus propre.
Celle-cy me joint, comme si elle avoit esté jettée en moule.
Qu'en donneray-je?
H n'y a pas grand 'recousse en cela : le marroquin me
couste un demi florin ; donnez-moy deux bats pour la façon,
c'est en tout neuf bats et demi.
(1) (restrickte Slriimpf.
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510 REVUE d'aLSACE
Tenez, en voilà un quart d'escu.
Vous aurez donc la façon pour rien, ou du moins pour
un sol.
Vous m'en contez de belles. Monstrez-moy k cette heure
des aiguillettes de large ruban noir.
Il n'y en a point de faites ; mais si vous voulez patienter
une demie-heure, je vous en feray ferrer.
Qu'est-ce que me coustera la douzaine?
Trente six sols, ayant une aulne de longueur. De quelle
couleur voulez vous les fers ?
De jaune ; mais faites les despescher.
Monsieur, il n'y aura point de faute.
CHAPITRE TRENTE DEUXIÈME
Du messager
Mon amy, n'est-ce pas là un messager juré de Srasbourg.?
Ouy : comme vous pouvez aisément le voir h la livrée qu'il
porte, laquelle est un hoqueton, mi-parti de blanc et de
rouge, et a sa boûette, qu'il a sur le cœur, où sont les armoi-
ries de la ville.
Je m'en vay donc l'aborder et parler h luy.
Avez-vous le loisir de faire un message h trois liefles
d'icy ?
Ouy Mr. Où est-ce ?
C'est à Dorlesheim près de Moltzheim.
Il est bien vray que je suis encore bien las et harrasé d'un
long voyage, dont je revins hier au soir, mais trois lieues
sont peu de cas, c'est à faire h une demie-journée.
Quand pourrez-vous partir.
Tout à l'heure, et quand il vous plaira me donner mes des-
pesches.
Le plus tost sera le meilleur, car l'aflFaire est d'importance,
il y a du danger au delay, pourlant requiert il diligence.
Hé bien, je m'en vay chausser mes gamaches et quérir mon
brin d'estoc ou baslon h deux bouts.
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LA VIE A STRASBOURG 5il
El moy, je m'en vay en mon logis en la rue du Monsiier
dans la ruelte sans issile où demeur le sieur K .. pour ca-
cheter ma lellre qui est desia escrite et pliée. Elle est escrite
en chiffres ou charactères incognus, qu'on ne sçauroit déchif-
frer de peur qu'elle ne soit interceptée et mon secret déscou-
vert ; car elle s'adresse k un homme qui manie de grandes
affaires, et que j'adverlis de choses de grande conséquence.
Ne meltrez-vous point d'addresse sur le dos de la lettre ?
Si feray, mais une fausse : toutesfois je vous diray si bien
la part, où il sera, que vous ne sçauriez manquer à le trou-
ver, et lui faire tenir ma lettre. Venez-moy seulement trou-
ver, quand vous serez prest, vous trouverez chez moy une
pinte de vin, du pain et du fromage sur un coin de table,
pour vous fortifier les jambes et resjouyr le cœur. Quant k
voslre loyer, nous en conviendrons bien ensemble.
Je ne demande que l'ordinaire. Si quelque honneste homme
me donne d'avantage, je le prends pour mon vin et l'en re-
mercie, et me sens obligé de le servir encore plus prompte-
ment uneaule fois.
CHAPITRE TRENTE TROISIEME
Du pescheur
Du temps que j'allois au collège, ou en classe, j'estois fort
adonné h la pesehe des petits poissons (i) comme ablettes,
goujons, chevanes, hotlus, chabots, frames,"rossettes, perches
et petites liuicles.
Comment est-ce que vous les preniez ?
Je peschois h la ligne.
(1) V. ds. Hnnaiicr la liste des poissons que l'on trouvait dans
les cours d'eau d'Alsace (Il 213 et suiv).
Ci) Weissfiechleiriy Kressen, Fàrn, Nasen, Kroppen, lirasem,
liottlen, ffersinr/. Pour plus de détails sur ces différentes espèces
il faut recourir an travail de F. Heibcr. Histoire nalurelle des eaux
slrasbourgeoises de Léonard Balduer.
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51:^ REVUE d' ALSACE
Qirest-ce que vous appeliez une ligne?
Ce sont des crins blans de cheval tors ensemble, auxquels
on attache un haim ou hameron, et un pied, ou un pied et
demi plus haut on attache un tuyau de plume de la longueur
du doigt avec un morceau de liège, qui s*enfonçant en Teau
par y un des bouts monstre que le poisson mord, ou a desjk
avallé rhaim : ceste ligne est attachée par Tautre bout k une
perche de coudrier, ou autre bois ayant une pièce de coste-
de-baleine pour cyme.
De quelle amorce vous serviez-vous ?
Pour les poissonnets, j*attachois des mouschos ou vermi-
reaux h mon haim. Pour les moyens, j'amorçois avec des ce-
riseSjOu faisois de l'amorce avec du pain de chenevi ou de na-
vette, avec de la folle farine et du miel, que je pétrissois bien en-
semble, puis en faisois des boulettes de la grosseur d*un bou-
ton de pourpoint, en jettois quelques vingt ou trente vers le
soir en un lieu coy de la rivière de Meuse, où je croyois y
avoir du poisson, et le lendemain y allois dès le malin pescher
îi fond, ou sans liège et tuyau de plume.
Par ce moyen avez-vous parfois fait une pesche, qui valut
la peine ou le temps que vous y perdiez ?
Bien près. Je n'y ai jamais pris autres poissons que ceux
que je vous ay nommez, et ce en petite quantité à la fois.
Vous estiez donc un pauvre pescheur?
Guy, et quand-et-quand un pauvre pescheur, au lieu que
je devois soigneusement estudier pour devenir prescheur et
pescheur d'hommes, selon le dessein et intention de mon
bon père, au desçeu duquel je faisois ces belles corvées.
Avec quoy est-ce que les pescheurs prennent les estur-
geons, saumons, saumonneaux, brochets, brochelons, car-
pes, carpettes ou carpillons, anguilles, lamproyes, barbeaux,
barbillons, tenches, merlus, harengs, morues (i), soles et
plies.
Je ne sçay, si ce n'est avec des filez ou nasses.
Et les huistres à l'escaille, moules, escrcvices et gam-
ma res? (2)
(4) Lapperdau. Ziingen, und Platetsen,
(2) Me^Threbse.
L.\ VIE A STHASUOL'Hi; 51. '<
J'en ai veu prendre à la main, j(î ne s^ay si on a encore
quelque autre invention. Pour les grenouilles on les pesche a
la ligne aven un niorcelot de drap rouge.
Comuienl, mange-on i:es vilaines bestes :*
i) qu'ouy, c'est un manger de friands, on coupe les quar-
tiers de derrière ou cuisses, puis on les escorche et fricrasse-
on, alors elles ont un goust délirât comme de jeunes pou-
lets.
J.a friandise fait trouver tout bon, jus(|ues aux. villains et
baveux escargols. 1)^, con\bien de sortes de poissons y a-il 1
Il y a des poissons de uier qu'on appelle marée et les hom-
mes qui les mènent de lieu en autre sur des chevaux, chasse-
marée. Puis il y a des poissons d'eau doiïce, comme ceux de
rivière, estang, vivier, lac.
Uart)ntez-m(»y un peu les plus communes parties d'un
[toisson.
Il y a les ouyes, les escailles, les nageoires, les arestes, la
laictance, les ceufs, la teste, le ventre et la queiie.
Comment faut-il accoustrer le poisson, pour estre bon a
manger ?
Il faut prendre un poisson non pasmé, mais vif sautellant
et se débattant, l'escailler, l'éventrer et s'il est grand, le cou-
per en tronçons, le bouillir en un chaudronnet ou le frire en
une paele. Si vous le voulez rostir sur le gril, laissez-le entier.
Le poisson salé doit estn; détrempé en eau claire pour le
dessaler, hormis les sorez et les harengs que les escoliers
allemands mangent cruds avec de l'huile d'oUve, du vinaigre
et des oignons découpez.
Diles-moy quelques proverbes pris des poissons.
H fait bon pescher en eau trouble, c'est à dire que les gar-
nemens font leur main et s'enrichissent durant les troubles
et guerres civiles. Toujours pesche qui en prend un, c'est h
dire que peu de gain vaut nueux que rien du tout. Les
grands poissons mangent les petits. I^a sauce couste plus que
le poisson et la corde que le fardeau ou la baie (1).
(1) In t7*ûbem Wasiicr ist gui fischen. Wer einen Kressen
fangt, fangt aiich eincn Fisch : das ist ein Pfenning oder
krfiutser, ist doch hesser als gar kein gewinn oder es ist hesser
ein Lauss im Kraut als gar kein fleisch. Die grossen Fische
fressen die kleinen. Die briihe kostet ?nehr dann der Fisch,
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0i4 UEVCE D*ALSACE
CHAPITRE TRENTE-QUATRIÈKK
Du Teincturier
J'ay un manteau de couleur Triste-amie (ou selon aucuns
Triste-mine) qui est tout plein de taches : je le ferois volon-
tiers reteindre s'il y avoit icy des teincturiers capables,
comme en France.
N'en doutez point, j'en cognois un qui ne cède à aucun
François : je l'ay esprouvé plusieurs fois. Une fois il m'a teint
un manteau gris en tané, et puis en noir, et des iarretières
bleues et des jaunes en rouge, incarnat, incarnadin d'Espa-
gne. Il n'y a couleur si estrange, qu'il ne cognoisse, comme
minime, gris-brun, gris-argenlé, gris de perle, verd, verd-
naissant, verd-gay, verd-brun, verd de mer, pers, violet, gris-
meslé, fueille-morte, cramoisi, orangé, gris enfumé, gris de
lin, couleur de Roy, flammette, nacara, fleur de seigle, cou-
leur de foye, couleurs de pensée, couleur de chair, couleur
de fleur de pescber, pourpre, escarlatte, couleur d'amaran-
tbe, couleur de céladon, rosc-seche, couleur d'Isabelle, gin-
geolin ou zinzolin, ventre de biche.
Je le feray donc porter a la Teincture.
Vous ferez bien. Ce qu'il teint ne se descharge point, ni
ne tache.
Quels sont les plus ordinaires ingrédiens de la teincture?
Le paslel ou guede, le saffran bastard, la graine, la coupe-
rose et la noix de galle (1).
Puisque nous sommes en train de parler des couleurs,
racontez-moy aussi les autres, qui ne s'approprient pas aux
eslofles, draps ou soye.
Le visage d'un malade estpalleet blesme : les joues d'un
homme sain sont vermeilles comme une rose. Le poil d'un
taureau ou autre beste, les cheveux d'un homme sont roux,
la barbe est rousse et un tel homme s'appelle rousseau (2).
(1) Weyde, icilden Sa/frariy Scharlachheer, Kup/fer-wasser^
und ynllœpfel.
(2) RothkopfT,
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LA VIK A STHASBOIUG 515
Les cheveux qui ressemblent aucunement au lin, ou au chan-
vre se disent blonds, et la barbe blonde. Le pain de ménage
est grisâtre et s'appelle Bis (l). Quant aux diverses couleurs
des chevaux il en est parlé au chapitre du maquignon. Les
six couleurs propres aux armes ou armoiries des nobles sont
ceiles-cy : d'argent = blanc, d'or = jaune, de sable =^ noir,
d'azur = bleu, de sinople = verd.
CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME
Du Tonnelier (i)
Quelles fripes ou vieux ^ineubles sont-ce là? Quelle escrire
est-ce là ?
Ce sont les outils d'un tonnelier, (jui mourut il y a six
semaines.
Approchons-nous en, je vous prie, et me les nommez par
leurs noms.
Voilà premièrement une aissaite ou essette, que d'autres
appellent esseau. Puis un sergeant, un lirefond, un maillet, un
tastevin, un barroir, un forêt, une vrille. Voilà un soufflet à
bec crochu, et la buisine de cuir (3), tant pour descharger le
vin de dessus un char en la rile, dans autre fruslaille, pipe,
muy ou tonneau qui est en la cave, que pour frelatter le vin,
qui est faire passer le vin d'un tonneau en un autre, pour le
séparer de sa lie, dont on fait de l'eau de vie.
Ce mot frelatter me semble cstrange, d'où peut-il venir ?
Il vient de la corruption dii mot grec parallatteiriy
qui est à dire changer.
Le vin se peut-il bien garder sans lie? ne se tourne-il-pas?
Pourveu que le tonneau soit bien soulphré, c'est à dire,
parfumé d'une confection dont le principal ingrédient est du
(1) Schwartzbrod.
(2) Bàttner oder Bender.
(3) Ein Kûfermeaser oder Bmidmesser, hemach eine Kûfer-
zang, ein Ftistbodenschraub, eineKohe oder Klàpfel, ein heber,
ein borer, ein bœrerlein.
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516 nEVL'E d'alsace
soiilphro, il ne se tourne pas, el tant plus vieux est le ton-
neau, et plus enduit de tartre, tant plus long ton^ïs s'en garde
le vin.
Nommez- moy un peu aussi les parties d'un tonneau.
H y a les douves, les fonds et les cercles. Le grand trou
au milieu de la douve d'en haut s'appelle bondon, comme
aussi le bois avec quoy l'on le bouche. Le petit qui est à costé,
el par où l'on donne air au tonneau, s'appelle faulset : celuy
qui est fait au bas du fond est pour y coigner une broche ou
robin ou robinet, pour tirer le vin.
CILVPITRE THENTE-SIXÏKME
Du marchand de vin
D'où venez-vous Monsieur?
Je viens de l'Estapefi ), y pensant trouver de bon vin: mais
je n'y ay trouvé que du ginguet, du vinot, du vin verd, et
petit ce qui se peut, comme rinceurs de pinte, en somme,
du vin de marché, comme l'appellent les paysans.
D'où peut bien venir ce nom au petit vin ? et pour quel
sujet l'appelle-on ainsi?
Un bon homme estant entré en la maison d'un vigneron et
marchand de vin, et ne trouvant au poile que sa iiliette, luy
demanda ou estoit son père. La fille ayant répondu qu'il
esloil en la cave, et faisoit du vin de marché, cet homme
voulut sçavoir comme il faisoit. La pauvre simplette et inno-
cente, ne pensant à aucune meschancelé, respondit qu'il
versoit une cuvellée d'eau dans chasquc tonneau avec un
grand entonnoir de bois à la mode du pays. Or la raison
pour quoy ils baptizent ainsi le vin, qu'ils amènent vendre
au marché, est que la populace et les gens de mestier, qui ont
des valets et servantes à ((ui ils sont tenus de donner du vin
h chasque repas, en veulent avoir à bon marché et ne se sou-
cient pas qu'il soit petit ou verd ; pourveu qu'il aye le nom et
quelque petit goust (le vin. Car si les paysans le laissoient
(1) Weinmarkt.
LA VIE A STRASBOURG 517
pur, outre ce qu'il seroit plus cher, la valetaille se trouveroit
moins propre à la besogne par la fumée du vin, qui leur
monteroit à la teste. Sur ce subiect il me prend envie de vous
raconter un plaisant tour, qui fut il y a quelques années joué
par un régent de nostre cullc^ge à un tel gaste-vin.
Preschez donc, je vous escouteray attentivement sans inter-
rompre vostre propos et vous laisseray dire jusques h amen.
Ce régent, dont je sçay très bien le nom, s'en alla un ven-
dredi, qui est le jour du marché(i), sur la place des Cordeliers
où se tenoit l'Eslape, où ayant gousté ou taslé le vin d'un
tonneau, qui tenoit environ six ou sept mesures, qu'on
appelle ornes, il dit au paysan, pour luy tirer le vers du nez :
Escoutez mon amy, je liens de petits pensionnaires, qu'on
envoyé icy pour estudier, or j'ay ordre de leurs parens, et
pères et mères de leur donner du vin h table, pour ne trop
refroidir leurs estomacs en beuvant de l'eau toute simple :
mais ils veulent qu'il soit détrempé d'eau, de peur qu'il ne
leur enflamme le foye et que la fumée leur montant à la teste,
ne les rende mal disposez h l'estude. \oi\h. pourquoy je verse
lousjours quelque partie d'eau dans le vin que j'achète, s'il
n'y en a point encore. Or est-il que pour cause d'un défaut
de goust, je ne puis pas bien taster le vin et suis un pauvre
gourmet, dites-moy je vous prie, combien vous avez versé
d'eau dans ce tonneau, de peur que je ne legaste tout k fait,
si j'y en mettois d'avantage, dites franchement, je vous pro-
mets de prendre vostre vin au prix que vous avez dit. Le
lourdaut de pied-gris esmeu par ces b(»lles paroles confessa
qu'il en avoit versé une caque, lié bien dit le régent, il n'im-
porte, vous m'avez relevé de la peine de le faire: donnez-moy
vostre marqueou méreau(2), (|uejo l'acquitte de la gabelle(3).
Le brouille-vin le tire de sa poche, le luy donne, on mène
le vin devant la maison de l'cichcteur, les encaveurs de vin
deschargent le tonneau avec un poulin, le dévallent en la
cave avec des cordes et le mettent sur les chantiers. Mais le
diantre fut bien aux vaches, lorsqu'il fallut venir au paye-
ment car ledit régent ne voulant point payer la caque d'eau
(1) Encore actuellenient mais il ne se lient plus place Kléber,
mais près du Château.
(2) Zeichen.
(3) Ungelt.
518 REVUE D* ALSACE
pour une caque de vin, comme de raison, le trompeur qui
avoit esté tromp(S parloit des grosses dens, sacramentoit,
maudissoit, diablassoil : mais le fin et rusé foile-cul Tayant
menacé du consul, et de grande amende, s'il le contraignoit
d'en aller faire ses plaintes à la justice, mon pied-gris s'en
alla escumant, fumant et bouffant de colère, grinçant les dens
rongeant son frein, honteux et camus comm^ un fol tondu ou
un fondeur de cloches, pour s'estre laissé si aisément passer la
plume par le bec et se voir dupé par un qu'il prenoit pourdupe.
Voilîi une plaisante histoire, elle n'est pas tombée en un
pot percé, je la releveray bien et en feray rire d'autres.
CJlAriTKE TRENTE-SEPTIÈME
Du Vendangeur
D'où venez-vous avec ces raisins dans vostre panier?
Je viens de nostre vigne, où j'ay esté voir si les raisins
seront bien tust meurs, pour vendanger : et j'ay trouvé qu'ils
le sont desjà. Tenez, en voila une grappe, tastez qu'ils sont
doux comme miel.
Ouy vrayement, il se faut apprester à la vendange : ils se
sont bien meuris depuis quinze jours, qu'ils estoient encore
surs comme aigret, dont on fait le verjus.
J'en sçay bien la raison, c'est qu'on a espampré ou effueillé
la vigne, et que le soleil a depuis luit dessus tous les jours,
et qu'il a fait de petites pluyes tiedes la nuict.
Avez-vous tout ce qu'il faut pour la vendange?
Je ne sçay pas. Pour le moins avons-nous un pressoir, des
cuves, des paniers et hottes, des serpettes ou sarpettes (i).
(Jue faites-vous du sarment, après qu'on a taillé les seps
de vigne ?
Nous en faisons des fagots pour brusler.
Et des asnes ou du marc des raisins pressurez?
Nous en faisons de la beuvette ou piquette, qu'on appelle
piscautine (2).
(4) Eine Trotte^ Bûtten, A'cprô, Stœndel tmd liebmesser
{i) Traberwein oder Traberhur.
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LA VIE A STRASBOURG 319
Quand vos vendangeurs auront vendangé, j'iray grapiller
ou au grapillage.
De combien de sortes de raisins avez-vous ?
Je n'en cognoisque ceux-cy, les blancs, les rouges, noirs,
jaunes et muscades ou muscats, et de ceux qui n'ont point
de pépins.
Pour moy, je n'en ay jamais veu de ces derniers : ma patrie
n'est pas un pays de vignoble.
CHAPITRE TRENTE-HUITIÈME
Du baigneur
J'ay deux mauvais accidens qui m'incommodent fort,
sçavoir est, une défluxion froide sur les dens et une
autre sur les yeux.
H y a bon remède a tous deux. Allez- vous-en en une estuve
vous faites ventouser sur le haut des espaules après avoir
bien sué : c'est h faire k deux sols pour le maistre de l'estuve,
deux liards au gardien d'habits, qui au sortir de l'estuve
donne un linge à essuyer les pieds, et essuyé la teste en la
frottant d'un frottoir blanc et arrouse d'eau d*anis.
Je suyvray vostre advis, et vous en remercieray si je m'en
trouve bien.
Si vous voulez estre bien et habilement servi, il vous faut
promettre et donner le vin aux valets de bain, c'est ainsi que
j'en use. *
Je ne prend ray pas garde à un sel, moyenant qu'ils me
traictent bien. Mais comment feray-je? Je n'ay ni manteau de
bain, ni brayer, ni ventouses, ni pierre-ponce pour frotter la
crasse de dessus ma pauvre peau : car je ne veux pas qu'un
valet me vienne (selon l'ordinaire) gratter avec ses ongles
longues et trenchantes, bordées de veloux noir et pleines de
la villainie de quelque rogneux ou demi-ladre.
Je vous fourniray de tout cela.
A vostre advis, combien de ventouses me doy-je faire
appliquer?
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520 REVCE D*ALSACE
Pour le moins dix, quatre sur le dos, deux sur les reins,
deux au-dessus des deux coudes, et deux sur les deux cuisses
au-dessus des genoux.
A (juelle fin est-ce que quelques uns s'en font appliquer
sur la veine du fessier ?
Je ne sçay si ce n'est pour peter plus clair.
Ne sent-on pas une grand'douleur quand on picotte et
déchiquette ainsi la peau avec la flammette? (1).
Si fait, si l'on est insensible, et ladre verd et parfait. Il fait
un peu moins mal (pie d'eslre fustig'* et hor-mis l'infamie, je
croy qu'il y a fort peu h dire. Mais qu'y feroit-onf 11 faut
passer par Ti ou par la feneslre. On endure bien parfois une
colli(iue (qui est une vraye torture; et un mal de dens qui est
plustost une rage qu'une maladie.
11 est vray, j'en sray bien des nouvelles.
En quels jours chaufTe-on les esluves?
Le lundi, le m3rcredi et le samedi.
Elles sont donc chaudes aujourd'huy. En la([uelle est-on le
mieux accommodé ?
Il n'y a pas grand choix : car potir les hommes, il n'y en a
que deux, l'estuve de la Rose, où je vay d'ordinaire et celle
de Spire. Les trois autres assavoir, celles de la JJe. du Cercle
et de la Plante sont assignées aux femmes, depuis peu d'an-
nées : car j)ar cy-devanl, hommes el f(Mnmes s'y baignoient
pesle^uiesle, mm sans scandale ; mais le sage magistrat,
induit par l'esprit de saincle chasteté, a refornié ce villain el
impudicpif' désordre (:2). En la ville de {]. les femmes se bai-
(I) Mit (fer Fieten.
(i) L'ordouauce à hupielle lait allusion Martin est de Hi34.
Auparavant Icsij^ens aisés se baignaicol dans des vannes en bois et
le peuple, hommes ci femmes, «lans des réservoirs murés cl dallés
(Pilon Slrasbg. ill. II i5')-15i). Dansées bains on rasail, saignait
et appliquait des vcolouses ; deux bassins en cuivre jaune autour
desquels flotaient des bandeaux en drap éo.arlate, formaient leur
enseigne. Ces étuves (stuhae, bnlfiet\ badestuben) fort en vogue
au moyen âge, étaient la pbijjart du temps propriété de nobles ou
de palriciensLiui les louaient à des entrepreneurs de bains. Le
matériel d'exploitation était assez primitif : quelques cuves en
s, des lits de repos, du linge el Aes ventouses. Comme dans la
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LA VIE A STRASBOURG 521
gnent aussi à part des hommes, mais d*aiilre pari elles ont
une abominable coustume qui est que les femmes n'ont
aucune vergogne de monslrer leur vergogne les unes aux
autres, ains entrent en l'esluve toutes nues, comme le dos de
la main, ou comme un ver, ainsi qu'elles sont v(Miues au
monde sans braver h la Margajalte.
Pensez-vous que cela soit vray ?
Encorque je Teusse souvent ouy dire, si l'ay-je tousiours
tenu pour un conte fait h plaisir, et vray comme une histoire
escrile au livre des Qucnotiilles. chapitre des fuseaux, jus-
ques k ce que un mien aniy et escolier en la langue franroise,
docteur en droict, natif de Francfort, de grand'preud'hommie
et de la foy duquel je ne doute nullement, m'a obligé de le
croire et confess»'» qu'estant à (!. mesme (où il a estudié quel-
ques années) il n'en pût jamais rien croire, (bien qu'il l'oûist
dire tous les jours) jusque à ce (ju'il s'en fust informé de son
hostesse mesme, qui estoit sa cousine, laquelle confessa le
tout, et dit que la cause pourquoy elle y alloit si rarement,
n'esloit autie chose, que la honte de tenir descouvert, ce que
la nature mesme, par un certain instinct, commande de cou-
vrir et cacher. Et comme il iuy demanda, s'il n'estoit pas
permis à celles, qui vouloienl, de se couvrir, elle dit que non,
et que si quelcju une entroit dans l'esluve avec quelque linge
d<*vanl elle, los autres le Iuy arrachcroient par force. C'est
(hmc merveilh' que les onze mille vierges se sont rendfles
vers de telles (affrontées i\ ).
nr BAL\ FROID
Il fait untj insupportable chaleur, je me haignerois volon-
tiers en la rivi(>re, si je s^-avois un lieu seur, sans goulTre et
tournant, ou je me pusse nojer.
boutique du barj)ier, les oisifs attendaient leur tour en pinçant du
luth on de lu guiterne ou bien se livraient à d'interminables par-
lies de trictrar. Pour Thisloire de rcs différents bains voir Sovbolh:
Strasbg. hisl. et pitt. 15, 221, 278, 3Î)3, 395, 440, 455 etc.. ^
(1) Il est sans doute question de Cologne.
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522 REVUE d'alsace
Venez avec moy derrière nostre maison, il y passe un bras
du Rhin, où j'ay pied partout si d'adventure le Rhin n'est
dësbordé.
Ce bras est-il large ?
Nenny, je le puis bien passer en vingt escouses.
Vous sçavez donc bien nager comme j'entends.
J'en sçay assez pour me sauver la vie en un besoir, j'ay
souvent passé Tlsle (1) à la nage. Quand je suis las de nager
sur le ventre, je me tourne et nage sur le dos. Je say bien
aussi le plongeon et nage entre deux eaux. Et vous ? En sau-
riez-vous bien faire autant ?
Hëlas ! nenny, je nage comme une hache desmanchée .
Comment avez-vous fait pour apprendre?
J'ay acheté des nageoires de jonc, et une couple de ves-
sies enflées de vent et liées ensemble (2), que j'attachois sous
mes aisselles, quand je voulois me coucher tout plat sur
Teau pour me débattre et pousser des pieds et des mains.
Quand on est un peu de temps accoustumé h se coucher har-
diment et estendre pieds et mains, on le peut faire sans
nageoires et vessies, et si on n'enfonce pas, pourveu qu'on
remue tant soit peu les bras et jambes.
Quand bien je sçaurois nager aussi bien que vous, je ne
me voudrois pas bazarder en un lieu profond, où je ne pusse
prendre pied en cas de nécessité : car si la crampe me sur-
prenoit toute ma science et expérience ne me serviroit de
rien. Pour cesle cause dit-on que les meilleurs nageurs sont
noyez.
CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME
Du Boucher
D'où venez-vous commère Anne-Ursule?
Je viens de la boucherie madame ma commère.
Y a-t-il force chair?
({) L'ill.
(2) Ce moyen d'apprendre à nager est encore en honneur
Strasbourj^.
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LA VIE A STRASBOURG 523
Pas une livre. Nostre voisine Dorothée m'a fait faire une
corvée, m'ayant fait à croire que nostre boucher M. M. avoit
hier une douzaine de bœufs gras tuez, habillez et pendus au
croc en la voûte de la tuerie.
Mais n'y a-il point d'autre chair?
Nenny, les estaux sont nets, comme s'ils avoient esté
ramonnez. 11 pend seulement une fressure (1) de porc à un
croc, laquelle on fait vingt quatre sols : et un quartier
d'agnelet, qu'on veut vendre vingt sept sols. 0 que bien heu-
reux sont maintenant mes compatriotes, qui trouvent les
estaux charges de toutes sortes de chair, de bonnes testes de
veaux avec la fraise, de longes avec les roignons, de poictri-
nes, de membres ou gigots, d'espaules de moutons, de quar-
tiers d'agneaux et de cabris, de costellettes de porc, de tétine
de vache grasse, de bonnes costes de bœuf. Si lost que quel-
qu'un entre en la boucherie (2) l'un l'appelle d'un cost^,
l'autre le tirasse de l'autre, en criant : Venez h moy. Madame
la doctoresse, receveuse, etc., ma chair est tout fraischement
tuée, il n'y a point encore d'assises dessus, tant s'en faut
quelle corne. Que désirez-vous d'avoir Madame l'advocate ?
Regardez quel bon morceau vous plait, je vous en feray bon
marché. Si vous n'avez point assez d'argent sur vous je vous en
feray crédit. Je croy volontiers aux gens de voslre sorte, je sçay
qu'il n'y a rien h perdre. Notez qu'on ne vend pas la chair h la
livre, mais qu'un morceau est cher, ou à bon marché selon qu'il
est gras ou maigre, d'un bon ou mauvais endroict. Ce qui est
bien plus raisonnable que de faire payer à uue pauvre per-
sonne disgraciée dix-huict sols pour six livres de chair où il
y aura trois, ou trois et demie d'os sans mouëlle, comme une
(i) Schweimgehenck,
(2) La Boucherie dont on trouve dès 1282 une mention (statio
carnificiim juœta piscatoresy under MeUigern) se trouvait
au bas de la rue du Yienx-Marché-aux-Poissons actuel, près du
pont du Corbeaux. Chaque boucher avait là son étal entre lesquels
il y avait un étroit passage. En 1586 seulement on éleva les bâti-
ments actuels de la Grande Boucherie. A côté se trouvaient les
abattoirs. En 1621 on construisit les Petites Boucheries derrière la
place Kléber actuelle. Elles durèrent jusqu'en 1838 et furent rem-
placées par la Halle actuelle. (Piton 1, 261 , Schmidt 116, Seyboth 525).
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524 RBVUE û' ALSACE
pièce de teste : et d'autre part donner une pièce de chair
grasse et sans os, pour le mesme prix k un autre, que le bou-
cher favorise (1). Nonobstant celîi, il y a si grand'presse
autour des bouchers vendans à la livre qu'il est une fois
arriva qu'une servante voulant empoigner la chair pendant
que le boucher la découpoit, receut un coup de
fendret sur le poignet, qui lui trancha la main toute nette.
CHAPITRE QUARANTIEME
Du Bourreau
Quelle rue est-ce icy ?
r/est la rue des livres (:2), la où entre autres demeure ordi-
nal riment le bourreau, exécuteur de la haut'î justice ou le
maistrc des hautes œuvres, lequel les allemands aijpellent
pendeur, arrière-juge ou trenchant-juge.
Quel est Toffice <le cest homme d'honneur?
Son office est de pilorier les criminels ou nralfaicteurs, les
mettre au carquan, les fustiger ou rafreschir les espaules
avec un éventail de bouleau, les fleurdelizer, ps^oreiller, les
(1) Voyez rintéressant chapitre sur la viande dans Hanauer
VA. écon!! 11 ii^^^'tU.
(i) Bûchergaise ou Hue de la Fontaine d'après le n'' 2qui porte
le nom de Maison de la F'ontainc d'or. Le nom allcniand est une
comiplion de Bicker(ja%$e (128(>, l!à!)5, i4K5). Ih'ef/f/erffnsse (i'MU.
\M)\)). Au bout de la rue près des Ponls (iouvertc se trouvait la
tour du bourreau. D'après Schmidt /. c\ le mot biegger est une
corruption de beghnrd analogue au français bougre et bigre (pii
est une corruption du nom de bulgare que Ton donnait à la secle
des albigeois que l'on accusait de mener une vie honteuse. Un
arrêté du magistrat de 1409 autorisait dans celte rue des maisons
pour les femmes de mauvaise vie. En 1466 et 4469 elle est nommée
Under Sundern. Le bourreau y fut obligé de demeurer et le peu-
ple lui donna le nom de la rue. Aujourd'hui encore, dans le dia-
lecte populaire le mot bieker et bigger désigne un homme méchant
et dangeureux. (Schmidt p. 37-38).
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LA VIK A STRASHÛLKC
oio
gesner ou torturer, ou leur (Jonner la geiue, la torture ou la
question, les pendre haut et court, les brancher, les noyer
sur un noyer, les faire danser sous la corde, leur donner le
moine par le col, les faire regarder par une feneslre de corde,
les estrangler, qui est la sauce : leur trancher la teste, les
décapiter, décoller, on faire cardinaux en Grève, accourcir
d'un denii-pied : rouer, tenailler, t rainer sur une claye,
escarteler, tirer à quatre chevaux, couper le poing, brusler,
brusler vif, hrusier a petit feu, enfumer, exposer aux hestes,
estrapader ou leur donner l'estrapade, les empaler, griller ou
rostir sur un gril comme fut Sai net-Laurent, escorcher vif,
comme Saincl-Harlhélemi, lapider comme Sainct-Eslienne,
crucifier (1).
Quels sont les outils plus ordinaires 1
La verge, h' carquan, l'eschelle, le gibet ou la pottmce, la
corde, la trenche-Ole, une espée large et trenchante comme
un rasoir, ou un coutelas affilé, une roue, des tenailles (2).
Quelle chourme est-ce là ?
Ce sont de fort bon nestes gens les villains. L'un a laissé
les oreilles en Gascogne, pour avoir mis le bien d autruy avec
le sien. Le père de Tautre est mort du haut mal ou du mal caduc,
sa mère est morte du chaud mal ou a esté noyée dons des espines,
pour s'estre trop estroii;tem(*nt accointée au grand Guillaume,
(1) /Mn armPH Siinder triUrn, in fUfs Ifri/sfisen stei/en, steu-
pen oder ùôer den Besrn?7iark spntcieren fii/tren, mit einem
ùrandmahl cpichnen. dia Ohren ahschnfiiden, foltern oder stre-
f -A- fin y an lierhlen (ÀaUnni henrhen^ fni/fLnifpfen, oder den
Miinc/t hff/m ffah cie/ten, ri m ha nf se il enrùrf/en, hœpffen-
ent/iauptrn, Uin!f t'inenkop/J' hiïrfcer machen. zum Dielentrtvger
machen, nedern oder radbrechen. mit ca/if/en /ifetsen oderrwi-
cAvvi, îichl(pi//\'n oder sc/fleppen, riertheilen^ mit rier f*ferdten
zerreisen, die Itnnd (thhairen^ lehenditj rerbrennen^ schmœi-
ehen, ru Tod ùerœiw/ten, den wilden Thieren vonrerffen^
icippeny spisuen, braten trie S. Lnurentr, tebend if/ sc/t inden m'e
S, liartholomœus, steinig^^n trie S, S te/fan, creutcigen etc.
(t) Die Rate, das Halseisen, oder Pranger die Leijter, der
On If/ en, der Strick oder Stranf/, dar inirgschnâriein, ein
8charpfes Sc/nverdt ein Jlad und Zange.
526
KBVUE D ALSACE
l'autre a eu la langue percée pour avoir blasphème et mau-
grée, l'autre a eu le poing coupé, pour avoir donné un soufflet
a un advocat dans le Palais, Tautre a eu le fouet pour estre
receleur de larrecins : ce grand pendard a eu la geine, pour
soupçon de sorcellerie, mais il a eu bonne bouche (i).
(A suivre) Charles Nerlixger.
(1) Voir pour plus de détails l'excellent travail de M. Reuss : La
justice criminelle et la police des maeurs à Strasbourg au XVIe et
au XVI1« siècle.
NOTES & DOCUMENTS
POUR SBRVTR A
L'HISTOIRE DE LA PRESSE
EN ALSACE-LORRAINE
Suite (i)
VIII
Liste des Périodiques de la Heurthe
Journal de Lorraine et Barrois, avec cette épigraphe:
Colligit et Spargat. On souscrit à Nancy chez Babin,
libraire, rue Saint-Georges, n** 252. De l'Imprimerie de C. S.
Lamoi^, près des R. 11. P. P. Dominicains, n® i76, avec per-
mission du Roi. Publié in-S®, 48 cahiers en deux volumes; le
1er a 244 p, \q 2« 294 p. Le privilège du roi est de décembre
1777 et le i«' n» du 2 janvier suivant.Thérin, rédacteur, 1778
et 1779.
Journal de Nancy, avec cette épigraphe : Vires acquirit
eundo. Nancy, C. S. Lamort in-12 1870. L'année suivante il
y a cette épigraphe :
Mentiri nescio; librum
Si malus est, nequeo laudare
(Jui\ Sat, 3).
(1) Voyez p. 234 et suiv. des périodiques de la Moselle.
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oi8 ncvuE d'alsace
Le 24« volume de celle secoinle série se lermiiie en
avril i788.
Le Journal du département de la Menrthe, jeudi de
chaque semaine. Cahier de. 10 p. in-8*\ Fonini el Lalande,
évèijue constilulionel, rédacleur; après le 14 juillel 1790,
Sonini le divisa en Irois parties, Administration, Littéra-
ture, Érènements. Rauxin de Ligny y écrivit. Le journal
prit fin en 1792.
Le Journal des Frontière:!. ']mt\ 179:2, rédacteurs Duqucs-
nois el Duplan Valut'. E V^^ Bachot imp.
Le Patriote de la Meurt/te, rédiiçé par Claude ïhiéhaul
de Verdun.
Journal de la Meurlhe, puis on ajoute plus tard et des
Vosges, fondé en l'an IV par Thiébaut, Nancy. Rédacteurs :
(luivard, Lepage el Lemachois, ïn-ï'\ 1790-1870, 74 vol.
Le G mai 1814, on le timbre (iourernement de la Lorraine
30 centimes. Du âO mars au 15 juillet (?). Il porte le titre île
Journal de la Lorraine et du liarrois.
Le patriote de la Meurthe. rédacteurs : Eudes Dugaillon,
puis Lalire, Nancy, Dard, 13 février 1832 au !«'' janvier 1851,
in-fo supprimé par le coup d'État.
Lhnpartial de la Meurthe et des Vosf/es, Nancy, Hinze-
lin, 1838-1870.
L'Espérance, courrier de Nancy, rédacteurs: Foblant, Gory
de Landrian, Nancy, Wagner in-fo 1840-1870. Tous ces jour-
naux paraissent tous les jours sauf le lundi.
Journal de la cour d'appel de la Meurthe, de la Meuse et
des Vosges, pour les tribunaux de son ressort, depuis le 14
août 1807 (n^l) juscprau 24 juin 1808 (n» 59) par Psaume.
Nancy, VigneuUo, in-8<>. Un vol.
Recueil d'Arrêts rendus par la cour royale de Nancy, etc..
Nancy, Ilisselte, 1825, in-8o. Rédigé par MM. Chatillon et
Laurent, avocats. Un vol.
Asmodée, journal de la littérature, des arts, des théâtres
et des modes. Nancy, Dard, M™^ Lalire, rédactrice, 6 septem-
bre 1846 au 12 mars 1848. Un vol. in-f", lithographies des
presses de Digout.
Le Littérateur lorrain. Nancy, llinzelin 1836 et 1839, le
30 de chaque mois, in-8o.
tlISTOini^. DE LA PRESSK 5^9
La Lorraine arfisfù/ue, journal fondé par la Société des
amis des arts, In-4o, lithographies, Juin 1849.
VAmi du peuple, Nancy, Wagner. 1853-1856, le ven-
dredi.
L'Écho de la Seille, feuille d'annonces, Vie. \^^ Ancillon,
1853-1858, une fois par semaine.
Le Mussipojitain, feuille d'annonces. PonUk-Mousson,
Toussaint, 1848-58, id.
UEslafette lorraine, journal littéraire et anecdotique.
Nancy, Hinzelin, parait le samedi, 1859-1870.
La Récréation des fa m il les, Recueil hebdomadaire. Nancy, .
Hinzelin, 1859 h 18(K).
La semaine religieuse, historique et littéraire de la Lor-
raine. Nancy, Guntz, in-8", 1864, jusqu'à nos jours.
L'indicateur, journal d'annonces, affiches et avis divers
de l'arrondissement de Sarrebourg. Sarrcbourg, Gabriel fils,
parait le dimanche, 1824-1870.
Journal judiciaire et administratif d'affiches, annonces,
elc. Vie, Gabriel père. Paraît le dimanche, 1833-1833.
Petites affiches de l'arrondissement de Luncville. Luné-
ville, 1828, Cuibal père; 1836, Pignatel ; 1868, Ed. Majorelle
in-f«.
Les Petites affiches, '^onvual de Lunéville et de l'arromlis-
sement, 1869-1870.
Journal d'annonces, d>vis de l'arrondissement de Toul.
Toul, J. Carrez, 1828-1831.
Le Courrier lorrain, juillet, 1831, lin 1832, tous les deux
jours, 221 n<^»; Boiselle, abbéMirguet, G. de Dumast, rédac-
teurs, petit in-f".
L'Instituteur et le père de famille, le l^"* de chaque mois.
Nancy, Vidart, 1837.
Journal littéraire. Annonces, etc. Toul, Bastien, 1837-
1838, le mercredi.
Feuilles d'annonces, et avis divers de la Meurthe. Nancy,
Grimblot et Ray bois, puis Petites affiches, journal des Ins-
criptions légales pour les arrondissements de Nancy, Toul et
Vie, 1840-1847.
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530 REVUE d'alsage
L'Omnibus, feuille d'annonces et grandes affiches de la
Meurihe et des Vosges. Nancy, Hayen, 484^1844.
Les veillées de fa Lorraine. Nancy, Hinzelin, le diman-
che, 4843-1847.
Le Moissonneur, S'-Nicolas de Port, Treutlel, le samedi,
i847-1848.
La Commune, journal politique el agricole. Napc}', Gantz.
fiérant, H. de Bouvier et J. Lejenne ; le Samedi, i868-i870.
Le Moniteur de la Meurthe, Nancy, lîi izclin, i852-i870.
L'Indicateur générai, journal placard de rOffico de publi-
cité universelle.
Journal des inscriptions légales pour tout le déparlp-
ment. Nancy, Lepage, 1847, in-f^.
Journal de Nancy, feuille d'annonces. Nancy, Hinzolin,
jeudi, 1867.
L7wrf/V«/e«r .^/^W(frr// des déparlements de TEsl. Nancy,
Lorentz, une fois par semaine, 1852.
La Bibliothèque populaire, journal littéraire, paraissant
le dimanche. Nancy, Collin. Rédacteur Ed. Noilet, le
dimanche, 1865-1866.
La Sécurité, journal des Sapeurs-pompiers. Le l®*" et le 3*^
dimanche de chaque mois. Rédacteur, Fitoy, 1866-1867.
L*Utilité, journal spécial d'agriculture et d'industrie.
Nancy, Lepage. Rédacteurs : Chrétien et H. Lepage ; le
maixii, 1846,
Le Petit-Poucet, journal littéraire Nancy, 1865, le diman-
che. Gérant, Pierson.
Le Travailleur, Gérant Joasem, mardi, jeudi, samedi,
1849-1850.
Revue ecclésiastique, scientifique et littéraire de Nancy
é»/5fïln^Z>lV, Nancy. Grimblot 1840-1841. Un vol 208 p.p.
Le curé Michel, rédacteur.
UÉcho de la Lorraine, devenu ensuite le Spectateur de
fa Lorraine. 14 août 1825 au 5 mars 1826. D' Malgaisfne,
rédacteur.
Journal de Nancy et des frontières, publié par les Amis de
la Constitution. Nancy, 1791.
tlIStOIQE DB: L\ PIIESSI^. SîH
Journal des frontières pour nnstruclion des gens de la
campagne. Nancy, V*« Bachot, rédacleur, Du plan, aîné, 1792.
Le Bon cultivateur. Recueil publié par la Société d'agri-
culture de Nancy. Nancy, Grimblot, puis Sordoillet, in-8*^,
tou.s les mois, 1839-1870.
Le Bélier^ journal d'agriculture pour le Nord-Est de la
France. Nancy, Pâté, rédacteur; une fois par semaine, 1870.
Bulletin delà Société régionale d' Acclimatât ion Jondéeh
Nancy pour la Z(5ne du Nord-Est, 1856, 57, 59, 62, 65, 68, 70.
Nancy, Grimblot, 6 vol. in-8*^.
Bulletin de Ihxstruction primaire, de la Meurthc. Nancy,
N. Grosjean, gérant, tous les mois, 18i6-1870.
Le Rovillien, Revue agricole et industrielle de la Lorraine
du Nord-Est de la France. Nancy , Chrétien
rédacteur, 1846-1850.
L'ami des Sourds-et-Muefs, Journal de leurs parents et de
leurs instituteurs, utile h toutes les personnes qui s'occupent
d'éducation ; tous les deux mois. Rédacteur, Piroux, 1828-
1846. Prospectus en 1828 et en 1832.
Revue de renseignement élémentaire dans l'Académie de
Nancy. Grimblot, Raybois et O^, le 25 de chaque mois,
1838-1845.
L'Instituteur. Gérant Vincenot, tous les mois. Nancy,
1838-1842.
Bulletin de la Société d'Archéologie lorraine. Nancy,
Lepage, in-8«, 1850-1868, 8 vol.
Mémoire de la Société d'Archéologie lorraine, id. in-8o,
1859-1870, 12 vol.
Journal de la Société d'Archéologie lorraine, et du
Comité du Musée lorrain. Nancy, Lepage, 1852-1870, 18 vol.
Annales agricoles, de Roville ou mélanges d'agriculture,
d'économie rurale et de législation, par J.-C. Mathieu de
Dombasle, in-8«, Paris, 1825-1828.
Revue de Lorraine, (Meurthe, Meuse, Moselle, Vosges),
1835-1836, 2 vol. in-8o Cholet, rédacteur. Nancy, liissette,
Thomas, 443, 310 p.
Mémoire de la Société royale des Sciences et belles lettres
de Nancy. Nancy, P. Antoine, 4 vol. in-12, 1754-1755 etl 759.
53â AEVUE D ALSACE
Précis analytique des (travaux de la Société des Sciences,
Lettres etArtsde Nancy, pendant le cours d(î l'An XII. Nancy,
J.-B. Vjgneulle, in-8o, i804-i8i2.
Précis des travaux de la Société roi/aie des sciences,
lettres, arts et agriculture de Nancy. Nancy, C.-J. Hissetle,
1817-1818, in-8o.
Précis des travaux de la Société royale dos Lettres,
Sciences et Arts de Nancy. Nancy, C.-J. llissetle 1825-1833.
En tout 12 vol. in-8o.
^fémoire de la Société royale des Srii^nces, Lettres et
Arts de Nancy. Nancy, Ilissette, Grimblot, 183o-18o2, 13
vol. in-8o.
^Mémoires de Vacadémie de Stanislas. Nancy, V*'' Raybois,
1853-1870-1871, 18 vol. in-8^
Journal de médecine du département de la Meurthe,
rédigé par une Société de médecins. Nancy, F. -A. Bachot,
1825-1826, 2 vol. in-8o.
Compte-rendu des travaux de la société de médecine de
Nancy, 1842-1849, 7 fascicules in-8o.
Recueil de documents sur l'histoire de Lorraine. Nnncy.
Lepage 1855-1870, 15 vol. in-8«.
Almanach 7'oyal de Lorraine et Barrais, Nancy, J.-B. -11.
Leclerc in-10, 1762-17()5, 5 vol.
Almanach de Lorraine et Rarrois. Nancy, V^'' CharloL
S. Lamort, 1766-1790, 25 vol. in-16.
Almanach des départements de la Meurthe. de la
Mozelle (sic), de la Meuse et des Vosges, qui se partogcnt
les anciennes provinces de Lorraine et Barrois, année
1791. Nancy, C. S. Lamort 1791, in-32, 144 p.
Ahnanach du département de la Meurthe, année 1792.
Nancy, id. in-32, 198 p. — Année 1793, l'an IV de la Répu-
blique française, Nancy, id. 168 p.
Annuaire du département de la Meurthe pour la rin-
qiiiùme année de la République française, an 1797 (vieux
.style). Nancy, Ilissette, Thiébaut, puis Guivard ; ans XI et
XÎI, in-32.
HISTOIRE DE LA PRESSE 533
Almanarh du citoyen, pour le déparlement de la Meurthe,
ans VI, X, XI, X.-B Vigneulle, an IX, H. Hœner, in-32.
Annuaire de la 4^ division militaire, comprenant les
départements de la Meurthe, des Vosges, diocèse de Nancy,
et de la Meuse, pour Tan XI de la République française, par
C. ïhiébaut, in-32, 124 p.
Almanach nouveau pour Tan du seigneur, 1703, h la
commodité des personnes qui font leur résidence dans les
Ktatsde S. A. R. Évéchés et frontières, ou qui y ontaffaire,
avec une liste de N. N. S. S. les conseillers d*État, etc. Nancy,
Paul Barbier, petit in-S®, 62 pp.
Almanach de Lorraine pouv l'année bissextile de 1720,
où se trouvent les pronostics, pour chaque lunaison, etc.
Nancy, J.-B. Gusson, 1720, 1722, 1724, 1725, 1730, 1731, 1732.
J.-B. Ousson, in-32, 1734, 1738, 1739, V^e Cusson.
Almanach de Nancy, utile et nécessaire pour toutes per-
sonnes qui voudront se pourvoir de bonne heure à la dépense
de leur maison. Nancy, François Balthazard, in-32, 1746.
Almanach du Palais, Nancy, François Balthazard, 1746,
1749, 1752, 1754 à 1761, in-32.
Annuaire statlstlf/ue du département de la Meurthe,
rédigé au Secrétariat de la préfecture et publié par ordre du
Préfet. Nancy, J.-B. Vigneulle, in-8", 1803-1804, 1804-1805,
1806-1807.
Almanach de la cour d'Appel des départements de la
Meurthe, de la Meuse, desVosges et des tribunaux de son res-
sort. Nancy, J.-B. Vigneulle, 1807, in-S® jusqu'en 1832; tour
à tour, Almanach de la cour impériale et de la cour royale.
Nancy, C.-L. Leseure.
-l//«rt/mcA judiciaire, civil, militaire, ecclésiastique, elc,
des défjartemens de la Meurthe, des Vosges et de la Meuse,
contenant les arrondissemens de la 4** Division militaire, de la
Cour impériale et du diocùse de Nancy. Nancy, Guivard,
1813, m-%\
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534 REVUE d' ALSACE
Annuaire ad min ist rai if du dépeLtiemeni de la Meurihe,
puis Annuaire du département de la Meurthe, puis Annu-
aire adtninisfratif, commercial et industriel du départe-
ment de la Meurihe. Nancy, Bontoux, C.-J. Hisselte, Grim-
blot el Raybois. Rédigé par Michel dans les premières années;
i822 à 1849, 29 vol. in-8o. Les trois premières années, in-12.
Annuaire administratif, statistique, historique et com-
mercial de la Meurihe, par H. Lepage. Nancy, A. Lepage,
1846-i848, 3 vol.
Le même Annuaire paru en 1850 par MM. II. Lepage et
George Grimblot à 1870, 20 vol. in-8o.
Annuaire général des départements de l'Est et du diocèse
de Nancy. Toul pour 1866. Nancy,- Collin, rédigé parL. Mou-
genot. 11 y eut procès avec H. Lepage,
A Imanach de Lorraine pour 1851. Conciliation, Nancy,
Grimblot, Hinzelin, in-16, 128 p.
Étrennes mignones de Nancy, curieuses et utiles. Nancy,
F. Ballhazard, 1754, in-32.
Almanach spirituel pour Vannée \1Â6, etc. Nancy, Fran-
çois Midon, 1746, in-32.
Étrennes de robe et dépee, utiles et curieuses, Nancy,
Chariot, 1761-1762, ln-32.
Almanach royal de la cour du roi de Pologne pour
Tannée 1762 par M.... Lunéville, Messsuy, 1761, 1762, 1766.
Compte-rendu des travaux de la Société scientifique et
Littéraire de Dieuze, par Tabbé Masson. Nancy, Wagner,
1847, in-8o, 23 p.
Le Messager des Villes et des Campagnes pour 1859.
Almanach utile et curieux. Toul, Baslien, in-i»,
68 pages.
Almanach du Comice agricole pour l'arrondissement de
Toul ; pour année 1860, l'® année. Toul, A Bastien, in-4<>,
72 pages.
Annuaire agenda judiciaire administratif, statistique,
industriel et commercial des départements du ressort dtj
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HISTOIRE DB LA PRESSE 535
la cour royale de Nancy. Meurthe, Meuse et Vosges, Nancy,
1846, in-8o262p. lliozelin.
Lt Postillon lorrain f moral historique et récréatif,
i838-i870. Nancy, Kaybois, puis Wagner, in-4«.
L* Étoile des Bergers, almanach etc., i869. Nancy,
Wagner, in-4".
Arthur Benoit.
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SIÈGE Ëï l'RlSE DE FAUt'OGNËV
V\n LES
FRANÇAIS EN 1674
Le P. Charles-Eugène Schmidt, Capucin Alsacien
SuHe (i I
Outre la garnison et la population de Faucogney, la place
avait encore pour défenseui*s ses élus. Ceux-ci étaient des
volontaires désignés par leurs concitoyens pour défendre le
pays en cas d'invasion. On les avait répartis sur tous les
points culminants de la montagne qui, vers Tesl, domine la
ville et principalement sur le grand et le petit Uochenoz. Là,
sur des rochers presijue inaccessibles, armés de fusils et ae
mousquets, excellents tireurs, étant presque tous chasseurs
ou braconniers, ils se disposaient à faire aux assiégeants le
plus de mal possible. Le général français évalue leur nombre
à 4000, mais ce chiffre paraft exagéré.
Dès son arrivée, il envoya un trompette pour sommer le
gouverneur Ilavira de livrer la place qui n'avait pas d'artille-
rie et qui était sans espoir de secours. On le fit prendre à la
porte d'Amont et on lui banda les yeux pour l'introduire dans
la ville où il fut reçu par le capitaine de la Chaux et dom
Fernandès, qui lui dirent que le gouverneur Ravira repous-
serait la force par la force et qu'il était disposé a se défendre
aussi vigoureusement qu'il serait attaqué. Cela dit, on banda
(1) Voir pp. 374-386 du trimestrç Juillet-Aoùt-Seplembre 1897.
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SIÈGE ET PRISE DE KAtCOGNEY
537
de nouveau les yeux au Imnipelle que l'un reconduisit aux
avant-postes.
Aussitôt (|u'iirut lixr il cet ôgard, le marquis d** Kosiud,
accompngiH' du sieur de Chasserand et du major de Mas-
siclte, (jui depuis Lure était prisonnier sur parole, vouhil
faire la reconnaissunre de la place ; mais en approchant du
petit Rocheiioz ils furent salut^s par une grèie de balles, le
major eut ses habits perc<''s; toutefois il ne fut pas blessé.
Avant que les élus aient pu rechargei' leurs armes M. de
Chasserand mit pied k terre, avec une partie dt* l'escorte et
se précipitèrent h l'assaut de Rochenoz ; les volontaires ayant
prit peur, voulurent remonter au grand Rochenoz, mais les
rochers étaient trop abrupts; quelques uns funmt tués et
.d'autres faits prisonniers.
Restaient les élus de cette dernière montagne, au nombre
de quatre ou cinq cents, (ju'on ne pouvait déloger et qui, par
leur feu de mousqueterie» incommodaient beauct)up les Fran-
çais. Il était donc nécessaire de les déloger tout d'abord de
leur poste pour pouvoir faire les approches. On n'en voyait
pas le moyen lorsqu'on s'avisa de se servir des prisonniers
que l'on venait de faire; un de ces derniers, pour avoir la
vie sauve, consentit à servir de guide (1).
On détacha trois cents hommes du régiment de Navarre
pour cette expédition. 11 fallut faire au moins deux lieues par
des sentiers de montagne. oiVsouvent on ne pouvait aller qu'a
la lile indienne au milieu des rochers, liordés de précipices.
Enfin on arriva à prendre les volontaires à dos au moment
où ils s'y attendaient U) moins, et, après avoir retju quelques
décharges de inous(pH»tei'ie, ils disparurent comme par
enchantement; on en avait fini avec eux.
On put, dès lors, com[)léter l'investissement de la |)lace,
mais ce ne fut pas sans peine» car les élus avaient encore
conservé cfuchpies postes dominant la ville d'où ils couvi'aient
de pi'ojectiles les assiégeants. I.e capitaine de Pies né du régi-
ment de Cliampague et le sieur de Floris, capitaine, comman-
(1) H se nomuiail Tisserand, et aujourd'hui encore ou reproche
ce fait à ses descendants?.
538 REVUE d' ALSACE
dant la place de Vesoul, furent tués en les attaquant avec bon
nombre de soldats.
Pour les déloger, on envoya le lieutenant de|Grisoles, avec
quarante hommes de Champagne et le lieutenant de Brulart
avec trente hommes de Navarre,"pour s'emparer de tous les
postes extérieurs et isoler les assiégés. Cette opération se fil
sans grande difficulté, car les volontaires, après avoir déchargé
leurs armes, se dispersèrent en un clin d'œil, ne pouvant
lutter contre des troupes régulières.
Faucogney était enfin investi et ne pouvait plus attendre
de secours que de Dieu et de son épée. La veille, en effet,
les messagers expédiés k Strasbourg, près du duc de Lorraine
pour lui réclamer des secours, étaient revenus avec de mau-
vaises nouvelles. Toutefois le moral des défenseurs n'avait
pas été trop affecté, car le P. Schmidt soutenait les courages
en prédisant la victoire.
La lutte allait donc s'engager sérieusement, lutte ardente,
implacable, avec tous les éléments de succès d'un côté et tous
les désavantages de l'autre. Le château ne pouvait protéger
la ville, car il était sans artillerie. Peut-être avait-il quelques
fauconneaux en mauvais état (1), tandis que les assiégeants
venaient de mettre en batterie leurs deux pièces, Tune de 16
et l'autre de 24, les mêmes qui venaient de trouer les murs
de l'abbaye de Lure.
Quant à la ville, sa muraille, élevée depuis plus de six cents
ans. était en bien mauvais état, puisqu'on avait dû en répa-
rer les brèches. Édifiée avant l'invention de la poudre, elle
n'était plus à même de résister avec succès au canon, d'au-
tant plus que dans la partie que rartillerie allait baltre, il y
avait des maisons adossées intérieurement k celte muraille.
Les quelques tours que dominaient l'enceinte étant trop
éloignées les unes des autres, le P. Schmidt avait dû faire
construire un cerlain nombre de tourelles en bois, faisant
saillie sur le mur pour y suppléer, afin de dominer l'ennemi
lorsqu'il opérerait la descente du fossé.
(1) Les relations n'en font pas mention, mais nous avons vu
chez M. Lanoir, amateur d'antiquités, à Sainte-Marie-en-Chanois,
un fauconneau venant du chôteau de Faucogney.
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SIÈGE ET PRISE DE FAUGOGNBY 539
Le château, qui appartenait au prince d'Aremberg, ancien
gouverneur de la province, était situé sur la pointe d'un
rocher peu accessible. 11 n'y alors avait pour y monter qu'un
petit chemin taillé en serpentant autour du roc. La muraille
avait trois mètres d'épaisseur h la base et allait en diminuant
jusqu'au sommet, où elle était encore de deux mètres. Ses
casemates étaient voûtées dans le roc, de sorte qu'il était bien
difficile d'y attacher le mineur, et sa vaste citerne était k
répreuve de l'artillerie. Toutefois il était un peu petit et Ji
l'intérieur, on y avait construit de nombreux logements don-
nant sur la cour ce qui la rendait fort étroite.
L'investissement étant complet, le canon commenta son
œuvre de destruction. La batterie fut établie entre le Breuchin
et le bief du moulin de Maulans et elle ouvrit son feu vers
midi. Son objectif fut un point de la muraille près de la
maison du mayeur Pierre-Baptiste Henrion, point
situé k peu près où se trouve l'hôtel de ville actuel.
Ce pan de mur eut à essuyer, dans cette journée, soi-
xante seize volées de canon, qui, si elles ne firent pas brèche,
endommagèrent considérablement le revêtement extérieur de
la muraille.
Pendant cette canonnade, les Faucognois faisaient sur les
assiégeants un grand feu de mousqueterie, tant de dessus
les murs que du haut des tours et des postes avancés. 11 y
eut dans celte journée beaucoup de tués et de blessés parmi
les Français ; les assiégés, mieux abrités, n'accusent que deux
blessés, dont un étranger. Ce fait démontre que les assié-
geants ne s'adressaient qu'aux murailles et non aux défen-
seurs de la place. En 1870, les ennemis n'ont pas agi avec
la même humanité, tant s'en faut.
Le château les prévenaient, du reste, lorsque l'artillerie
allait faire feu. Dès que les sentinelles voyaient que les
canons étaient chargés et que la mèche était allumée, elles
avertissaient les défenseurs de la ville au moyen d'une clo-
chette et ceux-ci s'abritaient tout aussitôt de manière a éviter
les projectiles. Pendant le siège de Belfort, en 1870-71, on
remit ce mode d'avertissement en usage, au moyen de la
tromj)e.
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540 iiisvLE d'alsace
A la nuit, rartillerie cessa de tirer, mais la mousquelerie
continua de part et d'autre jusqu'au jour. Parmi les assiégés,
un capucin fut tué. Le P. Schmidt proflta de ce temps de
répit pour faire entasser près du point attaqué, tous les
matériaux qui pouvaient servir à fermer la brèche qui ne
devait pas tarder à s'ouvrir. On sentait que la journée du len-
demain allait être décisive.
En effet, dès l'aurore de ce malheureux jour, le canon reprit
son œuvre de destruction et les détonations étaient bien plus
précipitées que la veille. Vers sept heures du matin, le
premier boulet pénétra dans la ville et vers dix heures,
la brèche était ouverte sur une longueur de trois pieds, Cun
mètre).
Le marquis de Resnel choisit ce moment pour envoyer un
second parlementaire; il pensait que les défenseurs de la
place, jugeant désormais la défense impossible, saisiraient
avec empressement l'occasion d'éviter une plus longue effu-
sion de sang, mais il avait compté sans le P. Charles-Eugène.
Pour cette mission, il choisit le 11. P. gardien du couvent des
capucins de Faucogney, qui était situé extra muros. Cet
homme de paix, étant bien connu, fut introduit sans dilïi-
culté ; amené devant le mayeur, le P. Schmidt et le conseil de
défense, il leur dit : « Messieurs, je viens ici h la prière de
monsieur le marquis de Resnel, général commandant les trou-
pes qui sont devant votre ville, lequel m'a chargé de vous
dire qu'il louait votre vaillance, que vous avez fait jusqu'à
présent tout ce que de braves bourgeois pouvaient faire et
que si vous vouliez vous rendre, il vous donnerait telle capi-
tulation que vous voudriez ».
Après avoir pris les avis des membres présents, le mayeur
président, lui répondit : « Mon révérend père, {\\x'ï\ vous
plaise de dire a M. le Marquis de Resnel que dom Krancesco
Ravira est commandant du ChAteau et de la ville, et cela par
mandat de dom Francisco Gonzalès d'Alveyda, gouverneur
de la province pour le roi d'Espagne; que notre ville ne fait
pas la fortification de ce lieu, mais bien le château ; que le
sieur commandant a résolu de bien se défendre, nonobstant
que la ville tomberait en la puissance des ennemis; qu'en
conséquence il lui plaise de diriger les attaques contre le
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SIWÎE ET PRÏ>R DE FAtCOGNEY 541
rhî\leau et dès que celui-ci sera forcé, la ville capitulera aux
mornes conditions que les autres places de la province ».
Au retour du parlementaire, l'artillerie recommença h
tonner et h onze heures la brèche s'agrandissait h vue d'œil ;
depuis le malin, on avait tiré cent quatre vingt trois coups
de canon, et h midi la hrèche était praticable, elle avait alors
trois tûis(^s (six mètres) d'ouverture.
Le père Schmidt se montrait partout où le danger était le
plus grand et dès que la brèche fut ouverte, on le vit travail-
ler lui-même avec une ardeur fébrile h la fermer. « 11 y
mettait do ses mains du fumier, il y voulait des pièces de
bois, il y jettait dos fascines, il y fixait dos palissades, il cré-
nelait les maisons voisines qui pouvaient la flancjuer. En
même temps, il joignait la parole à l'exemple, et excitait
les défenseurs à mourir sur la brèche pour la défense de la
patrie et de la religion ».
Sous sa direction la brèche fut épcronnée, et 1 on construi-
sit en arrière une sorte de cavalier formant un angle rentrant
derrière l'ouverture. En véritable homme de guerre, il
avait choisi cette disposition comme étant la plus favorable
h la défense par la grande masse de feux convergents qu'elle
permet d'utiliser. C'est grâce à cette habile disposition, qu'il
sut opposer en temps utile h l'assaillant, que la brèche ne put
être forcée.
Le moment était venu de donner l'assaut au corps de la
place: cependant avant d'en venir à cette extrémité, le mar-
quis de Itesnel voulut faire faire aux assiégés une troi-
sième et dernière sommation. Mais sa déniarche fut inutile,
car coux-ci no voulurent pas même entendre son parlemon-
lîiire qui fui n^cu a coups de mousquet.
Comme l'assaut était imminent et que ni le commandant
Ravira ni la garnison du chAteau n'avaient encore, en rien,
coopéré îi la défense do la ville, le mayeur lui envoya un
messager pour lui réclamer du secours et il fut bien étonné
d'en recevoir une réponse négative, l'n second message eut
le même sort. Ce ne fut que sur une scunmation du mayeur
(jui los rendait responsable du dommage qui., par sa faute,
pourrait arriverai la ville, (ju'il so décida h donner h l'on-
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542 REVUE d'alsagk
voyé, qui était le sieur de la Vernotte, frère du capitaine de
la Chaux, douze soldats pour parer à Tattaque qui se prépa-
rait. Ces soldats, après avoir bu à la santé de leur roi, pri-
rent un poste avantageux et bien abrité à proximité de la
brèche.
Celle-ci avait k ce moment pour défenseurs, outre les bour-
geois de Faucogney, les restes des milices franc-comtoises
qui étaient venus défendre la dernière place où flottait le
drapeau de l'Espagne. Ces soldats se montrèrent dignes de
leurs chefs, qui presque tous furent blessés dans cette terri-
ble lutte ; le capitaine Maçon d'Esboz reçut pour sa part sept
blessures. Le clergé s'y distingua aussi d'une manière toute
spéciale. Nos ecclésiastiques, dit le P. Charles-Eugène, firent
paraître dans cette occurence autant de zèle pour le service
du roi et de la patrie qu'ils en avaient témoigné auparavant
pour leur saint ministère ».
Tous les efforts du marquis de Resnel pour amener une
capitulation ayant été inutiles, il fut forcé de faire donner
l'assaut et il fallait y marcher à découvert, car on n'avait pas
pu faire de tranchées à cause de l'eau qui affleurait presque
le sol. C'est le régiment de Champagne qui fut désigné pour
marcher à l'attaque ; la colonne d'assaut se composait d'un
bataillon sous les ordres des lieutenants de Coulouvre et de
Gisol. Us devaient être précédés de trente hommes com-
mandés par le lieutenant de Saint-André, désignés pour faire
l'office de grenadiers. Us devaient, en effet, une fois sur le
bord du fossé, jeter à la main, des grenades sur les défen-
seurs de la brèche, afin de les écarter et de permettre au gros
de la colonne d'aborder la position.
Enfin le signal de l'assaut est donné. Champagne s'élance,
mais parvenu au premier fossé, qui est à moitié rempli de
boue, le désordre se met dans ses rangs et, arrivé à une
petite portée de mousquet de la muraille, il reçoit un feu si
violent et si meurtrier qu'il est obligé de se replier avec
perte. Une seconde tentative ne fut pas plus heureuse.
Voyant cet échec, les officiers des corps formant la; maison
du roi, composée de cavalerie, vinrent prier le général de les
autoriser ît mettre pied à terre et à leur laisser prendre part
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SIÈGB ET PRISE DE FAUCOGNEV 543
à la lutte, ce qui leur fut sur le champ accordé. Les gardes
du corps furent désignés pour soutenir Champagne ; ils
réclamèrent comme c'était leur droit, rhonneur de marcher
les premiers. Ils se firent précéder de leurs valets au nombre
d'environ une centaine qui, au signal convenu, s'élancèrent
en avant, porteur chacun de deux fascines pour combler les
fossés.
Entre les assiégeants et les assiégés, ]il en existait deux,
le premier ou l'avant fossé était peu profond et rempli à
moitié par la vase, mais le second qui était creusé au pied
de la muraille, était un obstacle plus sérieux. Il était profond
de six pieds (2 mètres) et large de quarante (13 mètre 1/3).
J/eau du Breuchin y coulait avec grande rapidité et le
remplissait aux deux tiers au moins.
Le premier fossé rempli de fascines par les valets, fut
franchi au pas de course, mais arrivé au' second les fascines,
dont les français s'étaient munis, ne purent leur servir de
rien, car le courant, trop violent, les entraînait au fur et h
mesure qu'on lés y jetait. Un mouvement d'hésitation se pro-
duisit alors parmi les assiégeants et peut-être allait-on reculer
encore, lorsque cinquante chevau-légers et cinquante gen-
darmes arrivèrent h la rescousse. Les premiers étaient sous
les ordres du marquis de Chauvalon et les seconds, sous ceux
du lieutenant de Visé.
Pendant ce temps, les soldats de Navarre et deChampagne
qui, dès la veille, avaient pris position sur les rochers à l'est
de la place et surtout ceux du petit Rochenoz, dirigeaient
sur le château et sur la ville un feu épouvantable.
Les gardes du corps se sentant soutenus, sans s'occuper
d'avantage dj leurs fascines, se jetèrent résolument dans
le fossé, ayant de l'eau jusqu'à la poitrine. Us pureift ainsi
arriver jusqu'au pied de la brèche, mais celle-ci, dont le
pied avait été nettoyé, était si escarpée et si vivement défen-
due, qu'il était presque impossible d'y prendre pied. Au fur
et h mesure que les assaillants se découvraient, ils étaient
renversés, soit dans le fossé où ils se noyaient, soit sur le
talus de la brèche.
Si les bourgeois de Faucogney et les volontaires francs
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oil REVUE D*ALSACE
comtois se ballaienl comme des lions; il n*en (Hait pas toute-
fois de même des douze soldats étrangers que le gouverneur
avait mis sous le commandement du sieur de la Vernolle.
Trouvant qu*il faisait trop chaud dans le voisinage do la
l)rèche ou on les avait placés, bien qu'on eût eu le soin de
les abriter derrière des madriers, et, pris d'une panique sans
nom, ils lâchèrent pied dès la première attaque.
Leur chef parvint cependant k les rallier et îi les ramener
il leur poste; mais dès qu'ils virent que le nombre des assail-
lants grossissait et qu'ils descendaient dans le fossé, pour
engager une lutte corps a corps, ils prirent la fuite une
seconde fois sans que rien pût les retenir. Ils coururent sans
s'arrêter jusqu'au cheUeau où ils allèrent rejoindre leur brave
commandant.
Cette lâche défection n'abattit pas cependant le courage
des assiégés et le résultat de l'attaque était h ce moment bien
incertain. Les Faucognois n'avaient pas encore rompu d'une
semelle, la brèche et le cavalier étaient couverts de défenseurs
ardents, tandis que les assaillants paraissaient mollir. Le P.
Schmidt était rayonnant, car il croyait être certain du
succès, lorsque tout à coup une étrange rumeur vint circuler
dans les rangs des défenseurs; rennemi, disait-on, était dans
la ville.
Et ce qui était beaucoup plus grave, c'est que le fait était
vrai ; un hasard heureux pour les Français, venait de leur
en donner l'accès. Pendant l'assaut quelques soldats
entrés dans le fossé, obéissant au mouvement du
courant, longeaient le mur d'enceinte lorsqu'ils aperçurent,
à une centaine de mètres de la brèche, une porte h claire-
voie qui donnait accès dans un jardin h l'extrémité duquel
on apercevait une maison. L'attaquera coups de crosses d»»
mousquet et briser la serrure, fut Taflaire d'un instant. Aux
cris de : Victoire ! Victoire t Ville gagnée ! poussés par les
premiers venus, les Français se rallièrcMit et entrèrent dans
la place.
C'étaient ces cris de triomphe (jui venaient de porter le trou-
ble dans l'àme des défenseurs de la ville. Déjà même, ils
apercevaient des femmes et des enfants qui fuyaient devant
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SIEGE ET FUISE DE FAUCOOXKY 54'i
les envahisseurs. C'en était fait de Faucogney ; de peur
d'être pris k revers, il fallut abandonner la brèche qui
n'avait plus sa raison d'être défendue, ce qu'on fit en frémis-
sant. On se replia en bon ordre et sans précipitation sur le
chAteau .
Les Français n'avançaient (jue lentement, car il fallait en
quelque sorte, faire le siège de chaque maison que les défen-
seurs ne quittaient que pour passer dans la maison voisine.
Fatigués de combattre un ennemi acharné et invisible, quel-
ques soldats s'avisèrent de mettre le feu à l'hôtel de ville
dont on avait fait une sorte île citadelle. Ji'incendie se pro-
pagea avec une grande rapidité et les assiégés durent batt''e
en retraite devant les flammes et devant l'ennemi.
Voyant la ville prise et tout en feu, les ncn-combattants,
femmes, filles, enfants, profilèrent d'une porte dérobée dans
la muraille, pour s'échapper. Us allèrent se réfugier au cou-
vent des Capucins situé, comme nous le savons, hors des
murs. Us n'y furent nullement inquiétés, ni à ce moment ni
plus tard.
Les blessés s'étaient réfugiés dans l'église, avec quelques
combattants attardés et quelques vieilles femmes qui avaient
eu, dit le P. Schmidt, h subir la brutalité du soldat (1). Pour
les protéger, le curé de Faucogney s'était placé sur les mar-
ches de l'autel, le Saint-Sacrement à la main, mais il ne put
empêcher la profanation et la dévastation du lieu saint d'au-
tant plus que le feu s'y communiqua bien vite depuis les
maisons voisines.
Le prêtre en sortit alors emportant avec lui le Saint-Sacre-
ment, le ciboire, les calices et autres ornements d'église. L'n
cavalier des gardes du corps, étant arrivé dans ce moment,
fit tous ses efTorts pour /(? ro//r/'/r de sa protection, U prit
la lanterne d'une main et un cierge atlumé de l'autre en
criant : « Place Messieurs ! Place au Saint-Sacrement ! ».
Toutefois, et malgré tous les efforts de son protc^tnir, k la
(i) Si nous entrons dans des <lélails minutieux, c'est pour
rétablir la vérité des faits qui ont été singulièrement altérés
par la légende et presque tous les auteurs francs-comtois.
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o46 REVTB d'aLSACK
sortie de l'église, des soldats moins scrupuleux, dévalisèrent
les poches du brave curé.
Le sieur de Sainl-Reux, ayant eu une jambe brisée par
une balle sur la porte de réglise, il en résulta des représail-
les à l'égard des individus qui y étaient réfugiés. Ainsi, le
tambour de ville, Azyle, dès qu'il vit entrer les Français, se
jeta a genoux comme s'il adorait le Saint Sacrement, mais son
baudrier le trahit, il fut reconnu comme combattant et tué
d'un coup de hallebarde.
Le recteur de Faucogney (l'instituteur i, Joseph Janney.
après avoir sonné le tocsin, s'était caché dans le clocher,
mais au moment où le feu y éclata, il fut forcé d'en descen-
dre. Il fut alors reconnu et tué h coups d'épée.
Un blessé, Nicolas Maire et un malade nommé Charles,
qui s'étaient réfugiés dans Téglise, y furent tués, après le
coup de feu tiré de Tintérleur sur Saint-lieux.
Deux autres bourgeois cachés dans un confessionnal en
furent tirés et conduits sur le cimetière où ils furent fusillés.
Un fusil déchargé avait été trouvé près d'eux. Sur ce même
cimetière, une femme et un enfant furent, dit-on, mas-
sacrés.
Deux vieilles femmes périrent aussi dans l'incendie de
l'église avec d'autres personnes sans doute, car l'embrase-
ment ayant gagné le clocher, les cloches furent fondues tant
le feu fut violent, puis tout s'affaissa sur les malades et bles-
sés qui n'avalent pu s'éloigner.
L'incendie de la ville fut épouvantable; après coup, il ne
restait debout à Faucogney que le couvent des Capucins,
hors des murs et trois maisons de la rue du Pont. L'hôtel de
ville eut le même sort que le reste de la ville ; sous ses
décombres on retrouva de nombreux cadavres qui tous
étaient français, sauf celui de Jacques Bouhier, qui avait été
tué sur la brèche. Cela explique pourquoi on y avait mis le
feu, on avait voulu en déloger les défenseurs qui décimaient
les assaillants.
Nous avons vu que les défenseurs de Faucogney avaient dîl
abandonner la ville pour opérer leur retraite vers le château.
Cette manœuvre ne se fit que lentement, car l'ennemi n'était
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SIÈGE BT PRISE DE FAUCOGNEY 54?
pas pressant et on voulait lui envoyer une dernière balle
avant de se replier définitivement. Mais enfin, pour éviter
l'incendie, il fallut chercher un refuge dans la forteresse
dont les portes demeuraient fermées. Ce n'est qu'après avoir
longtemps parlementé que le commandant Ravira se décida
a donner un asile aux défenseurs de la place. Le canon que
l'on dirigeait alors contre la forteresse, fit une victime, le
sieur Henri Hory y fut tué.
C'était le moment pour dom Francesco Ravira de raffer-
mir les courages et de dominer la situation qui, certes,
n'était pas désespérée. Si Ion avait été battu c'était avechon-
neur et par suite d'une circonstance malheureuse, sans
doute, mais fortuite. C'était une belle occasion pour le gou-
verneur de Faucogney de continuer l'héroïque défense de la
ville. Tout le monde y comptait bien, y compris le F.
Schmidt; mais ils avaient compté sans leur hôte.
Or, cet hôte était dom Francesco Ravira qui, dans ce
moment, pris d'une panique insensée, voulait .se rendre sans
délai. Un incident assez futile en était le prétexte. L'incendie
de la ville avait communiqué le feu aux broussailles dont le
rocher, qui supportait le château, était couvert ; il en était
résulté beaucoup de fumée, ce qui avait, jusqu'à un certain
point, incommodé les assiégés. Le gouverneur qui n'enviait
nullement la couronne du martyr Saint-Laurent, avait peur
d'être rôti tout vivant.
Aussi lorsque le mayeur, avec les défenseurs de la ville,
parvint à pénétrer dans le fort, il y trouva le sieur Ravira,
pale, tremblant, défait et dans un état à faire pitié. 11 allait
envoyer un parlementaire aux Fran^*ais pour leur proposer
de leur livrer la place. Le P. Srhmidt eut beau employer
toute son éloquence pour lui remonter le moral, cette fois
il y perdit son latin. Le château de Faucogney était pour lui
maintenant une tunique de Nessus, dont il voulait se débar-
rasser h tout prix. Tout ce que l'on put obtenir de bii, ce fut
qu'il attendrait au moins une sommation, qui ne venait pas
assez vite à son gré.
Enfin un trompette se fit entendre et demanda la reddition
de la forteresse, qui immédiatement arbora le drapeau blanc
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548 HEVUE D*ALSACK
et battit la chamade. Le marquis de Resnel dépêcha au gou-
verneur deux de ses officiers avec ordre d'en linir promple-
ment, en accordant toutes les conditions compatibles avec
l'honneur. En conséquence, on se mit bien vite d'accord ; il
fut convenu que la garnison serait prisonnière de guerre,
qu'elle sortirait avec armes et bagages, mais qu'elle dépo-
serait ses armes au camp français, les officiers conservant
leurs épées.
Le commandant Ravira était si pressé de conclure et
d'être prisonnier, qu'il avait oublié dans sri capitulation les
défenseurs de la ville; il fallut que le maycur le lui rappelât.
Ceux-ci craignaient pour leurs femmes et leurs filles qu'ils
croyaient aux mains des vainqueurs ; d'un autre côté, ils
tenaient à faire remettre en liberté un certain nombre des
leurs qui étaient prisonniers et enfin il fallait que le sort dt*
la ville fut fixé. C'est pourquoi on r'ouvrit les négociali(uis
sur ce chapitre.
Elles ne furent pas longues, car les délégués français se
montrèrent très larges; il fut déclaré et entendu que l'hon-
neur des femm'es serait respecté, que les libertés de la ville
seraient conlii mées, que la religion serait protégée. Quant
aux combattants, il fut convenu que ceux qui étaient de la
province devraient réintégrer leur domicile, h moins qu'ils ne
préférassent demeurer à Faucogney et les bourgeois de la
ville avaient à cet égard aussi liberté pleine et entière,
personne ne pouvant être inquiété ou molesté pour opinions
ou faits de guerre ; mais cette dernière clause ne s'appliquait
qu'aux seuls Francs-Comtois.
Le motif de cette restriction était la conduite des Capucins
pendant le siège. Obéissant a l'impulsion donnée par le P.
Schmidl, ils avaient été, en effet, les plus ardents a combat-
tre contre les Français et ceux-ci digéraient difTicilement des
capucins guerriers et les traitaient en conséquence.
Aussi un des gardes du corps apercevant le P. Eustache,
au moment où il se repliait sur le chAteau, lui lira un coup
de pistolet qui le blessa à la poitrine. Puis l'ayant fait pri-
sonnier, il lui lia les deux mains derrière le dos et le traîna
sous les halles (»ii on avait déposé des blessés français et lui
donna Tordre de les confesser.
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SIÈGE ET PUISR DE FAL'COGNEY 549
Le P. Norbert qui était venu de Vesoul pour exercer sou
ministère pendant le siùge, fut frappé h coups de hallebarde
au moment où il emportait sur ses épaules un blessé qu'il
sauvait du feu et qu'il soutenait un ecclésiastique blessé sur
la brèche pendant l'assaut. Il fut aussi fouillé et dévalisé par
les soldats.
La capitulation fut immédiatement ratifiée par le marquis
de Resnel. Alors le mayeur Pierre-Baptiste Uenrion sortit du
château Vépée an côté droit, k la tête de ses bourgeois, sans
recevoir aucune insulte ni injure de la part des vainqueurs.
Ayant appris que les non-combattants s'étaient réfugiés au
couvent des Capucins, situé hors des murs, tous ces braves
s'y rendirent et y retrouvèrent les membres de leurs familles,
sains et saufs.
11 y a loin, comme on le voit, de ces faits qui sont réels,
certains, positifs, à la légende qui dit que toute la population
de Faucogney fut, par un vainqueur impitoyable, passée au
fil de l'épée. Il est môme à remarquer combien, dans cette
circonstance, la conduite des soldats fut modérée ; cela vient
sans doute de ce que Ton avait à faire k des régiments
d'élite, tels que ceux de la maison du roi.
Et cependant ses pertes étaient cruelles, car elle perdit a
elle seule cent trente hommes tiés ou qui moururent de
leurs blessures. Dans ce nombre, on comptait, les officiers du
régiment de Champagne, le comte de Saint-Paul, avec les
sieurs de Saint But, de Saint Arnould, de Saint Amand de
Bavisiés, de Verginal et le chevalier de Saint-Nizier.
(Juanl h l'infanterie, les pertes les plus fortes furent sup-
portées par Champagne, qui y perdit deux capitaines et
plusieurs lieutenants. Navarre, placé sur les hauteurs qui,
vers l'est, dominaient la place, eut peu a souflVir; sa part se
borna h quelques hommes tués pendant l'assaut par le feu
du château, qui alors répondait a sa mous(iueterie.
II y eut, dit-on, dans ces deux régiments trois cent morts,
y compris les valets d'armée qui avaient précédé la maison
du roi. Le total serait donc de 418, mais ce chiffre, donné
par Me P. Schmidt, paraft exagéré ; il ne pourrait, selon
nous, s'expliquer que par un grand nombre d'hommes noyés
dans le grand fossé, ce qui semble bion improbable,
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550 REVUE D*ALSACE
Toutefois, il y avait, selon lui, quelques jours après k
Uemiremont, où Tarraée française se trouvait, deux cent six
blessera mais « tous si bien frappés, dit-il, et a si bon endroit
qu'il en est déjà mort une grande partie en attendant que le
reste suive ». On voit que le P. Charles-Eugène, prison-
nier alors, devenait féroce.
Parmi les blessés notables, on remarquait le lieutenant des
gardes du corps de Visé, qui avait reçu trois coups de feu ;
une l)alle lui était entrée dans la bouche et lui avait cassé la
mâchoire. C'est lui qui avait conduit les gendarmes à
l'assaut. Saint Reux, qui avait eu une jambe brisée par une
balle venant de Téglise, était aussi alors sur son lit de
douleur.
Le butin fait à Faucogney, par les Français, ne fut pas
considérable, car on ne l'estima qu'à dix mille ecus (30000 ''').
Cela se comprend, puisque tout ce qu'il y avait de plus
précieux fut consumé dans l'incendie, qui fut si violent que
les cloches furent fondues, d'où il résulta que la ville n'eut
pas à les racheter (4). Toutefois les vainqueurs en empor-
tèrent le métal, ainsi que tous les ustensiles en cuivre et
jusqu'aux plaques de fonte des cheminées : c'était, selon leur
usage, la part de l'artillerie.
Après avoir laissé une garnison au château, les Français
s'étaient dirigés, par le Mont-de-Fourches, sur la Lorraine et
nous avons vu qu'ils y occupaient Uemiremont. Le duc au
service de l'Empire, avait bien reçu l'ordre de secourir la
Franche-Comté, mais Turenne commandait en Alsace l'armée
d'observation et Charles IV n'était pas de taille h se mesurer
avec lui : ses sujets étaient alors à In merci de ses ennemis.
(l) yuand on prend une jilace (|ui a sontîert le canon, l'usage
est ({u'on oblige les habilanls h. rachelcr les cloches des églises et
les ustensiles de cuivre eî autre mêlai qui se trouvent dans la ville ;
r'est ce qui s'appelle le droit de cloches. Tout l'argent qui en pro-
vient, appartient de droit, au grand maître de l'artillerie, qui. en
dispose à son gré ; souvent il en abandonne une partie k son lieu-
tenant commandant rarlillcrie du siège et aux ofTiciers qui ont
servi sous ses ordres (Saint Rémi, tome 1 p. 38).
SIÈGE ET PRISE DE FAUCOGNEY 551
Quant aux pertes des Faucognois, elles furent, si Ton en croit
les relations, bien peu considérables en hommes, puisqu'on
ne compte que douze ou treize morts, mais ici nous croyons
encore que Ton a voulu cacher la vérité et atténuer les pertes.
On ne se bat pas si longuement et si vivement sans faire de
nombreuses victimes de part et d'autre.
Mais les dommages matériels furent importants, la ville
tout entière fut incendiée; maisons, mobilier, bétail, récoltes,
tout fut perdu. Faucogney eut bien de la peine h se relever
du coup fatal qui lui avait été porté. On espérait que le roi
d'Espagne prendrait en considération les malheurs de celle
place, victime de son dévouement à la patrie espagnole. Mais
rincurie du gouvernement, composé d'un roi enfant et d'une
régente presque imhécille, dominée par un jésuite, avait
autre chose h faire que de s'occuper de Faucogney.
Du reste, le traité de Nimègue, conclu quatre ans plus
tard (1678), vint adjuger la Franche-(]omlé à la France et
enlever leur dernier espoir aux habitants de Faucogney. La
seule compensation qu'ils recourent leur vint encore de la
France, qui démantela le château el en enleva la garnison.
Nous avons quelque peu et h dessin, oublié le P. Schmidt
qui s'était, avec les autres défenseurs de Faucogney, réfugié
au château. Des ordres particuli ts, paraft-il, avaient été
donnés h son égard, car il fut considéré comme prisonnier de
guerre et dirigé d'abord sur Rémi remont, puis ensuite sur
Paris ; là, Louvois l'envoya h la Bastille où il resta pendant
quat'^e années qu'il dut trouver singulièrement longues.
(^e n'est qu'après la paix de Nimègue, qui assurait à la
France la possession paisible du comté de Bourgogne, qu'on se
décida h le mettre en liberté, et encore en liberté condition-
nelle, car on le lit partir pour la Pologne nù ses talents mili-
taires allaient de nouveau être mis à profil. L'Europe, en ce
moment, était menacée par les Ottomans et toute la chrétien-
ncté faisait des vœux pour le succès de Sobieski, qui allait
défendre Vienne contre les Infidèles.
Le P. Charles-Eugène prit une part active à sa défense et
son artillerie porta souvent des ravages dans les rangs de
l'armée turque qui, à la lin, fut obligée de lever le siège.
Toutefois notre capucin ne vit pas la défaite définitive des
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i>.)2 REVUE D ALSACE
enueiiiis; coiix-ci ayant pén(''tr(^, dans une attaque de nuit,
jusqu'à ses batteries, se préparaient à les enlever, lorsque le
P. Schmidt accourut avec des renforts et repoussa les Turcs.
Mais à ce moment, il fut atteint d'une balle en pleine poitrine
qui l'ensevelit dans son triomphe (1683).
Ainsi périt, h l'àgc de 52 ans, un des plus vaillants cham-
pions de l'indépendance franc-comtoise. Nul n'a, en effet,
défendu notre province, à cette époque, avec autant d'achar-
nement et d'énergie que le P. Charles-Eugène. Peu connu en
Alsace, son pays, où sa vie d'aventures n'a pas laissé de
traces, c'est aux Francs-Oomtois, qu'il a si vivement défen-
dus, h le mettre en relief.
Du reste, dans ce récit, nous ne pouvions le passer sous
silence, car la défense héroïque de Faucogney ne se com-
prendrait pas sans lui, qui en fut h la fois le promoteur et le
héros. Quel que soit le motif qui l'ait guidé dans son œuvre
de défense, nous ne pouvons nous, Francs-Comtois, que lui
èlre grandement reconnaissants, des glorieux efforts qu'il fit
pour défendre nos pères et leurs cités envahies par un voisin
trop puissant.
Notre province, sous la tutelle, plutôt nominale qu'effective,
de l'Espagne, jouissait, en réalité, d'une grande somme de
liberté et se gouvernail par elle-même. C'est pourquoi elle
défendait alors si résolument son indépendance, même contre
la France, sa patrie naturelle, oij tons ses intérêts la con-
viaient d'enlrer et dont elle allait former un dos plus beaux
(leurons de sa rouronn<\
N. PoiA.
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LE DUEL A STRASBOURG
d après M. ERICHSON (»)
I
Le duel app»irail en Allemagne en 1562. Les nombreux
étudiants nobles qui affluaient alors k Strasbourg (2), en
introduisirent bientôt Tusage dans cette ville où, dès octobre
1568, les jeunes seigneurs de Lichtenstein et de Hutten se
provoquent, se blessent et sont condannés chacun par les
scolarques h une amende de trois livres (3). En juillet 1583,
il y eut une ivncontre plus grave ; l'un des combattants
expira le jour môme dans les bras du vicaire Rottmann, de
Saint-Nicolas, qui avait été appelé pour le communier et qui
ne consentit h rinbumerchrétiennement que sur les instances
du sire de Hohenbourg, suzerain du défunt.
(l) Das Duell im alten Strassburg, Fréd. Bull, I8Î)7, rinquan-
Ic-neuf pages. Cp. Reuss, La justice criminelle et la police det
mœurs (Strasb. ISSTi), p. 160-1(>3 ot V. Below, Zur Entslehiinf/s-
fjeschichte des Duells (Munster 1806).
(â) Jean Sturtn compta une fois, parmi ses auditeurs, 3 princes,
24 comtes et barons et 200 nobles.
(3) La valeur de la livre strasbourgeoise diminua dams une pro-
gression assez rapide, ce qui explique les estimations si diver-
geantes des différents historiens. Dans son Guide monétaire pour
V histoire d* Alsace (Rixheim, 1891), Hanauer la taxe & plus de 30
francs, tandis qu'elle ne vaudrait que le tiers de cette somme
d'après (ibarles Engel (L'ancienne école de Strasbourg, dans la
Revue internationale de l'Enseignement 1896 et 1897).
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554 REVUE D* ALSACE
Emu par la gravité du cas. le convent ecclésiastique fit
une démarche auprès du magistrat qui, le 4 novembre sui-
vant, promulgua contre le duel des peines sévères, renouve-
lées en 1609 et reudues plus rigoureuses encore en 1650. Six
ans après cette dernière date, faisant réimprimer son édit (1),
le magistrat ordonna qu'il fut affiché « in iocis pubiicis und
sonderlich an dem CoUegio ». En 1671, le port de l'épée fut
interdit aux commis, apprentis et valets d'étudiants, sous
peine d'une amende de '^0 schillings (2). Quant aux étudiants
eux-mêmes, les statuts de 1604 (3) leur défendaient déjà
d'aller aux cours en armes, et cette prohibition fut renouvelée
en 1695, k la demande du prêteur, qui désirait même Tinter-
diction absolue du port d'armes, surtout pour les théologiens.
Mais ceux-ci tenaient k leur privilège au point qu'en 1739 le
Convent dut leur rappeler l'inconvenance qu'il y avait k aller
au temple, pour y prêcher, en ayant l'épèe au cùté.
Pour qu'aucun duel ne pût échapper à la vindicte publi-
que, l'ordonnance de 1757 imposa aux médecins l'obligation
de signaler k la police toutes les blessures de provenance
suspecte qu'ils auraient k soigner.
La rigueur de ces édits successifs enraya certainement b
mal, mais ne réussit pas k le supprimer. Les chroniques
d'Osée Schad et de Stœdel (manuscrits k la bibliothèque
municipale) et celle de Reisseissen, plus connue grâce k M.
Reuss, citent différents cas, dont voici un exemple. En
1613, deux beaux-frères de Zuckmantel etdeSeebach, étaient
compères a un baptême. Echauffés par le vin, ils se prennent
de querelle, croisent le fer près la Porle-Neuve et paient
chacun 50 florins d'amende.
(1) Connu dans toute TAllemagne au point que nous le trou-
vons imprimé à la suite d'un sermon prononcé à Rostock en 1640
aux funérailles d'un étudiant, tué en duel par son meilleur
ami.
(2) La livre strasbourgeoise comptait 20 schillings, comme la
livre tournois comptait 20 sols ; et de même que le sol valait 12
deniers, le schilling valait i2batzen.
(3) Publiés pur Engel et Fournier dans la 4© partie des Statuts
et privilèges des universités françaises,^
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DE DUEL A SRTASBOURG 555
Le recueil manuscrit de Jacques Wencker, intitulé Varia
A rgentoratensia historico-politica noiifi a. conservé le défi
adressé par U comte de Hanau k Georges-Thierry de Wangen
et la réponse que celui-ci écrivit à Mas3vaux, le 19 novem-
bse 1620. M,. Reuss a publié ces deux curieux documonls
dans VAlsatia de 1873 (p. 407j
II
La capitulation de 1681 ne modiQa pas lasituation, l'article
4, confirmé par Tordonnancvî royale du 26 février 1685, lais-
sant au magistrat la juridiction civile et criminelle. Les
mesures prises par lui contre le duel ne furent que corrobo-
rées par rentrée en vigueurde Tédit royal d'août 1679, des-
tiné à « maintenir les défenses du duel et combats particuliers
et punir sévèrement ceux qui ont contrevenu h une loi si juste
et si nécessaire pour la conservation de notre Noblesse ».
Les duels dans Tarméfî relevaient de tribunaux particu-
liers, mais étaient soumis à la décision suprême du Conseil
Souverain. D'ailleurs, la limite des juridictions civiles et mili-
taires ne doit pas avoir été fixée dès rabord,d*une manière suffi-
samment nette. Car en 1740, une rencontre qui eut lieu en
pleine rue, et à laquelle un officier de Royal-Piémont se
trouvait môle, suscita entre les deux pouvoirs un conflit qui
se termina par cet arrêté, que les conseils de guerre seraient
seuls compétents des cas relatifs à la garnison, mais que le
juge du lieu où la rencontre s'était effectuée introduirait la
procédure, sauf à livrer, dès la première réquisition, délin-
quants et dossiers k la justice militaire.
Ces duels d'officiers ou de soldats, les plus fréquents en
somme, se reproduisaient souvent, en dépit de toutes les
ordonnances. Les Extraits du registre du Conseil Souverain
et les Notes d'arrêts de ce même Conseil, publiées à Colmar en
1742, signalent 17 cas graves en un demi-siècle (1685-1732).
Un autre, assez caractéristique pour mériter d'être reproduit,
est raconté par Madame d'Oberkirch (L. p. 53) :
« Il y eut un duel h Strasbourg auquel nous prîmes beau-
coup de part, connaissant fort la partie intéressée. Le baron
de Firch, d'une haute famille de Poméranie, était passé au
556 REVUE d' ALSACE
service de la France. Homme d'un grand mérite, d'une ins-
truction immense et destiné a un bel avenir, il a composé
plusieurs ouvrages de tactique fort estimés. IL était alors
capitaine au régiment d'Anhalt et prétendait avoir le secret
des manœuvres et de la tactique du roi de Prusse, ce qui
l'avait mis en grande faveur auprès du duc d'Aiguillon, pré-
décesseur du maréchal de Nuy. Un de ses camarades, jaloux,
assure-t-on, de ses talents et de ses protections, lui chercha
querelle et le blessa dangereusement. Il n'en mourut pas
néanmoins et son adversaire n'en recueillit que la honte et
les reproches de tous ceux qui le connaissaient. Cette rage de
duel a fait couler bien des larmes en France ».
La Révolution môme n'arrêta pas cette « rage », puisque,
dans un sermon adressé aux soldats (Argos, 23 février, 1793),
Euloge Schneider sentit le besoin de montrer, une fois de
plus, la folie et la barbarie de cet usage.
III
Après l'armée, c'était l'université qui fournissait le plus
fort contingent de duellistes. Nous avons dit que la première
rencontre dont il soit fait mention à Strasbourg, eut lieu
entre étudiants. Une autre fut celle des jeunes de Bechtold et
de Flekenslein (1609). Une troisième entre un gentilhomme
framjais et le (ils d'un seigneur du llolslein, est nîlatée dans
la chronique de Jacques Trausch.
On le voit, ce sont toujours des nobles. Des gtMis roturiers
n'apparaissent qu'en 1690; et pourtant Strasbourg était un
terrain bien propice aux amateurs de la lame, gn\ce à ses
excellentes et nombreuses salles d'armes. Son vieux maître
d'escrime, Jean Wolf, était fameux dans toute TAIlemagne en
1687, au dire du patricien Sachs de Lœvvenheim, dont le
le Journal de voyage est conservé k la bibliothèque de sa
ville natale de Breslau. Et un successeur de Wolf, Martin,
qui s'intitule « maître en fait d'armes de l'Académie de Stras-
bourg », dédie au préteur Klinglin son manuel : Le mnitre
d'armes ou Vabrégé de l'exercice de Vépée (^1737). Aussi,
pour ne pas trop induire les étudiants en tentation, leur
avait-on interdit l'accès des salles d'armes. Ils ne pouvaient
IM DL'EL A STRASBOURG 557
prendre de leçons qu*îi leur domicile, sous peine (bei derpœn)
de 30 schillings d'amende.
Rappelons-ÎL'i, pour motiver la sage prévoyance des auto-
rités, qu'à répoque qui nous occupe, tout combat singulier
pouvait amener une mort d'homme. Car on ne connaissait
pas alors ces appareils protecteurs, qui ont tant contribué, de
nos jours, à propager l'usage des Mensuren, surtout depuis
l'emploi du traitement antiseptique. Ou plutôt, on les con-
naissait, mais on en laissait l'usage aux bretteurs de foire,
pour leurs exhibitions professionnelles. Voici, en effet, ce
qu'on peut lire au Journal des voyages de M. de Moncomjs,
conseiller du Roy, (\M\\m\jà^\XQ,9bo\xvg en janvier 1664 et
publia son Journal k Lyon deux ans après :
« Nous entrasmes dans le lieu oii l'on escrimoit avec des
espadons, des demy piques et de certains couteaux de bois,
dont ils se frappent si fort qu'il y en eut un qui eut la teste
iendue, dont il saignoit bien fort : pour parer tous ces coups,
ils avaient de gros gants rembourrés comme des coussinets,
qui alloienl jusques au delà des coudes ».
IV
Comment les autorités universitaires et ecclésiastiques el,
en général, l'opinion publique envisageaient-elles la question
du duel?
Les statuts de 1()04 ne pouvaient l'aborder, puisque, la
haute Ecole n'ayant pas encore les privilèges d'une univer-
sité, les étudiants n'étaient pas en dehors du droit commun
et avaient à se conformer comme tout le monde, au décret
municipal de 1583. Mais lorsqu'en février 1621, à la demande
de l'électeur de Mayence et du landgrave de ITesse, Ferdi-
nand Il eut enfin accordé ces privilèges, grâce auxquels Stras-
bourg put désormais créer, non plus seulement des bache-
liers et des maîtres-ès-arts, mais des licenciés, des docteurs
et des poètes — faveur qui coûta à la ville, 1100 florins
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d'or (i) — il fallut donner aux statuts de Tacadéraie, devenue
Université, Textension que comportait ce rang nouveau et
prendre position aussi dans la question du duel. Un récent
arrêté (1617) de Tempereur Maihias avait fllétri et prohibé
cette coutume. Il n'y avait donc qu'à suivre la voie tracée
déjà par le magistrat dans ses édits. Ces nouveaux statuts,
promulgués aussitôt, ne furent imprimés qu'en 1659, dans le
« Programme » du recteur Conrad Dannhauer qui, le plus
célèbre prédicateur strasbourgeois du XVII« siècle, combat
lui-même fréquemment le duel dans ses différents recueils de
sermons (â), comme l'avait fait déjà auparavant son collègue
Jean Schmidt, prédicateur k la cathédrale, professeur de
théologie et président du Convent (3j.
D'autres voix encore se joignirent aux leurs : celle de
Spenev (TheologischeBedenken, Halle, 1712), qui témoigne
qu'en 1675 les duels étaient rares à Strasbourg, grâce a la
sévérité du magistrat ; celle de Mathias Bernegger dans la
cinquante-unième de ses Ex Taciti Gcnnania Quœstiones
(1640); celle enfin du romancier Moscherosch, aussi bien
dans ses additions au Gymnasmn de exercitiis Academico-
rum (4) que dans ses Vigiomt de Philandre de Sittewald
(1) Voir Alfred Erichson, Das Sirassburger Universitœtsfest
wom Jahr 1621, paru chez Fiéd. Bull en 1884 et traduit par
Tabbê A. Martin, sous ce litre : Une fête à l'ancienne Université
de Strasbourg (Naocv, 1897). Pour les autres ouvrages de M.
Krichson, voir Revue d'Alsace, 1896, p, 250, et Amtales de l'Est
1893, p. 334.
(2) Homiliœ Academicœ (1665), Der Christlichen Kirchm
Schutrengel (1687), Catechismusmilch (1673), Festpredigten
(l«77).
(3) Un des 55 sermons quMI publia en 1635 s'occupe exclusive-
ment du duel. Fragmenta Schmidiana parurent à Francfort
en Mî»».
(4) Publié à Strasbourg en 1621 sous le voile de l'anonymat par
un syntlic de Ratisbonne et dédié au comte Eberhard de Ribau-
pierre. Moscherosch en fit paraître une 2© édition, qu'il augmenta.
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LE DUEL A STRASBOURG 5S9
(Strasbourg, 1650-65). A ces noms alsaciens on pourrait
même ajouter celui du Champenois, Pierre Aubry, qui vécut k
Strasbourg jusqu'en 1666 et qui burina dans son Spéculum
corne/mnt/w (Cornélius était alors le type de l'étudiant dis-
solu) 28 gravures destinées à inspirer Thorreur du duel (1).
Th. Schokll
(I) Un comple-rendu de la monographie de M. Erichsoa a été
fail par Ë. Ménégoz, dans le Témoignage du 17 juillet dernier.
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SOCIETES SAVANTES
Comité des travaux historiques, scientifiques et des
Beaux-Arts du ministère de Tlnstruction publique. —
Précis analytique des travaux de l'Académie des Sciences
Belles-Lettres et Arts de Rouen — Progranmie des prix
à décerner en 1898 par la Société Industrielle de Mul-
house. — Histoire de Belfort, extrait du « Bulletin de
la Société d'Émulation. ». — Les correspondants de Gran-
didier.
1
Le comité des travaux historiques et scientifiques du Afinis-
(ère de V Instruction pubfû/ne et des Beaux-Arts y vient de
faire paraître la fin de son Bulletin de 1896. Cette seconde
partie, jointe a la />re//i/^rtf, parue à la fin de rann«?e 1895,
et dont la Reçue d'Alsace a rendu compte dans sa première
livraison de 1896, page 136-137, forme un volume de 883
paî^es, contenant les travaux du Comité pendant les années
1895 et 1896. Ces travaux consistent dans les réunions pé-
riodiques des membres du comité, les procès-verbaux de
ses séances, Texamen des mémoires et des pièces qui lui
sont soumis par les Sociétés savantes, des départements,
(le Paris et de l'étranger ; par les rapports dont ces com-
munications sont Tobjet, par les décisons du comité, soit
en faveur d'une analyse sommaire, soit en faveur d'ex-
traits de ces communications à consigner dans le Bulletin,
soit enfin en faveur de la publication intégrale dans ledit
Bulletin de la pièce ou de la notice communiquée. Le
Comité est, en outre, chargé de donner son avis sur les
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SOClKTIiS SAVANTES
561
Subventions accordées et à accorder aux Sociétés savantes
des départements et de Tétranger.
Ce volumineux recueil est une source excellente h consul-
ter au point de l'histoire générale du pays et spécialement
au point de vue de l'histoire particulière de nos provinces.
Nombreux sont les cas qui le prouvent, mais nous n'en
remarquons aucun qui se rattache directement à l'Alsace,
sinon, peut-être, un citoyen Bâlois, Michel Wensler, qui
figure a la fin d'une superbe page, imprimée à l'abbaye de
('hiny en caractères gothiques, rouges et noirs, à la date du
22 janvier 1494. Mentionnons encore l'image photographique
d'un charte fort curieuse, mais arguée de faux, relative à
l'organisation du val d'Andore, sous Charlemagne.
Comme la première, cette seconde partie du Bulletin du
Ministère de l'instruction publique se trouve chez Ernest
Leroux, éditeur, rue Bonaparte, n'^ 28 à Paris.
II
Moins classique que l'exploration précédente, sera celle
que Ton fera dans le Précis analytique des travaux de
V Académie des sciences, belUes-lettres et arts de Rouen,
pendant l'onnée 1895-1896 ; in-8« de 489 pages, paru il y a
quelques semaines, de l'imprimerie Cagnard (Léon Gy suc-
cesseur) et qui se trouve à Paris chez A. Picard, rue Bona-
parte, 82.
Sans sortir du domaine des sciences et des arts. Messieurs
les académiciens de la Normandie savent donner un attrait
particulier aux travaux qui remplissent le Bulletin annuel de
la Compagnie. Quelques indications sommaires en donneront
une idée.
Gomme h. l'Académie française, il y a discours du récipien-
daire et réponse au discours. Celui que nous trouvons dans
les quatre-vingt douze premières pages du Bulletin est un tra-
vail que l'on ne se borne pas k parcourir, mais que l'on
savoure de la première à la dernière ligne : c'est l'exposé his-
torique et lauien table des Procès de sorcellerie en Norman-
562 REVUE D 'ALSACE
die, d'après les excellentes publications qui ont paru sur ce
sujet, complétées par de précieux détails puisés aux archives
de la Seine-Inférieure. L'auteur est M. le docteur Giraud.
Discours et réponse sont suivis par les rapports concernant
les prix, récompenses et encouragements que l'Académie est
chargée de distribuer chaque année, en vertu de fondations
dont elle est investie. Telles sont les matières qui font les
frais de la séance publique de l'Académie en 1896.
Si maintenant, en sortant de la séance publique, on pénètre
dans le cadre des travaux de l'année, on rencontre dans la
Classe des sciences dix sept communications concernant le
bois fendu et le bois durci, les variations et les vicissitudes
des forêts de la Bretagne depuis un siècle, la vie animale et
l'Institut Smithonien fondé en 1846.
Si, dans la Classe des Belles-Lettres et Arts, les commu-
nications faites à l'Académie ne sont pas plus nombreuses que
celles de la Classe des sciences, elle occupent dans le Bulletin
trois fois plus de place que les premières. Il n'y a rien qui
doive étonner dans cette dis|>roporlion : on est, en effet, plus
libre et plus fécond dans l'une de ces deux classes que dans
l'autre, ce qui ne veut pas dire que l'une l'emporte sur l'autre ;
toutes deux ont leurs raisons d'èire. Une excellente étude
sur la Peste a Rouen au XYI^ et au XVI1« siècle, ouvre la mar-
che dans la section. A notre avis, ce travail de M. le Docteur
Boucher avait sa place naturelle dans la classe des sciences ;
mais, eu égard, sans doute, à ses qualités historiques, on l'a
rangé dans la classe des Lettres. Une visite de Louis XVI à
Rouen, le 28 juin 1786, avec deux planches représentant le
Roi, et sa suite, donnant audience aux membres de la Cham-
bre de Commerce, plus deux autographes de Leroonnier,
administrateur de la manufacture royale des Gobelins, occu-
pent la seconde place dans le Bulletm et sont suivies par le
rapport du docteur Pelletan sur le cœur du Dauphin, puis
par un épisode de la guerre de 1870, puis enfin par des
noies d'un grand intérêt prises sur des parchemins remon-
tant k 1474 et finissant en 1585. Une note concernant un
opuscule du sieur de Croismare et la relation ou cueillette de
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SOGIISTKS SAVANTES 563
« menus faits de l'histoire de Normandie, de 1678 k 1722 »
termine l'intéressante publication de TAcadémie de Rouen
pour l'année 1895-1896.
III
On sait généralement que la Société industrielle de
Mulhouse met, chaque année, au concours beaucoup de
questions ou de problèmes k la solution pratique desquels
4es prix et des encouragements sont destinés. Dans son
assemblée générale du 26 mai dernier, la société a fixé le
nombre et la valeur de ces prix ou encouragements pour
l'année prochaine 1898, et en a formulé le programme qui
nous occupe et qui vient d'être distribué. Il ne contient
pas moins de douze-douzaines de propositions ou 144 ques-
tions k résoudre, k étudier et aux quelles correspondent
autant de prix, d'encouragements et de mentions honorables
q«*il y aura lieu d'accorder. Le champ du concours a, comme
on le voit, une grande étendue, surtout sur le terrain indus-
triel et commercial. Les arts chimiques et mécaniques ; l'his-
toire naturelle et Tagriculture ; Le Xîommerce, la statistique
et la géographie; l'Utilité publique et les Beaux-arls sont les
principales divisions du programme. Il est adressé k toute
personne qui en fait la demande au secrétariat de la
société. « Les mémoires, dessins, pièces justificatives et
échantillons, doivent être adressés franco, avant le 15
février 1898, au président de la société k Mulhouse, en
même temps qu'un pli cacheté renfermant le nom exact et
l'adresse du concurrent ».
IV
Le Bulletin de la Société Belfortaine d'Émulatton qui
qui paraîtra prochainement promet d'èlre intéressant. Outre
la suite ou la fin du glossaire de l'idiome patois de Châtenois,
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564 REVUE d' ALSACE
canton de Belfort, avecVocables des autres localités du Terri-
toire, voici la première partie d'une remarquable étude criti-
que de rhistoire de Belfort au XIII® et au XIV® siècle dont un
tirage à part de 75 pages in-8® est sous nos yeux. Elle est
Tœuvre de Tun des premiers collaborateurs de la
Revue d* Alsace, M. Henri Hardy, demeuré Tun de ses bons
amis. Nous aurons donc l'occasion de parler assez longuement
de cette étude lorsque la dernière partie aura vu le jour. En
attendant, on ne peut que féliciter M. Hardy d'avoir repris
en sous-œuvre, la concentration et Texamen critique de ce
que l'on a écrit sur les origines et l'histoire de sa ville natale,
étude à laquelle ses concitoyens et ses compatriotes ne peu-
vent manquer de prendre le plus vif intérêt.
Le champ épistolaire des Correspondants de Grandidier
nous donne aujourdhui encore une gerbe littéraire dont la
richesss et la saveur surpassent le goût de toutes les javelles
glanées précédemment sur le même terrain. C'est un charmant
fascicule ~ Veuf du non de l'imprimeur - in-8® de i09 pages,
bien imprimées et annotées. L'initiative de ces intéressantes
bribes ae la vie d'autrefois est due i\ M. l'abbé Ingold qui est
parvenu à faire revivre, un mom3nt, de bien chères souvenirs
et k associer k son louable entraînement notre collaborateur
M. Auguste Gasser et M. l'abbé Louvot de Besançon. Le fasci-
cule dont il s'agit contient trente-six lettres du Père Joseph
Dunand, gardien des capucins d'Auxonne, plus tard aumô-
nier de l'état-major de Besançon, et vingt-six réponses de
(jrandidier aux questions du Capucin, qui lui survécut et
de beaucoup l'afné de notre historien, né à Strasbourg le
29 novembre 1752 et non d'origine belfortaine, comme cela
est répété, note i, page o, du fascicule qui porte le n<> X
de la série, et dont il est le plus important. N'y-a-t-il
pas erreur dans ce numérotage ? Cela semble résulter de
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SOCIÉTÉS SAVANTES 565
la liste établie à la dernière page de la couverture où le
n® VI fait défaut. Mais cela est sans conséquence et n'em-
pêche pas d'attendre avec impatience le second volume
de l'œuvre inédite, dont le tirage doit-être aujourd'hui
très avancé.
Frédéric Kurtz.
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TABLE DES MATIERES
Année 1897
JANYIEP-FÉYRIER-MARS
Pafoa
Rodolphe Rblss. — Coup d'oeil sur les manuscrits
incendiés en 1870. — Catalogue analytique de
ceux qui sont aujourd'hui k la nouvelle biblio-
thèque de la ville de Strasbourg . . . . 5-31
J. LiBLiN. — Note relative aux deux listes de Pério-
diques publiées dernièrement par la Revue . . 32
Charles Goutzwiller. — Histoire de la Presse. —
Hebdomadaire de Colmar en 1792. — Le docteur
Morel ancien maire de Colmar et les désastres de
la guerre entre Verdun et Longwy. — PfeflFel et
son entourage. — La Marseillaise traduite en
allemand 33-38
Arthur BENorr. — Emeute de la piquette h Colmar
en 1833. — État des esprits. — Le ministre
Humann. — Le directeur de Croismar. — Le
poète Laurent. — Le préfet Bret. — Assaut de
la maison Metzger. — Arrestations. — Procès. —
Acquittement 39-61
Th. Schoell. — Ingwiller au XVH* et XVHle siècle. -
Année de malheurs. — Coutumes religieuses. —
Prosélytisme , 62-77
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TABLS DBS MATIERES 367
Page.
Charles N«rlingkr. — La vie à Strasbourg au XVÏI*
siècle. — Le Parlement nouveau. — Daniel Mar-
tin. — Du maftre d'école. — Du boulanger. —
Du Vivandier. -- Du cabaretier, etc . . . . 78-103
Ch. GouTzwiLf^R. — A travers le Passé. — Portraits.
— Paysages. — Zellenberg. — Monument Brnat.
— Au lac Blanc. — Guerre du Mexique. — Finan-
ciers et Gogos. — Trois Épis. — X. Mosmann. —
Bartholdi à San-Francisco, etc 104-128
G. DuRRWBLL. — Murbach. — Son histoire. — Ses
environs 13^136
Henri Bardy. — Arrestation du duc d'Enghien. —
Document inédit 137-139
Fréd. Kurtz. — Sociétés savantes. — Ministère de
l'instruction publique. — Emulation Belfortaine.
— Académie de Rouen. — Société historique de
rOrne 140-144
AYRIL-MAI-JUIN
Gh. Goutzwiller. — A travers le Passé. — lïugot. —
Thomas. — Mossmann. — Jean Macé. — Leurs
travaux. — A. Bartholdi. — Liberté éclairant le
monde. — Réveil de Tesprit public. — Fiefs alsa-
ciens. — Chiens d'une princesse. — Conférences,
— Localités protestantes. — Exposition de 18G7.
— Hôtels suisses, etc. — Régions éthérées. —
Police ombrageuse . — Victor - Chaufîour -
Keslncr. — Un peu de législation. — Chalmel-
Lacour. — Gharras. — Rochefort. — Pèlerinage
légitimiste. — Musée de Colmar, etc . . . . 145-184
Rodolphe Reuss. — Les manuscrits de la nouvelle
bibliothèque de la ville de Strasbourg. — -Cat.
analytique. — Suite et fin, — Conclusion . . 18Ô-214
Arthur Benoit. — Notes sur Tancierine résidence
d'Ensisbeim des princes souverains d'Autriche.—
S68 REVIS d'alsac£
A propos de la conspiration de Belfort. - Armand
Carrel. — Le colonel Carron 215-222
F. R. Baltzwbiller. — Trois lettres inédites à A.
Pfeffel, d'Aug. Ring, le fils menuisier, du poète
Lamey et de Gœsnitz, Tami de jeunesse . . . 223-233
Arth. Benoit. — Notes et documents pour servir k
rhistoire de la presse en Alsace-Lorraine. —
Périodiques de Metz et du département de 1771
kl870 234-242
Ch. NerlinIser. — La vie a Strasbourg au XVII* siècle. -
(Suite). — La dépensière. — La fruitière, — Le
garçon. — La servante. — Le fripier. — L'hôte-
lier. — La poste. — Le voyageur. — Le soldat. -
L'anatomie. — L'architecte 213-282
D' H. Weisgbrber. — Le Rebs, ou Hypocras de l'Al-
sace. — Son historique. — Sa fabrication. —
Recette de famille pour sa fabrication. . . 282-285
Frkd. Kurtz. Chronique. — A. et B, Correspondants
et manuscrits de Grandidier. — C. Noël Alsacien-
lorrain. — D' Brocomagus par : Ingold, Charles
Nerlinger et Paul Ristelhuber 286-288
JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE
Tti. ScHOKLL. — Les Alsaciens dans l'histoire de
Nancy. — Aperçu des liens qui rattachent l'his-
toire de Nancy k l'histoire de IWlsace. . . 289-296
AuG. Gasser. Reproduction dans la Revue d'Ahace
des manuscrits de Grandidier et du Docteur
Méglin, publiés en 1817 et conservés dans les
archives de la ville de Soullz 297-309
Ch. GouTzwiLLER. — A travers le Passé. — Le doc-
teur Jœnger. — Des Vosges au Rhin. — Le
Sternsée. -r- Ballon de Giromagny. — Concours
régional. — Lac de Constance, — Suisse alle-
mande et suisse romande. — Rois des Ribauds.-
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tABLE DES MATIÈRES o69
Pages
Hanap et bibliothèque des Comtes de Ribau-
pierre. — Guillotine. — Fourches patibulaires. -
Dernières pendaisons à Altkirch. — Chemin de
fer de Colmar au Rhin. — Biidstein. — Seel-
bourg. — Christophorus. — Charles Gérard. —
Herwin. — Hoilus deliciarum 310-334
G. DuRRWELL. — Histoire d'une ville d'Alsace et de
ses environs. — De Cernay à Rouffach. — Cernay
et Uiïholtz. — Wattwiller et Herrenfluh. —
Soultz. — lungholtz. — Thierenbach et Sainte-
Anne. — Wuenhein et Freudnstein. — Ollwiller,
Ilartmanswiller, Bernwiller et le Weckenthal . 333-359
Ch. GouTzwiLLER. — llistoire de la Presse. — Le
Glaneur d'Altkirch et ses changements de titre. 360-362
J. LiBLiN. — Le Glaneur du Haut-Rhin. — Ses
fondateurs, (]hr(Hien-Frédéric Meyer et Alexandre
Richart. — Ses divers rédacteurs. — Sa dispari-
pari ton. — Sa réapparition. — La guerre. — Son
testament. — Prisonnier de guerre. — La prison
de la rue du (il ii Strasbourg. — M. Casron,
directeur des Contributions directes du Haut-
Rhin. — Le conseil de guerre. — La citadelle
d'Ober-Wésel. — Les prisonniers français et
allemands 363-373
N. PoLY. — Siège et prise de Faucogney en 1674. —
Le colonel alsacien Charles-Eugène Schmidt,
puis capucin 374-386
Ch. Nerllnger. — La vie h Strasbourg au XV1I« siè-
cle. — L'architecte. — Le tailleur. — L'astrolo-
gue. — Le cocher. — Le batelier. — Le brasseur.
— La lavandière. — De rarithméticien. — Le
barbier, étc 387-426
Fréd. Kl'rtz. — Le tome l^^'des manuscrits de Carls-
ruh par l'abbé Ingold. — Baldung Grien par
Robert Sliassny. — Le vieux Relfort par Henri
Bardy 427-431
AuG. Gasser. — Frères d'Alsace par J. Degaudran . 432
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5/0 REVUE D ALSACE
OCTOBRE-NOYEMBRE-DÉCEMBRE
p«««»
D'IL Wbisgerber. — L'Alsace au commencement du
XVIH® siècle, d'après un mémoire inédit de Tin-
tendance. — Avant-propos. — Situation de l'Al-
sace. — Fleuves et rivières, Forêts. — Récoltes. —
Mines. —Commerce. — Mœurs, etc., etc. . . 433-459
RoD. Reoss. — Présentation k Louis XIV de la mé-
daille frappée en 1687, par ordre de la ville de
Strasbourg, après l'achèvement de la Citadelle . 460-468
Ch. Goutzwillkr. — A travers le passé. — Portraits. -
Paysages. — Charles Gérard. — Ses recherches. -
Ses artistes. — Erwin de Steinbach. — Hortus
déliciarum. — Luemschwiller et Saint-Apoli-
naire, Rétable et Fresques. — Charles Grad. —
Panama. — Coton en Algérie. — Danse maca-
bre. — Écolier portant lunettes. — Cerveau
humain. — Dolfus-Hausset.etc 469-489
G. DuRRWELL. — La commune de Bollwiller. — Les
familles de Rosen, de Broglie, d'Argenson . 490-496
Ch. Nerlinger. — La vie à Strasbourg^ au commen-
cement du XV1II« siècle. — Changeur. — Charcu-
tier. — Rôtisseur. — Coquetier. — Laitière. —
Pâtissier. — Mercier. — Messager. — Pescheur,
etc., etc. — Marchand de vin. — Vendanges et
Baigneur, etc. — Boucher.' — Boureau. . . 497-526
Arth. Benoit. — Notes et documents p(»ur servir h
l'histoire de la presse en Alsace-Lorraine. —
Liste des périodiques de la Meurthe. . . . 527-535
N. PoLY. ~ Siège et prise de Faucogney par les Fran-
çais en 1674. — -Charles-Eugène Schraidt, capu-
cin alsacien. — Suite et fin 536-552
Th. Schokll. — Le duel h Strasbourg. — Son appari-
tion en 1552. — La capitulation de 1681. —
L'Université. — Universitaires et Ecclésiastiques.
— V. Alfred Erichson . ...... ,553-559
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TABLE DES MATIÈKPS 571
Pagct
Frèd. Kurtz. — Sociétés savantes. — Bulletin du
Ministère de l'instruction publique. — Académie
des sciences et belles-lettres de Rouen. — Société
industrielle de Mulhouse. — Émulation de Belfort
Correspondants de Grandidier 560-565
Table SoMMAinE des Matières 566-571
belfort* — Imprimerie Nouvelle
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